‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 15e cahier (volume 2)Chapitre 106 sur 157 · V. — ARGENT ET OR · texte numérisé non relu

V. — ARGENT ET OR

En décrivant les minerais d’argent, nous avons eu l’occasion de citer l’argent natif et les alliages d’or et d’argent; et, en en donnant la composition, nous remarquions que les échantillons d’or natif contiennent presque toujours un peu d’argent.

Nous avons également rendu compte de l’opinion de Boussingault, qui, après avoir analysé un grand nombre d’alliages provenant de l’Amérique, concluait que ces corps ont à ti'ès peu près l’une des six formules suivantes :

AgÂu^ AgAu® AgAu^ .4gAu® AgAu® AgAu*^.

et qu’on doit les considérer comme des composés définis.

Au contraire, G. Rose, à la suite d’un voyage fait dans l’Oural et en Sibérie, en 1829, conclut de très nombreuses analyses que l’or et l’argent sont isomorphes et se rencontrent en proportions quelconques dans les pépites naturelles sans former de combinaison.

Nous nous occuperons spécialement ici des alliages artificiels d’or et d’argent.

Lorsque l’argent est allié à l’or en proportion notable, il affaiblit notable-

(1) Ann. Phys. u. Chem., t. CX, p. 2t.

L’ARGENT ET SES COMPOSÉS

ment sa couleur. Les bijoutiers et orfèvres donnent des noms spéciaux à un certain nombre de ces alliages :

Or. Argent. Cuivre.

Or jaune ou or pâle. 708 292

Or vert. 100 300

Electrum. 800 200

Soudure pour objets d’or-cuivre à 730“. 400 100 100

Malthiessen (1) a déterminé les densités de plusieurs de ces alliages :

AgAui®.

AgAu®.

AgAu^.

AgAu^.

A g Au.

Ag^Au.

Ag®Au.

Dans des expériences faites en 1849, Levol (2) obtint, pour les formules de plusieurs échantillons d’or natif argentifère, les formules :

AgÂu"® AgAu*® AgAu** AgAu*^ AgAu® et AgAu®.

dont les trois dernières seulement correspondent à trois des six formules proposées par Boussingault.

Il reconnut, en outre, que, contrairement à ce que l’on pensait, tout alliage d’argent et d’or, pourvu que l’or n’y domine point, est susceptible d’éprouver lerochage, et que la partie rochée est toujours moins riche en or que la partie restante.

Voici, au sujet de ces dernières expériences, quelques résultats :

1" Alliage...

Ag...

Au.,.

Ag*^.

Au^ ..

2' Alliage ...

Ag...

Au...

Ag2^.

Au...

3* Alliage...

Ag...

' Au...

Ag^^.

Au.. '.,

Alliage.. . j

; Ag...

' Au...

Agis...

Au...,

5® Âlli&g's .

1 Ag...

Agis..

1 Au ..

Au‘ ..,

Ag.

Ag®....

Au.

Ag ....

Ags®....

Au ....

Av?....

Ag ....

Agii....

Au ....

Au.

Ag ....

Agis....

Au ....

Au.

Ag...-

Ag® ....

Au ....

Aus ....

11 résulte de ce tableau que deux des conclusions de Levol sont indiscutables, savoir que les alliages auro-argentifères peuvent rocher lorsque l’or

P) Ann.phys. ehim. (3),

272 ENCAXLOPÉDIE CHIMIQUE.

n’y dainine point, et que la partie rochée est toujours moins riche en or a

l’autre. ^

Mais il est impossible de chercher dans ces expériences une vérification des idées de Boussingault ou de celles de G. Rose sur la constitution de ces alliaoes c’est-à-dire de décider si l’or et l’argent forment des composés définis ou sUes alliages obtenus ne sont formés que par des mélanges de deux métaux isomorphes. En effet, la plupart des formules obtenues s’écartent des rapports habituels de combinaison des composés chimiques définis.

Il en est autrement des expériences faites par Levol quelques années plus tard (1), et qui consistent à préparer artificiellement des alliages de composition connue, à les couler, sous forme sphérique, dans des moules, puis à analyser les différentes parties de la sphère métallique ainsi obtenue.

Ces essais ont porté sur les quatre alliages suivants :

AgAu*, soit Ag. 354,9 et Au. 645,1

AgAu, soit Ag. S20 et Au. 480

Ag^Au, soit Ag. 687,5 et Au. 312,5

Ag“>.\u, soit Ag. 916,6 et Au ..... 83,4

Le premier est jaune verdâtre; le second est blanc, à peine jaunâtre; les deux derniers ont la couleur blanche pure de l’argent fin.

Tous ont donné à l’analyse un titre d’argent uniforme. Ces alliages sont donc tout à fait homogènes.

Cette parfaite homogénéité des alliages démontre l’existence de combinaisons définies, mais on ne saurait étendre cette conclusion à d’autres alliages que ceux qui ont été étudiés par Levol, c’est-à-dire à :

AgAu^ AgAu Ag^Au Ag^^Au.

Lorsqu’on prépare ces alliages en fondant au début le poids d’or calculé, et ajoutant par-dessus l’argent,-il semble que les deux métaux fondent en restant séparés par ordre de densité, et que l’argent absorbe alors, à la partie supérieure, l’oxygène de l’air, comme s’il était complètement isolé. Si l’on vient à agiter la masse pour mélanger les deux métaux, on constate une vive effervescence, et elle est même si violente qu’une portion de l’alliage fondu déborde. On peut répéter l’expérience en fondant l’argent à l’avance; si alors on ajoute de l’or, l’oxygène absorbé primitivement par l’argent se dégage tumultueusement (2). Ces expériences réussissent le mieux avec des alliages assez riches en or, voisins de la composition AgAu^ (354,9 d’Ag pour 645,1 d’or).

Fournet (3) a remarqué que les poudres d’or et d’argent pouvaient par le recuit, et sans être amenées à la température de la fusion, se souder et dorinei des barres métalliques homogènes, après avoir été martelées. Il a propose te former ainsi des damassés d’or et d’argent.

(1) Ann. phys. chim. (3), t. XXXIX, p. 163.

(2) Levol, C. R., t. XXXV, p. 63.

(3) Ann. chim. p ys. (2), t. LXXIII, p. 435.

L’ARGENT ET SES COMPOSÉS

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