‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 15e cahier (volume 2)Chapitre 121 sur 157 · CARBONATE D’ARGENT · texte numérisé non relu

CARBONATE D’ARGENT

Dans l’état physique qu’il présente ordinairement, le carbonate d’argent est une poudre d’un jaune pâle, très peu soluble dans l’eau, d’une densité égale à 6à-f L’eau en dissout seulement des traces (1 partie se dissout dans 32 000 parties d’eau à+ 15 degrés); mais dans l’eau chargée d’acide carbonique, la solubilité est de 1 partie dans 961 parties d’eau. Ce caractère, joint à l’insolubilité dans l’eau pure, éloigne un peu l’argent des métau.\- alcalins.

Ce carbonate est facilemeni soluble dans une dissolution aqueuse d’ammoniaque, de carbonate d’ammoniaque, d’byposulfite de soude, de cyanure de potassium. Il s’en forme de très petites quantités lorsque l’oxyde d'argent humide est exposé à l’action de l’acide carbonique gazeux même dilué, par exemple de l’acide carbonique contenu dans l’air.

Mais le véritable procédé de préparation consiste à ajouter à une dissolution aqueuse de nitrate d’argent une quantité équivalente de carbonate de soude ou de tout autre carbonate alcalin. Les deux dissolutions doivent être concentrées. Le précipité qui se forme immédiatement est blanc et devient peu à peu jaune citron pâle à mesure qu’il se tasse.- Ce changement de couleur se produit beaucoup plus rapidement lorsqu’on chauffe les liqueurs. H. Vogel l’a obtenu en petits cristaux aiguillés jaune citron.

Lorsque, pour opérer la précipilalion, on emploie dos dissolutions étendues, à partir de la dilution ;j-^, le carbonate brunit peu à peu en se précipitant, et le produit est un mélange de carbonate et d’oxyde, dans lequel la proportion d’oxyde va en augmentant d’une manière continue avec la dilution; pour la transformation du carbonate est presque immédiate, et l’oxyde mis en liberté est tellement ténu qu’à la température ordinaire il reste des semaines entières en suspension, en colorant le liquide en brun. Cette influence de la dilution est aussi marquée et dans le même sens, dans la préparation d’autres carbonates métalliques (1).

Lorsqu’on opère avec des dissolutions concentrées et que le sel d’argent se trouve en excès, l’oxyde ne se forme pas immédiatement, d’après Jouin. Lorsque le précipité apparaît, il se rassemble au fond du vase et reste blanc sous la dissolution d’azotate d’argent, la surface seule devenant violette a^ee le temps, sans doute par suite d’une altération superficielle due à l’action e a lumière. ,

D’après le même chimiste, on n’obtient pas d’oxyde, même avec un gr excès de carbonate alcalin, si l’on opère à 0 degré. A 100 degrés, au contraire, la réaction, même à équivalents égaux et avec des dissolutions concen ree^^, fournit une quantité notable d’oxyde; la dose d’oxyde diminue loi augmente la proportion d’azotate d’argent, et avec un excès de 5 equiv d’azotate d’argent, le précipité ne contient que du carbonate pur.

(1) Joulin. Am.phys. chim. (4), l. XXX, p. 255 (1873).

L’ARGENT ET SES COMPOSÉS. 35t

Remarquons que d’autres sels d’argent, l’iodure par exemple, éprouvent avec le temps des changements isomériques analogues à ceux que présente le carbonate. L’iodure récemment précipité n’est pas le même que l’iodure desséché et conservé pendant longtemps, bien que la composition des deux corps soit exactement la même. Ces faits sont dus probablement, dans les deux cas, à une polymérisation.

D’après Joulin, si l’on ajoute, pour la précipitation, un excès de carbonate alcalin, on obtient toujours un mélange de carbonate jaune et d’oxyde, la dose de ce dernier corps augmentant avec l’excès du carbonate alcalin.

Cependant, d’après II. Rose (I), lorsqu’on emploie un grand excès de carbonate de soude, le précipité obtenu a une composition constante. Desséché à 100 degrés, il a pour formule 3 Ag0,2 COL

D’après Berzélius (2), le carbonate d’argent se dissout très facilement dans l’ammoniaque caustique, sans colorer la liqueur. Lorsqu’on le dissout dans rammonia(]ueconcentrée et qu’on traite cette dissolution par l’alcool anhydre, le composé se précipite en flocons blancs volumineux. Recueilli sur un filtre et lavé à l’alcool, il commence à se décomposer, abandonnant son ammoniaque à l’alcool. Par la dessiccation, il perd de l’ammoniaque et jaunit. Il est très soluble dans l’eau ; quand on concentre la dissolution et qu’on verse de l’alcool à la surface du liquide, il cristallise peu à peu en une masse de lamelles rbomboïdales, transparentes, incolores. La solution aqueuse, abandonnée à l’évaporation spontanée dans un vase plat, forme sur les parois et à la surface un dépôt cristallin, mais elle perd peu à peu son ammoniaque, et il se produit des petits faisceaux cristallins jaunes de carbonate d’argent. Berzélius a donné le nom de carbonate d’argent ammoniacal à ce composé, qui n’a pas été analysé.

Le carbonate d’argent, chauffé un peu au-dessus de 200 degrés, commence à perdre de l’acide carbonique ; entre 225 et 250 degrés, la décomposition est complète, la tension de dissociation devenant égale à cette température à la pression atmosphérique. A des températures inférieures, l’oxyde d’argent absorbe l’acide carbonique.

De Schulten (3) a signalé l’existence d’un carbonate double d’argent et de potassium, AgO,CO--fKO,COL On l’obtient en dissolvant 150 grammes de carbonate de potasse sec dans 150 centimètres cubes d’eau, ajoutant 15 grammes de bicarbonate de potasse, laissant saturer à froid et filtrant ; puis on verse dans la liqueur une dissolution de 1 gramme de nitrate d’argent dans 25 centimètres cubes d’eau, et on agite jusqu’à ce que le précipité jaunâtre soit transformé en cristaux blancs.

Ces cristaux se redissolvent à chaud, et par le refroidissement on obtient des cristaux pouvant atteindre 2 centimètres de longueur. Ce sel double est transparent, d’un éclat argentin ; il se décompose au contact de l’eau. Sa densité «St 3,769.

Chaleur de formation. — A panir de l’oxyde d’argent précipité et de l’acide carbonique dissous (15 éq. = 15 1.), on a :

AgO précipité + CO^ diss. =

A partir de l’oxyde et de l’acide anhydres ;

AgO sol. + CO^ gaz. = + 9Cai,3,

d’après Berthelet (1), et -[■lO^'ii-jO. d’après Thoinsen (2). Enfin, à partir des éléments, on trouve :

G diamant -j- 0^ gaz + Ag sol. = + G0C“>,2,

d’après Berthelot.

AgO.

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