IV. — ARGENT ET PLOMB
L’argent et le plomb s’unissent en toutes proportions, et paraissent former des alliages qui ne sont pas de véritables combinaisons chimiques. Dans les opérations métallurgiques, on rencontre très fréquemment des alliages de ce genre, en proportions extrêmement variées. Tous les métallurgistes savent que ces corps ont une grande tendance à se liquater, et des procédés industriels d enrichissement des plombs argentifères sont fondés sur cette propriété.
L’argent et le plomb fondent en s’unissant à une température inférieure ■ celle.de la fusion de l’argent pur. L’alliage est ductile. '*
Une petite quantité de plomb ajoutée à l’argent diminue la malléabilité de ce métal.
Aucun de ces alliages n’est employé dans les arts, à part les plombs argentifères de la métallurgie, dont la composition est très variable. Cependant, d'après Ferez de Vargas (1), on fabriquait autrefois (au seizième siècle) d’excellents miroirs avec des alliages contenant 2 parties d’argent pour 1 partie de plomb.
Levol a fait une étude détaillée d’un très grand nombre d’alliages d’argent et de plomb, dans le but de déterminer leur homogénéité et de rechercher parmi eux des combinaisons définies (2). Les expériences étaient conduites comme celles du même auteur sur les alliages d’argent et de cuivre.
Les essais ont porté sur les mélanges suivants :
AgioPb, Agspb, Agspb, Agspb, AgPb, AgPb% AgPb^, AgPbS AgPI)i5, AgPb^o, AgPb“>“.
Voici quelques-uns des résultats obtenus :
Alliage Ag*“Pb, soit : Ag... 912,5 Pb... 87,5.
Assez blanc, à cassure grise, assez peu malléable; se contracte fortement en se solidifiant.
L’essai à la goutte ayant donné 914 millièmes d’argent, l’essai des autres parties a fourni de 915,25 à 908 millièmes.
Alliage.... Agspb, soit : Ag... 862,0 Pb... 138,0.
Blanc grisâtre, de la couleur du platine; cassure à grains fins; se contracte fortement en se solidifiant, et s’altère rapidement à l’air humide.
Essai à la goutte ; 863 millièmes.
Essais dans les autres parties : de 851,5 à 866,0.
Alliage.... Ag»Pb, soit: Ag... 839,1 Pb... 160,9.
Blanc grisâtre, cassure grise; se contracte beaucoup en se solidifiant.
Essai à la goutte : 840,5 millièmes.
Essais dans les autres parties : de 835,5 à 859.
Alliage.... Ag^Pb, soit : Ag... 675,9 Pb... 324,1.
Assez ductile ; on peu l’aplatir et le laminer, mais il conserve alors peu dt ténacité. Couleur gris bleuâtre. Les vapeurs hydrosulfurées et l’air hunu e l’altèrent assez rapidement. Il fond à une température voisine du rouge cerise.
Essai à la goutte : 676,5 millièmes.
(1) Traité singulier de métallique. Édition française de 1743, t. II, p* 236.
(2) Ann, chim. phys. (3), t. XXXIX, p. 173.
L’ARGENT ET SES COMPOSÉS. 269
Essais dans les autres parties ; de 670,5 à 720 millièmes.
Alliage-AgPb, soit : Ag... 510,5 Pb... 489,5.
Essai à la goutte : 516,6 millièmes.
Essais dans les autres parties : de 511 à 577,5.
Alliage.... AgPb^ soit : Ag.., 342,8 Pb... 657,2.
Essai à la goutte : 347,5 millièmes.
Essais dans les autres parties : de 340 à 349,5.
Alliage.... .4gPb3, soit : Ag... 258 Pb 742.
Essai à la goutte : 262 millièmes.
Essais des autres parties : de 255,5 à 268 millièmes.
Alliage... -AgPb*, soit : Ag... 206,8 et Pb... 793,2.
Essai de la goutte ; 206 millièmes.
Essais des autres parties : 201,5 à 208.
.Alliage.... AgPb«, soit : .Ag... 65 et Pb... 935.
Essai de la goutte ; 67,25.
Essais des autres parties : de 03,25 à 73,5 millièmes.
Alliage. .,. AgOb^®, soit : Ag. . . 49,4 et Pb... 950,6.
Essai de la goutte : 46,0.
Essais des autres parties ; de 44 à 46,50 millièmes.
.Alliage.... AgPb“>“, soit : Ag... 10,3 et Pb... 989,7.
Essai de la goutte : 9,75.
Essais des diverses parties de la sphère d’alliage :
10,00 10,00 10,00 9,75 10,00 10,00 9,75 9,75 et 9,75.
Ce dernier alliage peut donc être considéré comme à peu près homogène, tandis que les autres ne le sont pas.
Cevol a fait, en outre, sur l’alliage Ag^Pb plusieurs remarques importantes ; Lorsqu’on chauffe ce corps à une température suffisamment élevée, au contact de l’air, il acquiert une très belle couleur bleu violacé. Puis à une température voisine de la fusion, il éprouve un gonflement très considérable; et, en augmentant de volume, il produit une masse spongieuse en choux-fleurs. Ce
phénomène singulier avait déjè été signalé par divers essayeurs et indiqué par
Berzélius.
Les analyses faites par- Levol de celte excroissance ont donné :
Argent. 83,13
Protoxyde de plomb. 13,50
Plomb métallique.. 2,30
Perte. 1,07
tandis que la composition de l’alliage (essai de la goutte) est : argent, 68,3, et plomb, 13,7.
La cause de ce phénomène est donc une oxydation brusque de la presque totalité du plomb contenu dans l’alliage au moment de la production de cette végétation. Cette oxydation ne peut être due qu’à une absorption préalable d’oxygène, soit par le plomb, comme le suppose Levol, soit peut-être par l’argent lui-même, cet oxygène, ainsi occlus, se combinant ensuite instantanément avec le métal le plus oxydable.
Quoi qu’il en soit, il est remarquable que le phénomène ne se produit qu’avec l’alliage Ag®Pb.
D’après Matthiessen (1), les alliages Ag^Pb, AgPb, AgPb®, AgPb*, AgPb*, AgPb®“, AgPb^“ auraient respectivement pour densité 10,800, 10,925, 11,054 11,144, 11,196, 11,285 et 11,334, à la température ordinaire (entre -f-13 et -)-22 degrés).