‹ Encyclopédie chimique. Tome II.- Métalloïdes. Complément 2ème partieChapitre 6 sur 114 · A. - SYSTÈME CRISTALLIN · texte numérisé non relu

A. - SYSTÈME CRISTALLIN

Le diamant cristallise dans le premier système en ce sens que ses cristaux affectent la forme du cube ou ses dérivées ; mais il nefaudrait pas en conclure, comme on le faisait naguère, qu’il possède un réseau unique cubique ou, en d’autres termes que ses molécules intégrantes sont toutes identiques et du système régulier.

Les remarquables travaux de M. Mallard ont montré en effet que de nombreuses anomalies optiques, et particulièrement la biréfringence observée dans les cristaux du premier système, s’expliquent facilement par ce fait qu’un même réseau, à forme primitive limite, peut prendre dans l’édifice cristallin des positions diverses sans que ce trouble interne se manifeste d’une manière apparente dans le polyèdre extérieur.

LE DIAMAKT.

En d’autres termes, un individu cristallin simple en apparence peut en réalité être formé par la combinaison ou l’assemblage de cristaux de forme presque semblable, mais pas rigoureusement identique, placés dans des positions différentes et recouverts, en quelque sorte, par une gaine d’apparence uniforme.

« L’édifice ainsi construit, dit M. Mallard, est plus symétrique que les matériaux qui le composent.

Imaginons avec Ilaüy l’édifice cristallin formé par une infinité de petites pierres de taille parallélipipédiques toutes égales entre elles. L’empilement régulier, ne laissant aucun vide entre les matériaux, ne peut se faire que d’une seule façon, et l’édifice possède alors exactement la même symétrie que le parallélipipède : c’est le cas théorique.

Supposons maintenant que le petit parallélipipède ait une forme limite, qu’il soit, par exemple, à peu près cubique sans l’être tout à fait ; on peut le tourner de douze façons différentes en plaçant successivement chacune des douze arêtes parallèle à une même direction, et dans ces douze positions, les petits cuboïdes ne se superposent à eux-mêmes qu’à peu près. Théoriquement, ils ne peuvent donc entrer, sans que leur orientation soit modifiée, dans un empilement cristallin régulier.

Mais ces petits cuboïdes ont, les uns par rapport aux autres, les mêmes relations que celles qui existent entre les petits parallélipipèdes qui servent de molécules intégrantes à des substances isomorphes. Or l’expérience nous apprend que bien que ces parallélipipèdes ne soient pas exactement, mais à peu près seulement, superposables l’un à l’autre, la nature en tolère cependant la présence simultanée dans le même édifice cristallin. Quelles que soient les l’aisons de cette tolérance, elles s’appliqueront à nos douze petits cuboïdes, qui, sans changer d’orientation, et en restant, par conséquent, distincts les uns des autres, peuvent se rencontrer dans le même cristal. Nous pouvons donc trouver des édifices cristallins formés d’une substance chimique unique, mais dans lesquels les matériaux qui ont servi à les élever, au lieu d’être d’une seule nature, comme dans le cas théorique, seront de douze natures différentes. »

Je ne suivrai pas M. Mallard dans les belles déductions qu’il tire de cette théorie au point de vue de la constitution intime des cristaux, déductions qui sont étrangères à notre sujet. Son principal moyen d’investigation a consisté à tailler dans les différentes substances qu'il voulait étudier des plaques minces qu’il soumettait ensuite au microscope polarisant. Le haut prix du diamant ainsi que sa grande dureté rendraient ces observations fort coûteuses, et elles n’ont point été faites jusqu’ici, au moins d’une façon systématique, comme M. Mallard les a faites pour diverses substances telles que l’amphigènc, la boracite, la sénarmontite, l’analcime, la fluorine, l’alun, plusieurs espèces de grenat, etc., dont on connaît maintenant la forme des molécules intégrantes. Pour le diamant, ce point n’a pas encore été élucidé; mais on peut déduire de quelques faits de biréfringence qui ont été observés que, pour lui comme pour la plupart des autres substances qui cristallisent dans le système régulier, la symétrie de ses molécules intégrantes est d’ordre inférieur à celle de l’édifice cristallin extérieur, at que par conséquent sa symétrie cubique n’est qu'apparente; les formes d’un

20 ESCYCLOPÉDIK CHIMIQUE.

assez grand nombre de cristaux à peu près inexplicables dans ce système, et ■dont il sera question plus loin, fendraient même à faire supposer que sa véritable symétrie est rhomboédrique.

Page 1