C. — TRAITEMENT DU MINERAI
On a vu que le cascalho est en général mis de côté de façon à porter toute l’activité de l’exploitation, pendant la saison sèche, sur le service de l’extraction. Lorsque les pluies commencent à arriver et que les travaux d’extraction doivent être nécessairement suspendus, on procède à son traitement.
11 y a dans ce traitement trois phases distinctes : le débourbage, le traite ment au bac et le traitement à la hâtée.
LE EIAMAST.
Le déboui’bage ne se fait que si le cascalho est argileux; il consiste, dit M. de Bovet, à le mettre dans un bassin de faible profondeur traversé par un courant d’eau. Des ouvriers piélinent le cascalho et l’agitent avec des enxadas pour faciliter le débourbage dont le résultat est la disparition de l’argile et du sable le plus fin. Le résidu va au bac.
Le bac est un petit bassin carré, de un métré de côté environ, dallé, enterré sur trois côtés de 35 à 40 centimètres de profondeur, le quatrième restant ouvert. Le fond est légèrement incliné à partir du côté ouvert vers le côté opposé qui est la tête du bac ; immédiatement en avant, du côté ouvert et à un niveau un peu inférieur, est un second bassin plein d’eau dans lequel se tient l’ouvrier ayant de l’eau jusqu’à mi-jambe. Quand on lui a mis du cascalho dans le bac, il prend de l’e.au dans sa bâtée et la jette avec force contre le cascalho ; celui-ci s’accumule contre la tête; à chaque paquet d’eau qu’il reçoit il est violemment remué, et l’eau, remontant sur le fond pour sortir, emmène à contrepente les sables les plus légers et les plus fins. En même temps les grosses pierres viennent peu à peu apparaître à la surface du tas et on les enlève à la main. S’il est resté quelques boules d’argile, elles se désagrègent petit à petit ; on y aide, du reste, en remuant de temps en temps le cascalho avec l’enxada, sans pour cela arrêter le jet de l’eau.
Le résultat dans le bac est du cascalho débarrassé à la fois de son sable le plus fin et de ses plus grosses pierres ; c’est ce résidu qui est lavé à la bâtée.
Ce dernier lavage doit être fait très lentement par des laveurs habiles ; il ne peut s’agir, en effet, comme pour l’or, de trouver le diamant au fond de la bâtée ; le diamant vient au contraire apparaître à la surface ; après avoir remué le sable sur lequel il opère, en lui communiquant le mouvement fout spécial que comporte l’instrument, puis enlevé les parties superficielles plus légères, le laveur laisse couler doucement l’excès d’eau et sous une mince couche de liquide voit bien vite scintiller les diamants qui ont pu être amenés à la surface du sable; il les enlève alors avec les doigts. Plusieurs, pour faciliter cette recherche mêlent au cascalho un peu de sable bien blanc au milieu duquel le diamant est plus facile à distinguer. La bâtée se vide ainsi lentement; au fond on trouve les minéraux pesants parmi ceux qui accompagnent le diamant, et l’or s’il y en a.
Ce travail difficile à surveiller, bien que les contre maîtres soient très nombreux, laisse naturellement une grande prise à la fraude. J’estime qu’on pourrait facilement le remplacer par des appareils mécaniques, sinon de séparation complète, au moins de concentration, en le faisant précéder d’un classement rudimentaire par grosseur : la densité du diamant étant de 3,5 et celle du quartz
*1® 2,5, la quantité ^j qui mesure la difficulté de la séparation est égale
® J g’ ce qui est un rapport très favorable.
Le triage se finirait à la main ou à la bâtée ; c’est du reste ce système que pratiquent certaines compagnies aux mines du Cap.
142 E-NCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
On remarquera principalement, sur l’ensemble des opérations queje viens de décrire, le caractère, absolument aléatoire aujourd’hui, des entreprises que l’on pourrait fonder pour la recherche du diamant dans les gisements de rivière: il faut construire deux barrages et un canal et enlever la couche stérile pour arriver au cascalho diamantifère, c’est-à-dire faire tous les efforts et par conséquent toute la dépense non seulement avant d’en retirer aucun fruit, mais même avant d’avoir la moindre notion du profit qu’on pourra en retirer et qu’on ne connaîtra qu’après le traitement du cascalho. Lorsqu’on tombe sur du cascalho vierge, il paraît qu’on n’a guère à redouter de mécomptes. La récolte est toujours assez belle pour rapporter de beaux bénéfices ; mais il n’a pas été tenu note, depuis cent cinquante ans, de toutes les parties de torrents exploitées dans le district diamantifère, de sorte qu’il est arrivé quelquefois qu’après avoir fait de grands frais pour parvenir, à travers une épaisseur de stérile considérable, jusqu’au cascalho que l’on supposait encore riche, on ne trouvait qu’une matière déjà triée par d’autres et n’ayant plus aucune valeur.