RÉSUMÉ
Pour résumer, en ce qui concerne le point de vue géologique, les détails fort monotones qui précèdent, on peut dire que les gisements actuellement ou autrefois en exploitation dans l’Inde sont de trois espèces différentes.
Les premiers consistent dans des gisements de rivière plus ou moins analogues à ceux de Sambalpur : le diamant y est encore apporté de nos jours par les crues, ainsi que cela résulte de la répétition des exploitations sur un même point pendant une série d’années successives.
Les seconds consistent dans des gisements à fieur de sol, tels que ceux que Jacquemont décrit sous le nom de djüas, et paraissent devoir leur origine à la formation d’alluvions soit récentes, soit plutôt anciennes, au milieu desquelles le diamant aurait été entraîné avec les minéraux ou les fragments de roches qui l’accompagnent.
LE DIAMANT
Enfin les troisièmes, d'après les observations des voyageurs ou géologues qui s’en sont occupés, seraient encore des gîtes d’oi-igine sédimentaire, mais beaucoup plus anciens que les précédents, puisqu’il faudrait rapporter les uns au groupe de Rewah, les autres au grès de Banaganpilly, appartenant tous deux à un horizon d’un âge fort reculé (formation wyndbienne d’une part, formation de Karnul de l’autre), que les géologues de l’Ilindoustan rapprochent de la période silurienne.
Quelle que soit leur ancienneté, je ne crois pas qu’il soit permis de considérer les couches qui contiennent le diamant comme son gisement primitif, ni la place où on le trouve comme celle où il a été originairement formé. A ce point de vue, l’obscurité la plus grande régne parmi les travaux des géologues de l'ilindoustan.
'fontefois M. Chaper, dans une communication qu’il a adressée le 14 janvier 1884, à l’Académie des sciences et qui a été publiée dans les Comptes rendus, annonce que dans un voyage qu’il a fait en 1882 dans le district de Bellanj, il a été assez heureux pour déterminer la présence des diamants in situ dans une pegmatite à orthose rose, fortement chargée d’épidote et contenant également de l’oligoclase et du microline.
« Le pays, dit-il, est entièrement dénudé sur de grands espaces : la roche apparaît au jour, nourrissant à peine çà et là quelques maigres plantes dont les racines plongent dans les interstices des éléments cristallisés attaqués par les actions atmosphériqnes ; chaque année les pluies, parfois peu fréquentes, mais toujours torrentielles, continuent leur œuvre de destruction et remettent à vif les surfaces, en entraînant les parties superficielles suffisamment désagrégées. Ainsi s’explique que, de temps immémorial, les habitants de la localité où j’ai fait mes recherches trouvent chaque année, après la saison des pluies, des diamants sur le sol.
« L’étude de ce sol ainsi dénudé est facile. On le voit traversé par de nombreux filons de matière feldspathique, d’âges divers, et quelques très rares filets de quartz épidotifère. J’ai ainsi pu m’assurer que le diamant se trouve bien dans la pegmatite rose épidotifère en place ou dans les sables qui en proviennent. Les Hindous savent par expérience qu’il ne s’en trouve pas dans les roches voisines : gneiss, granulite à amphibole, schistes micacés, etc. Mes expériences, portant sur un faible cube de matières, ne font que confirmer leurs propres observations. »
Depuis, M. Cliaper a publié sur ce gîte remarquable une note détaillée où il développe et complète ses affirmations de la manière suivante :
La présence du diamant dans le territoire me paraît incontestablement établie par tous les témoignages que j’ai recueillis. De nombreuses dépressions fini se voient encore aujourd’hui aux environs de Yajra Karour proviendraient du fait d’anciennes exploitations probablement antérieures à la domination anglaise. Mais depuis bien longtemps on a cessé tout travail de ce genre. Les déclarations sont parfaitement concordantes : c’est aujourd’hui à la surface du terrain que l'on recueille les diamants. Après les orages, les gens de la basse
^isse (les cordonniers) vont parcourant les champs dans les endroits rocheux et non cultivés ; plus la saison a été pluvieuse, surtout plus les orages ont été
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forts, plus ils ont de chances de faire de fructueuses trouvailles. Les meilleures sont toutefois fort modestes et seraient loin d’être rémunératrices si le temps qu’on y consacre était autre que celui dont les gens ne savent que faire. »
Puis il résume en ces termes le résultat de ses recherches :
« 11 n’existe pas, dans tout ce territoire, de matériaux de transport à la surface du sol.
Les matières meubles, toujours sableuses, qui forment la couche superficielle, sont exclusivement le produit de la désagrégation sur place, par l’action atmosphérique, des roches sous-jacentes.
L’épaisseur de roche ainsi ameublie ne dépasse guère en moyenne 45 centimètres : elle est d’ailleurs extrêmement irrégulière.
Le corindon teinté en bleu ou en rouge à différents degrés accompagne le diamant.
Le diamant est cristallisé en octaèdres : le corindon est dépourvu de formes cristallines.
Les cristaux de diamant ont des arêtes beaucoup moins vives et moins nettes que ceux du Griqualand West, et des surfaces moins vives.
La comparaison de l’aspect des diamants des deux provenances suggère la pensée que les uns aient cristallisé dans un milieu très fluide n’offrant aucune résistance au groupement moléculaire, et les autres dans un milieu pâteux gênant la cristallisation.
Le diamant et le corindon (de toutes teintes) se trouvent dans les sables composés de feldspath rouge, c’est-à-dire fournis par la décomposition de la pegmatite. »
L’importance de cette observation n’échappera à personne, puisqu’on aurait là ce qui n’a été trouvé nulle part ailleurs, un gîte véritablement primitif du diamant.
On n’a pas de renseignements bien précis ni surtout détaillés sur les formes cristallines, la couleur, etc., des diamants de l’Inde, pas plus que sur la pro duction totale de ce pays. Les formes octaédrique et dodécadrique ont eeper dant été quelquefois citées comme les plus fréquentes. Quant à la qualité, bien qu’il paraisse y avoir beaucoup de mélange, j’ai déjà dit que l’Inde avait fourni à elle seule tous les diamants portés par nos pères jusqu’au commencement du dix-huitième siècle, et le nom de diaviants anciens ou de vieille roche, en usage aujourd’hui et qui est à lui seul un brevet de limpidité et de blancheur, montre bien que ce pays a fourni des diamants de qualité tout à fait supérieure. La plupart des diamants célèbres en proviennent, y compris ceux de couleur, et s’il faut en juger par les récits enthousiastes des voyageurs en Orient, comme par les joyaux admirables possédés actuellement par diverses maisons souveraines d’Europe et dont la plus grande partie vient certainement de l’Inde, il faut croire que tandis que la production actuelle ne dépasse pas 2 ou 3 millions de francs, la quantité extraite autrefois a dû être considérable. Mais il est impossible d’avancer le moindre chiffre sur ce point.
Serait-il possible de relever ces mines si délaissées ? C’est ce qu’il est assez difficile d’apprécier. 11 est à peu près incontestable que les gîtes sont loi"
LE DIAMAST.
d'être épuisés ; cela résulte de l’examen géologique de tous les explorateurs. Si un assez grand nombre de ces gisements, tels que ceux de Golconde et de Panna, sont en la possession de rajahs plus ou moins disposés à voir des Européens venir s’installer chez eux, tout au moins sans grever leurs exploitations de charges assez lourdes, il en reste encore dans les districts de Kadapah, Karnul, Sambalpur et Ghutia Nagpur, qui appartiennent aux Anglais, et peutêtre ceux là tenteront-ils un jour ou l’autre les spéculateurs européens. En attendant il faut avouer que les essais faits jusqu’ici, en petit nombre et avec des moyens insuffisants, il est vrai, n’ont abouti qu’ci des mécomptes.