‹ Encyclopédie chimique.Tome III.- Métaux. 15e cahier (volume 2)Chapitre 139 sur 157 · PAR LES PESÉES · texte numérisé non relu

PAR LES PESÉES

Un poids connu du corps contenant de l’argent étant dissous dans Teau ou dans Tacide azotique, les procédés du dosage par les pesées consistent toujours à précipiter le métal de manière que la combinaison obtenue soit insoluble, qu’elle ait une composition bien connue et qu’elle puisse être desséchée et pesée sans altération. De son poids on conclut celui de l’argent. Dans certains cas, c’est l’argent lui-même qui est isolé et pesé.

Les divers états sous lesquels on pèse l’argent sont :

a. Le chlorure;

b. Le sulfure;

c. Le cyanure ;

d. L’argent métallique.

La première méthode s’applique à tous les composés d’argent sans exception, les deux suivantes à tous ceux qui sont solubles dans Teau ou dans Tacide azotique, la dernière seulement à Toxyde, aux chlorure, bromure, iodure et sulfure, et à un certain nombre de sels à acide volatil ou organique.

(i) La plupart des indications relatives à l’analvse quantitative de l’argent sont empruntées au Traité de chimie analytique de Rose ou à celui de Frésénius.

a. Dosage de l’argent à l'état de chlorure.

Ce dosage peut se faire par voie humide ou par voie sèche.

a. Par voie humide. — C’est le cas le plus général.

La liqueur étendue, contenant un poids connu de sel d’argent, est chauffée avec un peu d’acide azotique presque jusqu’à l’ébullition. On y verse peu à peu de l’acide chlorhydrique jusqu’à ce qu’il ne se forme plus de précipité, en évitant d’en ajouter un grand e.xcès dans lequel le chlorure d’argent serait un peu soluble. Au début, la liqueur est laiteuse ; mais, si l’on continue de chauffer, le précipité se rassemble en gros grumeaux et le liquide devient clair. Il faut éviter de maintenir le vase trop longtemps à une vive lumière pour que le chlorure d’argent ne se colore pas. Lorsqu’il est bien rassemblé, on verse le liquide clair surnageant sur un filtre, puis peu à peu tout le précipité qu’on enlève complètement du vase et qu’on lave sur le filtre à l’eau distillée chaude additionnée au début d’un peu d’acide azotique. Après avoir bien rassemblé le chlorure au fond du filtre et desséché à 100 degrés, on fait tomber aussi complètement que possible le précipité dans une petite capsule de porcelaine tarée. Le filtre retenant toujours un peu de chlorure, on l’incinère séparément en suivant un des procédés indiqués dans les ouvrages d’analyse chimique. Un des meilleurs consiste à le replier sur lui-même plusieurs fois, et à entourer le cylindre ainsi formé d’un gros fil de platine; on porte ainsi le filtre dans la flamme d’un bec Bunsen au-dessus de la capsule contenant déjà la plus grànde partie du précipité. Le papier du filtre forme, après l’incinération, une cendre légère qui conserve sa forme et qui retient quelques parcelles de chlorure. On fait tomber cette cendre dans la capsule en déroulant le fil de platine, et on chauffe avec précaution le chlorure de manière à le fondre seulement sur les bords pour le rendre bien anhydre; une plus forte calcination pourrait le volatiliser en partie. Après refroidissement, on pèse de nouveau la capsule.

On déduira du poids trouvé pour le chlorure d’argent celui que représentent les cendres du filtre. Si l’on fait usage des filtres lavés à l’acide fluorhydrique, qui sont maintenant si répandus, on pourra même négliger le poids des cendres pour les petits filtres, ce poids atteignant à peine quelques dixièmes de milligramme. Le poids du chlorure d’argent obtenu multiplié par 0,75276 donne le poids d’argent.

Dans les analyses très exactes, on doit aussi tenir compte de ce fait que les parcelles du chlorure d’argent retenues par le filtre sont en partie réduites pendant l’incinération par le charbon du filtre. Il faut alors, avant de chauffer le contenu de la capsule, y ajouter quelques gouttes d’acide chlorhydrique concentré et évaporer à sec ; les globules de chlorure fondu, qui avaient été réduits à la surface, sont ainsi transformés de nouveau en chlorure. Cependant on doit remarquer que cette complication, indispensable pour la pesée du bromure ou de 1 iodure, peut ici être évitée dans presque tous les cas, parce que l’équivalent du chlore n’est que le tiers de celui de l’argent et que par conséquent l’erreur commise atteint seulement le quart au plus du chlorure transformé. On peut d ail-

L’ARGENT ET SES COMPOSÉS

leurs diminuer encore cette cause d’erreur en détachant plus complètement le précipité du filtre avant l’incinération.

L’analyse terminée, on retire facilement le chlorure de la capsule en y ajoutant un fragment de zinc et quelques gouttes d’acide chlorhydrique ; la masse fondue se détache alors aisément.

Cette méthode, qui est tout à fait générale, donne des résultats excellents. 11 faut cependant savoir que la présence de certains acides ou de certains sels dans la liqueur primitive rendrait le chlorure d’argent un peu soluble et par conséquent ferait trouver un poids d’argent trop faible. Pours’assurer que cette unique cause d’erreur a été évitée, il est bon, avant de jeter les liquides clairs qui ont passé à travers le filtre, de les essayer avec l’acide sulfhydrique.

Dans le cas où l’on aurait affaire à du chlorure d’argent mélangé d’autres corps insolubles dans l’ammoniaque, il suffirait de faire digérer la matière pulvérisée avec un excès d’ammoniaque, de décanter, de laver et de précipiter le chlorure d’argent pur en ajoutant au liquide alcalin un excès d’acide azotique. On achèverait l’analyse comme précédemment.

p. Par voie sèche. — Cette méthode ne s’applique guère que pour l’analyse du bromure et de l’iodure d’argent.

On place la matière sèche dans un tube en verre à boule disposé horizontalement, et on y fait passer un courant de chlore sec, en chauffant légèrement jusqu’à la fusion que l’on maintient pendant un quart d’heure en agitant. On détache ensuite le tube, et, après refroidissement, on remplace le chlore par de l’air. La différence du poids de ce tube correspond à la substitution du chlore au brome ou du chlore à l’iode dans le bromure ou iodure d’argent.

Cependant, pour être certain que la substitution a été complète, on doit recommencer l’opération et constater que la troisième pesée donne le même résultat que la seconde. Il est facile d’en conclure la quantité de brome ou d’iode et par suite le poids de l’argent.

b. Dosage de l'argent à l’état de sulfure.

Un courant d’hydrogène sulfuré précipite complètement, à l’état de sulfure l’argent de ses dissolutions. Ce corps se rassemble bien lorsque la liqueur est un peu acide. Cependant on doit éviter la présence d’une trop ^ande quanti e d’acide libre qui provoquerait la formation d’un peu de soufre. On laisse le précipité se déposer à l’abri de l’air, puis on le reçoit sur un filtre pese, on lave,

on sèche à 100 degrés et on pèse. , , „

Cette méthode peut donner des résultats très exacts; plus de causes d’erreur que la première. L une d éliés est due a a formation

possible d’un peu de soufre précipité dont e poids augmente <^b1ui du sulfure

d’argent Une autre cause d’erreur tient à l’emploi du.filtre tare.

On peut toujours s’assurer que le précipité est exempt de soufre par un lavage au sulfure de carbone pur. Ce liquide, après avoir passe sur le filtre, doit volatil sans résidu.

c. Dosage de l’argent à l’état de cyanure.

On traite la liqueur neutre ou acide par le cyanure de potassium jusqu’à ce que le précipité formé soit de nouveau dissous dans l’excès de réactif. Puis on ajoute de l’acide azotique en léger excès et on chauffe à une douce chaleur. Le cyanure d’argent se dépose peu à peu. On le recueille sur un filtre pesé, on le lave, on sèche à 100 degrés et on pèse.

d. Dosage de l’argent à l’état d’argent métallique.

On peut opérer par voie humide ou par voie sèche.

«. Par voie humide. — On évapore d’abord la solution d’argent, en ajoutant de l’acide sulfurique si elle est azotique, comme c’est le cas le plus commun. On dissout ensuite le sulfate d’argent dans l’eau chaude, on verse la solution dans un creuset de porcelaine pesé et on y plonge une baguette de cadmium. L’argent déplacé se sépare facilement du cadmium, et se rassemble en une masse compacte. On chauffe ce dépôt avec la liqueur acide tant qu’il dégage de l’hydrogène, puis on lave par décantation avec de l’eau chaude, on sèche et on calcine.

On peut remplacer le cadmium par le zinc ; cependant ce dernier métal laisse souvent un résidu de plomb en se dissolvant dans l’acide sulfurique.

p. Par voie sèche. — C’est la méthode la plus simple lorsqu’on doit doser l’argent dans l’oxyde, le carbonate, ou un sel organique. Il suffit de calciner ces composés dans un creuset de porcelaine jusqu’à réduction complète. On doit seulement conduire lentement la calcination de certains sels organiques pour éviter les projections.

En outre, il est des sels très riches en carbone qui en retiennent un peu à l’état de mélange ou de carbure d’argent pendant la calcination. Les nombres obtenus peuvent donc être trop forts. Cependant, cette combinaison ne portant que sur une faible partie de l’argent, on peut presque toujours négliger cette cause d’erreur, surtout si l’on tient compte du faible équivalent du carbone comparé à celui de l’argent. D’ailleurs, il sera toujours possible de vérifier la purete de l’argent obtenu comme résidu ; il doit se dissoudre complètement dans l’acide azotique étendu.

On peut encore peser l’argent à l’état métallique lorsqu’on a du chlorure, du bromure ou du sulfure. On doit dans ce cas, en chauffer au rouge un poids connu dans un courant d’hydrogène sec et pur, jusqu’à ce que le poids ne varie plus. On emploie un creuset de porcelaine ou un tube à boule.

L'ARGENT ET SES COMPOSÉS

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