‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 11e cahierChapitre 189 sur 233 · KERMÈS · texte numérisé non relu

KERMÈS

Ce composé, utilisé depuis longtemps en médecine, était déjà préparé par Glauber en 1058. Léméry, en 1707, en indiqua un mode de préparation. Plus tard, deux moines, La Ligerie et Simon, vendirent au gouvernement français le secret de la préparation du kermès, qu’ils appelaient pulvis carthusianorum. Cluzel, en 1800, gagna le prix offert pour la meilleure méthode de préparation de ce produit.

Le kermès, préparé par les anciennes méthodes, contient un mélange, en proportions variables, de sulfure d’antimoine amorphe, d’oxyde et de sulfoanlimonite d’antimoine. A cause de cela, c’est un remède incertain dans ses effets et peu employé maintenant, tandis qu’il y a un siècle c’était un remède des plus précieux. On le préparait autrefois en faisant bouillir du sulfure d’antimoine naturel, grossièrement pulvérisé, avec une solution d’un carbonate alcalin. La solution bouillante était décantée pour séparer le liquide du sulfure non dissous, puis soumise à un refroidissement lent ; le kermès se précipitait à l’état de poudre rouge brun.

Cluzel étudia avec le plus grand soin les divers modes de préparation du kermès, et détermina dans un important mémoire les conditions dans lesquelles il fallait se placer, pour obtenir à coup sûr, un produit d’éclat velouté et d’une belle couleur rouge, propriétés physiques qui passaient comme caractéristiques d’un kermès de bonne qualité.

Voici du reste quelques-unes des nombreuses méthodes proposées pour la préparation du kermès.

Méthode de Cluzel. — On dissout 128 parties de carbonate de soude cris-

ANTIMOINE

allisé, (d’après Cluzel le carbonate de. soude donne un produit d’une plus belle couleur que le carbonate de potasse) dans 10 ibis son poids d’eau; on fait bouillir cette solution de trente à cinquante minutes avec 6 parties de sulfure d’antimoine finement pulvérisé. La liqueur est filtrée bouillante, puis laissée refroidir lentement.

Le produit que l’on obtient ainsi est connu dans le commerce sous le nom de kermès Cluzel et est employé dans la médecine vétérinaire comme purgatif.

L’ancien Codex français indique :

6 grammes de sulfure d’antimoine porphyrisé;

126 grammes de carbonate de soude cristallisé;

1260 grammes d’eau.

on fait bouillir pendant une heure et quart.

D’après Méliu, cette longue durée de l’ébullition est inutile, un quart d’heure d’ébullition au plus donne un produit d’un plus bel aspect, et en quantité au moins égale. L’ébullition a d’autant moins besoin d’être de longue durée, que l’on emploie du sulfure d’antimoine en poudre plus fine. Quelques minutes suffisent quand le sulfure est réduit en poudre impalpable. Si les anciens chimistes ont tous recommandé une longue ébullition, cela tient à ce qu’ils employaient du sulfure d’antimoine grossièrement pulvérisé.

D’ailleurs, en employant les proportions du Codex, le sulfure n’est jamais complètement dissous, on peut en doubler la dose, sans augmenter le rendement en kermès.

Le kermès n’est pas d’autant plus beau, d’autant plus velouté, que le refroidissement de la liqueur mère a été plus lent. C’est le tamisage de ce produit, à travers un tissu serré, qui est la cause du beau velouté. Ce dernier augmente quand on regarde le kermès de plus en plus obliquement sur une feuille de papier. Il n’a d’ailleurs aucune valeur sérieuse.

Si l’on sépare le kermès déposé à différentes températures, d’après Méhu, jusqu’à 70 degrés on n’a aucun dépôt; au-dessous de 70 degrés, la liqueur se trouble, brunit; à 65 degrés, elle contient beaucoup de flocons ; à 60 degrés, le dépôt est devenu très abondant. En séparant le kermès déposé entre 70 et 35 degrés, on a un produit très riche en couleur, tirant sur le violet; les produits qui se déposent au-dessous de 32 degrés sont incomparablement moins colorés et plus riches en oxyde d’antimoine.

D’après les prescriptions du nouveau Codex, il faut, en conservant les proportions anciennes, réduire à quinze minutes la durée de l’ébullition, séparer le kermès qui se dépose au-dessus de 35 degrés, et laisser le refroidissement libre, c’est-à-dire ne rien faire pour le ralentir.

D’après le Codex prussien, on prend 1 partie de sulfure d’antimoine, 12 parties de carbonate de soude, 120 parties d’eau. On fait bouillir pendant deux heures, en remplaçant l’eau évaporée; on filtre la solution bouillante, le liquide étant recueilli dans un vase plein d’eau bouillante.

Le sulfure d’antimoine cristallisé se dissolvant lentement,même à l’ébullilion, dans les solutions des carbonates alcalins, il est avantageux, d’après Liebig, de

le remplacer, pour la préparation du kermès, par du sulfure amorphe, dont la dissolution est beaucoup plus rapide.

Procédé, de Liebig. — On dissout 2,7 parties de carbonate de soude cristallisé dans 102 parties d’eau, et l’on fait bouillir avec 1 partie de sulfure d’antimoine amorphe qui se dissout intégralement ; par refroidissement, il se sépare du kermès. Comme le sulfure d’antimoine dissous se sépare presque entièrement par refroidissement, la solution filtrée, qui peut encore servir, est remise à bouillir avec une nouvelle partie de sulfure d’antimoine ; par refroidissement, il se dépose encore du kermès; on renouvelle cette opération une troisième fois.

Les trois précipités obtenus sont lavés séparément et soigneusement à l’eau froide, puis mélangés exactement et séchés à l’ombre à une douce température.

PROPRIÉTÉS Dü KEKMÈS

Le kermès obtenu par l’une des méthodes précédentes est une poudre rouge brun, composée principalement de sulfure d’antimoine amorphe. Elle contient en proportions variables de l’oxyde d’antimoine, de l’antimonite de soude et des traces du sulfosel alcalin (NaS.SbS 3 ).

L’oxyde d’antimoine, dont une partie est à l’état d’antimonite de soude, se trouve mélangé au kermès sous forme de petits cristaux octaédriques, incolores et transparents, comme le montre l’analyse microscopique. Ces cristaux, d’après Terreil, sont de l’antimonite de soude hydraté de formule Na0,Sb0 3 ,6IIO; ce sont des octaèdres dérivant d’un prisme à base carrée.

La proportion d’oxyde d’antimoine, contenue dans le kermès, est très variable et dépend de la méthode de préparation. Ainsi, dans le procédé de Liebig, le kermès qui se précipite de la solution de carbonate de soude,dans la première opération, est presque exempt d’oxyde d’antimoine; la deuxième portion du précipité, qui provient de la deuxième ébullition, en contient davantage, la troisième encore plus.

D’après les analyses de Sonnenberg :

Le premier précipité renferme 0,08 d’oxyde d’antimoine.

Le deuxième — 0,33 —

Le troisième — 0,43 —

Le quatrième — 0,07 —

C’est pour ce motif qu’il faut mélanger intimement les différentes portions obtenues successivement.

La composition du kermès dépend aussi du soin avec lequel on failles lavages.

Voici le résultat des analyses de Rose :

Kermès obtenu par ébullition du sulfure d’antimoine avec du carbonate de soude ; dessiccation incomplète :

ANTIMOINE

Sli. 67,81

Na. 1,33

Page 1