III. PRODUCTION
Je voudrais joindre aux renseignements qui précèdent quelques détails précis sur la production des diverses mines du Brésil tant au point de vue de la (lualité qu’à celui de la quantité. Malheureusement la dissémination extrême desgites, ainsique le caractère essentiellement temporaire de leur exploitation, ont de tout temps rendu ces renseignements fort difficiles à recueillir, du moins en ce qui concerne la qualité, et il faut se contenter sur ce point de données un peu générales; je dois ceux qui suivent à M. Lobstein, qui a bien voulu me les communiquer. En ce qui concerne la quantité, les chiffres avancés par divers voyageurs sont tellement peu concordants qu’on se demande à quelles sources ils ont pu les prendre et quel crédit il faut leur accorder ; je donnerai ceux qui me paraissent le plus digues de confiance.
Pour ce qui se rapporte à la forme cristalline, je n’ai qu a rappeler ce que j’ai dit au chapitre II; les crislaux qu’on rencontre le plus fréquemment sont les dodécaèdres et les hexoctaèdres courbes, puis viennent les octaèdres et les cristaux hémitropiques, soit aplatis, soit allongés, que j’ai représentés figures 55 à 57 ; le cube se rencontre quelquefois (il ne se rencontre pi’esque jamais au Cap), mais toujours en cristaux assez petits ; c’est à TAhaéthé qu’on paraît en trouver la plus grande proportion. On peut noter encore que les diamants des environs de Diamantina, appelés dans le commerce diamants du Serro, par opposition à ceux de la province de Bahia (Cincora) qui sont appelés diamants de la Chapada, sont très variables suivant les différentes mines d’où ils proviennent; au contraire, ceux de Bagagem sont presque toujours de forme irrégulière, et ceux de Canavieiras généralement bien réguliers; on comprend que ce point aune importance considérable pour les lapidaires, puisque les cristaux réguliers sont bien appropriés à la taille, ne nécessiteront presque aucun clivage et perdront par suite beaucoup moins de leur poids, tandis que ceux fiui n’offrent que des formes irrégulières, à cristallisation imparfaite et à angles brisés, seront très notablement réduits et diminueront beaucoup de valeur.
Les cristaux du Brésil atteignent rarement de grosses proportions, surtout au Serro ; les diamants de Bagagem et de la Chapada sont un peu plus gros en moyenne. Avant la découverte des gisements de l’Afrique australe, une pierre de 4 carats était déjà ce qu’on appelait une pierre rare, tandis qu’aujourd’hui, ai 1 on fait abstraction de la couleur, ce poids est presque devenu commun pour les diamants jaunes.
Le diamant le plus gros qui ait été trouvé au Brésil est l'Étoile du Sud, découverte par une négresse en 1853 à Bagagem, et pesant brute 254'" Va ! oi"
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également un diamant de trouvé à la source du Rio Patrocuilio, dans la
province de Minas, un autre de 107'' près du Rio das Veillas, un troisième de 87'' V, aux mines de la Chapada, mais ce sont là de très rares exceptions dont on voit que la liste est vite épuisée. D’après Kluge, on aurait calculé que sur 10 000 diamants il y en a rarement plus d’un pesant 20'=, tandis qu’il y en a plus de 8000 qui pèsent chacun moins d’un carat ; mais je crois ce chiffre encore au-dessus de la vérité, car pendant toute la période de l’extraction royale, sur laquelle on a des renseignements positifs, il n’a été trouvé que 80 diamants d’un poids supérieur à une oitava, soit environ 17'' V»-
Mais s’ils sont moins gros que ceux du Cap, en revanche les diamants du Brésil sont, en moyenne, beaucoup plus beaux que ces derniers, et on peut dire que ceux de la plus belle qualité égalent en blancheur et en éclat ceux de l’Inde, avec lesquels ils ont été, et sont encore souvent confondus dans le commerce.
A prendre l’ensemble de la production par région, les diamants les plus beaux et les plus blancs — comme aussi les plus gros, on le sait — viennent de Bagagem ; ils sont quelquefois d’un blanc bleu admirable ; malheureusement on trouve dans les parties de cette provenance beaucoup de diamants bruns, noirs, etc., et beaucoup aussi qui contiennent des milliers de petits crapauds.
Après eux viennent aujourd’hui ceux de Canavieiras, qui sont plus petits en moyenne, mais qui contiennent très peu de rebut; cette mine de choix par excellence ne fournit guère que des diamants bleus ou blancs avec quelques petits crapauds; de jour, leur éclat est très beau, quoiqu’un peu foncé et n’ayant pas la même pi'ofondeur que celui des autres pierres du Brésil ; mais à la lumière ils perdent de leur valeur et affectent presque le jeu noir des diamants du Cap.
En troisième ligne et toujours comme ensemble de production, vient le Rio ou diamant du Serro, c’est-à-dire de Diamantina, très variable suivant les diverses mines d’où il provient, que les habitués reconnaissent aisément. Ainsi on sait que certaines mines produisent du diamant de prata (argenté), tandis que d'autres, comme Grào Magor, n’en produisent guère que de teinté. Le beau diamant de celte provenance, bien blanc et sans tache, est le plus beau de tous et à tous les éclairages ; il vaut certainement celui de l’Inde.
Enfin, le diamant de Babia ou de Cincora ne vient qu’en dernier lieu ; il est presque toujours teinté et ne contient guère qu'un quart de blanc, un quart de jaune et brun, quelquefois verdâtre ou rougeâtre, et moitié de boort et de rebut.
Les diamants de Bagagem et de Canavieiras n’ont aucune coloration superficielle ; ils sont naturellement brillants, quoiqu’on trouve de temps en temps quelques pierres mates. Le Serro au contraire est rarement brillant, à moins qu’il ne soit cristallisé en octaèdres; il est habituellement rugueux et revêtu d’une substance superficielle verdâtre ou brunâtre. Enfin les diamants de Bahia. tout en étant recouverts d’une couche colorée, sont brillants et n’offrent pas la même rugosité que ceux du Serro. On les brûle souvent, comme je l’ai dit ailleurs, sauf quand la coloration superficielle est verte parce qu’elle constitua
LE DIAMA^■T.
alors un véritable trompe-l’œil. Il y a aujourd’hui bien peu de connaisseurs qui, d’une façon générale, sachent reconnaître, sous cette couche superficielle, la teinte véritable des pierres.
Au point do vue de la quantité, je vais essayer de résumer les renseignements les plus authentiques que l’on ait sur la question.
Les gisements diamantifères ayant été découverts vers 1729, on sait que le premier régime auquel fut soumise leur e.vploitation fut celui de la capitation, et le second celui des contrats, qui dura jusqu’en 1772, soit en tout quarantetrois ans. 11 est tout à fait impossible d’évaluer la quantité des diamants extraits pendant ces deux périodes, attendu que les exploitants n’avaient aucun compte à en rendre et que d’ailleurs ils se seraient bien gardés de se prêter à une évaluation quelconque qui aurait eu pour résultat de faire ressortir leurs bénéfices.
Felicio dos Santos, dont l’intéressant mémoire, que j’ai déjà cité, renferme certainement les renseignements les plus authentiques, ne se hasarde donc pas à donner une estimation même grossière correspondant à ce laps de temps. D’où vient le chiffre de 144000 carats, pour la production annuelle des vingt premières années, donné par Streeter, celui de 1 886 569 pour toute la période donné par Larousse? je l’ignore; dans tous les cas, ces deux estimations varient plus que du simple au double.
Pour le régime de la Royale Extraction, c’est-à-dire de 1772 à 1850 et pour les quelques années suivantes, on a des renseignements plus positifs; voici ceux que donne F. dos Santos. Ils ne s’appliquent qu’aux mines de Diamantina :
Années. Sombre de carats.
1807 à 1843 (par différencoj. . . . 524 -465
Total. . . . 1 554 770
Ce chiffre doit être probablement grossi dans une forte proportion à cause des vols nombreux qui se produisaient dans les mines, et où les esclaves étaient fort habiles; cette proportion varie suivant les estimations d’un quart à la moitié du produit déclaré.
Faisant une cote mal taillée entre les diverses opinions émises, j’admettrai OU il a été extrait, dans la première période comme dans la seconde, environ 2 000 000 de carats, soit, au total, 4 000 000 pour les mines de Diamantina et pour la période comprise entre la découverte et l’année 1843.
Depuis lors on retombe un peu dans l’obscurité ; d’après M. de Bovet, on pourrait estimer la production de Diamantina à 5000 oitavas par an de 1844 à 18/0, ot^à 2000, de 1871 à 1880, soit en nombre rond, à raison de 17*^,5 à loitava, 1 300 000 carats. Celte production a d’ailleurs beaucoup baissé depuis 1880; elle peut être estimée en moyenne à 5000 carats par an, mais elle s’est réduite
,30 EKCYCI,OI>ÉÜIE CHIMIQUE.
loiilerois en 1885 au chiffre infime de 550 carats, en tout, pendant la saison sèche.
Pour avoir le total général, il faut d’abord ajouter le montant de la production des autres centres diamantifères depuis le moment de leur découverte, principalement pour le groupe important de Bahia, puis l’estimation des vols dont je n’ai tenu compte ci-dessus que pour la période correspondant à la Boyale Extraction, enfin celle des fraudes commises par les exploitants réguliers dans leurs déclarations à la douane qui servent de base à une partie des évaluations.
Pour la production de Bahia, elle a été certainement très forte à l’origine: elle est estimée par Kluge, jusqu’en 1850, à près de 1 000000 de carats, mais elle a baissé jusqu’à n’être plus aujourd’hui que d’environ 200 oitavas par mois, soit 42 000 carats par an ; Canavieiras, qui avait fait à l’origine 400 oitavas par mois, n’en fait plus qu’une centaine, par suite du nouveau régime administratif qui y a été inaugm-é et qui a mis des entraves à l’exploitation isolée des garimpeiros.
Pour les autres districts, il est impossible d’avoir |une évaluation même approximative.
Enfin les fraudes et les vols sont estimés entre 1/5 et 1/5 de la production totale; ces derniers s’exercent surtout sur les grosses pierres qui ont une certaine valeur.
Si l’on additionne les divers chiffres plus ou moins dignes de confiance dont le détail précède, on trouve le résultat suivant :
Gisements. Production en carats.
{ de 1725 à 1772
Gisements de Diamantina./ de 1772 à 1845
( de 1845 à 1885
Autres gisements des provinces de ) .
Minas, Goyaz, Mato-Grosso, etc. . ' ,P'S(îu
Gisements de la Chapada (Bahia). . ■
' ' (de 18o0 a 188o
Gisements de Canavieiras (mémoire).
En ajoutant pour les vols et la fraude
9 500 OüO
On arrive au total de.
soit en nombre rond, à raison de 205™“ le carat, deux tonnes et demie de diamants. Cette quantité est exactement celle que donneM. Gorceix pour l’ensemble de la production du Brésil jusqu’à nos jours, et elle concorde assez bien également avec l’estimation do Tschudi, qui évaluait cette même production totale, jusqu’en 1850, à 10109 580 carats, chiffre assurément plus précis qu’il ne conviendrait, étant donné les incertitudes qui pèsent sur lui.
Aux prix actuels, cetle quantité correspond à une valeur de près de 500 OüO 000 de francs.