ÉTATS-UNIS
A première vue, les houillères de l’Amérique sont à celles de l’Europe dans le rapport de 21 à 1. Mais une telle comparaison repose sur une base erronée; en effet, les bassins houiilers de l’Amérique, qui sont souvent divisés par des parties stériles de grande étendue, sont ordinairement limités à l’étendue des assises inférieure et supérieure entre lesquelles ils sont compris, tandis que plusieurs des plus remarquables de l’Europe s’étendent sous les formations plus récentes.
Au sud du Saint-Laurent et de la grande série des lacs, s’étend sur une portion considérable de la superficie le terrain houiller de l’Amérique du Noi’d.
Le terrain houiller se montre dans une grande épaisseur, ainsi qu’il résulte des explorations de M. le professeur Dawson et de M. Brown, dans le New-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Le nombre des coucbes est relativement peu considérable, mais il est intéressant de constater que les plantes fossiles qu’elles renferment, ou qu’on trouve dans leur voisinage, appartiennent aux mêmes genres et souvent aux mêmes espèces que celles des houilles de l’Europe.
Dans le bassin de Cumberland, situé dans une région qui s’élève vers les monts Cobequide, la formation houillère accuse, le long des bords de la baie de Fundy, à Jogguis, une épaisseur extraordinaire dépassant, d’après W. Logan, 4200 mètres. Bien qu’il y ait là 70 couches de houille, il en est fort peu qui, par leurs dimensions, soient reconnues exploitables. Près d’Amherst, M. Dawson a reconnti, à la formation, une hauteur de 840 mètres avec 7 couches de 0“,4.5 à 0“,90, représentant une épaisseur totale de 4™, 80 de combustible.
Comme contraste remarquable, à Pictou, dans un district limité où la formation houillère est beaucoup moins développée, on peut voir 5 ou 6 couches de houille excellente, dont la principale {lhe Pictou main coal) n’a pas moins de ll“,2.o d’épaisseur et est divisée par quelques lits de schiste et de minerai do fer.
Au nord et au centre du cap Breton, dans un district dont la ville de Sidney est le centre, existe un autre bassin de grande valeur qui n’est, suivant M. Brown, que la partie extrême d’une vaste région houillère s’étendant sous la mer, vers Terreneuve. Ce géologue estime que le terrain houiller de cette région occupe une surface de 647 kilomètres carrés et possède une épaisseur de 5000 mètres. Une coupe naturelle de ce terrain d’une hauteur de 558 mètres, est visible au nord-ouest du port de Sidney; elle contient 54 couches de houille, dont 4 seulement sont exploitables et ont de 1™,20 à 2”, 025. Dans d'excellents mémoires insérés dans le Qiiarterly Journal de la Société géologique de Londres, les auteurs ([uc nous avons cités plus haut donnent les renseignements les plus- précieux sur les plantes et les animaux fossiles de la houille de cette province, dont la production pendant l’année finissant au 50 septembre 1865 a été de 661 025 tonnes.
Les bassins des États-Unis sont considérables ; leur caractère, leur position, tout enfin concourt à les faire considérer, eu quelque sorte, comme les restes d’une immense étendue de terrain houiller qui, dans l’origine, se serait développée, d’une part, depuis le Saint-Laurent jusqu’à l’embouchure du Mississipi, et d'autre part, des bords de l’Atlantique au Kansas et aux frontières de Mexico. En effet, bien qu’il y ait entre ces bassins des solutions de continuité de plusieurs kilomètres, on retrouve néanmoins dans les intervalles stériles les mêmes roches qui forment la base du terrain houiller; en outre, on constate que les régions où le combustible est resté intact, sont précisément celles des points déprimés de la grande ligne d’ondulations qui accuse les mouverhents de perturbation auxquels la masse entière de la formation carbonifère a été soumise dans toute son étendue primitive. Très profondes à l'est, le long de la chaîne des Alleghanys, ces ondulations deviennent de moins en moins prononcées à mesure qu’on s’avance vers l’ouest, si bien que, dans les vastes régions de l’Ohio et du Missouri, les couches ont une inclinaison très faible et s’étendent sans solution de continuité à des distances relativement
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très grandes. Une chose curieuse à noter et qui se relie aux phénomènes géologiques précédents, c’est que la nature de la houille change avec sa situation; ainsi elle se montre bitumineuse et collante dans les larges régions non accidentées tandis qu’elle devient de plus en plus compacte et sèche à mesure que le terrain se ressent du voisinage des monts Alleghanys jusqu’à ce qu’elle passe tout à fait à l’état d’anthracite pur, comme on la trouve en Pensylvanie.
Dans sa Géologie de la Pensylvanie, le professeur Rogers discute un autre point qui n’a pas moins d’importance, bien que d’un intérêt plus général. Les conglomérats {milktone-grit) , fait-il remarquer, et les grès, qui présentent à l’est une grande épaisseur et sont d’une pâte très grossière, s’amincissent graduellement en même temps que leur pâte devient plus fine à mesure qu’on s’avance vers l’ouest; au contraire, le calcaire associé à la formation houillère, qui se montre très rare en Pensylvanie, prend une importance de plus en plus grande dès qu’on pénètre dans les districts de l’ouest, si bien que certains bancs qui n’ont que 3 mètres d’épaisseur dans le bassin du Potomae, en accusent jusqu’à 60 à Wheeling. D’un autre côté, comme la grossièreté de la pâte des grès et des conglomérats indique le voisinage des terrains d’où ils proviennent, et que le calcaire renferme en abondance des organismes d’origine marine, l’auteur en conclut que pendant la période houillère, la région-ouest a dû être occupée par les mers profondes, tandis que les terrains qui ont donné naissance aux conglomérats devaient se trouver là même où l’océan Atlantique roule aujourd’hui ses vagues.
Les bassins houillers des États-Unis, qui représentent, suivant M. Rogers, une superficie de 509 448 kilomètres carrés, sont compris dans cinq régions.
Alleghanys. — La région des Alleghanys comprend une série de districts productifs en Pensylvanie, dans l’Ohio, le Maryland, la Virginie, le Kentucky et le Tennessee, se développant dans une direction nord-est et sud-est, suivant une ligne continue de 1400 kilomètres.
Le gisement de houille bitumineuse situé dans la région occidentale de la Pensylvanie présente de 7 à 10 couches exploitables, au milieu d’une formation qui n’a pas moins de 630 mètres d’épaisseur. Le même nombre de couches se retrouve dans le nord-ouest de la Virginie, tandis que le gisement ouest du Missouri et de l’Iowa n’en offre tout au plus que 7, alors que la formation n’a plus que 210 mètres.
La série supérieure des couches, dont quelques affleurements apparaissent au nord et au nord-ouest de Pittsburg, repose sur une couche remarquable, qui porte le nom de cette ville. Le professeur Rogers l’a décrite avec le plus grand soin dans toute son étendue extraordinaire, et a fait voir l’incompatibilité de toute théorie de transport avec la persistance de son allure. D’une épaisseur de 2“,40 à Pittsburg, épaisseur qui s’élève à 5“>,60 ou 4“,20 dans la région du sud-est, et qui tombe à 1“,50 vers Great-Kenawha, et même à 0“,90 à Guyandotte, elle présente une superficie d’environ 36 232 kilomètres carrés, mais en comprenant quelques parties détachées qui indiquent qu’à l’origine la couche de charbon de Pittsburg s’étendait à l’est, on peut estimer qu’avant les phénomènes de dénudation qui se sont produits, sa superficie totale était au moins une fois et demie plus considérable.
Un autre trait particulier à noter, relativement à la série supérieure des couches
en ([uestion, c’est l’interposition de bancs de calcaire remplis de fossiles d’origine marine, et représentant ensemble une épaisseur de 45 mètres. L’un de ces bancs, qui recouvre la couche de Pittsburg, et qui n’a que 0"',60 dans la région du Cumberland, s’élargit au point d’atteindre 12™, 50 à Brownsville, et même 16 mètres à VVheeling.
L’épaisseur totale du charbon des couches du bassin des .411eghaiiys est généralement inférieure à celle des couches de la région anthraciteuse. Au point le plus plus profond de ce bassin ; là même où les couches sont au nombre de la ou 16, cette épaisseur atteint à peine 12 mètres; d’où cette conclusion tirée par le professeur Roger, qu’en raison des nombreuses dénudations qui existent, l’épaisseur moyenne peut être estimée à un peu plus de 7™,50.
On peut dire réellement que le commerce du chaiRon en Pensylvanie date du jour où, en 1821, l'on a fait le premier chargement par navire; les chiffres ci-clessous, extraits des rapports du Board of Trade, montrent la progression suivie.
1820 . 570 tonnes
Eu 1864, la production s’e.st élevée à 10 185 777 tonnes.
Il est d’usage en Amérique de désigner une couche d’après l’épaisseur du charbon qu’elle renferme, mesuré grosso modo, dans une galerie de recoupe ; il en résulte que, comme les couches sont toujours plus ou moins inclinées, l’épaisseur qu’on qu’on trouve est généralement supérieure à l’épaisseur véritable. M. Rogers en donne pour exemple que la couche dite 59 feet vein (couche de 11™, 70) n’a que 7™, 80, et même que 4™, 50, suivant le mode d’estimation usité en Europe, et encore n’y trouve-t-on que 2™, 40 de charbon de quantité vendable.
Illinois et Indiana. — Go bassin de forme quelque peu ovale est placé entre les roches des formations dévonienne et silurienne à l’est, et le calcaire carbonifère du Haut-Mississipi à l’ouest; sa superficie totale est d'environ 151 988 kilomètres carrés. Dans ce vaste district, presque aussi étendu que celui des Alleghanys, le terrain accuse çà et là certaines perturbations et ondulations ayant eu pour effet de morceler les parties riches du bassin dans des limites qui n’ont pas encore été complètement déterminées. Dans le district ouest du Kentucky, l’épaisseur delà formation houillère est estimée à 1028™, 70, comprenant:
1“ L’étage inférieur, de 508™, 70, qui renferme neuf couches de houille exploitable, recouvertes par un banc de grès dur désigné sous le nom d'Anvil Rock;
2° L’étage supérieur, de 720 mètres, qui contient huit couches et de nombreux bancs de calcaire.
En somme, on a reconnu à peu près 12 à 15 mètres de charbon, mais comme tous ceux qui ont exploré cette région s’accordent à constater qu’elle a été très tourmentée par des ondulations courant au nord-ouest et au sud-est, c’est-à-dire
ENCYCLOPÉDIE CIIIMIÜDE.
dans des directions opposées à celles de la chaîne des Alleghanys, on peut dire qu’aucune estimation satisfaisante n’a encore été faite.
M. Cox‘ a signalé, dans le terrain houiller de l’Indiana, la présence de nombreux fossiles marins intercalés entre les couches de houille : les principaux sont les Spirifer cameratus, Prodiictus semireticulatiis, Athyris subtüita, Chonetes mesoloba, Bellerophon carbonarhis. Les végétaux de la houille appartiennent aux espèces suivantes : Sigillaria reniformü, Pecopteris arborescens, Sphenophjllun Schlotheimi, Nevropteris hirsuia, N. Loshi.
Jowa, Missouri et Arkansas. — Dans cette vaste région où le terrain houiller occupe plus de 188 924 kilomètres carrés de superficie, nous ne pouvons que constater un amoindrissement de richesses ; non-seulement les couches de houille, mais encore les bancs stériles qui les accompagnent sont moins nombreux et moins épais.
Le professeur Swallow, dans un rapport sur la géologie du Missouri, estime à 195 mètres la section totale de la formation houillère, mesurée sur les bords du fleuve, l’étage supérieur ne présentant que du charbon inexploitable avec de minces lits d’un calcaire poli {buff limestone), et l’étage inférieur renfermant entre Brownsville et l’embouchure de la Mine six couches, dont deux seulement sont exploitables, qui n’ont respectivement que O"*, 90 et 1“,80.
Dans son étude sur l’Arkansas, le docteur Dale Owen mentionne plusieurs couches exploitées dans quelques comtés pour charbon de forge. En général, elles ont une très faible épaisseur, à l’exception delà couche Spadra qui n’a cependant que 0“,90, et la qualité de leur charbon semble être demi-anthraciteuse. On les rencontre au milieu des assises inférieures de la formation, c’est-à-dire avec le millstone-grit et et tout contre le calcaire dit Archimedes limestone (calcaire sub-carbonifère).
On trouve sur certains points éloignés quelques dépôts de houille proprement dite, mais, en somme, et telle qu’elle est connue jusqu’ici, la contenance du bassin de toute la région est si peu en rapport avec l’immense magnifique étendue qu’occupe le terrain houiller sur la carte géologique, qu’elle est pour ainsi dire sans valeur comparativement à celle des autres pays.
Texas. — Cette région de l’extrême sud-ouest, d’une étendue de 7764 kilomètres carrés, n’a dû être dans l’origne, si on la considère au point de vue géologique, qu’un prolongement de celle beaucoup plus importatante de l’Arkansas.
Michigan. — Entre le lac Iluroii et le lac Michigan existe un bassin houiller peu profond de 31 056 à 58 820 kilomètres carrés, dont les couches ont une faible inclinaison ou sont presque horizontales. La formation semble reposer sur le calcaire carbonifère et contient souvent des dépôts de gypse comme on en rencontre dans les possessions anglaises du nord de l’Amérique.
L’intérieur de ce bassin est encore imparfaitement connu et peu d’affleurements ont été jusqu’ici signalés. Néanmoins, on estime qu’il existe très peu de couches de charbon exploitables, lesquelles existent seulement dans l’étage inférieur de la for-