BROMURE CUIVREUX
Modes de formation. — En introduisant une feuille de cuivre dans un petit matras, chauffant au rouge sombre, et y laissant tomber du brome goutte à goutte, ce dernier se combine au cuivre avec incandescence (1). On redissout] la masse fondue dans de l’acide bromhydrique aqueux, qui s’empare du cuivre non combiné, et on précipite le bromure cuivreux par l’eau (Lœwig). On peut encore l’obtenir en calcinant le bromure cuivrique (Rammelsberg).
Le bromure cuivreux fondu se prend, par le refroidissement, en une masse d’un gris-verdâtre, à cassure cristalline. En plaques minces, il est translucide.| Sa densité est de 4,72. Fortement chauffé dans un tube, il fond sans se décom^ï poser; mais au contact de l’air dans un creuset, il se volatilise en donnant.^ des vapeurs qui colorent la flamme en vert, et il reste dans le creuset de l’oxyde de cuivre (Berthelet).
Le bromure cuivreux est insoluble dans l’eau, soluble dans l’ammoniaque,^ l’acide chlorhydrique et bromhydrique. L’acide sulfurique et l’acide acétique' sont sans action sur lui. L’acide nitrique l’attaque avec dégagement de vapeui|| nitreuses. La solution du bromure cuivreux dans l’acide bromhydrique est décomposée par le sulfate de fer, avec formation d’un dépôt de cuivre (Lôwig)>i
Cu^Br^ + 3 FeO.SQs = 2 Cu -J- Fe^O^S SO^ -f FeBr. ' ;■
(1) Berthelet, Annales de chimie et de physique;t. XLIV, p. 385, * a
D’après Renault, une plaque de cuivre plongée dans une solution d’un bromure capable de lui céder du brome (bromure de potassium, bromure cuivrique, ferrique, etc.), se recouvre d’une couche blanche cristalline de bromure cuivreux, que la lumière solaire colore enbleu.L’hyposulfitede soude, le chlorure de sodium, dissolvent le bromure qui n’a pas subi l’action de la lumière, mais n’agissent pas sur le bromure insolé.
BROMURE CUIVRIQUE
Modes de formation. — En dissolvant l’oxyde de cuivre dans l’acide bromhydrique, ou le cuivre dans un mélange de cet acide et d’acide nitrique, on obtient une solution verte de bromure cuivrique, devenant marron par la concentration. En évaporant jusqu’à pellicule, on obtient un dépôt cristallin ; par évaporation spontanée, il se forme au contraire des aiguilles d’un jaune verdâtre (Berthelet). D’après Lôwig, ce sont des prismes droits rectangulaires. Ces cristaux sont déliquescents, et doiînent avec l’eau une dissolution d’un vert-émeraude. En desséchant cette solution dans le vide, en présence de l’acide sulfurique, on obtient des cristaux de bromure anhydre, semblables aux cristaux d’iode. Cette dissolution, évaporée à sec et fondue à une chaleur modérée, fournit également le bromure anhydre ; il a alors une couleur d’un gris métallique, semblable à la plombagine.
Chauffé au rouge, le bromure cuivrique perd la moitié de son brome et se transforme en bromure cuivreux. Il donne avec l’ammoniaque des bases qui sont décrites plus loin.
Oxyhromure. — En précipitant incomplètement par l’ammoniaque une dissolution aqueuse de bromure cuivrique, on obtient un précipité bleu pâle qui se déshydrate aisément, et se transforme par la calcination en une masse grise d’oxybromure de cuivre.
Balard, en agitant l’oxyde de cuivre avec de l’eau bromée, a obtenu un corps vert-olive, insoluble dans l’eau. C’est probablement un mélange d’hypobromite et d’oxybromure de cuivre. L’ammoniaque le décompose avec dégagement d’azote ; les acides en dégagent du brome. Chauffé à 100 degrés, il donne de l’oxybromure en perdant de l’oxygène, du brome et de l’eau.
lODURÉ CUIVREUX
Modes de formation. — On l’obtient : 1° en chauffant de l’iode avec du cuivre très divisé, ou en plongeant une lame de cuivre dans une solution d’iode (Renault). Les cristaux formés sont peu altérables à la lumière ; 2° en dissolvant le cuivre dans l’acide iodhydrique concentré (H. Rose) ; 3° en précipitant la solution du chlorure cuivreux dans l’acide chlorhydrique, par l’iodure de
potassium ; 4” en précipitant le sulfate de cuivre par l’iodure de potassium; la moitié de l’iode est mise en liberté, on s’en débarrasse par l’alcool :
2 Cu0,S03 + 2 Kl = 2R0,S03 + Cu®! + I.
Pour éviter la formation d’iode libre, il vaut mieux opérer la précipitation en présence d’acide sulfureux (Duflos), ou de sulfate ferreux (Soubeiran) :
2Gu0,S03 + 2Fe0,S03 + Kl = KO,SO^ + Fe^O^.SSO^ + Cu^I.
5“ Becquerel l’a obtenu cristallisé par l’électrolyse. Meusel, en faisant agir l’acide iodhydrique contenant de l’iode libre, sur le cuivre, ou mieux, par l’action de l’acide iodhydrique sur le sulfure cuivreux, a obtenu des tétraèdres d’un jaune-verdâtre clair, devenant plus foncés à la lumière (1).
L’iodure cuivreux est une poudre grise, contenant un équivalent d’eau. Sa densité est de 4,41. Chauffé, il perd son eau de cristallisation, puis fond en une masse brune, donnant une poudre verdâtre. L’hydrogène ne le décompose pas au rouge. Le peroxyde de manganèse, l’acide nitrique, l’acide sulfurique, l’attaquent en donnant de l’iode et de l’oxyde cuivrique. Bouilli avec de l’eau et du zinc, de l’étain ou du fer, il donne du cuivre métallique et un iodure (Berthelet).
Les alcalis et les carbonates alcalins en séparent de l’oxydule de cuivre, en se transformant en iodures. Les terres alcalines ainsi que l’alumine sont sans action sur lui.
L’iodure cuivreux, insolé ou non, est insoluble dans les solutions de sel marin, de sulfite de soude, de bromure de potassium et de sel ammoniac; mais il se dissout dans l’ammoniaque, l’hyposulfite de soude, le cyanure de potassium et les acides minéraux étendus (Renault).
L’iodure cuivreux forme des bases avec l’ammoniaque (voy. p. H2).
Il existe une combinaison d’iodure cuivreux et d’iodure mercureux, connue sous le nom A’iodomeixurate cuivreux. On en trouvera la description à l’article consacré au mercure.
IODURE CUIVRIQUE
M. Jôrgensen a vu que l’iodure cuivreux, après une digestion prolongée, à la température de 30 degrés, avec une solution alcoolique d’iode, finit par s’y dissoudre. Pour 9 équivalents d’iode contenus dans la teinture alcoolique, il se dissout un équivalent d’iodure cuivreux. L’eau ne trouble point cette dissolution, mais l’iodure de potassium en précipite de l’iodure cuivreux. Agitée avec du mercure, elle donne de l’iodure mercureux, et la liqueur .filtrée, qui est colorée en vert, laisse déposer des prismes rouges d’iodomercurate cuivreux.
(1) Berichte der Deutschen Chemischen Gesellscluift, t. III, p. 123.
Cette solution brune, traitée par l’ammoniaque, donne des bases ammoniacales (voy. p. H2).
FLUORURE CUIVREUX (Gu^Fl)
Ouand on verse de l’acide fluorhydrique aqueux sur de l’hydrate cuivreux, celui-ci prend à l’instant même la couleur du cuivre métallique. Ce changement de coloration est dû à la formation de fluorure cuivreux. Pour éviter qu’il ne s’oxyde, il faut se hâter de le laver à l’alcool, l’essorer entre des doubles de papier et le sécher. C’est un corps rouge. Il fond en se colorant en noir; mais il reprend sa couleur primitive par le refroidissement.
A l’état sec, il est inaltérable à l’air ; humide, il jaunit rapidement par suite de sa transformation en oxydule et en fluorure cuivrique :
2 Cu^Fl -1-0=2 CuFl + Cu^O.
Par une exposition prolongée à l’air, ce mélange subit une oxydation plus profonde, et donne un fluorure cuivrique basique de couleur verte :
2 CuFl + Cu^O -f 0 = 2 (CuO.CuFl).
Le fluorure cuivreux est insoluble dans l’eau et dans l’acide fluorhydrique aqueux. Il se dissout dans l’acide chlorhydrique, en donnant une dissolution noire ; l’addition d’eau en précipite une poudre blanche, qui se colore bientôt en rose.
FLUORURE CUIVRIQUE (CuFl-l-2H0)
On l’obtient en dissolvant l’oxyde ou le carbonate cuivrique dans un excès d’acide fluorhydrique, et évaporant la liqueur bleue. Il reste une croûte cristalline bleue, composée de cristaux mal définis, contenant 2 équivalents d’eau de cristallisation. Ce sel est très soluble dans une petite quantité d’eau froide. En ajoutant un excès- d’eau et en chaulfant la dissolution, il se forme un sel basique (Berzelius).
Oxyfluorure. — Ce sel basique constitue une poudre verte, insoluble dans l’eau, ayant pour composition CuO,CuFl,HO. 11 se forme, comme on vient de le voir, par l’action de l’eau sur le fluorure cuivrique. On l’obtient encore en ajoutant un excès de carbonate de cuivre à une solution d’acide fluorhydrique, et chauffant quelque temps le mélange (Berzelius).
ENCYCLÜP.
FLDORTOES DOUBLES
Le fluorure cuivrique donne des combinaisons cristallisées avec les fluorures de potassium, d’aluminium, de bore, de silicium, de titane, de zircone, de tantale et de niobium.
Fluorure cuprico-potassique (KFl,CuF). — Ce sel est en cristaux grenus, d’un bleu-verdâtre pâle, très solubles dans l’eau.
Fluorure cuprico-aluminique (APF^GuF). — Il cristallise en prismes d’un bleu-verdâtre pâle, se dissolvant lentement dans l’eau. L’ammoniaque en précipite une combinaison d’alumine et d’oxyde cuivrique (Berzelius).
Fluorure borico-cuivrique (BoF®,CuF). — On le prépare en précipitant le fluorure double de bore et de baryum par le sulfate de cuivre, filtrant et évaporant la liqueur. Il cristallise en aiguilles, d’une couleur bleu clair, très hygrométriques.
Fluorure titanico-cuivrique (CuF,TiF®,4'H0). — Il cristallise en aiguilles ou en tables monocliniques (Marignac). Il est très soluble dans l’eau, qui le décompose partiellement. On le prépare en mêlant les dissolutions des deux sels.
Fluorure de cuivre, de titane et d'ammonium [(CuF,TiF)^,AzH*F,8H0].— On prépare ce composé en ajoutant du fluorure d’ammonium à la dissolution du sel précédent. Par l’évaporation spontanée, on obtient des cristaux quadratiques, efflorescents, entièrement solubles dans l’eau froide (Marignac).
Fluorure de cuivre, de titane et de potassium [(CuFl, TiF)^KF,8H0]. — Beaux cristaux bleus, semblables aux précédents, très peu solubles (Marignac). •
Fluosilicate cuivreux (Cu^F,SiF). — On l’obtient en dissolvant l’oxydule de cuivre dans l’acide fluosilicique. C’est une poudre rouge, insoluble, tout à fait semblable au fluorure cuivreux, et se comportant de même quand on l’expose à ] l’air à l’état humide. Sous l’action de la chaleur, il fond, puis se décompose en dégageant du fluorure de silicium. ^
Fluosilicate cuivrique (CuFl,SiF). — On ne le connaît pas à l’état anhydre, maison a décrit deux hydrates contenant: l’un 4, l’autre 6 équivalents d’eau , de cristallisation :
1° CuF,SiF,4H0. — Cristaux monocliniques; ils se décomposent par la chaleur en un résidu d’oxyfluorure de cuivre. I
2° CuF,SiF,6H0. — Il s’obtient en dissolvant l’hydrate cuivrique dans l’acide • hydrofluosilicique. Par l’évanoration spontanée, la liqueur laisse déposer des j
cristaux bleus, affectant la forme de rhomboèdres ou de prismes hexaèdres (Berzelius).
On le prépare encore : en introduisant dans de l’alcool silicé de l’oxyde cuivrique noir, obtenu par précipitation, et lavant le produit de la réaction avec de l’alcool absolu (Knop et Wolf) (1) ; ou bien, en chauffant un équivalent de fluosilicate de baryum avec un équivalent de sulfate de cuivre, filtrant et évaporant (Stolba).
Les analyses deMarignac assignent à ce sel 6 équivalents d’eau de cristallisation, tandis que, d’après Stolba, sa composition serait représentée par la formule moins probable ;
2(GuF,SiF2), 13 HO.
Ces cristaux appartiennent au système rhomboédrique pdi angles pp au sommet = 125” 30'. Leur densité est égale à 2,1576 à 19 degrés. Ils se dissolvent à 17 degrés dans 0,427 partie d’eau. Peu solubles dans l’alcool concentré, ils le sont davantage dans l’alcool faible.
D’après Stolba, les cristaux qui se forment en ajoutant de l’alcool fort à la dissolution du fluosilicate dans l’alcool étendu, contiennent 5 1/2 équivalents d’eau. A100 degrés, le sel se déshydrate complètement; à 125 degrés, il perd un peu de fluorure de silicium.
Fluozirconates de cuivre. — M. Marignac a décrit deux fluozirconates cuivriques, dans lesquels les rapports du fluorure cuivrique et du fluorure de zirconium sont respectivement : 3 : 4 et 2 : 2 (2).
Fluozirconate sesquicuprique (3CuF,2Zrl'’%16HO). — On obtient cet hydrate en faisant dissoudre du carbonate de cuivre dans une dissolution acide de fluorure de zirconium. Il est en beaux cristaux bleus, formant des tables rhomboïdales obliques, solubles dans l’eau. Si on ajoute à la dissolution un excès de fluorure de zirconium, on obtient, à côté des cristaux de fluozirconate cuprique, des croûtes cristallines d’un bleu pâle, presque insolubles dans l’eau, qui paraissent être du fluorure de zirconium.
Fluozirconate bicuprique (2GuF,ZrF^12HO). — 11 se produit facilement, quand on ajoute de l’acide fluorbydrique et du carbonate de cuivre à la dissolution du sel précédent. Il cristallise en beaux 'prismes rhomboïdaux obliques, d’une couleur bleue. Il est soluble dans l’eau froide. Cette dissolution se trouble par l’ébullition, en donnant un précipité de fluorure de cuivre, et laisse déposer ensuite des cristaux de fluozirconate sesquicuprique.
Fluoxyniobiate de cuivre (NbOF^CuF,4 HO). — Marignac l’a obtenu en
(1) Chemisches Centralblatt (1861), p. 898.
(’i) Annales de chimie et de physique (3), t. LX, p. 297-
octaèdres d’un beau bleu, dérivant d’un prisme rhomboïdal oblique. Ce sel est très soluble et ne perd pas d’eau par la dessiccation à 100 degrés (1).
Fluotanialate de cuivre (TaF5,CuF,4HO). — Ce sel s’obtient facilement, en ajoutant de l’oxyde de cuivre à une dissolution d’acide tantalique dans un excès d’acide fluorhydrique. Il cristallise difficilement par suite de sa grande solubilité; néanmoins Marigiiac l’a obtenu une fois en beaux cristaux rhomboldaux bleus. 11 est déliquescent. Séché à 100 degrés, il ne perd qu’une partie de son eau; il se dégage en même temps de l’acide fluorhydrique, et le résidu ne se redissoul plus complètement dans l’eau. Avant d’avoir subi cette dessiccation, les cristaux donnent, au contraire, une solution limpide (2).
Fluoxytungstate de cuivre (CuFF,W0®FF,4H0).— Il cristallise en prismes rhomboïdaux obliques, isomorphes avec le fluotitanate de cuivre. Ghaufl'é audessus de 100 degrés, il perd de l’eau et de l’acide fluorhydrique. Une calcination prolongée à l’air le transforme en tungstate (Marignac).
SÉLÉNIURE CUIVREUX (Cu'Se)
Ce composé existe dans la nature ; c’est la berzeline. On le trouve en masses d’éclat métallique d’un blanc d’argent, d’une densité de 6,71.
On le prépare en chauffant au rouge le cuivre et le sélénium, ou en calcinant le séléniure cuivrique à l’abri de l’air (Berzelius). Parkman l’a obtenu en chauffant une dissolution d’un sel de cuivre, additionnée d’acide sulfureux, avec du sélénium rouge (3).
SÉLÉ.\IURE CUIVRIQUE (CuSe)
On l’obtient en traitant une dissolution de sulfate de cuivre par l’hydrogène sélénié; il se précipite des flocons noirs, qui deviennent verdâtres par la dessiccation, et prennent l’éclat métallique par le frottement. En faisant passer des vapeurs de sélénium sur du cuivre légèrement chauffé, M. Little a obtenu ce composé en masses cristallines d’une densité égale à 6,665. Au rouge, le séléniure cuivrique perd la moitié du sélénium combiné, et donne du séléniure cuivreux (Berzelius).
TELLURURES DE CUIVRE
En chauffant le cuivre elle tellure, Berzelius a obtenu une poudre rouge pâle.
(1) Annales de chimie et de physique (i), t. VllI, p. 42.
(2) /bid. (4), t. IX, p. 274.
(3) Répertoire de chimie pure (1862), p. 414.
Parkman, en faisant bouillir une dissolution d’acétale de cuivre en présence de tellure précipité, a obtenu le composé Te^Cu^, sous forme d'une poudre noire. A froid, en présence d’acide sulfureux, l’action a déjà lieu, et il se forme un précipité noir de lellurure, TeCu.
AZOTURE DE CUIVRE (Cu^Az)
Nous avons décrit, au début de cette étude, l’action de l’ammoniaque sur le cuivre chauffé au rouge. Dans ces conditions, le poids du cuivre n’est pas sensiblement modifié ; on ne peut donc admettre qu’il y ait eu formation d’un azoture de cuivre. Cependant le gaz ammoniac, par son passage sur le métal, se décompose en hydrogène et azote ; le cuivre, soumis à ce traitement, est devenu poreux, cassant, et sa densité est descendue à 5,5.
Ampère, Despretz expliquaient ces phénomènes, en admettant qu’il se formait un azoture qui se détruisait aussitôt.
Quoi qu’il en soit de ces hypothèses, l’existence d’une combinaison de cuivre et d’azote est aujourd’hui hors de doute. On l’obtient en chauffant l’oxyde cuivrique, obtenu par précipitation, dans un courant de gaz ammoniac sec, à la température de 265 degrés. Il se forme de l’eau et de l’azote. Une moitié de l’ammoniaque réduit d’abord l’oxyde cuivrique à l’état d’oxydule ; l’autre moitié agit ensuite sur l'oxyde cuivreux pour le convertir en azoture de cuivre. La transformation de l’oxyde n’est jamais complète, quelle que soit la durée de l’expérience.
L’azoture de cuivre est une poudre foncée, d'un vert-olive. Il se décompose, vers 300 degrés, en azote et cuivre métallique, avec production de lumière. L’azoture, préalablement débarrassé de l’oxyde qui le souille par digestion avec de l’ammoniaque, se décompose à plus basse température avec explosion (Berzelius).
L’acide chlorhydrique le décompose, en donnant du chlorure cuivreux et du chlorhydrate d’ammoniaque :
Cu«Az + 4Hü 1 = 3 Cu*Ci t AzH‘C1.
Traité par le chlore, il donne du chlorure cuivrique et de l’azote. L’acide sulfurique l’attaque en dégageant des torrents d’azote. L’action de l’acide nitrique n’est pas moins énergique.
D’après Grove, par l’électrolyse d’une dissolution du sel ammoniac, il se forme au pôle négatif un dépôt brun d’azoture de cuivre (1).
ARSÉNIURE DE CUIVRE
État naturel. — On connaît un arséniure de cuivre naturel; c’est la (1) Philosoplùcal Maganne, t. ^UX, p. tOO-
domeykite. Elle est en nodules ou en masses compactes d’un blanc d’argent, s* ternissant à l’air. Densité, 7 à 7,5. Dureté, 3 à 3,5. Elle répond à la formule Cu^As.
On a obtenu artificiellement plusieurs combinaisons de cuivre et d’arsenic ;
En chauffant au rouge vif un mélange de 1 partie de cuivre, avec 2 parties d’acide arsénieux, 2 parties de carbonate de soude desséché etl partie d’amidon, on obtient un alliage dur et cassant (Percy). Cette combinaison, fondue avec 4 parties de cuivre, donne un alliage d’un gris rougeâtre (Berlhier).
Le tombac, ou cuivre blanc, se prépare en fondant un mélange de 10 parties de cuivre divisé, 20 parties d’acide arsénieux et 60 parties de flux noir. Il est gris, à cassure cristalline et très cassant. Ajouté en petites quantités aux laitons, il les blanchit, les rend plus durs et susceptibles de recevoir un beau poli. Sa composition se rapproche de la formule Gu*As.
On comprend d’ailleurs que, par suite de la volatilité de l’arsenic, la proportion de ce dernier varie, suivant la température à laquelle on a porté l’alliage.
En précipitant une dissolution d’acide arsénieux dans l’acide chlorhydrique par une lame de cuivre, on obtient un précipité gris, qui, après avoir été chauffé dans un courant d’hydrogène, a pour composition CuAs.
En faisant passer un courant d’hydrogène arsénié sur du chlorure cuivrique anhydre, ou dans une dissolution d’un sel de cuivre, Kane a obtenu un arséniure de cuivre, Cu^As.
PHOSPHURES DE CUIVRE
Nous avons énuméré plus haut les ré.sultats des travaux de MM. Hampe, Ruolz, Fontenay, etc., concernant l’effet de petites quantités de phosphore sur les propriétés physiques du cuivre.
On a vu qu’il augmente la ténacité, la ductilité et la sonorité du métal, en même temps qu’il lui enlève sa porosité et permet de le couler en sable. Le cuivre et le phosphore peuvent s’unir en toutes proportions, mais ils donnent aussi naissance à des combinaisons que nous allons examiner.
Protophosphure de cuivre (CuT). — Berzelius, en répandant du phosphore sur de la tournure de cuivre chauffée au rouge, a obtenu une masse cassante d’un brun clair, renfermant 20 pour 100 de phosphore. Ce phosphure, maintenu au rouge vif sous une couche de verre fondu, perd une partie de son phosphore, et laisse un résidu qui n’en contient plus que 7 pour 100.
Ces diverses proportions de phosphore ne répondent à aucune combinaison définie. La formule Cu^P exige 32,8 pour 100 de phosphore. MM. Champion et Pellet ont réussi à préparer ce protophosphure en chauffant avec précaution, au rouge sombre, un mélange intime du phosphure de Berzelius et de phosphore rouge. On se débarrasse de l’excès de phosphore, en chauffant le produit au rouge faible dans un courant d’hydrogène. Une température trop élevée volatiliserait une partie du phosphore. Il est probable qu e ce corps fornie la base de la poudre d’Abel pour les amorces des torpilles.
Rose a obtenu le phosphure Cu®P sous la forme d’une poudre grîse cristalline, en réduisant du phosphate dicuivrique fortement chauffé par un courant d’hydrogène.
M. Sidot a constaté que les tubes métalliques, qui se forment autour des bâtons de phosphore, plongés quelque temps dans une solution de sulfate de cuivre, sont formés de cuivre métallique et de phosphure de cuivre. La densité du phosphure ainsi obtenu est de 6,350. Il fond au rouge en perdant 10 pour 100 de son poids. En chauffant un mélange de phosphate acide de chaux, d’oxyde et de charbon, on obtient des cristaux de phosphure. Ces composés n’ont pas été analysés.
En chauffant le cuivre en présence d’un excès de phosphore dans des tubes scellés, M. Emerling a obtenu une masse métallique d’une densité de 5,14, correspondant à la formule Gu'^P.
Phosphure tricuivrique (Cu^P). — Henri Rose l’a obtenu, en faisant passer un courant d’hydrogène phosphoré sur du chlorure cuivrique légèrement chauffé. Il se forme encore par l’action du phosphure d’hydrogène sur la dissolution d’un sel cuivrique. La composition des deux phosphures obtenus dans ces réactions est la même, mais leurs propriétés diffèrent. Le premier, chauffé au chalumeau sur du charbon, donne à la flamme une couleur phosphorique ; le second ne donne rien de pareil. Le premier, chauffé fortement dans un courant d’hydrogène, perd la moitié de son phosphore. Le second se dissout dans l’acide sulfurique bouillant, en dégageant de l’acide sulfureux, et dans l’acide chlorhydrique, en donnant naissance à de l’hydrogène phosphoré spontanément inflammaÛe ; le premier est insoluble dans l’acide chlorhydrique. L’acide azotique transforme les deux variétés en acide phosphorique.
Bœttger a préparé une troisième variété de phosphure, Cu^P, en faisant bouillir du phosphore blanc avec une solution de sulfate dè cuivre qu’on renouvelle à mesure qu’elle s’évapore. On lave la poudre noire avec une solution de bichromate de potasse, acidulée par de l’acide sulfurique, pour enlever le phosphate basique de cuivre. Ce phosphure se dissout dans l’acide chlorhydrique avec dégagement d’hydrogène phosphoré non inflammable, et formation de chlorure cuivreux. Mêlé à du cyanure de potassium pulvérisé, et additionné d’une petite quantité d’eau, il dégage de l’hydrogène phosphoré inflammable; en humectant au contraire le mélange avec de l’alcool à 80 degrés, l’hydrogène phosphoré qui prend naissance n’est plus inflammable.
Phosphure tricuivreux (Cu**?). — Ce composé a été découvert par H. Rose, en chauffant, dans un courant d’hydrogène phosphoré, du sulfure, de l’oxyde ou du chlorure cuivreux :
3Cu2CI -f PH3 = Cusp -f 3 HCl.
On peut encore l’obtenir en chauffant fortement le phosphure Cu^P dans un courant d’hydrogène, ou bien en faisant passer de la vapeur de phosphore sur du cuivre chauffé au rouge naissant. C’est une poudre noire, quand elle a été
obtenue par le premier procédé, gris d’acier quand on l’a préparée par l’une des deux dernières méthodes. Sa densité est de 6,75. Elle est presque insoluble dans l’acide chlorhydrique, très soluble dans l’acide azotique.
SILICIDRE DE CUIVRE
Berzelius a obtenu le premier un siliciure de cuivre, en chauffant au rouge blanc un mélange de cuivre, de silice et de charbon.
L’étude de cette question a été reprise par Sainte-Claire Deville et Caron. Ils ont obtenu un alliage très dur, cassant, et blanc comme le bismuth, contenant 12 pour 100 de silicium, en fondant ensemble :
Fluosilicate de potasse. 3 parties
Sodium en petits fragments. t —
Cuivre en tournure. 1 —
à une température suffisante pour que le bain métallique se recouvre d’une scorie très liquide. Le cuivre s’allie au silicium mis à nu, et donne un métal bleu, plus lle.xible que l’argent. Il sert de point de départ à la fabrication des autres alliages.
L’alliage de cuivre à 4,8 pour 100 de silicium est d’une couleur de bronze clair ; il est plus dur que le bronze ordinaire, et se laisse travailler comme le fer; il est très ductile et très tenace. En général, les siliciures de cuivre deviennent d’autant plus durs, que la quantité de silicium augmente, mais ils perdent en même temps de leur ductilité.
M.Winckler a reconnu qu’une proportion de 2,5 pour 100 de silicium n’altère pas les propriétés du cuivre ; à 10 pour 100, il est déjà plus dur; à50pour 100, il est dur comme l’acier, mais très friable (1).