‹ Encyclopédie chimique. Tome II.- Métalloïdes. Complément 2ème partieChapitre 50 sur 114 · II. POSITION GÉOGRAPHIQUE ET GÉOLOGIE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

II. POSITION GÉOGRAPHIQUE ET GÉOLOGIE GÉNÉRALE

Le centre des gites diamantifères de l’Afrique australe est situé à peu près à 1200 mètres d’altitude, par 29» de latitude sud et 25«o0' de longitude à 1 est du méridien de Greenwich, à l’extrémité nord de l'immense étendue de pays, appelée Karoo, qui s’étend de la chaîne côtière du Cap, ou en d’autres termes du Bokkeveldt jusqu’aux frontières du Transvaal ; il est compris dans le bec que forment les deux rivières du Vaal et de la Modder avant de se réunir.

Au point de vue politique, cette région a passé par une série de vicissitudes assez grande. Occupée d’abord parles Boers dans leurs migrations continues vers le nord, elle fut conquise en 1848 par les Anglais victorieux au combat de Boomplaats, puis généreusement rendue par eux aux Boers vaincus, dit M. Cohen à qui j’emprunte ces renseignements, parce que le commissaire du gouvernement avait conclu, dans son rapport, qu’il ne valait pas la peine de conserver le pays au nord du lleuve Orange. Le Free State ou État libre d’Orange, le Transvaal et

LE DIAMANT

le chef du Griqualand, Nicliolas Waterboër, s’en partagèrent donc la possession jusqu’à la découverte des mines : mais, aussitôt après cette découverte, le gouvernement anglais trouva qu’il était de son devoir de prendre sous son amicale protection un pays dans lequel s’était rassemblé un aussi grand nombre de ses sujets, et sur la foi de traités plus ou moins authentiques, il décida qu’il avait hérité de tous les droits du chef du Griqualand, dépouillé injustement, prétendit-il, par l’État libre d’Orange, d’une partie de son territoire. Cette spoliation, reconnue du reste par l’Angleterre, qui paya plus tard au Free State une somme de 90 000 livres sterling à titre de dédommagement, fut consommée au commencement de novembre 1871. Quelques policemen arrivèrent à Kimberley, amenèrent le drapeau du Free State, hissèrent le drapeau anglais et déclarèrent la région diamantifère territoire de la couronne, sous le nom de Griqualand West. Les mines de Jagersfontein et de Coffeefontein, n’étant pas encore découvertes, ne furent pas comprises dans cette annexion.

Au début l’administration de la nouvelle province fut confiée à trois commissaires; en janvier 1875 on en fit une colonie autonome, et en 1877 un district provisoire de la colonie du Cap, à laquelle elle fut enfin définitivement annexée en 1880, malgré les nombreuses protestations des habitants.

Le karoo, qu’on traverse dans sa plus grande longueur pour arriver aux mines, est un pays désert, une vaste solitude à peine parsemée de quelques fermes, presque sans eau et sans végétation, et à laquelle la configuration même du soi, caractérisée par des plaines interminables surmontées çà et là de collines ou même de montagnes affectant presque toujours la forme tabulaire, donne, par la prédominance des lignes horizontales, un caractère de morne tristesse et de sauvage grandeur.

Le système géologique général a été l’objet d’un certain nombre d’études et de publications que la difficulté des observations dans un pays aussi vaste et aussi difficile à parcourir, a nécessairement réduites à des généralités assez vagues. M. Moulle a cependant tenté un classement d’ensemble des divers terrains de la région dont je vais donner le résumé.

D’après lui, les formations du karoo seraient des formations lacustres, présentant le phénomène assez rare d’une horizontalité à peu près parfaite sur d’immenses étendues, et dans lesquelles on pourrait distinguer trois étages :

1“ Étage inférieur, comprenant le Boulder-bed et les schistes d’Ecca, bien connu par les travaux des géologues africains, et formant transition avec les assises marines sous-jacentes ; les couches de cet étage auraient comblé à l’origine les dépressions les plus profondes du grand bassin lacustre. Le Boulder-bed en particulier est formé par une roche argileuse noirâtre ou rougeâtre empâtant de nombreux fragments de roches anciennes (granité, gneiss et schistes! et aussi de mélaphyres ; les schistes d’Ecca ou de Pietermaritzburg reposent directement sur lui, et comprennent des assises noires, bleues ou grises avec une grande quantité d’oxyde de fer.

2“ Étage moyen, formant la surface presque entière des plateaux entre 6o0 et 1500 mètres d’altitude ainsi que la base des montagnes du karoo. Les couches qui le composent comprennent des schistes noirs, bleus ou brun foncé,

des bancs de grès argile calcaires, des argiles bariolées, des schistes gréseux clairs, des schistes noirs ou bruns, des schistes gréseux gris ou verdâtres, enfin des grès argilo-calcaires ; elles ont été recoupées par d’innombrables éruptions de diorites et de mélaphyres qui n’ont jamais modifié l’horizontalité des couches : on y trouve aussi des nappes de mélaphyres intercalées.

C’est à la partie supérieure de cet étage qu’appartiennent les terrains de la région diamantifère.

3° Enfin, étage supérieur, comprenant des grès quartzeux intercalés dans des schistes bruns micacés ou dans des grès schisteux. Ces assises forment les montagnes du pays et s’élèvent jusqu’aux sommets de la chaîne du Drakensberg : on a trouvé plusieurs couches de houille dans leur partie inférieure, et on y rencontre un assez grand nombre de nappes de mélaphyre intercalées, acquérant souvent une grande étendue et une grande épaisseur.

L’âge de ce système n’a pas encore été déterminé d’une façon sûre et précise. La présence de la houille l’avait d’abord fait attribuer à la période carbonifère ; mais cette raison n’a pas très grande valeur, car on sait que le charbon minéral se trouve dans bien des formations différentes ; la rareté des restes organiques avait aussi contribué à l’obscurité qui enveloppait la question ; et si les empreintes de végétaux sont en certains endroits assez fréquentes, la fragilité des schistes qui les portent est telle qu’il est très difficile de les conserver pour un examen attentif et compétent : M. Zeiller, qui en a étudié quelques-unes recueillies à grand’peine et rapportées par M. Chaper, croit y avoir reconnu des plantes dont la forme se rapprocherait, si on voulait les comparer à la flore fossile européenne, de deux types appartenant l’un au Silurien, l’autre au Jurassique, ce qui est assez discordant.

Mais les travaux de M. Owen sur le groupe des reptiles carnivores découverts plus récemment ont paru démontrer que ces formations du karoo doivent être rattachées au trias ; elles reposent d’ailleurs, suivant .M. Moulle qui se range à cet avis, en stratification discordante sur le terrain houiller du (iap ; c’est donc l’opinion qu’on paraît devoir adopter aujourd’hui.

Les roches éruptives qui ont traversé tous ces terrains sont principalement (sans compter le granit qui forme la base de toute l’Afrique australe) des rnelaphyres, des diorites, des brèches magnésiennes d’une nature spéciale qui ne sont autre chose que le minerai diamantifère, et enfin des porphyres.

Les mélaphyres ont constitué des épanchements s’étendant sur de très grandes surfaces ou des nappes intercalées entre les couches sédimentaires : leur épaisseur peut aller jusqu à loO mètres et plus, et ce sont eux qui forment la plupart des montagnes tabulaires du pays. On en distingue deux variétés: 1“ les mélaphyres empâtant des fragments de roches anciennes, à apparence tachetée; !2" les mélaphyres amygdaloïdes.

Ces derniers, qu’on retrouve dans les mines de diamant et notamment à Kiniberley, où ils jouent un rôle important, comme nous le verrons plus loin, sont d’une couleur variable (gris cendré, gris bleu, verdâtre, vert, brun, rouge, etc.): ils sont compacts, durs, élastiques sous le marteau ; les amandes, dont la dis- Iribution dans la roche est ti ès irrégulière, sont ovales ou arrondies, à rem-

LE BIAMANT

plissage quartzeux, calcaire ou cliloriteux ; si c’est du quartz, l’état de ce minéral est très variable, et passe du quartz blanc et pur à la calcédoine, à l’agate plus ou moins transparente ou même au jaspe avec diverses colorations : le remplissage calcaire est beaucoup plus rare que les deux autres.

On rencontre en de nombreux endroils, dans la région, d’immenses amas de blocs rougeâtres ayant l’apparence de gigantesques moraines : ce sont les produits de la décomposition aux affleurements de ces masses mélaphyriques qui sont souvent divisées par des fissures en gros blocs à structure polyédrique.

Les diorites, qu'il vaudrait peut-être mieux appeler des ophites avec MM. Chaper, Fouqué et Michel Lévy, à cause de leur âge qui paraît les assimiler aux ophites des Pyrénées, ne constituent jamais de grandes nappes étendues ; leurs éruptions, dont les produits s’intercalent quelquefois dans les roches sédimentaires, forment à la surface du sol des bombements ou mamelons qui peuvent atteindre une centaine de métrés ou plus : elles sont postérieures aux précédentes et seraient comprises entre le trias et le jurassique ; je n’en parlerai pas davantage, car elles n'intéressent pas directement notre sujet.

Les roches magnésiennes diamantifères, d’âge plus récent encore puisqu’elles traversent toujours les diorites sans être jamais traversées par elles, ont une allure analogue ; beaucoup moins répandues qu’elles, ne formant, dans ces innombrables éruptions de natures diverses, qu’un très petit appoint, elles ont pris une importance considérable par le précieux minéral qu’elles renferment à l’exclusion de toutes les autres roches éruptives de la région : je les étudierai tout à l’heure en détail.

Enfin, les porphyres ont recoupé à leur tour les roches diamantifères : on peut les observer, ainsi qu’il sera dit ci-dessous, en dykes ou filons dans les mines elles-mêmes, où ils n’ont d’ailleurs qu’un très faible développement.

Toutes ces masses éruptives, dont l’importance est extrêmement considérable puisqu’on ne cesse de les rencontrer à chaque pas sur une étendue de plusieurs milliers de lieues carrées, n’ont jamais, comme je l’ai dit, modifié l’horizontalité des terrains de sédiment, partout où on a pu les observer : on a bien trouvé, dans les cheminées diamantifères elles-mêmes, les schistes relevés par places, sur le bord du trou, de 15 ou 20"; mais cette action ne s’est étendue qu’à quelques mètres de distance, et si, au point de vue théorique, elle vient corroborer l’idée de l’origine ascensionnelle de ces gîtes, bien évidente par ailleurs, elle n’a en revanche aucune importance au point de vue mécanique quand on la compare â la profondeur d’où sont venues les matières éruptives, certainement supérieure dans tous les cas à plusieurs centaines de mètres. Quelle est la raison de ce curieux phénomène, dont on chercherait vainement ailleurs un exemple aussi frappant et d’une généralisation aussi complète, et qui donne à peu près aux parois de ces cheminées d’éjection l'aspect de trous taillés à l’emporte-pièce ? Faut-il, comme on l’a fait, l’attribuer à la multiplicité des orifices et à la fluidité des matières, qui auraient assuré l’équilibre général ? L’explication me paraît insuffisante ; faut-il y ajouter l’hypothèse d’un état général de plasticité des roches sédimentaires, provenant de ce qu’elles étaient encore immergées au moment des éruptions, pénétrées prohablement aussi en dessous de vapeur d’eau par le réservoir souterrain qui

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alimentait ces dernières, de façon que toute la croûte terrestre aurait été en ce point et à ce moment-là facilement attaquable par la poussée éruptive? Je l’ignore : ce ne sont là que des conjectures, auxquelles on en sera probablement réduit longtemps encore, et qui n’expliquent le fait que très insuffisamment.

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