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MACLES PAR IIÉMITROPIE

Lorsque deux individus cristallins s’accolent suivant un certain plan qui est un plan réticulaire commun aux deux cristaux, on dit que ces cristaux sont hémitropes oü sont maclés par hémitropie. Ce nom provient de ce que la situation mutuelle des deux individus accolés peut être imaginée comme provenant de la demi-rotation de l’un d’eux, primitivement orienté comme l’autre, autour d’un axe convenablement choisi. Ainsi, dans la figure 59, le cristal inférieur,

LE DIAMANT

tournant de ISO® autour de l’axe vertical, formera avec le supérieur un cristal

hémitrope dans lequel l’axe vertical sera l’a-re d'hémitropie et le plan suivant lequel les deux individus sont accolés le plan d'hémitropie, qui est en même temps un plan de symétrie.

Sans insister autrement sur les différentes espèces d’hémitropie, je me bornerai à dire que dans le diamant la seule connue est l’hémitropie perpendiculaire, avec axe d’hémitropie parallèle à l’un des axes ternaires, c’est-à-dire à l’une des diagonales du cube.

Fig. 40.

Les cristaux hémitropes d’octaèdre (fig. 40), si fréquents parmi les spinelles qu’on appelle cette forme macle des spinelles, sont plus rares dans le diamant ; mais on en trouve cependant soit simples, soit beaucoup plus souvent combinés avec le tétrahexaèdre, l’hexoctaèdre et le dodécaèdre rhomboïdal.

Les macles de dodécaèdres et d’hexoctaèdres ont entre elles une grande analogie, ces derniers offrant souvent l’aspect de dodécaèdres dans lesquels chacune des faces serait couronnée par des pointements à quatre arêtes très surbaissés. Elles sont représentées figures 41 et 42 et ont été l’objet d’une étude particulière de Sadebeck.

Les deux individus dodécaédriques hémitropes forment, ainsi qu’on peut le

s ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.

voir, par leur accolement, un cristal dont les côlés constituent un véritable prisme hexagonal, attendu que les faces adjacentes au plan d’hémitropie tom-

Eig. /il. Fig. i‘2.

bent deux à deux dans un même plan. En réalité, dans la nature, ce prisme n’est pas aussi net qu’il pourrait l’être à cause de la courbure des faces et des arêtes.

Dans les cristaux hexoctaédriques, ces faces prismatiques sont remplacées par des pointements à 4 faces où deux faces opposées, traversées par le plan d’hémitropie, tombent encore dans le même plan et forment par leur réunion un prisme symétrique à 12 faces dont les arêtes n’apparaissent qu’alternativement.

Si le cristal vient à s’aplatir dans le sens de l’axe, ces faces prismatiques tout aussi bien que celles qui leur sont opposées et dont les sommets tombent dans le plan d’hémitropie, deviennent de plus en plus petites, leurs arêtes se rapprochent, et le plan d’hémitropie apparaît comme un dodécagone régulier portant des troncatures sur les angles obtus.

Si le plan d’hémitropie, se rapprochant encore, passe d’abord par les extrémités des trois axes ternaires, le nombre des faces du prisme sera diminué de moitié, les autres faces étant remplacées par celles de l’hexoctaèdre ; puis ces dernières disparaîtront à leur tour ne laissant plus qu’une section polygonale symétrique de dix-huit côtés, jusqu’à ce qu’enfin il soit assez voisin de l’extrémité de l’axe pour ne plus découper sur le cristal qu’un pointement hexoclaédrique. 11 ne restera plus alors qu’un hexagone formant la base d’une double pyramide à six pans, avec des angles alternativement aigus et obtus.

Fig. 43.

Ces derniers cristaux, assez fréquents, sont d’ailleurs presque toujours à fâCês courbes et tronqués par des faces d’octaèdre (fig. 45).

LE DIAMANT

Mais dans ces combinaisons d’octaèdre avec hexoctaèdre, l’octaèdre domine souvent, formant ainsi des cristaux tout à fait analogues aux macles des spinelles dans lesquels l’hexoctaèdre a pour ainsi dire tendance à adoucir les angles rentrants (flg. 44) ; on peut en dire autant pour les cristaux hémitropes d’octaèdre tronqué par les faces du dodécaèdre l’homboïdal comme celui de la figure 45 (üufrénoy).

Fig. 44. Fig.

Les cristaux de cette sorte, où les faces octaédriques sont de beaucoup les plus importantes, sont souvent très aplatis dans le sens de l’axe; ils donnent alors naissance à des formes triangulaires affectant plus ou moins l’apparence de tablettes qu’on appelle quelquefois pour cette raison dellaèdres, et qui sont très fréquentes particulièrement dans les provenances de Bahia ; le plan d’héraitropie s’y reconnaît facilement au sillon qu’il trace sur leur pourtour et qui les fait appeler aussi par les ouvriers d’Amsterdam nahlsleine; on les fend suivant ce plan, ce qui est toujours facile, et l’on taille chacun des deux individus en rosette, à cause de leur forme plus ou moins plate.

Enfin, il arrive quelquefois que non seulement deux cristaux, mais trois.

Fig. 4ü.

Fig. 47.

quatre, etc., peuvent être groupés par hémitropie; ainsi la figure 46 représente

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lin groupement de quatre cristaux octaédriques, maelés deux à deux à la façon des spinelles suivant un premier plan d’hémitropie, comme dans la figure 40 précédente, mais incomplets et accolés par leur base suivant un second plan dont on voit la trace en pointillé sur les faces latérales et qui est parallèle à une face du leucitoédre a\ Les deux plans sont perpendiculaires l’un sur l’autre et sont des plans de symétrie.

Si l’un des individus prend un développement considérable par rapport aux autres, on peut obtenir une forme plus ou moins approchée de celle de la figure 47, où sur les quatre individus du cristal précédent il n’en subsiste plus en réalité que deux, le supérieur postérieur qui s’est développe de façon à envahir toute la partie inférieure, et le supérieur antérieur qui, beaucoup plus petit, paraît en quelque sorte implanté dans le premier.

D’autres fois, les divers plans d’hémitropie peuvent être parallèles entre eux. Ce phénomène est fort rare pour le diamant, mais il se présente cependant, et

Sadebeck cite un cristal de la collection Seligmann (fig. 48), qui montre la réunion de trois individus, pas tout à fait aussi simple qu’elle pourrait l'être, il est vrai, parce qu’ils ont chacun des formes différentes. Le cristal 1, qui se trouve le plus en avant dans le dessin, est un octaèdre tronqué par l’hexoctaèdre comme celui de la figure 44, et l’individu 3, postérieur et qu’on ne voit pas sur le dessin, est limité par une pyramide à six faces, symétrique, .appartenant à un tétrahexaèdre, de sorte qu’on pourrait considérer l’ensemble des individus antérieur et postérieur comme un cristal hêmimorphe analogue à celui de la figure 38. Au milieu, l’individu 2, très aplati, montre ses faces octaédriques faisant saillie sur les parties qui, dans les macles ordinaires des spinelles, formeraient des angles sortants; au contraire, sur celles qui formeraient des angles rentrants, les faces de l’octaèdre des individus 1 et 3 se réunissent comme dans la figure 42, cachant complètement les faces octaédriques (sauf dans la partie postérieure, invisible dans le dessin, où cette face octaédrique fait encore un peu saillie).

11 ajoute que de pareilles lamelles (car on peut considérer ainsi l’individu intermédiaire), peuvent se multiplier en grand nombre; si elles sont très minces, elles apparaissent comme des lignes fines qu’on peut suivre sur tout ou partie du contour du cristal ; elles diffèrent, abstraction faite de leur position, des stries ordinaires, en ce qu’elles sont toujours parfaitement rectili-

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gnes. Lorsqu’elles sont plus épaisses, elles ne montrent pas aussi distinctement la trace du plan d’hémitropie, car elles ont sur leurs bords de petites facettes ressemblant à des éminences triangulaires qui donnent à la zone de séparation un aspect denticulé.

C’est à ce phénomène des lamelles hémi tropes intercalées entre deux individus qu’il faut évidemment rapporter une célèbre observation de Brewster bien souvent citée. Ayant eu l’occasion d’examiner la structure d’une lentille de diamant plan convexe qui donnait des images triples des petits objets microscopiques, et s’étant aperçu que toute la surface était couverte de centaines de petites bandes, quelques-unes réflétant plus ou moins la lumière, il avait d’abord supposé que le diamant comprenait un grand nombre de couches de pouvoir réflecteur et par conséquent de pouvoir réfringent différent. Mais revenant quelques années plus tard sur cette observation, il s’aperçut, en changeant l’orientation de la lumière, que toutes les bandes noires devenaient brillantes et inversement, et il en conclut que ces bandes étaient les tranchants de lames cristallines dont les extrémités visibles étaient inclinées sous différents angles n’excédant pas deux ou trois secondes sur la surface générale. Ce diamant devait donc être, d’après lui, un cristal composé d’un grand nombre d’individus, comme certains spécimens de feldspath, carbonate de chaux, etc.; et leurs traces se voyaient sur la surface de la lentille par une action comparable à celle qui se produit à la surface de la nacre, où l’exlrémité de chaque strate se maintient même après un polissage parfait et produit ainsi l’irisation.

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