U ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE
recherches est constamment placé sous le patronage de la Divinité; leur art est l’art divin ou sacré; leur œuvre est le grand œuvre, leurs formules sont toujours obscures et mystérieuses, les substances qu’ils emploient sont constamment dédiées à un dieu ou à un astre, leurs ouvrages mêmes sont souvent impersonnels et publiés sous le nom d’une divinité ou d’un personnage fabuleux.
Cette idée d’une transmutation possible des métaux vils en métaux précieux qui a passé peu à peu de l’Égypte aux peuples occidentaux n’est pas propre à l’Égypte. En Chine, le Peï-ouen-ym-fou attribue à Ko-hong, qui vivait de 222 à 277 de notre ère, l’idée de chercher la transmutation des métaux. Les alchimistes chinois cherchaient à changer l’étain en argent et l’argent en or.
Les documents que nous possédons sur l’alchimie avant le moyen âge sont peu nombreux. Ce sont d’abOrd quelques écrits des premiers siècles de notre ère qui nous signalent simplement l’existence de ces pratiques occultes; puis quelques traités d’alchimie, tels que celui de Zosime, qui vivait à la fin du troisième siècle, quelques manuscrits de la Bibliothèque nationale de.Paris, les précieux papyrus dits de Leyde, qui ont été découverts à Thèbes et qui remontent probablement à la fin du troisième siècle; enfin quelques citations des auteurs contemporains. On pourrait encorey joindre le manuscrit de Venise, dit de Saint-Marc, qui est du onzième siècle, et fournit de nombreuses indications sur l’état de l’alchimie dans les siècles précédents.
La plupart de ces sources ont été étudiées avec soin et commentées par les divers auteurs que nous avons cités au début (1). Leur connaissance nous permet aujourd’hui de nous rendre exactement compte de la marche des idées. Notre rôle n’est pas ici de résumer ces travaux, mais seulement de leur emprunter ce qui intéresse particulièrement l’histoire de l’argent. Nous suivrons en général l’ordre des sources.
Le plus ancien des alchimistes grecs authentiques est Zosime le Panopolitain, qui, d’après Suidas, aurait composé vingt-huit livres sur l’alchimie. La plupart de ces ouvrages sont aujourd’hui perdus; cependant le manuscrit n” 2327 reproduit plusieurs de ses doctrines. Bien qu’il y ait eu plusieurs autenrs du nom de Zosime, on sait que celui dont nous parlons vivait vers la fin du troisième siècle ou au commencement du nnatrlÀmo ;i ûoi
un uu uoisieme siecle ou au commencement du quatrième (2); il est cité par Georges le Syncelle et par Photius, polygraphes du huitième et du neuvième siecle; Suidas le désigne sous le nom de philosophe d’Alexandrie; la plupart des autres alchimistes en parlent comme d’un maître de l’art sacré.
Presque tous les livres de Zosime sont écrits dans un style tellement obscur que leur intelligence est difficile. Citons tout d’abord : les Mémoires authentiques de Zosime le Panopolitain, d’après le manuscrit n'>2327 •
chose cherchée par
entra nr.; S 1 1 ■ essence; car l’une d’elles
entraîne et dompte 1 autre, c est l’argent liquide (mercure), l’androgyne, qui est entnouvemeal. C’est l’eau di,iu. ,'.„s ig„„"ut. Sa na.u,; est
(1) Voy.
grecs, du r
les Origines de l’alchimie, de Berthelet, et la Collection des alchimistes
(2) D’après Cumenge et Fuehs, loc.
du deuxième
L’ARGENT ET SES COMPOSÉS
difficile à comprendre; car ce n’est ni un métal, ni de l’eau, ni un corps (métallique). On ne peut le dompter; c’est le tout dans le tout; il a vie et souffle. Celui qui entend ce'mystère possède l’or et l’argent.»
Dans le livre intitulé : Livre de la Vertu, sur la composition des eaux{i), que l’on nomme aussi le Songe d'un alchimiste, Zosime nous parle longuement de l’homme d’or, de l’homme d’argent, de l’homme d’airain, de l’homme de plomb et de l’homme de marbre.
Quelques-unes des allégories de ce livre peuvent être comprises plus clairement, par exemple le passage suivant :
« La lune est pure et divine, lorsque vous voyez le soleil briller à sa surface, » ce qui veut dire que la coupellation (purification de l’argent) présente le phénomène de Véclair.
Un autre livre du même auteur est intitulé : Écrit authentique de Zosime le Panopolitain, sur l’art sacré et divin de la fabrication de l’or et de l’argent.
Dans ses ouvrages, Zosime parle déjà de la leucosis ou teinture en argent. Nous retrouverons ce mot dans d’autres textes pour exprimer la même idée.
D’après Zosime, les opérations de l’art sacré reposaient sur un certain nombre de données expérimentales exactes, dont l’interprétation seule était fausse.
Ainsi,.une de ses expériences consistait à faire blanchir une lame de cuivre dans la vapeur d’arsenic. Ce phénomène, qui ne fournit qu’une imitation grossière de l’argent, a donné naissance à un grand nombre d’énigmes et d’allégories sur le moyen de transformer le cuivre en argent.
Une autre expérience consistait à calciner du plomb dans des coupelles faites avec des cendres ou des os pulvérisés. Le plomb se réduit en cendres et disparaît dans la substance de la coupelle ; à la fin de l’opération, il reste au fond de la coupelle un bouton d’argent pur. Le plomb ayant disparu sans que l’opérateur sache comment, quoi de plus naturel que de conclure qu’il s’était changé en argent ?
Il est très probable que les nombreux écrits attribués à Zosime n’étaient pas tous de cet auteur, même parmi ceux qui nous sont conservés dans les manuscrits de nos bibliothèques ; un grand nombre sont certainement postérieurs à son époque, quelque-uns même au septième siècle. D’autres appartiennent effectivement à l’œuvre de Zosime, mais ils ont été simplement copiés dans les ouvi’ages des auteurs qui l’ont précédé ou de ses contemporains. Telle qu’elle est, l’œuvre de Zosime, qui vient d’être publiée par Berthelet et Ruelle (2), est une collection extrêmement précieuse pour l’histoire de l’alchimie dans les premiers siècles de notre ère.
Le manuscrit 2327 cite encore plusieurs autres alchimistes qui auraient été contemporains de Zosime ou qui vivaient peu de temps après lui.
On y trouve le nom de Sextus Julius Africanus, un Syrien, contemporain de Zosime, celui de Synésius, qui était évêque de Ptolémaïs en Cyrénaïque, en 401, d’Olympiodore, philosophe néo-platonicien, qui vivait aussi au commencement du-cinquième siècle à Alexandrie.
(1) Hœfei-, loc.cit., p. 264; traduit: Traité sur la vertu, et la composition des eatix.
(2) Collection des alchimistes grecs, deuxième livraison (1888).
Synésius divise la science sacrée en deux parties : l’une a pour objet l’art de faire de l’or à l’aide d’une opération qui s’appelle (action de jaunir);
l’autre, l’art de faire de l’argent à l’aide d’une opération qui porte le nom de Xséxwaiç (action de blanchir) (1).
Olympiodore attribue l’argent à la lune, etl’électrum (alliage d’or et d’argent) à Jupiter. On connaît de lui un commentaire des œuvres de Zosime, d’Hermès et d’autres philosophes;
A côté de ces alchimistes gréco-égyptiens, dont l’existence n’est pas douteuse, nous trouvons dans les vieux manuscrits et dans les écrits d’un grand nombre d’alchimistes du moyen âge, les noms d’autres savants dont l’authenticité n’est pas certaine et dont les œuvres ne nous sont parvenues que par des citations de leurs successeurs. Nous nous bornerons à signaler le philosophe grec Démocrite ou plutôt le pseudo-Démocrite, et une alchimiste juive appelée Marie ou Marie la Juive.
L’alchimiste Démocrite, que l’on désigne souvent sous le nom de pseudo- Démocrite, n’a probablement jamais existé. Dans tous les cas, il n’a rien de commun avec le philosophe célèbre Démocrite, le fondateur de la doctrine atomistique, mort vers l’an 357 avant notre ère. Le pseudo-Démocrite est un Grec du Bas-Empire qui a pris le soin de se parer de ce nom illustre. Pour que l’illusion soit complète, il a soin de nous dire qu’il est d’Abdère, qu’il a voyagé en Égypte, qu’il a été initié aux mystères de’Thèbes, de Memphis et d’Héliopolis. Ce genre de tromperie était alors tout à fait habituel parmi les philosophes de l’école d’Alexandrie. C’est ainsi que nous trouvons des ouvi’ages attribués à Homère, Hésiode, Platon, Aristote, Moïse et qui sont d’une époque bien postérieure.
Synésius, dont nous avons parlé précédemment, attribue au pseudo-Démocrite quatre livres: sur l’or, la lune (l’argent), les pierres et la pourpre. Au huitième siècle, Georges le Syncelle cite également ces quatre livres. On a de ui un petit traité intitulé Physica et mystica et un livre de « Démocrite à Leucippe » (2). On a retrouvé un grand nombre des recettes de cet alchimiste dans les papyrus de Leyde. Comme pour tous ses contemporains, l’argyropie est l’art de faire de l’argent, la chrysopie est l’art de faire de l’or ; il donne également de nombreux procédés pour la fabrication de l’asèm. Le traité Pliysic Cl et mystica contient un chapitre spécial sur la fabrication de l’asèm; un grand nombre de recettes sont indiquées, notamment ;
Première recette. — On blanchit le cuivre par les composés volatils de l’arsenic.
Deuxième recette. — Le mercure sublimé est éteint avec de l’étain, du soufre et d’autres corps. On s’en sert pour blanchir les métaux, etc.
Évidemment, dans ces recettes le mot asèm désigne non pas l’argent, mais un certain nombre d’alliages ressemblant plus ou moins à ce métal.
Il est très probable que Démocrite était contemporain de Zosime (troisième siècle de notre ère).
(1) Voy. Synésius d Dioscorus, commentaire sur le livre de Démocrite (Collection des alchimistes grecs, première livraison, traduction, p. 60).
(2) Voy. Collection des alchimistes grecs, première livraison.
L’ARGENT ET SES COMPOSÉS. 17
Un autre nom qui revient souvent dans les écrits alchimistes est celui de Marie la Juive. D’après Georges le Syncelle, elle aurait été initiée par Ostanès le Mède, dans le temple de Memphis, en même temps que le pseudo-Démocrite.
Il est très probable que cette savante Juive n’a pas plus existé que le pseudo- Démocrite et que les écrits que l’on connaissait sous son nom ont été composés parut! philosophe chrétien qui a signé Marie comme d’autres signaient Démocrite, Platon ou Moïse.
Quoi qu’il en soit, Marie la Juive distinguait comme ses contemporains deux opérations principales: «la lewcose (action de blanchir), la xanthose {àcHon de jaunir) », auxquelles elle ajoutait la mélanose (action de noircir) et Yiose (action de bleuir).
Elle donne deux procédés pour teindre en argent, par l’atténuation (dissolution) et par la coction.
Pour faire de l’or et de l’argent, elle indique la litharge (1), la terre de Samos, le sel de Cappadoce, le suc de figuier, les feuilles de laurier, de pêcher, le suc de chélidoine, les fleurs de primevère, la racine de rhubarbe, le safran.
On attribue à Marie la Juive l’invention du bain-marie.
Citons encore une indication donnée par Manilius, contemporain de Tibère, qui nous parle de l’art de doubler les objets d’or et d’argent. Il s’agit très probablement d’un procédé alchimique.
Enfin, Énée de Gaza, philosophe néo-platonicien du cinquième siècle, nous dit que les savants en l’art de la matière prennent de l’argent et de l’étain, en font disparaître l’apparence, colorent et changent la matière en or excellent.
Bien que les données précédentes soient assez positives et qu’on puisse assigner à ceux qui nous les fournissent une date assez précise, on peut s’étonner de ne pas les rencontrer plus nombreuses, et de constater que ces grandes écoles égyptiennes etgrecques qui pendant dix siècles ont monopolisé les secrets et les pratiques de l’alchimie n’aient pas laissé des traces plus détaillées et plus nombreuses.
Lesrai.sons de ce fait sont bien connues. La première tient à la préoccupation constante des chercheurs de ne pas divulguer leurs expériences et de les envelopper de mystères. Même dans les traités un peu étendus, les données mystiques inondent complètement le texte et son intelligence devient difficile. Cette tendance fut encore encouragée, lorsque, dans les derniers siècles, des persécutions furent dirigées contre les alchimistes.
Au début leurs écrits étaient attribués à des personnages divins (Hermès par exemple) pour en imposer aux crédules et faire croire à une inspiration surnaturelle ; plus tard, ils étaient conservés sous des noms d’emprunt (Démocrite, Platon, etc.) pour permettre à leurs auteurs d’échapper aux persécutions.
En outre, l’histoire nous a conservé le souvenir de deux faits considérables
(1) Ce mot litharge (Xiôâpfupoç) signifie pierre d'argent. Ce nom n’a pas peu contribué à répandre les doctrines des alchimistes. Son symbole, dans les manuscrits grecs, est un A, initiale de Xlôoç, accompagné d’un croissant, symbole de l’argent, dont les pointes sont tournées de gauche à droite.
ENCÏCLOP. CHIM. 2
18 ENCYCLOPÉDIE CHIMlftüE.
qui expliquent mieux encore la disparition presque complète des manuscrits gréco-égyptiens.
Yers l’an 290 de notre ère, Dioclétien fit brûler les vieux livres d’alchimie des Égyptiens sur la fabrication de l’or et de l’argent, « afin qu’ils ne pussent s’enrichir par cet art et en tirer la source de richesse qui leur permissent de se révolter contre les Romains ». Cependant cette destruction ne pouvait être complète; un grand nombre de manuscrits étaient conservés dans des tombeaux ou dans des momies; plusieurs ont donc dû échapper à la destruction systématique ordonnée par Dioclétien.
D’ailleurs, pendant le quatrième siècle, la science alchimique reparut de nouveau sur la terre égyptienne, et, à défaut de livres, les souvenirs permirent de reconstituer la plupart des doctrines, surtout dans la fameuse école d’Alexandrie. Il y eut ainsi, pendant plus d’un siècle, une nouvelle période scientifique en Égypte, et ce ne fut pas la moins féconde. Le Sérapéum de Memphis et le temple de Ptah étaient le centre de cette civilisation. Aussi la destruction de ces écoles fut-elle' poursuivie avec acharnement par les chrétiens, et l’empereur Théodose ordonna de faire disparaître les temples et les bibliothèques. C’est ainsi que l’école d’Alexandrie fut anéantie.
On ignorait sans doute alors que la destruction d’un certain nombre de livres ne suffit pas pour faire disparaître les idées qu’ils renferment. Il y eut bien un temps d’arrêt dans la marche de la science à la suite de ces faits ; mais, peu à peu, les Arabes ont recueilli les anciennes doctrines et les ont promenées dans tout le monde civilisé, de sorte qu’au moyen âge on est surpris de rencontrer chez tous les peuples des alchimistes qui nous paraissent les héritiers directs des Égyptiens. C’est ainsi que la Bibliothèque nationale de Paris possède un certain nombre de manuscrits alchimiques dont l’analyse nous donnera une idée exacte des connaissances chimiques relatives à l’argent aux époques antérieures au moyen âge. C’est ainsi également que Yenise possède le manuscrit dit de Saint-Marc, qui remonte au onzième siècle, et que d’autres villes, Florence, Milan, Yienne, Rome, Madrid, en conservent d’analogues, quoique généralement moins anciens.
D’ailleprs la destruction même de Dioclétien n’avait pas anéanti tous les manuscrits alchimiques d.e l’Égypte, antérieurs à l’année 290. L’habitude de conserver ces écrits dans des tombeaux a permis à plusieurs d’échapper non seulement à Dioclétien, mais aux accidents de tout genre pendant quinze siècles, et aux mutilations intéressées des fellahs marchands d’antiquités. On conserve à Leyde toute une série de manuscrits de ce genre, désignés sous le nom de Papyrus de Leyde. Ils remontent au troisième siècle pour la plupart et ont été découverts dans une momie à Thèbes. Trois d’entre eux, écrits en grec, les papyrus Y, W et X sont relatifs à l’alchimie. Ce ne sont pas des traités scientifiques, mais seulement des carnets de quelque artisan faussaire ou de quelque magicien. Tels qu’ils sont, ils nous fournissent de très utiles indications (1).
Nous indiquerons successivement les quelques données alchimiques relatives (1) Voj. Collection des alchimistes grecs, première livraison. Introduction.
L’ARGENT ET SES COMPOSÉS
à l’argent et à sa fabrication que l’on rencontre soit dans ces trois papyrus grecs alchimiques de Leyde, soit dans les manuscrits grecs de la Bibliothèque nationale de Paris, soit enfin dans le manuscrit de Saint-Marc.
Papyrus grecs de Leyde. — Les papyrus grecs alchimiques de Leyde sont des manuscrits thébains du troisième siècle. Trois d’entre eux, désignés par les-lettres V, W et X, sont relatifs à l’alchimie.
Le papyrus V contient la description du procédé pour affiner l’or Ç'imaiç ;(pu(7oo) qui ressemble à la méthode dite au cément royal décrite par Macquer en 1778.
C’est surtout dans le papyrus X que nous rencontrons des recettes alchimiques relatives à l’or, à l’argent et à l’asèm. L’auteur nous parle de l’argent, de sa purification, du décapage des objets d’argent, de la dorure, de la docimasie de l’or et de l’argent, des essais d’argent, de la coloration en argent, de l’art de faire Vasemon, c’est-à-dire l’argent, ou plutôt l’électrum,. alliage d’or et d’argent désigné par le mot égyptien asèm. Il distingue la teinture en argent, ou en asèm, faite à chaud, et la teinture faite à froid.
Ce papyrus X donne à l’argent le signe de la lune, (^, signe que nous retrouverons d’ailleurs dans d’autres manuscrits moins anciens.
Il comprend quatre-ving-dix articles sur les métaux. Voici d’ailleurs .les recettes qui se rapportent plus particulièrement à l’argent:
3° Purification de l’étain que l’on jette dans le mélange de l’asèm. — On recommande de mêler quatre parties d’argent et trois d’étain ; le produit est alors semblable à l’argent.
Le mot asèm désignait alors divers alliages destinés à imiter l’or et l’argent, tandis que l’asém naturel (alliage d’or et d’argent) était appelé électrum.
On revient sur des procédés semblables dans plusieurs des articles suivants :
26° Purification de l’argent. — Prenez une partie d’argent et un poids égal de plomb ; mettez dans un fourneau, maintenez fondu jusqu’à ce que tout le plomb ait été consumé ; répétez l’opération jusqu’à ce qu’il devienne brillant. C’est évidemment la coupellation. Strabon déjà la signale comme une opération courante destinée à purifier l’argent.
27° Coloration des objets de cuivre en argent. — Au moyen d’un amalgame d’étain.
41° Fabrication de l’asèm. — Prenez deux parties d’argent, trois parties d’étain purifié, cuivre.... drachmes; fondez, puis enlevez et décapez; mettez en œuvre comme pour les ouvrages d’argent de premier ordre.
44° Essai de — Chauffez de l’argent, oufondez-le; s’il reste blanc
brillant, il est pur et non fraudé ; s’il paraît noir, il contient du plomb ; s il paraît dur et jaune, il contient du cuivre. — Pline nous donne une recette analogue.
48° Décapage des objets d’argent. — Nettoyez avec de la laine de mouton, après avoir trempé dans de la saumure piquante; puis décapez avec de 1 eau douce, et faites emploi.
49° et 51° Dorure de l’argent. — Recettes assez obscures.
57° Dorure de l'argent. — Pour dorer l’argent d’une manière durable. On emploie l’amalgame d’or.
06” Décapage de l’argent. — Employez l’alun humide.
90” Comment on dilue l’asèm.
On donne en outre beaucoup d’autres recettes pour écrire en lettres d’or ou d’argent, et pour fabriquer des alliages (asèm) plus ou moins semblables à l’or ou à l’argent.
Manuscrits de la Bibliothèque nationale. — A côté des papyrus de Leyde, nous devons mentionner les manuscrits du moyen âge conservés dans les grandes bibliothèques européennes, notamment ceux de la Bibliothèque nationale de Paris.
Les plus anciens ont été copiés au treizième siècle ; d’autres sont du quinzième, du seizième et même du dix-septième siècle; ils sont écrits en grec. Mais les faits qu’ils relatent sont pour la plupart bien antérieurs à ces époques. Les deux principaux portent les numéros 2327 et 2249.
Les manuscrits 2250 et 2327 renferment une liste des sept métaux et des sept planètes qui leur correspondent :
Saturne. Plomb, litliarge, mélite, agate et autres semblables.
Jupiter.. Éiain, corail, toute pierre blanche, sandaraque (orpiment), soufre.
Mars. . . Fer, aimant, pyrites.
Soleil... Or, charbon, hyacinthe, diamant, saphir.
Vénus... Cuivre, perle, onyx, améthyste,- naphle, poix, sucre, asphalte, miel, sel ammoniac, myrrhe.
Mercure. Vif-argent, émeraude, jaspe, chrysolilhe, succin, encens, mastic.
Lune Argent, verre, antimoine, terre blanche.
La plupart de ces manuscrits donnent en même temps les signes de ces substances, signes ou symboles qui appartiennent en même temps aux planètes auxquelles elles sont consacrées. Le signe C est constamment attribué à l’argent (%upoç).
Le manuscrit 2325, qui est le plus ancien de tous, donne une autre liste, un peu différente; l’argent y est toujours cité avec le signe de la lune. L’asèm on électrum, alliage d’or et d’argent, y est considéré comme un métal particulier et est consacré à Jupiter. Ce n’est que plus tard que l’électrum est confondu avec l’argent sous le même signe, et que l’étain est alors consacré à Jupiter. Ce changement paraît remonter au sixième siècle.
Les autres manuscrits, 2326, 2329, 2251, 2252 et 2275 ne renferment rien de caractéristique qui n existe déjà dans les précédents. Il en est de même des manuscrits des autres bibliothèques européennes, à l’exception du suivant.
Manuscrit de Saint-Marc. — C’est un très ancien manuscrit, conservé à Venise, et qui a été écrit vers le onzième siècle, peut-être à la fin du dixième.
On y trouve, comme dans beaucoup d’autres manuscrits du même genre, les traités du pseudo-Démocrite, de Zosime, de Stephanus, d’Olympiodore, de Synesius. L argent y est toujours désigné par le signe de la lune, tandis que
L'ARGENT ET SES COMPOSÉS
l’électrum a le symbole de Jupiter, et quelquefois un signe spécial complexe, dérivé de ceux de l’or et de l’argent.
On y rencontre aussi un grand nombre de recettes concernant l’art de teindre en argent et la préparation de l’asèm (asemon) ou électrum.
La fabrication de ces substances ressemblant plus ou moins à l’or et à l’argent, de même que la teinture en or et en argent, ont toujours occupé une très grande place dans les préoccupations des anciens alchimistes égyptiens ; on retrouve constamment aussi ces opérations dafis nos manuscrits. Dans son étude des Origines de l’alchimie à laquelle nous avons emprunté presque tous les détails qui précèdent, Berthelet signale (p. 237) un fait qui prouve combien ces idées sont vivaces : en faisant des fouilles en Égypte, au voisinage de Siout, dans le but de découvrir des traces des anciens laboratoires alchimiques, on mit au jour une ancienne chambre ayant servi de laboratoire et contenant quelques objets. « Dans un coin de la chambre, on aperçut une terre grasse et noirâtre que les assistants s’empressèrent d’emporter, disant qu’ils allaient s’en servir pour blanchir le cuivre : en d’autres termes, ils la regardaient comme de la poudre de propection, susceptible de changer le cuivre en argent. »