B. TRAVAIL DE LA TAILLE
Le travail de la taille, tel qu’il se pratique aujourd’hui, comprend trois opérations distinctes ; le clivage, le brutage et le polissage.
Le clivage ne peut naturellement se faire que parallèlement aux faces de l’octaèdre : il sert à dégrossir en quelque sorte le cristal et à rapprocher sa forme de la forme définitive qu'on désire lui donner. Voici comment on procède d’après MM. Jacobs et Chatrian, auxquels j’emprunte les détails suivants, bien souvent reproduits du reste dans les ouvrages spéciaux.
L’ouvrier fixe le diamant à cliver à l’extrémité d’un liâton et dans la position la plus convenable, au moyen d'un ciment composé de colophane, de mastic et do sable fin. Présenté à la flamme d’un bec de gaz, ce mastic s’amollit et on y enchâsse la pierre qu’il maintient très solidement en se refroidissant.
A d’autres bâtons et par le même moyen, il fixe des lames à bords tranchants de diamants déjà clivés.
Prenant alors de la main droite le bâton qui porte la pointe tranchante et de la main gauche celui où se trouve le diamant à cliver, il les appuie par le milieu sur une boîte qui est solidement vissée à sa table de travail et formant ainsi levier, il frotte l’un contre l’autre les deux diamants jusqu’à ce que la pierre tranchante ait fait à l’autre une entaille au point et suivant le sens voulu. 11 utilise ainsi l’une après l’autre deux ou trois lames ; la première pour faire l’entaille, la deuxième pour la régulariser, la troisième pour la terminer nettement et d’une manière tranchante sur une seule lame de clivage. Tout cela dure fort peu de temps.
Tenant ensuite de la main gauche et en môme temps le bâton de la pierre à cliver et un couteau d'acier dont il a mis au préalable le trancbant dans l’enlaille, il donne de la main droite, avec une baguette de fer, et dans la direction convenable, un coup sec sur le dos du couteau et le diamant se sépare nettement dans le sens du clivage. Le bâton doit dans celte opération rester bien d’aplomb, et on l’enfonce pour plus de facilité dans une plaque de plomb qui se trouve en avant de la table sur laquelle on opère.
Le clivage n’est pas toujours nécessaire ; on y a recours soit pour enlever les parties défectueuses d’un cristal (taches, givres, etc.), soit pour le rapprocher plus ou moins de la forme octaédrique qui est la base de la taille en brillant, soit pour faire des lames plus ou moins épaisses destinées à devenir des roses ou des tables : il exige beaucoup d’expérience et une grande habileté de main : les bouts qui en proviennent servent le plus souvent à faire des roses.
KNCVCLOPÉDIE CHIMIQUE.
Le brutage sert à obtenir une approximation beaucoup plus grande de la forme définitive qui est par là définitivement ébauchée : il s’opère uniquement par le frottement de deux diamants l’un sur l’autre.
Pour cela, on fi;ie solidement deux cristaux sur un manche de bois comme on le fait pour le clivage, et on les frotte jusqu’à ce qu’ils aient grossièrement produit l’un sur l’autre la facette désirée : le travail se fait sur une boîte dont les chevilles de cuivre servent d’appui au bâton de Véhruteur, et qui s’appelle égrisoir parce qu’elle est en même temps destinée à recevoir Végrisée ou poudre produite par le frottement.
Ce travail est pénible et exige l’emploi de toutes les forces de l’ébruteur qui, pour protéger ses mains, se sert ordinairement d’un gant de cuir épais ; aussi a-t-on essayé de faire exécuter cette opération à la machine. Un diamant animé d’un mouvement rapide de va-et-vient entame le diamant brut qui est porté sur un chariot pouvant prendre toutes les positions nécessaires : le travail à la main, plus délicat, est généralement préféré.
Le polissage qu’on appelle aussi quelquefois taille prend la pierre ainsi èbrutée dont les faces sont rugueuses et dépolies, et lui donne le lustre définitif.
Pour cela, elle est d’abord enchâssée dans un mélange de plomb et d’étain: cette opération est faite par un aide nommé sertisseur, qui chauffe la soudure à un bec de gaz jusqu’à ce qu’elle soit molle, et en remplit une sorte de coquille en cuivre à tige solide en lui donnant à l’extrémité une forme conique : il place le cristal au sommet du cône de manière que le côté à polir dépasse un peu la soudure.
La coquille est alors pincée dans une sorte de tenaille en acier solidement fixée au bâti de l’établi et présentée verticalement à une roue horizontale qui tourne avec une extrême rapidité, à plus de 2000 tours par minute. Cette roue est en acier doux et couverte d’égrisée délayée dans de l’huile d’olive très fine et provenant soit de l’égrisoir, soit du pilon où l’on broie à cet effet des rebuts ou du boort. Le frottement de la roue contre la facette du diamant qu’on lui présente lui donne le poli cherché : quand une facette est polie, on le dessertit, on le ressortit à nouveau suivant un autre sens et on en polit une autre.
Ce travail qui finit le diamant demande d’abord un métal bien approprié pour la fabrication de la meule, et qui ne soit ni trop dur parce que la poudre du diamant ne s’y enfoncerait pas assez, ni trop mou parce qu’elle s’y enfoncerait trop et ne produirait pas son effet : de plus il exige chez l’ouvrier une grande habileté, beaucoup de goût et de précision, et surtout la connaissance du fil de la pierre.
11 y a longtemps qu’on sait que dans l’opération du polissage il n’est pas indifférent de présenter le diamant à la roue de telle ou telle façon pour polir chaque facette : présentée dans un certain sens, elle se polit facilement; présentée dans un autre, elle est beaucoup plus difficile à user, creuse une rainure plus ou moins profonde dans la meule en la mettant quelquefois hors de service, et dans tous les cas ne se polit jamais ; la déviation la plus légère
LE DIAMAST. 251
suffit pour empêcher d’obtenir le résultat que l’on cherche : c’est dans ce phé-
Fig. 105. — Mise en huit et brillantage des pierres quatre ^Jointes. nomène, connu depuis longtemps des tailleurs de diamant qui prélendaient
Fig. 104. — Mise en huit et brillantage des pierres deux pointes. qu'il fallait trouver le /?/ de la pierre, que résidait tout le secret si bien gardé
Fig. lOo. — Mise en six et brillantage des pierres triangulaires. pendant plusieurs siècles par les Hollandais. .4ujourd’hui ce secret n’en est
plus un, mais je iie crois pas qu’on ait jamais indiqué au public le sens dans lequel le fil doit être pris : on le trouvera indiqué dans les figures 103 à 105. dessinées d’après les croquis de M. Iladou, directeur de la taillerie Roulina, et que je dois, comme beaucoup d’autres renseignements intéressants contenus dans ce volume, à l’obligeance de M. Lobstein. Dans ces figures, la direction des flèches indique le sens (ou les sens, car il y en a quelquefois plusieurs) dans lequel il faut prendre les facettes pour tailler en huit et en brillant de trente-deux les cristaux quatre -pointes (octaèdres et leurs dérivés), trois pointes ou triangulaires (pierres hémiédriques et hémitropiques, nahtsteine) et deux pointes (pierres hémiédriques avec allongement de l’axe ternaire).
Ces termes techniques, employés par les tailleurs de diamant, proviennent de ce qu’après la taille ces cristaux conservent quatre, trois, ou deux angles naturels, ainsi qu’on le verra plus loin ; on y trouve une preuve évidente de la dureté variable des pierres soit suivant l’orientation des facettes, ainsi qu’en témoignent les deux coins durs et les deux coins tendres de la ligure 104, soit dans chaque facette suivant la direction, puisque chacune d’elles ne se laisse tailler que dans deux ou trois sens bien déterminés.
On comprend combien cette curieuse propriété, encore fort mal expliquée, car on ne trouve pas de relation évidente entre le sens des flèches et la direction des plans de clivage, complique la taille du diamant : il arrive souvent eu effet qu’une pierre se compose de deux ou trois cristaux accolés et orientés de façon différente : le polissage est dans ce cas beaucoup plus difficile. Cependant on y arrive en prenant le sens du diamant principal qui, suivant l’expression des hommes du métier, entraîne les autres. On trouve même certaines pierres qui ne paraissent pas enchevêtrées à la surface, c’est-à-dire dont la cristallisation paraît simple et l’orientation des molécules unique, et qu’on ne peut cependant jamais arriver à polir par suite de la constitution intime du cristal.