PÉRIODE GRÉCO-ROMAINE
Nous rencontrerons pendant cette période deux ordres de faits bien distincts. Les uns sont d’ordre chimique ; ils sont relatifs au travail et à la purification des métaux, à leur extraction des mines ; ils nous sont transmis par des auteurs dignes de foi tels que Strabon et Pline ; les autres, d’ordre alchimique, nous sont révélés par les papyrus de Leide, les écrits de Zosime le Panopolitain, ceux du pseudo-Démocrite, et quelques manuscrits grecs. Ces derniers faits nous serviront naturellement de transition entre les idées mystiques des anciens Égyptiens et les théories alchimiques du moyen âge. Nous nous occuperons d’abord des données d’ordre chimique.
1° Données chimiques (2).
Strabon nous apprend qu’il y avait autrefois dans l’Attique des mines d’argent très riches. Il ajoute : « Elles sont délaissées aujourd’hui ; mais ceux qui font maintenant fondre les scories et les résidus qu’avaient laissés les anciens • obtiennent une quantité notable d’argent, ce qui prouve qu’ils n’avaient pas une grande expérience du travail des fourneaux. »
^ D’après le même auteur, les minerais de la Nouvelle-Carthage, en Espagne, étaient exploités de la manière suivante : on broyait le minerai, puis on le lavait dans un courant d’eau, dans lequel on avait placé des cribles ou des tamis. On répétait cette opération cinq fois. Le résidu fondu avec du plomb donnait, après le départ de celui-ci, de l’argent pur. Les fourneaux dont on se semit avaient des cheminées très hautes, où venait s’attacher une espèce de suie provenant des minerais.
Collection des anciens alchimistes grecs, p. ‘>tQ (Sij Empruntées principalement à VUistoire de la chimie, de Hoefer.
L’ARGENT ET SES COMPOSÉS
Slrabon ajoute encore : « L’argent coupellé et projeté dans l’eau se recouvre de bosselures irrégulières et prend le nom d’argent en grenaille. C’est ce que les Romains exprimaient par argentum pustulatum, argent en pustules, ce qui équivaut à argent très pur. »
Les Grecs et les Romains séparaient l’argent de l’or par un procédé qui rappelle celui qu’on employait pendant longtemps sous le nom de cément royal, et qui fut décrit par Marquer en 1778.
krabon, parlant de l’exploitation des mines d’Espagne, dit que le minerai fournit, après une première action du feu, un mélange d’argent et d’or et qu’une nouvelle calcination détruit ou brûle l’argent, tandis que l’or reste pur.
Ces indications, un peu vagues, sont complétées par Pline, qui nous donne la description suivante : « On met avec le mélange d’or et d’argent, dans un vase de terre, deux parties de sel commun, trois parties de misy (sulfate de fer ou de cuivre), deux parties d’un autre sel, et une partie d’une pierre appelée schiste; on chauffe; l’or reste pur. » Dans cette réaction il devait se produire de l’acide chlorhydrique qui transformait l’argent en chlorure d’argent, et laissait l’or intact. Quant au résidu, il était rejeté comme sans valeur, le chlorured’argent n’étant pas connu.
Ce procédé de purification des alliages d’or et d’argent est encore décrit dans un des papyrus de Leyde, comme nous le verrons plus loin.
Pline nous fournit encore beaucoup de détails sur l’exploitation des mines et la métallurgie.
« Le minerai d’argent, nous dit-il, ne s’annonce pas comme celui d’or par la couleur et l’aspect du métal. Sa mine est tantôt rousse, tantôt couleur de cendres. On ne peut griller cette mine qu’ave'c du plomb, ou avec une mine de plomb appelée galène qui accompagne souvent les mines d’argent.
« Dans cette opération, le plomb va au fond, et l’argent surnage, comme l’huile sur l’eau.
« On trouve des minerais d’argent dans presque toutes les provinces de l’empire romain ; l’Espagne en est surtout riche... »
Les Romains avaient remarqué que la galène est presque toujours argentifère, et qu’il y a avantage à lui faire subir un traitement spécial pour en retirer l’argent. Pline appelle molybdène (molybdœna) une galène argentifère.
Le même auteur nous donne aussi quelques détails sur l’exploitation des mines.
« Une mine d’argent met sur la voie d’une autre qui ordinairement n’est pas éloignée. Du reste, cette loi s’observe également pour les autres métaux et c’est probablement pour cela que les Grecs les ont appelés métalla (psv’&XXa, les uns après les autres)...
« On les l'encontre (les mines) dans un sol stérile et dans les montagnes.
' « Autrefois, la fouille d’une mine d’argent était arrêtée dès qu’on avait rencontré une couche d’argile (alumen). Ajourd’hui on cesse de fouiller dès que sous la couche d’argile on trouve une veine de cuivre... Les exhalaisons des mines d’argent sont mortelles à tous les animaux, mais principalement aux chiens... Il en est de l’argent comme de l’or; plus ces métaux sont mous, plus ils sont beaux et purs. »
Les anciens savaient que l’or et l’argent ne se rencontraient que très rarement dans la nature à l’état de pureté, et que l’or natif contenait souvent un peu d’argent.
Le mot élecirum (:îjX£y.i:pov) servait à désigner deux choses très différentes:, l’électrum proprement dit ou ambre jaune ou succin, sorte de résine fossile qui %’électrise aisément parle frottement, puis un alliage d’or et d’argent. Pausanias nous dit à ce sujet qu’ « il existe un autre élecirum, qui est un alliage d’or et d’argent ». Il est d’ailleurs très difficile de comprendre pour quelles raisons ce même mot désignait deux substances aussi différentes.
Pline précise encore cette définition de l’électrum : « tout or esl allié à l’argent ; la proportion seule varie ; c’est quelquefois la dixième, la neuvième, la huitième partie du poids. Lorsque la proportion d’argent est d’un cinquième, l’or perd son nom ; il s’appelle électrum ».
L’airain de Corinthe était un alliage artificiel contenant du cuivre, de l’or et de l’argent.
L’électrum a servi à la fabrication des monnaies en Asie Mineure (Lydie et villes d’Ionie), en Campanie et à Carthage. Ün prenait même le soin de faire subir à l’alliage une cémentation superficielle de manière à lui donner l’aspect de l’or pur.
Ces sortes de fraudes étaient alors très communes ; on connaît l’histoire d’Archimède et de la couronne du roi Hiéron. Cette couronne qui devait être en or était faite d’un alliage d’or et aucun moyen simple n’était alors connu pour déterminer les proportions des deux métaux, lorsque Archimède proposa d’en déterminer la densité et découvrit en même temps le principe qui porte son
Les monnaies de l’antiquité grecque et romaine étant faites avec les alliages naturels, ou avec l’or et l’argent bruts ou natifs, aucune loi ne fixait leur titre, cest-à-dire les proportions des métaux dans ces alliages. Les petites quantités d’or et de cuivre trouvées dans les monnaies d’argent de la République de Rome et du temps de Philippe de Macédoine sont donc purement accidentelles, de même que les petites quantités de cuivre ou d’argent trouvées dans certaines monnaies d’or.
En avançant dans l’histoire, on'rencontre cependant peu à peu des lois spéciales destinées à fixer le titre des monnaies et toute une législation particulière dont le but était d’en assurer l’exécution. Nous ferons une étude de ces lois lorsque nous nous occuperons des alliages monétaires. D’ailleurs, à la fin de empire romain, elles ont été souvent remplacées par la volonté arbitraire des empereurs, qui, pour faire face à des besoins de dépenses toujours grandissants, se transformaient volontiers en faux monnayeurs.
T' d’argent de Décius, du poids de 35%758, contient
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Gallien et ses successeurs remplaçaient même les monnaies de bronze ou de cuivre étamé, simulant naient la précaution de faire percevoir les revenus avaient eu soin de ne pas altérer le titre.
monnaies d’argent par des l’argent, tandis qu’ils preen monnaies d’or dont ils
Du tp.mps d’Hérodote (1) (cinquième siècle avant notre ère), l’or s’échangeait en Grèce contre seize fois son poids d’argent; c’est à peu près le rapport (15,5) adopté par noire loi monétaire du 28 mars 1803. Roswag(2) donne un rapport un peu différent, 12, vers 600 avant notre ère. Vers l’an 300, le rapport de l’or à l’argent n’était plus que 10. Sous Philippe II de Macédoine, le rapport était 12,5 (359-336 av. J.-C.). Pendant les périodes très anciennes de la vieille Égypte, ce rapport a quelquefois été très différent, ce qui tenait à ce que l’or était assez abondant en Égypte, tandis que l’argent qui venait exclusivement d’Asie était un métal relativement rare. Le papyrus de Boulaq nous dit notamment « cinq d’argent, ce qui fait trois d’or »; le rapport était donc 1,67. Un texte des lois de Manou indique que l’or valait aux Indes 2,5. fois son poids d’argent (3).
2“ Théories alchimiques.
Pendant que les Grecs et les Romains se livraient à l’exploitation des mines d’argent et se proposaient d’en retirer le métal précieux que leur civilisation réclamait, pendant que le développement de leurs arts les amenait à faire les découvertes d’ordre chimique que nous venons de signaler, l’Égypte restait le centre de ces pratiques sacrées et mystérieuses qui ont peu à peu donné naissance à l’alchimie et dont nos alchimistes du moyen âge ont hérité. Ces pratiques ont persisté pendant des siècles, malgré les déceptions de ceux qui s’y livraient, et, si les découvertes de Lavoisier et de ses contemporains, en fondant définitivement la science chimique, ont montré le vide de leurs espérances irréalisables, on doit cependant reconnaître que nous devons beaucoup aux efforts persévérants des alchimistes. Pendant les vingt siècles qui nous séparent du commencement de la période gréco-romaine, nous rencontrons constamment ces doctrines et ces expériences alchimiques, auxquelles la chimie actuelle doit un grand nombre de ses résultats.
Pour tous les alchimistes, la pierre philosophale est une substance propre à changer les métaux vils en or et en argent, et à procurer ainsi immédiatement larichesse. Puis, comme la richesse est sans valeur si celui qui la possède ne peut en jouir, la pierre philosophale doit être accompagnée d’un élixir capable de guérir les maladies et de prolonger la vie au delà du terme ordinaire ; c’est Y élixir philosophal ou {d.panacée universelle. Enfin, cette recherche du bonheur doit, pour être complète, s’étendre au delà de la vie terrestre; de là le besoin de s’identifier avec Yâme du monde, qui permet de trouver le bonheur au sein de la Divinité ou dans le commerce avec les Esprits. Ces trois buts à atteindre se retrouvent chez presque tous les alchimistes, bien qu’ils ne soient pas toujours bien distincts. L’ensemble de leurs doctrines et de leurs
(1) Hœfer, Histoire de la chimie, 1.1, p. 120, en notes.
(2) Les Métaux précieux, tableau XIV. .... , j.
(3) Voy. Cumenge et Fuchs, toc. cit>, p. 25. Remarquons que les poids des deux lames dargent et d’or, provenant de l’antique Clialdée, dont nous avons parlé plus haut, sont : 435 grammes et 167 grammes; le rapport est 2,60. Peut-être exprime-t-il le rapport des valeurs des deux métaux.