‹ Encyclopédie chimique. Tome II.- Métalloïdes. Complément 2ème partieChapitre 16 sur 114 · IKCLUSIOKS · texte numérisé non relu

IKCLUSIOKS

Enfin, j’ajouterai que les diamants contiennent souvent des inclusions, c'est-àdire que des corps étrangers de diverses natures sont emprisonnés dans la substance cristalline où ils sont quelquefois assez importants ou en assez grand nombre pour constituer des crapauds qui diminuent énormément la valeur des pierres une fois taillées et livrées à la joaillerie ; ce phénomène, lié très êtroilement à ceux qui viennent d’être examinés dans le paragraphe précédent, est un des plus importants de ceux que présentent les cristaux parce qu’il est susceptible de jeter un certain jour sur leur constitution moléculaire ainsi que sur leur mode de formation; depuis que l’usage des observations microscopiques avec de forts grossissements s’est introduit dans la science, il a été fait dans ce sens d’énormes progrès. On sait en quoi consiste la méthode ; on prend une esquille d un cristal de la substance qu’on veut examiner, on polit l’une des faces à la meule, puis on la colle sur une plaque de verre avec du baume du Canada et on polit une seconde face parallèle à la première; on se procure ainsi une lame extrêmement mince de la substance à étudier qu’on peut examiner en l’éclairant par transmission, ce qui est la seule manière d’opérer avec des microscopes puissants.

Cé polissage se fait habituellement à l’émeri : mais pour le diamant il faut le faire avec de l’égrisée et encore est-il assez long ; de plus la matière est coûteuse, et par suite les observations sont relativement rares. Je vais cependant enumérer les principaux progrès faits dans nos connaissances à ce point de vue.

Les inclusions les plus communes sont celles des matières étrangères qui

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colorent le diamant et aussi celles dont on trouve les résidus dans les cendres après l’avoir brûlé. Mais ces matières étant intimement mélangées à la substance cristalline n’ont pas encore été résolues directement au microscope ; à peine l’examen des cendres a-t-il pu inspirer quelques suppositions plus ou moins fondées.

La première observation d’une inclusion véritable est rapportée par Tavernier, qui, donnant la figure de deux diamants provenant d’une seule et même pierre qu’il avait trouvée dans l’Inde dit ceci : « Bien qu’elle fût de belle eau, il paraissait au milieu tant de saletés, que comme elle était grande et tenue à un haut prix, il n’y avait point de Banian qui osât se hasarder de l’acheter. Enlin il y eut un Hollandais nommé Bazu qui fut assez hardi pour cela, et l’ayant fait cliver, il se trouva dedans la pesanteur de huit carats de saleté comme de l'herbe pourrie. »

Depuis lors, il a été fait beaucoup d’autres observations de ce genre : on peut citer parmi les savants qui se sont occupés de cette question Brewster, Petzhold, Bonn, Harting, Wœhler, Des Cloizeaux, etc. ; mais le travail le plus détaillé qui ait paru sur la matière est le mémoire de Gœppert quej’ai déjà cité et sur lequel j’aurai encore l’occasion de revenir lorsque je traiterai de la formation du diamant.

Les inclusions des cristaux peuvent être ou gazeuses, ou liquides, ou solides; il n’en a pas été authentiquement trouvé des deux premières espèces dans le diamant : les observations de Brewster dont il sera question plus loin aux phénomènes lumineux n’ont aucunement prouvé que les cavités qui lui semblaient dépolariser la lumière fussent remplies d’une matière gazeuse ou liquide : on a essayé de démontrer plus tard qu’elles renfermaient en général de l’acide carbonique liquide qu’on supposait avoir été le véritable dissolvant et par suite probablement l’agent principal de la formation du diamant ; mais ces expériences n’ont pas abouti : cependant on ne peut pas nier, tant s’en faut, l’existence de ce genre d’inclusions, auxquelles plusieurs savants attribuent encore comme Brewster les phénomènes de dépolarisation de la lumière offerts par certains échantillons.

Les inclusions solides sont au contraire assez fréquentes, et il y en a de plusieurs espèces.

Les premières sont ce qu’on peut appeler des inclusions cristallines : il ne faut pas les confondre avec les impressions dont il a été parlé ci-dessus et qui ont été observées non seulement à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur même des cristaux; ces impressions se réduisent à des cavités microscopiques. Je veux parler ici de véritables cristaux de diamant enfermés dans un cristal de dimension supérieure. M. Boulina en possède un type extrêmement curieux ; c est un gros diamant qu’on a fendu suivant un plan de clivage et qui présente la moitié d'un octaèdre parfait en relief sur l’un des morceaux de clivage, tandis que l’autre morceau a gardé naturellement l’empreinte de la partie qui est en saillie sur la première (plancheI, n»= 13 et 14). Mais de pareils échantillons doivent être fort rares et je ne connais que cet exemple; Des Cloizeaux cite cependant de petits cristaux de diamant d’une couleur différente de l’enve-

loppe ; Sorby .et Buttler parlent bien en outre d’un cristal inclus, probablement fort petit; mais comme, disent-ils, son pouvoir réfringent est beaucoup moindre que celui du diamant, il est probable que c’est un cristal d’une substance étrangère, et les inclusions de cette espèce sont beaucoup plus fi’èquentes.

On a trouvé en effet à diverses reprises du cristal de roche (Pcizhold), des topazes (Damour), de l’acide titanique (Dumas), de petites aiguilles (?) carrées de pyrite, des particules noires d’oligiste et de l’oxyde de fer hydraté (Cohen), ainsi que des paillettes ou des lamelles d’or, principalement dans les cavités des diamants noirs de Bahia (Delafosse) : mais on comprend combien la détermination de ces petites particules est difficile : Harting affirme cependant avoir trouvé de la pyrite, et l’on doit probablement attribuer encore à ce minéral une inclusion très nette citée par M. Chatrian dans son bel ouvrage sur le diamant, et dont je donne le dessin d’après lui (Cg. 77) : on voit qu’elle y paraît être cristallisée dans le système régulier.

Les matières minérales incluses ne sont pas toujours cristallisées ; mais alors il devient fort difficile de les distinguer des matières organiques que certains auteurs ont cru trouver dans le diamant et dont il est tout aussi difficile de nier que de certifier l’existence.

Brewster le premier signale des traces d’une matière jaune qu'il put constater à la vue simple dans une cavité, mais il ne prononce pas le nom de matière organique ; Petzhold, dans l’examen des cendres provenant de la combustion de 27,5 carats de diamants faite par Erdmann et Marchand dans l’oxygène pur, trouva des tissus semblables à un parenchyme végétal ; mais il en attribua l’origine à un éclat de quartz que contenait l’un des échantillons. Wôhler qui a fait de nombreuses expériences sur le diamant, n’a jamais rien trouvé qui lui parût pouvoir être attribué à une matière d’origine organique ; il observa cependant qu’un cristal de couleur verte, par suite de la présence des corps étrangers qu’il renfermait, devint brun lorsqu’il fut porté au rouge par l’action du chalumeau ; mais des taches brunâtres observées dans un autre cristal n'avaient point changé de couleur à cette même température : Des Cloizeaux dit que les cristaux incolores du Brésil sont assez souvent pénétrés par une matière d’un vert foncé analogue à la ripidolite vermiculée : Gutruf

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et M. Friedel signalent des matières charbonneuses, etc. ; enfin d'une façon générale, on aperçoit souvent dans les diamants des inclusions noires ou même rouges de nature indéterminée.

Est-ce également à une inclusion, ou bien à un phénomène spécial de biréfringence qu'il faut rapporter une curieuse observation d'astérie faite par Des Cloizeaux sur un diamant .î* Ce savant a observé deux petites lames clivées parait lèlement à une face de l’octaèdre qui offraient, dit-il, dans leur intérieur une substance fuligineuse grise : cette substance était disposée dans une des lames suivant six rayons palmés formant une étoile régulière, et dans l’autre suivant trois secteurs demi-elliptiques rappelant la forme d’un trèfle : son interposition paraissait avoir eu lieu parallèlement aux lignes qui joindraient le milieu dos arêtes opposées de l’octaèdre, présentant ainsi une grande analogie avec le phénomène observé dans certains cristaux de quartz, de spath calcaire, etc.

Quant aux observations si soigneuses et si détaillées de Gœppert, elles paraissent avoir été faites avec l’idée préconçue que le diamant était d’origine organique ; aussi, s’il est bon de les connaître, est-il prudent de ne pas admettre aveuglément ses conclusions.

Fi?. 78.

Le premier cristal qu’il décrit (figure 78) était brun et n’avait pas de fissure ; il présentait deux taches qui lui ont paru offrir au microscope l’aspect de cellules et n’ont pas été modifiées par l’ébullition avec l’acide chlorhydrique; ces cellules étaient nettement délimitées et Gœppert les compare à certains tissus épidermiques ou parenchymateux de végétaux, notamment de cycadées et de conifères dont il donne des figures et qui présentent en effet avec celles-là d’assez grandes analogies.

Un autre cristal représenté par la figure 79 en grandeur naturelle et grossi, et dont la figure 80 donne une portion avec un grossissement de deux ou trois cents diamètres, montre, dit-il, une petite saillie couverte de cellules arrondies en certains endroits, anguleuses dans d’autres, dont les unes paraissent noi-

âtres et à parois carbonisées, tandis que d’autres sont plus pâles, ce qu’il ttribue à ce que les premières sont remplies d’une substance interccllulaire

andis que les autres seraient vides. Bans l’intérieur se montre un corps singulier, allongé, présentant des raies longitudinales, dont l’un dos bords est

cristallin et dont on ne saurait déterminer la nature. L’ensemble lui parait offrir une très grande analogie avec le parenchyme des algues.

La provenance organique est moins nette, d'après lui, pour les nombreuses inclusions renfermées dans le cristal déjà cité, représenté par la figure 72, où l’examen microscopique lui a montré de nombreuses fentes presque toujours rectilignes, soit vides, soit comblées d’une matière brune ou noirâtre, d’un grain fin et transparent et d’une répartition homogène. Souvent cette matière se trouve fixée sur les parois de façon que l’espace intérieur semble vide, et les fentes qui la contiennent tantôt sont isolées, tantôt au contraire communiquent entre elles ; elles affectent diverses formes, particulièrement celles de bulles avec des fissures rayonnantes, dont plusieurs sont ouvertes sur la surface du cristal et peuvent se remplir d’eau ; d’autres ressemblent par des pro-

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longements réguliers dont elles sont munies à du mycélium de champignon : leurs formes sont toujours très irrégulières.

Fig. 8t.

Un autre diamant octaédrique représenté figure 81 présentait de nombreuses fissures remplies d’une matière colorante rouge dans lesquelles s’en trouvaient d’autres plus petites et tapissées de nombreux petits octaèdres non dessinés à cause de leurs faibles dimensions.

Dans un autre octaèdre que je ne reproduis pas afin de ne pas multiplier ces figures déjà nombreuses, se trouvait une inclusion ayant l’air d’une sorte d'épiderme de couleur grise lacéré en nombreux morceaux, tous évidemment de même nature, et çà et là des fissures dont les bords un peu épaissis montraient que leur formation n’a pu être due au hasard ; bien qu’aucune trace de structure organique ne pût y être découverte, Gœpperl n’en pense pas moins que ce sont là les restes d’un organisme primitif.

En somme, il conclut de l’examen de tous ces cristaux et de plusieurs autres moins intéressants qu’il a démontré l’existence dans le diamant de matières organiques qui ne sont autre chose que des cellules végétales et il va même jusqu’à les classer en quatre espèces différentes ; mais les études dans ce sens sont encore bien rudimentaires pour qu’on puisse admettre sans un examen plus approfondi des assertions qui auraient une influence si capitale sur les théories relatives à la formation du diamant.

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