CHAPITRE III
ALLIAGES-MONÉTAinES.— FABIUCATION DE MONNAIES.
§ 1". — Principes généraux.
S'il est vrai que le degré de perleclion d’une société civilisée se mesure par la mulliplicité et la commodité des échanges commerciaux, on pourrait, en écrivant l’histoire de la monnaie, suivre pas à pas le développement de la civilisation.
Il est probable que pendant les périodes préhistoriques, la plupart des échanges se faisaient en nature, et que ce procédé suffisait aux besoins du commerce primitif. L’argent était alors inconnu; du moins on n’en a retrouvé aucune trace. Puis, peu à peu, on imagina d’attribuer à un objet déterminé une valeur particulière et fixe, efd’admettre, d’après cette convention, que cet objet pourrait servir de mesure et d’instrument d’échange. C’est la première époque de l’histoire des monnaies. De nos jours, beaucoup de peuples sauvages, dont la civilisation nous donne une idée de celle des temps anciens, considèrent encore comme monnaies des coquilles, des grains de cacao, des clous ou des morceaux de cuir. Chaque unité prend alors une valeur conventionnelle.
Une seconde période, dont l’âge peut être évalué à quarante siècles environ, voit apparaître les métaux, et particulièrement l’or et l’argent; mais ces métaux sont en lingots ou en poudre, et ils ne portent aucune indication spéciale pour indiquer leur valeur; on admet seulement pour chacun d’eux une valeur fixe proportionnelle au poids, de sorte que l’acheteur et le vendeur pèsent le métal au moment de la vente.
Il parut ensuite plus commode d’avoir des morceaux de métal pesés à l’avance, et, comme il en fallait de différents poids, on marque tous ceux du même poids d’un signe semblable. Le droit de fixer ainsi la valeur de chaque pièce de monnaie était naturellement un des privilèges du pouvoir souverain. C’est la troisième période, qui commence avec l’histoire de l’ancienne Grèce, et est caractérisée par ce fait que les pièces de monnaie étaient faites de métal pur, sans trace d’alliage.
La période actuelle se distingue de la précédente par l’apparition des alliages. Il est difficile de préciser à quelle époque on découvrit que les métaux précieux, or et argent, qui étaient employés depuis longtemps pour la fabrication des monnaies résistaient mieux à l’usure lorsque le métal était allié aune certaine quantité de cuivre. On sait seulement que ce n’est qu’à la fin de l’histoire de Rome qu’on trouve des monnaies faites avec des alliages et que celte intro-
duclion du cuivre n’avait été adoptée par les derniers empereurs que dans l’intention d’altérer la pureté des monnaies et de réaliser des bénéfices de faux monnayeurs.
Pendant le moyen âge, cet usage fut successivement suivi dans le même büt et prohibé sévèrement, et ce n’est que peu à peu qu’on reconnut que l’introduction d’une petite quantité de cuivre donnait une plus grande dureté aux pièces.
Pendant cette quatrième période, la fabrication des monnaies a reçu un grand nombre de perfectionnements. Aujourd’hui, nos pièces ont dans chaque pays un titre déterminé et un poids invariable, ce qui donne une grande sécurité pour les échanges commerciaux ; ce titre et ce poids sont indiqués sur chacune d’elles par des signes particuliers, et chaque État prend des précautions particulières pour que ces prescriptions soient rigoureusement suivies, et qu’il soit impossible d’imiter les pièces des monnaies légales au moyen d’alliages métalliques de moindre valeur.
Tout porte à croire que cette quatrième période ne sera pas la dernière, et que te caractère de plus en plus international des échanges appellera une nouvelle réforme. Actuellement, l’unité monétaire est, dans notre pays, le franc, représenté par 5 grammes d’alliage d’argent et de cuivre au titre de 900 millièmes, tandis que l’Allemagne a des marks, qui pèsent au même titre; l’Es¬
pagne, des /)ese/as,dontle poids et le titre sont différents. Certains pays adoptent Vétalon d’or, d’autres, l’étalon d’argent, quelques-uns, le double étalon. La plupart ont des pièces représentant les traits de leur souverain ou un autre signe, variable d’une nation à l’autre. Un jour viendra où l’on conviendra de confondre toutes ces conventions contradictoires et particulières en une grande convention internationale monétaire acceptée par tous les pays civilisés. L’unité sera alors la même partout, ainsi que les multiples et les sous-multiples, et leurs valeurs seront représentées par des signes uniformes. Si des considérations politiques et économiques ont jusqu’à présent retardé la réalisation de cette réforme, les rapports qui se multiplient constamment entre les nations voisines la rendent tous les jours plus nécessaire, et celte nécessité triomphera tôt ou tard. Déjà le 23 décembre 1865,la convention de rUntoji iatitiea engagé la France, la Belgique, l’Italie et la Suisse dans une série de mesures monétaires uniforme. La Grèce y a adhéré en 1878, et d’autres États viendront sans doutes'}'joindre. Ces faits, sur lesquels nous reviendrons plus loin, indiquent évidemment une période de transition, et annoncent bien la nécessité de rendre plus uniformes les conventions spéciales à chaque État.
Avant d^xposer ce que nous savons sur la fabrication des monnaies d’argent, pendant les différentes périodes que nous venons d’indiquer, il nous paraît nécessaire de préciser ce que nous entendons par une monnaie et de faire connaître quels caractères doit présenter un métal ou un alliage pour pouvoir être employé comme monnaie.
La définition de la monnaie a été donnée très exactement par Aristote :
« On convint, dit-il, de donner et de recevoir dans les échanges une matière qui, utile par elle-même, fût aisément maniable dans les usages habituels de la vie; ce fut du fer, par exemple, de l’argent, ou telle autre substance, dont
on détermine d’abord la dimension elle poids, et qu’enfin, pour se délivrer des embarras d’un continuel mesurage, on marqua, d’une empreinte particulière, signe de sa valeur(l). »
Cette définition se retrouve à peu près la même dans la plupart des ouvrages de nos économistes contemporains. Dans son livre De la monnaie, Michel Chevalier nous dit notamment :
« La monnaie est un instrument qui, dans les échanges, sert de mesure et est par lui-même un équivalent (2). »
La nécessité de cet instrument d’échange est une conséquence de la civilisation. Sans doute, on conçoit que tant que les peuples ont vécu en petits groupes, sans relations les uns avec les autres, les membres de chacun de ces groupes pouvaient encore mettre en commun les produits de leur travail, et se procurer ainsi ce qui leur était nécessaire pour leur subsistance. C’est encore de cette existence primitive que vivent les peuplades sauvages. Cependant cet état social s’est modifié peu à peu, parce que chaque famille et même chaque individu s’est confiné dans la production d’un nombre déterminé d’objets pour lesquels l’habitude leur a donné une grande dextérité et leur a permis une fabrication plus parfaite et plus rapide. 11 en est résulté que certains individus ont eu entre les mains tel objet en nombre plus que suffisant, tandis que d’autres ne le possédaient pas, mais en avaient d’autres qu’ils ne pouvaient utiliser. De là est né l’échange, c’est-à-dire le commei’ce. On a échangé, d’abord en nature, l’objet A contre l’objet B, et il en résulté pour l’ensemble des individus une plus grande somme de bien-être.
« Mais, dit encore Michel Chevalier, l’échange en nature est une opération laborieuse et incertaine... Je suis producteur de blé, j’ai besoin de viande; je livre à mon voisin l’éleveur un certain nombre d’hectolitres de mon grain contre un bœuf. Mais je ne sais pas exactement quel est le rapport du blé au gros bétail en général, et au bœuf qu’on me propose en particulier. Dans cet embarras, le marché se conclut péniblement. En outre, l’éleveur qui a trO(jué sa bête contre mon blé a peut-être déjà plus de blé qu’il ne lui en faut, et il aurait besoin de vêtements; il sera donc dans la nécessité de chercher une troisième personne qui ait des vêtements à céder et à qui il convienne d’avoir du grain ; après qu’il l’aura découverte, il aura à faire avec elle un troc entre deux objets dont le rapport de valeur n’est pas suffisamment connu de lui (3). t>
Aussi ce système de l’échange en nature ne marque-t-il pas une civilisation bien avancée.
Mais si, parmi toutes les marchandises, on en choisit une qui, par une convention acceptée par tous, puisse servir de commune mesure de valeur à toutes les autres, qui soit acceptée universellement en retour de toute chose, les transactions deviennent immédiatement beaucoup plus simples. Cette commune mesure, cet équivalent de toutes choses, c’est la monnaie.
11 ne faudrait pas croire que tout objet peut être indistinctement choisi comme monnaie.
■ 1) Politique tf Aristote, livre I, chap. ni.
(2) Cours d’économie politique, l. 111,1a Mo.nnaie, p. 1.
Qii Loc. cit., p. 4 à:,ü.
D'après Michel Chevalier (p. 15), pour qu’une marchandise remplisse parfaitement le rôle de monnaie, elle doit présenter plusieurs caractères ;
l^Elle doit être par elle-même une véritable marchandise, c’est-à-dire une chose en rapport avec un certain nombre de nos besoins, et recherchée parles hommes à ce titre;
“2° A valeur égale, elle doit être plus facile à déplacer que la plupart des autres marchandises, c’est-à-dire que, sons un faible volume, elle doit offrir une grande valeur relative, afin que chacun puisse transporter commodément l'équivalent des objets qu’il a l’habitude d’acheter;
3° Elle doit être inaltérable, afin qu’on puisse la conserver intacte sans être obligé de prendre des soins particuliers ;
.i° Elle doit être parfaitement homogène, pour que, par une vérification simple, on en constate rigoureusement la nature;
5° Elle doit pouvoir se diviser indéfiniment, de manière à représenter telle petite valeur qu’on voudra, tout en conservant après cette division une valeur proportionnelle à son poids, et de manière que les parties détachées soient faciles à réunir ;
0“ La valeur doit être à peu près à l’abri de ces variations brusques qui atteignent notamment les produits de l’agriculture et de beaucoup d’industries;
7° Il faut encore que les objets destinés à la fabrication des monnaies puissent recevoir aisément une marque ou empreinte inaltérable, signe de leur valeur;
8° Ou doit aussi rechercher les matières assez dures pour résister aux chocs et à l’usure ;
9” Enfin, ces objets doivent pouvoir se distinguer facilement de tout autre par un ensemble de propriétés physiques extérieures, telles que la densité, l’éclat, la couleur, etc.
Or, parmi toutes les substances qui nous entourent, l’or et l’argent sont à peu près les seules qui réunissent presque complètement toutes ces conditions.
Et d’abord, il est incontestable que ces deux métaux sont des marchandises, car ils sont recherchés par l’homme depuis le commencement des temps historiques pour la fabrication des parures, bijoux ou objets d’ornement. Ils ont donc une valeur intrinsèque. S’il est vrai qu’ils ne sont employés que pour la confection des objets de luxe et non pour celle des instruments de première nécessité, c’est précisément parce que leur valeur propre est très grande, et leur valeur est grande parce qu’ils sont rares. Il n’est pas douteux que s’ils étaient plus communs, ils seraient utilisés aussi pour la fabrication de mille objets usuels, et remplaceraient pour cet usage le fer, le cuivre, le bois, etc., (jui se conservent moins bien.
A certaines époques cependant, et sous l’influence de doctrines économiques erronées, on a cherché à remplacer l’or et l’argent par des marchandises n’ayant presque aucune valeur, telles que le papier par exemple. Mais l’abus de la monnaie de papier, ou monnaie fiduciaire, dont la valeur réelle est infiniment moindre que la valeur conventionnelle, a toujours conduit à des crises économiques, même lorsque ce papier était revêtu d’empreintes destinées à en rendre l’imitation impossible. De nos jours, la circulation du papier monnaie
30 E.NCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
est autorisée dans presque tous les pays civilisés, parce qu’il évite la remise du numéraire en nature, et que sa valeur à poids égal est beaucoup plus grande; mais son usage n’est toléré que dans certaines limites, et autant seulement qu’il représente un actif réel en numéraire dont il est le signe. Il ne doit même pas avoir cours forcé, comme cela est admis aujourd’hui en France et dans la plupart des États.
Cependant, si cette première condition était suffisante, on pourrait remplacer les deux métaux précieux par une multitude d’autres [marchandises.
L’histoire nous apprend que les Lacédémoniens, les Clazoméniens, les Byzantins et les anciens habitants de la Grande-Bretagne , avaient des monnaies de fer (1); les Romains des premiers temps de la République employaient pour cet usage le cuivre, et Denys, tyran de Syracuse, avait des monnaies d’étain.
Au Jlexique, avant la conquête espagnole, les grains de cacao servaient de monnaie, et aujourd’hui encore on les emploie à Mexico comme monnaie de billon, mais nous verrons qu’eu réalité la monnaie de billon est une monnaie fiduciaire. De même, les coquillages désignés sous le nom de cauris ont servi pendant longtemps dans certains pays comme petites monnaies et sont considérés comme telles aux îles Maldives, sur certaines côtes d’Afrique (Calebar, Bénin, etc.) et aux Indes. En Afrique, il en faut environ 120 pour 1 franc; aux Indes, 1540; leur valeur conventionnelle est donc très variable.
Le mercure a servi et sert encore de monnaie dans certaines régions minières du Mexique. Nous avons signalé, d’après Girardin (2), dans la première partie de cet article, l’emploi des minerais d’argent, comme monnaie locale, dans quelques districts métallifères du Pérou. On pourrait encore citer l’étain qui a été reçu comme monnaie au Mexique et en Chine; le tabac, dans la Virginie; le blé, dans le Massachusetts ; le diamant, dans l’Inde, etc. (3).
Michel Chevalier donne un exemple de faits analogues pris dans notre pays même et de notre temps. Dans plusieurs villages du bassin houiller de Graissessac (Hérault), on fabrique encore des clous à la main, parce que la houille y est à très bas prix et que cette industrie peut occuper utilement de modestes familles d’ouvriers. Les clous sont alors admis comme menue monnaie (4).
On peut enfin rappeler que l’usage de payer de petites dépenses au moyen de timbres-poste, surtout à distance, tend à se généraliser de plus en plus, et que dans bien des pays, les fermiers payent une bonne partie du prix de leurs fermes en nature; mais la plupart des objets que nous venons de citer ne possèdent pas les autres caractères que doit présenter la monnaie, notamment le second.
L’or et l’argent sont en effet des marchandises qui, à valeur égale, peuvent se déplacer plus facilement que presque toutes les autres. Ainsi, suivant le cours de l’argent, on peut avec 80 ou 100 grammes de ce métal acheter un hectolitre de blé qui pèse de 75 à 80 kilogrammes, près de mille fois plus ; avec
(1) Cet usage a été retrouvé de nos jours au Sénégal.
(2) Chimie élémentaire, t. II, p. ü06, en note.
(3) Roswag, Les métaux précieux, p. 127.
(4j Loc. cit., p. 12.
80 OU 100 grammes d’or, on oblient un bœuf sur pied, du poids de 400 kilogrammes.
Cette propriété est très précieuse. D’abord elle facilite singulièrement les échanges ; dans les pays où .l'on a employé le cuivre ou le fer comme monnaie, on était obligé de faire transporter dans des voitures ce numéraire encombrant lorsqu’il s’agissait de recevoir ou d’etfectuer des payements importants. En outre, cette grande valeur sous un petit volume diminue beaucoup les frais de transport, de sorte que ces frais sont négligeables si on les compare à la %'aleur des métaux, et que cette valeur peut être à peu près uniforme dans tous les pays du monde, aussi bien dans les régions qui produisent de l’or ou de l’argent que dans celles qui sont éloignées des mines.
Cependant, et en sens inverse, il y aurait inconvénient à choisir des substances d’une trop grande valeur, parce que dans les transactions ordinaires le volume de la monnaie nécessaire serait trop petit et difficile à apprécier. C’est une des raisons ponr lesquelles le diamant ne peut être adopté.
De même, l’or et l’argent sont à peu près inaltérables par les agents ordinairement contenus dans l’atmosphère. L’argent, il est vrai, est un peu attaqué par l’hydrogène sulfuré et par l’eau de mer, mais l’altération est superficielle. Elle est, dans tous les cas, beaucoup moindre que celle du cuivre, du fer, du zinc et de beaucoup d’autres métaux.
. On peut remarquer encore que l’or et l’argent sont très homogènes ; il n’y a aucune différence entre l’argent de Freiberg et celui du Chili, et la valeur de ces métaux est rigoureusement la même pour un même poids.
Ces métaux sont aussi divisibles indéfiniment, parce que, d’une part, il est très facile d’en faire des pièces de monnaie aussi petites qn’on le désire, et qu’en outre les petits fragments peuvent être réunis par la fusion en grosses masses sans perte sensible et sans que les frais de cette opération entraînent une dépense comparable à la valeur du lingot obtenu. C’est en cela surtout qu’apparaît la supériorité de l’or et de l’argent sur le diamant. Celui-ci ne peut être taillé en petits fragments de poids déterminé qne par une opération très coûteuse. En outre, il ne peut être fondu, et par conséquent les petits fragments ne peuvent être réunis. Il en résulte que les gros diamants ont une valeur beaucoup plus considérable que les petits, à poids égal. Un diamant de 1 carat (Os',212) vaut 48 francs, mais nn diamant de deux carats est payé 192 francs, de sorte que le diamant de deux carats, partagé en deux parties égales, perdrait la moitié de sa valeur, sans compter les frais de l’opération qui la diminueraient encore.
L’or et l’argent sont encore de toutes les marchandises celles dont la valeur est communément la moins instable. Sans doute, ils ne sont pas absolument à l’abri des variations qui atteignent la production de toutes les marcliandises ; mais, à moins d’événements extraordinaires, tels que les grandes guerres, qui peuvent gêner l’exploitation ou rendre difficile le transport des métaux, leur valeur est assez constante. Les variations qu’elle a éprouvées ne sont bien sensibles que d’un siècle à l’autre, et on peut les négliger pour des périodes de quelques années. Cette circonstance tient surtout à ce que les exploitations des mines de ces métaux sont répandues dans presque toutes les régions du globe.
de sorte que si l’une d’elles donne une production trop grande ou trop petite, cet effet est peu sensible sur la valeur qui s’établit d’après le rendement total. A ce point de vue, l’or et l’argent présentent de grands avantages sur le platine que le gouvernement russe avait tenté d’employer comme monnaie en 1828. Il dut y renoncer en 1845, précisément à cause des variations de valeur de ce métal dont le minerai n’est exploité que dans un très petit nombre de mines. D’ailleurs les usages du platine sont tellement restreints que c’est à peine si l’on peut dire que c’est une marchandise ayant une valeur propre, et nous avons vu que cette première conilition est indispensable.
Cependant, de toutes les conditions que doit remplir une monnaie parfaite, la fixité de valeur est certainement celte à laquelle les métaux précieux satisfont le moins. Cet inconvénient a été surtout sensible dans les siècles qui ont précédé le nôtre ; il était dû surtout à des irrégularités de production. La découverte de l’Amérique et de ses riches mines d’argent eut, au seizième siècle, une grande inlluence sur la valeur absolue du métal ; à une époque plus reculée, la découverte des mines espagnoles par les Phéniciens a eu un résultat analogue, et il en a été de même, de nos jours, pour le gisement de Nevada. Presque tous ces faits ont eu pour conséquence la diminution de la valeur de l’argent. Celle de l'or a été également atteinte par le développement des mines de la Californie d’abord, puis de celles de l’Australie ; cependant cette influence s’est moins fait sentir sur l’or. Il est vrai qu’en même temps le besoin des métaux précieux, et par suite la demande, ont aussi augmenté, mais il n’y a pas eu compensation exacte, et aujourd’hui la valeur de chacun de ces métaux est beaucoup moindre qu’au temps de la République romaine.
On peut encore remarquer que l’or et l’argent peuvent recevoir facilement et à peu de frais les empreintes les plus délicates, de manière que ces marques particulières servent de garantie au public. Ils sont également assez durs pour résister pendant longtemps à l’usure, du moins lorsqu’ils sont alliés avec une petite quantité de cuivre. Nous avons actuellement dans la circulation des pièces d’or et d’argent qui datent de plus d’un siècle ; les empreintes y sont encore très reconnaissables, et le//'«i n’a enlevé, après un aussi long usage, qu’une très petite fraction de la valeur de ces pièces.
Enfin, certaines propriétés physiques extérieures dont la constatation est facile, telles que le son particulier de l’argent, sa couleur et celle de l’or, leur éclat, leur grande densité, font que ces métaux ne peuvent guère se confondre avec d’autres, du moins avec la plupart des métaux dont le prix est de beaucoup inférieur. Ces propriétés sont des garanties précieuses pour le public qui peut ainsi reconnaître rapidement une pièce fausse d’une pièce légale. Elle rend presque impossible l’industrie des faux monnayeurs.
Pour toutes ces raisons, 1 or et l’argent doivent être considérés comme les seules marchandises pouvant remplir commodément et universellement le rôle de monnaies.
Aussi l’histoire nous montre que, dès les temps les plus reculés, ces deux métaux ont été choisis comme commune mesure dans les échanges.
§ 2. — Périodes anciennes.
D’ajifès la Genèse (1), vers l’an 2000 avant notre ère, le patriarche Abraham avait de grandes richesses en or et en argent ; il acheta d’Héphron, pour y placer la sépulture de Sarah, un champ qu’il paya avec quatre cents sicles (2) d’argent. Ces sicles étaient des lingots d’argent pur, ne portant aucune marque, mais ayant un poids déterminé que l’on vérifiait d’ailleurs dans les échanges. La Genèse nous dit aussi que Moïse fit peser devant tout le peuple la somme d’argent destinée à l’achat d’un terrain de sépulture. Cependant il résulte d’autres passages de la Genèse qu’Abraham ne connut l’emploi de l’or et de l’argent comme signe et mesure de la richesse qu’après son voyage en Égypte. 11 y a donc des raisons de croire que les Égyptiens ont été les premiers à se servir, pour cet usage, des métaux précieux.
Les Hébreux, réfléchissant qu’ils perdaient beaucoup de temps à peser les métaux nécessaires aux échanges, imaginèrent de former des lingots de poids déterminé et tels que les uns étaient deux fois aussi pesants ou deux fois moins que les autres. Conservant les anciens sicles, ils en créèrent d’autres qui pesaient le double des anciens, puis les partagèrent en demi-sicles, en tiers de sicle, et en lingots plus petits et de moindre valeur appelés gerahs. Presque à la même époque, et pour éviter la confusion avec des lingots de plus faible valeur ou avec ceux des autres peuples, ils convinrent de marquer leurs pièces de signes particuliers. Ces signes étaient une coupe ou gomor et au-dessus de cette coupe une ou deux lettres qui indiquaient sans doute le lieu de fabrication ; enfin, ils marquaient en légende le mot sicle, demi, tiers ou quart de sicle. Sur l’autre face était une branche d’amandier fleuri. Plus tard ces signes particuliers furent un peu modifiés ; ainsi ils y ajoutèrent le mot Jérusalem après la prise de cette ville; de même, après la construction de la forteresse de Sion, on remplaça la branche d’amandier par une porte de ville et les mots : David roi; Salomon, son fils roi, sans aucune figure ; enfin, sous les derniers rois, les inscriptions des monnaies furent souvent changées pour satisfaire la préoccupation qu’ont toujours eue les peuples de consacrer ainsi le souvenir des événements les plus remarquables ou les plus glorieux. Il ne paraît pas que les Hébreux aient jamais fabriqué de pièces d’or. L’argent qu’ils employaient était de l’argent pur, et plusieurs passages de l’Écriture sont relatifs aux précautions prises pour obtenir la purification de l’argent dans des fourneaux.
Cependant, si l’on en croit Hérodote (3), l’invention de la véritable monnaie, c’est-à-dire des pièces métalliques portant des empreintes destinées à en fixer la valeur, serait due aux Lydiens, mais cet historien n’indique pas la date précise de ce changement.
D’autre part, Strabon et d’autres auteurs attribuent l’invention des monnaies
(1) Chap. XIII elxxin.
(2) Le sicle d'argent valait à peu près 1 Tr. 47.
(3) Liv. I,p. 74 : « Les premiers parmi les hommes, à noire connaissance, les Lydiens ont frappé des monnaies d'or et d’argent. »
EltCYCLOP. CHIÏ. 3
3i ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
aux Éginètes. Ce serait Phédon, roi d’Ârgos, qui aurait fait frapper les premières monnaies dans l’île d’Égine. D’après Lenormant (1), qui a fait de cette question de l’origine des monnaies frappées une étude particulière, on ne saurait dire avec certitude si on doit en attribuer l’invention aux Éginètes ou aux Lydiens. Il paraît certain que les deux peuples ont connu les monnaies vers le septième ou le huitième siècle avant notre ère, que les pièces des Lydiens étaient en électrum, et celles des Éginètes en argent, et qu’enfin les monnaies lydiennes portaient simplement des poinçons en creux, tandis que celles d’Égine, bien que plus irrégulières de forme, avaient des figures et des dessins en relief. On peut admettre, avec Lenormant, que la fabrication des monnaies a été imaginée à peu près simultanément chez les deux peuples voisins, et que les pièces d’Égine, qui sont plus parfaites, sont probablement postérieures de quelques années à celles des Lydiens.
On pourrait penser que les Hébreux ont emprunté cet usage aux Égyptiens. En effet, beaucoup d’auteurs admettent que les premières monnaies portant des empreintes ont été fabriquées en Égypte et que c’est dans ce pays que les Lydiens auraient trouvé cet usage. Un fait qui vient à l’appui de cette dernière opinion, c’est que les plus anciennes pièces monnayées portaient des figures d’animaux, particulièrement de vaches et de taureaux, qui étaient des divinités égyptiennes. Il est dans tous les cas bien connu que les lois égyptiennes se sont toujours beaucoup préoccupées de la fabrication des monnaies et qu’elles édictaient des peines sévères contre les faux monnayeurs.
D’après F. Lenormant (2), l’ancienne Égypte n’aurait pas connu la monnaie d’argent, ce métal n'étant devenu un peu abondant dans ce pays qu’au temps des Lagides, c’est-à-dire au quatrième siècle avant notre ère. Même à cette époque, la valeur de l’argent était très grande, et voisine de celle de l’or ; Lepsius (3) donne pour mesure de ce rapport f ou . La raison de cette faible différence était que l’argent venait exclusivement d’Asie, tandis que les Égyptiens trouvaient dans leur propre pays en abondance le cuivre, l’or et l’électrum. Ce n’est qu’au troisième siècle qu’ils purent retirer de l’argent de rile de Chypre.
Si l’on admet ces données, l’Égypte pharaonique aurait eu surtout des monnaies de cuivre, ou plutôt des lingots de cuivre circulant comme monnaies, mais sans forme monétaire, c’est-à-dire sans empreinte et sans indication de valeur. L’unité monétaire était exclusivement le ten ou Vouten de cuivre que l’on appréciait au poids et qui pesait de 94 à 96 grammes. Si l’on recevait, en outre, dans certains échanges, des outens ou des skies d’argent et même d’or, on avait soin de fixer préalablement, par des conventions, le rapport de valeur à poids égal de ces métaux au cuivre. Le premier qui frappa des monnaies d’argent en Égypte aurait été le satrape Argandis, contemporain de Darius (cinquième siècle).
D’ailleurs, s’il faut accepter les documents que nous donne l’histoire
(1) La Monnaie dans l’antiquité, t. I, p. 125 et suiv.
(2) Ibid., t. I, p. 88 et suiv.
(3) Les Métaux chez les égyptiens. Mémoires de l’Académie de Berlin, 1871 n 50 et
Mariette, Papyrus deBoulaq, t. II. ’ ’
d’autres pays, on peut penser que ce n’est pas immédiatement que les anciens (Hébreux, Lydiens, Eginètes ou Égyptiens) ont passé du lingot ou de la poudre d’argent estimés au poids, au lingot ou au disque d’argent marqué d’une empreinte, c’est-à-dire à la véritable monnaie, telle qu’on l’emploie de nos jours. Ainsi les Goths et les Celtes avaient autrefois l’habitude d’étirer l’or en fil épais qu’ils enroulaient ensuite en forme de spirale et qu’ils portaient autour de leurs doigts jusqu’au moment où ils en avaient besoin pour quelque achat. De nos jours, l’Hindou qui a économisé quelques roupies, les fait fondre et convertir en bracelet, qui est pour lui à la fois une parure et un trésor. César nous dit que les Bretons portaient des bagues en fer de poids uniforme et qu’ils s’en servaient comme monnaie (1).
Nous pourrions, en remontant ainsi dans l’histoire de tous les anciens peuples, y trouver presque toujours l’emploi des métaux, et particulièrement des métaux précieux, comme monnaies, sous une forme ou sous une autre. Il serait intéressant d’y rechercher par quels intermédiaires ces peuples sont arrivés à l’usage qui est aujourd’hui presque exclusivement adopté d’employer l’or et l’argent et d’en marquer les lingots de signes particuliers. Quelques-uns, les Hébreux, par exemple, se servaient uniquement de l’argent, d’autres avaient recours à l’or seul ; d’autres enfin adoptaient dans les échanges à la fois l’or et l’argent, et exceptionnellement quelques autres métaux. Ces différences, que nous retrouverons de nos jours et que nous étudierons lorsque nous traiterons la question de l’étalon unique ou du double étalon, paraissent aussi anciennes que la civilisation.
Dans tous les cas, les quelques faits que nous venons de citer nous permettent d’arriver immédiatement à notre troisième période, qui commence un peu avant l’histoire de la Grèce et qui est caractérisée par l’emploi des monnaies à empreinte.
Les historiens grecs et romains citent un grand nombre de faits qui prouvent que dans tous les pays on avait l’habitude d’amasser et de conserver des trésors en or et en argent. Dans son histoire d’.Uexandre le Grand, Quinte Curce dit : « Entré dans Suse, il y trouva des richesses immenses, et pour cinquante mille talents d’or et d’argent non monnayé, en masse et en lingots. » Le même auteur, racontant la prise de Persépolis, dit encore : « La somme d’argent qu’on y prit est si excessive qu’elle paraît presque incroyable; mais il faut ou douter de tout ce que l’histoire nous rapporte, ou croire que dans cette opulente ville il se trouva jusqu’à cent vingt mille talents de métaux précieux (2). »
Cependant beaucoup d’auteurs estiment qu’il y a dans ces évaluations beaucoup d’exagération.
Th. Thomson (3) a examiné une monnaie grecque de Crotone, en argent. C’est une des plus anciennes pièces que l’on connaisse; on suppose qu’elle a
(1) Jagnaux, Minéralogie appliquée, p. 631.
(2) É. Théry, Grande Encyclopédie, L I, p. 841. — En admettant que le talent attiquc pesait 27 kilogrammes, le trésor de Suie contenait 1 350000 kilogrammes d’or et d’argent, et celui de Persépolis 3240 000 kilogrammes, soit approximativement 300 et 700 millions de francs de notre monnaie.
(3) Ann. chim., U LXXI, p. 125.
été frappée si.Y cents ans avant notre ère; elle était épaisse, rude au toucher et imparfaitement ronde; le revers était creux et pbi'tait trois jambages ayant la forme d’une M, les autres caractères étant effacés. Le poids total de la pièce était de H3,64 grains, soit à peu près 6 grammes. L’analyse a donné :
Argent Or....
D’après Lenormant (1), les anciennes monnaies d’Égine en argent étaient au titre de 0(50 millièmes de fin, en moyenne ; les létradrachmes athéniens en argent varient de 986 à 966 millièmes, avec des traces d’or; exceptionnellement quelques pièces ont donné 919 d’argent, 79,4 de cuivre et 2,6 d’or. Plusieurs statères de Corinthe sont au titre de 961 et 936 millièmes d’argent; les monnaies d’.Vlexandre ont donné :
Argent. 96,74
Cuivre. 2,90
Or. 0,35
Le même auteur donne encore quelques résultats d’analyses de monnaies grecques d’Italie et de Sicile, en argent. Leur titre varie de 980 à 910 millièmes d’argent. Cependant, dans les derniers temps du monnayage de Tarente, le titre des pièces d’argent s’abaisse un peu et tombe à 880 millièmes de fin.
Les anciennes monnaies grecques de l’Asie donnent aussi un titre d’argent assez élevé. Ainsi une petite monnaie de Chios antérieure à Darius, fils d’Hystaspe, a fourni 975 millièmes, et une de Téos, 960. Deux pièces d’argent du monnayage d’empire des .Vchéménides ou sicles médiqties sont à 940 et 930 millièmes; une pièce de Milet de la fin du cinquième siècle avant notre ère, 950; une de Chalcédoine, 960, et une de Rhodes antérieure à Alexandre, 965 d’argent et 3 d’or. Ce n’est qu’exceptionnellement que pour la période antérieure à Alexandre on constate des titres plus bas, notamment pour une pièce de monnaie divisionnaire qui a donné 709 millièmes d’argent (3). Un tétradrachme d’Anliochus de Syrie (troisième siècle avant Jésus- Christ) contient encore 990 millièmes d’argent, et un autre de Ptolémée Soter, 934. Cependant peu à peu le titre s’abaisse; un tétradrachme de Philippe,
(U La perte ile 2,74 pour 1(X) est duc sans doute, comme le fait remarquer d’Arcet {Ann. de cliim,, t. LXXI,p. 1361, au procédé imparfait adopté par Thomson.
(2) La Monnaie dans l’antiquité, t. I, p. 187 et suiv.
(3) Les monnaies d’or étaient aussi très pures. On a analysé les statères d’or de Philippe qui contiennent pour 1000 parties 929 d’or et 21 d’argent (Fabbroni, Ann. chim., t. LXXll, p. 25). Ces titres élevés étaient très certainement ceux de l’or et de l’argent natifs que l’on employait immédiatement pour ta fabrication des monnaies, sans alliage préalable. Cette pratique présentait même des avantages, parce que les métaux à peu près purs étaient moins durs que s’ils avaient été alliés, «t qu’ils recevaient mieux les empreintes.
le dernier roi de Syrie de la race de Séleucus (premier siècle avant Jésus- Christ), ne contient plus que 678 millièmes d’argent, et à partir de l’ère chrétienne on trouve des pièces dont le titre descend jusqu’à 625 millièmes.
A côté de ces monnaies grecques en or et en argent qui se sont maintenues pendant longtemps à un titre très élevé, on trouve des monnaies dites à’électrum, c’est-à-dire dans lesquelles entrent les deux métaux précieux, or et argent. On les rencontre notamment en Asie Mineure, en Lydie, en Ionie. On avait sans doute été conduit à employer ces alliages parce que l’or natil que l’on récoltait était fortement argentifère, comme il arrive encore de nos jours pour l’or de Transylvanie. Ces monnaies d’électrum contenaient toujours une assez forte proportion de cuivre.
C’est à ce type que l’on doit rapporter une monnaie antique analysée par d’Arcet et qui était à l’effigie de Philippe (1). Sa composition a été trouvée de :
Argent. 36,80
Or. 18,40
Cuivre. -14,80
Il n’est pas probable (pi’aucuneloi monétaire ait jamais exigé un alliage aussi compliqué pour la fabrication des monnaies, et on doit penser que cette pièce a été fabriquée avec quelque alliage naturel ou élecirum allié à du cuivre.
Les anciennes monnaies d’Athènes portaient comme empreinte un bœuf ou une chouette; celles de Delphes, un dauphin; celles des Béotiens, un Bacchus, une coupe ou une grappe de raisin, en mémoire des fameux vignobles de ce • pays; celles de Rhodes, une rose ou un soleil; celles delà Macédoine, un bouclier; peu à peu ces empreintes furent modifiées et remplacées par des figures d’une perfection artistique très remarquable, telles que la tête de Syracuse.
Tous tes peuples de la Grèce n’avaient pas adopté les mêmes conventions monétaires. Plusieurs avaient des monnaies d’or et des monnaies d’argent. Les Athéniens ne frappaient que des pièces d’argent; ils considéraient l’or comme un métal de luxe et laissaient au commerce le soin d’en déterminer ta valeur. Ils reliraient tout l’argent qui leur était nécessaire des célèbres mines du Laurium.
Les mots ipyépiov, ypéciov et jfâXxiov servaient à désigner spécialement les monnaies d’argent, d’or et de cuivre; cependant le mot ipyopiov est fréquemment appliqué par les auteurs grecs à toute espèce de monnaie, quel qu’en soit le métal, ce qui indique bien que la masse principale de la circulation métallique chez les Grecs consistait en argent ; c’était pour eux le métal étalon. De même chez les Hébreux, le mot kesef servait à désigner non seulement l’argent métal et l’argent monnayé, mais aussi d’une manière générale toute espèce de monnaie. La même extension est admise de nos jours pour le sens du mol argent, et elle tient également à ce fait que l’argent est le métal monnaie par excellence. celui qui doit servir de type et d’étalon.
Il) Ann. de chim., l. LXXII, p. 49.
Cependant, chez les Romains, on désignait par aes, c’est-à-dire par bronze ou cunre, toute sorte d’espèces monnayées; au début cet usage s’était introduit parce que, pendant les premiers siècles de la République, on ne connaissait que la monnaie de cuivre; plus tard on le conserva, même sous les empereurs, alors que l’on frappait des pièces d’or et d’argent en même temps que des monnaies de cuivre (1).
D’après Garnier (2), le mot monnaie ou moneta vient du mot latin monere, avertir. C’était le surnom de Junon moneta, déesse des avertissements; à Rome, ou battait monnaie dans son temple. Le surnom de moneta avait été donné à Junon parce que son temple était élevé sur l’emplacement de ta maison de Manlius, à l’endroit même d’où il avait entendu les Gaulois monter à l’assaut de la forteresse. D’après d’autres auteurs, ce mot aurait été adopté simplement pour rappeler que les signes particuliers des pièces de monnaie avertissent de leur valeur et sont une garantie contre la fraude.
On admet plus généralement que numéraire vient de nummus ou numus, nom d’une monnaie romaine appelée aussi sesterce et qui équivalait à 2 1/2 as romains.
Le mot numus ou nummus vient lui-même du mot grec vop-iapia, dérivé de vojAts^v (régler légalement). Aristote développe aussi cette étymologie : « C’est de même que la monnaie est devenue un objet d’échange; aussi l’appelle-t-on v(3p,wfjia, son existence étant non le produit de la nature, mais l’œuvre de la loi (vôfAoç), ce qui fait qu’il dépend de nous de la modifier ou de la décrier. » Les Grecs de Sicile désignaient plus particulièrement sous le nom de voDp.p,oç une petite pièce d’argent pesant un jL de statère d’argent de Corinthe, et équivalant originairement à une livre de cuivre, de même que les Romains appelaient nummus le sesterce d’argent. Peu à peu le même mot nummus désigna toute espèce de monnaie d’or et d’argent, le mot aes continuant à être employé pour les pièces de cuivre. Ce n’est que beaucoup plus tard que l’acception du mot s’étendant encore, nummus devint le nom le plus ordinaire et le plus générique de la monnaie courante (3).
Il est probable que la République romaine n’employa que des monnaies de cuivre ou de bronze, Jusqu’à l’époque des guerres puniques, et qu’à dater de ce moment elle eut recours d’abord à l’argent, puis à l’or.
Cependant beaucoup d’auteurs pensent que les Romains avaient connu la monnaie d’argent sous le gouvernement des rois, et qu’on y renonça pour adopter le cuivre et l’airain au commencement de la République. Il se produisit peut-être à cette époque un changement analogue à celui dont Sparte nous donne un exemple indiscutable; il est certain que les Spartiates connaissaient la monnaie d’argent et qu’ils n’y ont renoncé qu’au temps de Lycurgue, sans doute pour mieux affirmer leurs préférences pour la simplicité des mœurs.
La fabrication des monnaies à Rome paraît avoir été réglementée pour la première fois par Servius Tullius, qui, le premier, fit marquer d’une empreinte officielle les monnaies' de bronze.
(1) Voy. Lenormant, la Monnaie dans iantiguité, t. I, p. 72.
(2) Traité d'économie politique.
(3) Lenormant, loc. cit., p. 78, 79 et 80.
On créa pour surveiller cette fabrication une magistrature nouvelle; celle des Triumviri monetales; on connaissait alors Vues liberale pesant 274 grammes, et ses subdivisions {semis, triens, quadi ans, sextans, uncia), portant chacune une effigie spéciale.
Ce n’est qu’en l’année 485 de sa fondation (d’autres disent 484), c’est-à-dire en l’an 268 ou 269 avant notre ère, que Rome eut des monnaies d’argent. Plusieurs années après, en 206 (ou, suivant quelques auteurs, seulement en l’année 197), on frappa des monnaies d’or. Il y eut à partir de ce moment des triumvirs spéciau.v pour les trois espèces de monnaies (or, argent et cuivre)(l). Ces magistrats pouvaient faire graver sur les pièces le portrait de tel de leurs ancêtres qui aurait rempli de grandes charges dans la République, ou un symbole destiné à rappeler un événement important ; mais il était interdit d’y faire figurer le nom d’aucun magistrat vivant. Ces monnaies n’étaient pas datées, de sorte que leur étude n’a pas été d’un très grand secours pour reconstituer l’histoire des divers événements dont elles avaient été les témoins.
Depuis Auguste, les triumvirs conservèrent le soin de veiller à la fabrication des monnaies de bronze, mais les empereurs gardèrent pour eux le monopole des monnaies d’or et d’argent. A partir de cette époque on voit figurer sur le droit des pièces les noms ou l’effigie des dieux, des empereurs ou des membres de la famille impériale, et au revers l’indication d’un fait important de l’histoire contemporaine. Ainsi chaque empereur n’adoptait pas une marque particulière et constante, mais des signes qui variaient chaque fois que l’on frappait un certain nombre de pièces. On connaît 522 pièces différentes du règne d’Auguste, 506 dues à Vespasien. 1119 à Adrien, 823 à Marc-Aurèle. Les plus belles sont celles d’Adrien, et constamment les monnaies d’argent sont mieux frappées que les monnaies d’or.
On doit à Thomson l’analyse de deux pièces d’argent romaines, l’une du temps de la République (environ 2.50 ans avant notre ère), l’autre de Domitien (2).
Le denier romain du temps de la République portait d’un côté la tête d’uii guerrier; au revers, Diane sur un char traîné par deux biches; au-dessous, un croissant avec le mot Roma. La densité, était 10,463, à peu près celle de l’argent pur. Le poids total de la pièce était 3®'',190. Son analyse a donné :
.Argent.. 99,37
Or. 0,18
Cuivre. 0,15 (par différence)
La monnaie d’argent de Domitien (fin du premier siècle) portaient au droit l’effigie de Domitien avec les mots : Domitianus Aug. P. M. lmp. et quatre lettres effacées; au revers, un guerrier armé d’une lance et d’un bouclier. L’exer-
fl) Tresi'iri aura, argento, aere flando fer'mndo, titre indique sur les monnaies et les inscriptions par l'abréviation III. VIR. A.A.A.F.F.
(2) Ann. de chim., l. LXXI, p. 129.
40 EN'CYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
gue étail entièrement effacé. La densité était 10,092, et le poids total de la pièce 23",777. L’analyse a donné :
Argent. 80,03
Or. 0,45
Cuivre. i9,il
La première pièce était en argent pur; quant à la seconde, on peut se demander si déjà du temps de Domitien l’usage n’avait pas été adopté d’allier l’argent avec un quart de son poids de cuivre, car c’est à peu près exactement 19 17
le rapport Dans tous les cas, la présence de l’or était certainement acci¬
dentelle.
On connaît encore plusieurs analyses de monnaies et médailles romaines des trois premiers siècles de notre ère. Plusieurs sont dues à Klaprotli qui les a publiées en 1812(1). Le plus grand nombre ont été faites par Feneulle (2), qui en 1820 a pu soumettre à l’analyse plusieurs pièces romaines trouvées à Famars, près de Valenciennes, ancienne ville romaine. D’autres sont dues à Walchiier (3), qui a fait en 1825 un travail analogue sur un certain nombre de pièces des empereurs, qui avaient été trouvées à Bade.
Nous indiquerons les résultats de ces analyses en suivant l’ordre cbronologique.
Monnaie de Vespasien (année 69 de notre ère). — Poids de la pièce, 33",04.
La pièce porte l’inscriplion Lmp. C.es. Vespasianus Aug. Au revers : Tn. Pot., et une femme debout tenant un caducée.
Monnaie de Trnjan (année 98). — Poids de la pièce, 23'-,80.
Inscription ; Traia.no Aug. Ger. Dac. Pm. Tr. P., et la tête de Trajan avecune couronne de lauriers. Au revers : Cos. V. P. P. S. R. optimo princ., et une déesse représentant la Victoire debout.
(1) Aiw. de c/um., t. LXXXI, p. 82. traduction de Tassaert.
(2) Ann. de citim. et pliys., t. XXXII, p. 320.
Physik, t. XXI, p. 204 (1827), et Percy, Silvei
Autre monnaie de Trajaii :
Argent. 89,016
Cuivre. 10,98i
Monnaie de Domitien (année 96 environ) :
Argent. 86,13-i
Cuivre. 13,866
Monnaie d'Adrien (année 117). — Poids de la pièce, 33%47.
Inscription : Hadrianus Aoo. Cos, III. P. P., et la tête d’.Adrien nue. Au revers : Salbs Aug., et une femme debout.
Argent.;. 80,92
(iuivre. 19,05
Élain.) 0,03
Or. ) ___
Autre monnaie d'Adrien :
Argent. 88,235
Cuivre. 11,765
Médaille de Sabine, femme d’Adrien. — Poids, 23",67.
Inscription ; Sabina Augüsta. Au revers : Veneri Genetrici, et une femme debout.
Argent. 85,36
Cuivre. U,27
Étain. 0,37
Monnaie d’Antonin le Pieux (année 138). — Poids de la pièce, 3*"',87. Inscription : Antontnus Aüg. P. P. Tr. P.vi, et la tète d’Antonin ceinte de lauriers. .Au revers : Cos. III et une femme debout tenant un gouvernail.
Argent.
Cuivre.
Étain. .
Or.
Autre monnaie d'Adrien le Pieux :
.Argent.
Cuivre.
Médaille de Faustme. — Poids, 3»'',01.
Inscription : Diva Fadstina, et la tête de Faustine. Au revers : Augusta, et Gérés debout tenant des épis.
Argent Cuivre.
Étain..
Or.
Monnaie de Marc-Auréle (année 161). — Poids de la pièce,
Inscription ; Acrelius Cæsar Aüg. Pii. C., et la tête nue de l’empereur. Au revers : Tr. Pot. xij Cos. ij, et Apollon debout, en habit de femme.
.\rgeni . 79,66
Cuivre. 20,27
Étain. ) 0,07
Or.) ___
Atitre monnaie de Marc-Aurèle :
Argent. 63,259
Cuivre. 36,741
Médaille de Faustine Aug. — Poids, 3v,51.
Inscription ; Faustina Augdsta. Au revers : Fecünd. Aügüstæ, et une femme debout avec quatre enfants.
Argent. 79,94
Cuivre. 19,94
Or,. 0,12 .
Monnaie de Commode (année 180). — Poids de la pièce, 2v,703. Inscription : M. Commodus Antoninds Aug. Au revers : Tr. P. VIL Lmp. VL Cos. IIII. P. P., et une femme debout près d’un autel.
Argent. 67,11
Cuivre. 32,15
Étain.t
Or.j
Autre monnaie de Commode :
Argent.
Cuivre.
Monnaie de Septime Sévère (année 211 environ) :
Argent. 5i,698
r.uivre. 45,302
Monnaie de Caracalla (année 217 environ) :
Argent. 51,258
Cuivre. 48,742
Monnaie d’Héliogabale (année 222 environ) ;
Argent. 50,566
Cuivre. 49,434
Monnaie d'Alexandre Sévère (année 235 environ). — Poids de la pièce, 29',922.
Inscription : Imp. Sev. Alexandr. Aug., et la tête de l’empereur couronnée de lauriers. Au revers : P. M. Tr. P. XII, Cos. II, P. P.
Argent. 24,98
Cuivre. 74,09
Étain. 0,91
Or. traces
Monnaie de Gordien III (année 238). — Poids de la pièce, 39',4. Inscription : Imp. Gordiands Pius. Fel. Aug. Au revers : Jovi Statori, et l’image de Jupiter debout.
Autre monnaie de Gordien III (année 238 environ). — Poids de la pièce, 3 grammes.
Inscription : Imp. Gordianos Pios. Fel. Aug., et une tête couronnée.
Cuivre.
Étain..
Or...
traces
ioo,oo"
li ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
Monnaie de Philippe d'Arabie ou Philippe l’Ancien (année 244). — Poids de la pièce, 3*%5.
Inscription : Imp. M. Idl. Philippüs .\ug., et au revers : .\nto.\a .4ug. G., et une femme debout, lenant une corne d’abondance.
Argent. 43,40
Cuivre. 55,24
Étain. ] 130
Or.
Médaille d’Otacilia, femme de Philippe l'Arabe. — Poids, 3s'',l(j5.
Inscription : M. Otacil. Severa Aug., et au revers : Con'CORDIA AüG. G., et l’image de la Concorde assise.
Argent.
Cuivre.
Étain..
Or. .
Monnaie de Décius (année 251 environ). — Poids de la pièce, 38'’,768. Inscription : Imp. C. 51. Q. Trajanus Decius Aug., et au revers : Victoria Aug., et l’image d’une Victoire.
Argent. 39,65
Cuivre. 58,89
Or.i
Monnaie de Valérien (année 253 environ). — Poids de la pièce, 3'",13.
Inscription : Imp. C. P. Liv. Valerianus Aug.
Argent. 22,90
iluivre. 73,80
Étain. 3,30
Or. traces
On voit que l’altération du titre des monnaies d'argent est prodigieusement rapide. Les monnaies d’or elles-mêmes, qui, pendant longtemps, avaient été faites d’or pur et qui pendant le deuxième siècle et le commencement du troisième avaient un titre voisin de 940 ou 950 millièmes, ne sont plus, à la fin du troisième siècle, que des monnaies A’électrum riches en cuivre. Ainsi on trouve dans une monnaie de l’année 265 (1) :
(1) D’après Lenurmant, ioc. cil.,' t. I, p. 203, et Mommsen, Histoire de la monnaie romaine, t. III, p. 294.
Argent. 15,94
Or. 1.33
Cuivre. 82,73
et dans une autre pièce, dorée à la surface, de l’année 267 :
.Argent. 17,28
Étain. 0,65
Cuivre. 82,07
A partir de l’année 268, il n’y a même plus d’argent, et les pièces d’or ne sont plus que des monnaies de cuivre doré.
Les monnaies d’argent deviennent alors de simples pièces de cuivre ou de bronze qui ne sont même pas argentées, mais étamées, comme l’indique l’analyse suivante donnée par Klaproth {loc. cit.).
Monnaie de Gallien (année 268 environ). — Poids de dix pièces de cette monnaie, I28'',32.
Inscription : Gauesüs Acg.
Argent. 0,5i
Cuivre. 95,36
Étain. 4,10
La comparaison des résultats de toutes ces analyses peul conduire à faire plusieurs remarques.
D’abord, ces monnaies et médailles romaines contiennent presque toutes un peu d’or. On doit admettre que la présence de ce mêlai est accidentelle et qu’elle est due à l’imperfection des procédés d’affinage des anciens. Ou a vu plus haut ((ue nos anciennes pièces de la première République contenaient aussi quelques millièmes d’or, et l’on ne doit pas s’étonner d’en rencontrer des traces dans les monnaies romaines. Il faut donc dans les calculs ajouter l’or à l’argent pour avoir le titre de l’alliage, ou plutôt sa valeur réelle.
On remarque aussi presque constamment la présence d’un peu d’étain. Ce fait doit tenir encore à une purification imparfaite du cuivre employé pour la confection de ces monnaies, ou bien à ce fait qu’on avait utilisé du bronze ou mélangé des fragments de cet alliage au cuivre. A une époque plus récente, on a converti en grande partie le métal des cloches en canons et en pièces de monnaie sous notre première République. Des faits analogues ont pu se produire à Rome ; il suffit même de supposer que cette introduction ait été faite une seule fols, car à différentes époques de nouvelles pièces étaient fabriquées en faisant fondre les anciennes dont les caractères se trouvaient trop effacés, et l’étain, mélangé dans une première émission, se retrouvait alors dans les pièces obtenues plus tard.
Mais la comparaison des résultats précédents met surtout en évidence la différence du titre des alliages monétaires. Tandis que le denier romain du temps de la République (environ 250 ans avant notre ère) était formé d’argent à peu près pur (0,15 pour 100 de cuivre), nous rencontrons des pièces des premiers empereurs qui contiennent de 12 à 20 pour 100 de cuivre en moyenne; cette période va jusqu’au règne de Commode (environ 180 de notre ère) et dure environ un siècle et demi. Puis, à partir de cet empereur, la proportion de cuivre va en croissant ; elle atteint d’abord 32 pour 100, puis 50, puis 65, et même 75 pour 100, sous Alexandre Sévère et Yalérien (238 et 253). Enfin, les monnaies de Gallien (268) sont formées de cuivre, ou plutôt de bronze pur, contenant seulement 1/2 pour 100 d’argent, c’est-à-dire une quantité qui est certainement accidentelle et qui tient à une purification incomplète du cuivre ou du bronze employés.
Bien que Pline nous apprenne que, sous la République, le tribun Livius Drusus avait fait mélanger l’argent avec un buitième de cuivre, et qu’un autre avait ajouté du fer, cette affirmation n’est pas confirmée par les analyses, et l’on doit considérer l’altération des titres des monnaies par l’introduction des quantités croissantes et tout à fait exagérées du cuivre comme caractéristique de la période des empereurs du deuxième et du troisième siècle. Il n’y a pas non plus de raison de croire que cette introduction ait été imaginée dans le but d’augmenter la dureté des alliages et, par conséquent, d’améliorer la fabrication, même jusqu’en 180, pendant la période où cette addition de cuivre ne dépassait pas la limite raisonnable.
On doit certainement attribuer cette pratique uniquement à la nécessité où se trouvaient les empereurs de faire face à des dépenses qui augmentaient toujours, tandis que le trésor s’épuisait constamment. Les empereurs faisaient ainsi de la fausse monnaie, laquelle, à poids égal, conservait la même valeur que les anciennes pièces d’argent pur. Ce fait est un des signes les plus manifestes de la décadence de l’empire.
D’ailleurs, en même temps que les empereurs retiraient ainsi peu à peu tout l’argent contenu dans les monnaies d’argent, et recueillaient le profit de cette opération frauduleuse, ils avaient soin de respecter le titre des monnaies d’or qui continuaient à être frappées avec de l'or à peu près pur jusqu’au milieu du troisième siècle, et ils ordonnaient de ne faire percevoir les revenus du trésor qu’en monnaie d’or.
Cependant, comme les alliages d’argent et de cuivre sont d’autant moins blancs que la proportion de cuivre est plus grande, et qu’au delà de 50 pour 100 de cuivre, l’alliage a une couleur très différente de celle de l’argent pur, on prenait la précaution de soumettre la surface des pièces à une cémentation artificielle qui mettait à nu une couche d’argent pur.
Puis, lorsqu’il devint nécessaire d’augmenter encore la dose de cuivre on recouvrit les pièces d’une couche d’étain, et l’on doit attribuer une grande partie de l’étain trouvée dans les monnaies des derniers empereurs à cettd opération de faux monnayeur.
Cet étamage était surtout nécessaire, et est surtout sensible pour les pièces
de Gallien qui sont des monnaies de cuivre recouvert d’étain. Il se pratiquait probablement en plongeant les pièces dans de l’élain fondu (I).
Bien que les empereurs eux-mêmes en aient donné le triste exemple, dans les derniers siècles, l’altération des monnaies était considérée comme un crime par les anciennes lois romaines, qui, sur ce. point, imitaient les lois égyptiennes et édictaient des peines sévères contre les faux monnayeurs.
Pline nous apprend que l’altération des monnaies était très fréquente (2). On l’obtenait soit en ajoutant du cuivre à l’argent, soit en diminuant le poids légalement établi, soit encore en remplaçant l’argent par l’étain ou un alliage de plomb et d’étain. Plusieurs auteurs pensent même qu’on fabriquait des monnaies fourrées sous les premiers empereurs romains, c’est-à-dire des pièces en fer ou encore en plaqué d’argent; mais il est possible que beaucoup de monnaies fourrées aient été simplement fabriquées avec des alliages peu homogènes, ou bien qu’on ait pris pour telles les pièces de Gallien dont nous avons parlé, qui étaient en cuivre recouvert d’une couche d’étain.
Cependant, d’après Lenormant (3), on rencontre des pièces véritablement fourrées, c’est-à-dire formées d’un flan de métal de peu de valeur, cuivre, fer, plomb ou étain, formant âme, et revêtu dans toutes ses parties d’une mince feuille d’argent. Le fait paraît même certain pour les pièces dont l’àrae est en fer, car ce métal ne peut provenir de la liquation d’un alliage primitif d’argent, comme on a pu le supposer pour la pièce à âme de cuivre. Quelques-unes de ces monnaies sont certainement des produits des officines des faux monnayeurs ; mais d’autres, très régulièrement frappées, ont dû être mises légalement dans la circulation, sans doute comme monnaies fiduciaires. D’après .Mommsen (4), même sous la République, le gouvernement romain faisait, à la suite de décisions régulièrement prises par le Sénat, des émissions monétaires dans lesquelles entrait un certain nombre de pièces fourrées. A d’autres époques, on eut certainement recours à ces procédés, et nos cabinets des médailles conservent plusieurs spécimens de celte fabrication peu honnête (5). Souvent on était obligé de remplacer momentanément la monnaie véritable par des pièces dorées ou argentées, parce qu’à la suite de quelque guerre ou d’un bouleversement politique les métaux précieux manquaient.
D’après Pline, c’est pour réprimer cet abus de l’altération frauduleuse des monnaies qu’on institua officiellement par une loi Vart d’essayer les monnaies (ars denarios probandi).
La loi Lucia créa des essayeurs {artifices) spécialement chargés d’analyser les monnaies et d’en séparer les matières d’alliages. Ces essais se faisaient par la coupellation.
L’altération des monnaies était devenue tellement générale, que l’auteur de la première loi sur les essayeurs, Marius Gratidianus, en fut remercié par un
^l) Voy. Klaprotil, Ann. de chiin., t. LXXXl, p. 'J7.
(ij Hist. nat., 33, 46.
(3) La Monnaie dans l'antiquité, t. I, p. 221.
(4) Histoire de la monnaie romaine, t. II, p. 78 et suiv.
(5) Girardin (Chimie élémentaire, t. II, p. 630, en note) rapporte qu’il a fait rexamcn de pièces gauloises trouvées à Avranches et qui étaient en cuivre recouvert d’argent.
j8 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
témoignage spécial ; on lui éleva des statues massives dans tous tes quartiers de Rome (1).
De même, vers l’année 235, après les règnes de Septime Severe, de Gararalla et d’Héliogabale, qui livraient des pièces d’argent contenant près de la moitié de leur poids de cuivre, Alexandre Sévère, qui, dans les premières années de son règne, avait lui-même fait frapper des monnaies à 74 pour 100 de cuivre, s’appliqua à rétablir l’ancien titre. Il fit dans ce but refondre toutes les monnaies. Cette bonne résolution, qui fut d’ailleurs immédiatement abandonnée par ses successeurs, lui valut le surnom de Restilutor monetœ, ce qui montre combien l’altération était poussée loin et combien elle était fâcheuse et nuisible pour le peuple.
Sous le règne de Dioclétien (fin du troisième siècle), on recommença à frapper des pièces d’argent et d’or de titre élevé. Effrayé du mal produit par l’altération toujours croissante des monnaies, cet empereur décida de mettre un peu d’ordre dans cette fabrication et d’arrêler la grande crise monétaire du troisième siècle. Mais cet état de choses dura peu, et, sous le Bas-Empire, on recommença à émettre des pièces fourrées ou des pièces fausses à titre peu élevé (Valentinien, Honorius, Anastase, Héraclius, etc., du quatrième au septième siècle).
C’est pendant cette période (de Dioclétien à la fin du Bas-Empire) qu’on institua des liôlels de monnaies dans plusieurs villes de l’empire. Chacun de ces hôtels monétaires marqua les pièces de sa fabrication d’un signe particulier, usage qui s’est transmis aux civilisations modernes et qui n’a été abandonné que très récemment en France.
Jusqu’à la fin du huitième siècle, c’est-à-dire jusqu’à l’avènement de Charlemagne, l’histoire des monnaies ne nous signale aucun fait particulier. L’époque profondément troublée qui comprend la chute de l’empire romain et nous conduit jusqu’à l’époque de Charlemagne, ne nous a laissé aucun document nouveau. Les derniers empereurs d’Occident continuaient à émettre des monnaies d’argent dont le titre était souvent très bas, et parfois des monnaies fausses ou fourrées. Les ateliers monétaires étant très nombreux, on trouve, pour la même année, des titres très différents, suivant la provenance des nièces.
Sous les Mérovingiens, la monnaie ne fut pas commune, bien que les métaux précieux fussent cependant très abondants dans les Gaules, dont les mines d’or et d’argent n’étaient pas encore épuisées. On ne frappait des pièces que dans les grandes circonstances, et l’on empruntait alors aux monnaies du Bas-Empire leur titre et leur forme. Elles portaient souvent l’effigie du prince, mais la gravure des coins est d’une grossièreté toute primitive. Insensiblement les inscriptions et emblèmes se modifiaient avec les idées et les croyances; l’Ange portant la croix remplace peu à peu la Renommée victorieuse des empereurs, et des monogrammes chrétiens, des symboles trinaires, entremêlés souvent à l’iniliale du nom du souverain, des lettres réputées saintes ou fortunées, des noms de localités aujourd’hui disparues prennent
(1) Eu l'année 81 avant notre ère. Sylla fit d’ailleurs bientôt expier à Marins Cratidianus celte popularité ; il ordonna la destruction de ses statues et sa mise à mort.
place au droit et au revers de ces monnaies. La figure i, qui représente une pièce d’argent de Pépin le Bref, donne une idée de ces monnaies grossières.
Les noms des localités inscrites sur les pièces, souvent par leurs initiales, sont ceux des villes où existaient des ateliers monétaires; ces hôtels de monnaies étaient très nombreux, indépendamment de la Monnaie, qui était installée dans le palais du roi. On a compté, sur les monnaies mérovingiennes, plus de cent noms de villes, sièges de ces ateliers monétaires. Charlemagne modifia
Fig. 1. — )lonnaic d’argent de Pépin le Bref.
profondément cet état de choses. D’abord il décida qu’il n’y aurait de monnaie en aucun autre lieu que dans son palais. Puis il décréta que désormais on tirerait de la livre d’argent vingt-deux sous, de telle sorte que le sol d’argent devait contenir exactement la vingt-deuxième partie delà livre de métal (1). Il interdit l’émission de toute pièce de 'mauvais aloi, et ordonna de punir sévèrement les faux monnayeurs et d’accepter les espèces ayant cours légal. Les pièces de celte
Fig. 2. — Monnaie d’argent de Cliarlcmagno.
époque (fig. 2) portent des emblèmes, des croix, des couronnes, des fleurs, ou le périrait du prince assis ou debout; elles sont d’une exécution plus parfaite que les précédentes.
C’est à la même époque que l’on remplaça les coins gravés au touret par les coins gravés au burin, qui donnent plus de finesse dans les empreintes.
Quelques années plus lard, en 864, Charles le Chauve revint sur une disposition fondamentale adoptée par Charlemagne, et ordonna que les monnaies seraient frappées non seulement dans son palais mais aussi dans plusieurs villes, notamment Rouen, Rennes, Sens, Paris, Orléans, Châlons, Narbonne. Il établit un maître ou directeur dans chaque atelier monétaire, et des officiers pour y faire la police et empêcher les fraudes et les malversations qu’auraient
(t) La livre de Charlemagne renfermait la mèinc quantité d’argent qui forme 87 francs de notre monnaie; chaque sol équivalait donc à peu près à i francs (exactement 3 fr. 955). U ne faut pas confondre la livre de Charlemagne avec l’unité monétaire appelée plus tard livre tournois qui équivalait à peu près à 1 franc de notre monnaie. A partir de saint Louis on appela monnaie tournoise ou livre toiirnoise l’unité monétaire, parce que beaucoup de pièces des rois de la première race avaient été frappées par saint Martin de Tours.
ENCYCLOP. CHIII. 1
pu y commettre les employés. Ces officiers devaient s’engager par serment à ne monnayer aucun alliage qui ne fût pas de poids.
Aux treizième et quatorzième siècles, on trouve les livres tournois de Philippe III, qui portent un encadrement de fleurs de lis (fig. 3), les aiynels de
ElG. 3. — Livre tournois de Philippe III.
saint Louis et de Charles IV, sur lesquels figurent au droit un agneau et une bannière, et, au revers, des fleurs de lis.
Aux quinzième et seizième siècles, nous rencontrons des écus dits « à la
couronne », qui portent sur deux faces des couronnes royales et des écussons, comme ceux de Louis XI (fig. 4). Louis XII et François I" firent graver au droit des pièces de monnaie leur portrait, d’où le nom de testons (du mot italien
Fig. 5.— Monnaies de François I" et de Henri 11.
lestone, grosse tête), usage qui s’est conservé jusqu’à nos jours. Henri II fig. 5) imagina d’ajouter au revers le millésime, c’est-à-dire l’âge de la pièce.
Pendant cette époque (du dixième au seizième siècle), les ateiers monétaires furent assez nombreux et disséminés dans tout le royaume; le roi les affermait. Sous François I", on en comptait vingt-cinq.
Depuis Charles VI el Charles VII, et dans le but de réprimer la fraude des monnaies et leur altération, on imagina des coins secrets appelés déférents, qui indiquaient l’atelier monétaire qui avait fabriqué la pièce, le directeur, le graveur et le titre. Une lettre servait à faire reconnaître chaque atelier moné¬
taire; sous François 1®', chaque ville était ainsi désignée par une lettre spéciale, quelques-unes par un chiffre ou une marque spéciale :
Paris, A. —Rouen, B. — Caen, C. — Lyon, D. — Tours, E. — Angers, F.
— Poitiers,G. — La Rochelle, II.— Limoges, I.— Bordeaux, K.—Bayonne, L.
— Toulouse, M. — Montpellier, N. — Riom, O. — Dijon, P. — Perpignan, Q.
— Orléans, R. — Reims, S. — Nantes, T. — Troyes, V. — Amiens, X. — Bourges, Y. — Grenoble, Z. — Aix, &. — Rennes, 0. —Lille, W. — Metz, AA.
— Strasbourg, BB. — Besançon, CC. — Marseille M (A M monastique).
— Pau, une vache.
Sauf celui d’Angers, qui fut supprimé bientôt, ces trente et un hôtels de monnaies subsistèrent presque jusqu’en 1772. A cette époque, il n’en restait plus que dix-sept : à Paris, Rouen, Lyon, La Rochelle, Limoges, Bordeaux, Bayonne, Montpellier, Perpignan, Orléans, Nantes, Aix, Lille, Metz, Strasbourg, Marseille et Pau. Celui d’Aix fut supprimé en 1786. La loi du 25 janvier 1793 ne conserva que celui de Paris, mais celle du 22 vendémiaire an IV en rétablit huit, particulièrement pour la monnaie de cuivre. L’arrêté du 10 prairial an XI (30 mai 1803) en organisa seize :
Paris, A. — Rouen, B. — Lyon, D. — Genève, G. — La Rochelle, H. — Limoges, I. — Bordeaux, K. — Bayonne, L. — Toulouse, M. — Perpignan, Q.
— Nantes, T. — Turin, U. — Strasbourg, BB. — Gênes, CL. — Marseille, îf(;
— Lille, W (1).
En 1852, il existait encore en France sept bôtels monétaires. En 1857, on ne conserva que ; Paris, A. — Strasbourg, BB. — Bordeaux, K.
(1) Pendant les dernières années du règne de Napoléon, de 1812 à 1813, on frappait aussi des monnaies à Rome (R surmonté de la couronne impériale), et à Utrecht, qui portait comme marque particulière un mot.
Aujourd’hui la fabrication d’espèces d’or et d’argent et des pièces de billon est centralisée à la Monnaie de Paris, depuis la mise en vigueur de la loi du 31 juillet 1879.
On sait que les anciennes législations d’Égypte, de la Grèce et de Rome édictaient des peines sévères contre les faux monnayeurs. Successivement, Childéric III (744), puis Louis le Débonnaire et Charles le Chauve ordonnèrent que celui qui serait convaincu de ce crime aurait le poing coupé. Presque tous les rois se préoccupèrent de cette fraude, qui, à certaines époques, fut une grande cause d’inquiétude et de trouble dans les échanges commerciaux. Celte industrie peu honnête avait en réalité plusieurs causes, et ne disparut à peu près complètement que lorsque ces causes cessèrent.
L’une d’entre elles, et peut-être la plus grave, était l’imperfection des procédés employés pour vérifier le titre des monnaies; l’art de l’essayeur ne connaissait que quelques méthodes peu précises, et l’essai des monnaies n’était pas régulièrement organisé par l’État comme il l’est aujourd’hui ni considéré comme un service public.
Une autre cause, très importante aussi, était l’imperfection de la fabrication. Le titre même des monnaies n’était pas garanti, et les pièces qui devaient être d’or et d’argent purs, n’atteignaient jamais un titre très élevé, sans que jamais la proportion du métal précieux se trouvât la même dans deux émissions consécutives. Et non seulement la valeur réelle de l’alliage et la quantité d’argent et d’or restaient incertaines, mais l’art de frapper les pièces était aussi très imparfait; les coins n’avaient pas une dureté suffisante et donnaient des empreintes sans netteté; les deux faces étaient frappées successivement, et, enfin, la tranche de la pièce ne portait aucune marque.
Toutes ces circonstances favorisaient l’industrie des faux monnayeurs, parce qu’ils pouvaient, à peu de frais, installer une fabrication qui fournissait des pièces ayant la même apparence que les pièces officielles. Ce n’est qu’au commencement du règne de Louis XIV que Nicolas Briot inventa le balancier, qui marque du même coup les deux faces des pièces de monnaie ; c’est seulement en 1085 que Custaing imagina la machine qui sert à marquer la tranche.
Mais la cause principale, qui a le plus contribué à développer le faux monnayage et à en faire un véritable fléau pour le peuple, c’est l’exemple que donnaient les princes eux-mêmes de cette pratique coupable.
L’histoire est remplie de preuves de ce fait; elle nous montre constamment les rois occupés à offrir d’une main au public des pièces à bas titre et à punir de l’autre les faux monnayeurs qui tentaient de les imiter. En France, particulièrement, Philippe le Hardi, Philippe le Bel, surnommé le Faux monnayeur, Philippe de Valois, Jean II, Charles \L Et comme ces princes avaient besoin de la connivence des officiers des monnaies, ils avaient soin d’acheter leur silence en leur donnant leur chai-ge. « Sur le serment que vous avez fait au roy, dit Philippe de Valois dans une de ses ordonnances, tenez cette chose secrète le mieux que vous pourrez. Si aucun demande à combien les blancs sont de loy, feignez qu’ils sont à six deniers (I). »
(1) Hœfer, Histoire de la chimie, t. I, p. 498, d’après J. Boizard, Traité des monnoues, Paris, 1696, p. ^78 et 67.
On rencontre même des princes qui, plus soucieux sans doute de retrouver l’estime du peuple que de céder aux reproches de leur conscience, reconnaissent publiquement qu’ils ont altéré les monnaies et affirment que leur dessein est, à l’avenir, d’en émettre de bon aloi. Ainsi, en 1295, une ordonnance de Philippe le Bel porte : « Le roy estant à Paris, ayant affoibly les monnoyes en poids et loy, espérant encore les affoiblir pour subvenir à ses affaires, et connoissant esire chargé en conscience du dommage qu’il avoit fait et feroit porter à la république pour raison de cet affoiblissement, le roy s’oblige, par charte authentique, au peuple de son royaume, que, ses affaires passées, il remettra la monnoye en bon ordre et valeur, à ses propres cousts et despens, etc... » — De même, le roi Jean II, en 1355, promettait « que lui et ses successeurs feroient d’oresnavant perpétuellement bonne monnoye et stable ».
Les rois de France n’avaient qu’une excuse, c’est qu’ils n’étaient pas les seuls à livrer à leur peuple de la fausse monnaie. En Angleterre, en Ru.ssie, eu Espagne, l’altération des monnaies est pratiquée comme en France. D’après Saint-Clair Duport {Production des métaux précieux), à Mexico, lorsqu’on donnait à un essayeur des monnaies son diplôme, on lui remettait, en l’obligeant à faire serment de n’en point parler, un poids d’essai pour l’argent du monnayage, qui, bien que marqué comme correspondant à onze deniers, n’équivalait véritablement qu’à dix deniers et vingt grains. On soustrayait ainsi dix millièmes environ, soit 1 pour 100 de la valeur.
L’analyse des différentes monnaies d’argent frappées avant la fin du dixseptième siècle a conduit aux mêmes résultats et aux mêmes comparaisons que celles des monnaies grecques et romaines; le titre des pièces les plus riches en argent ne dépasse guère 950 millièmes, et se maintient généralement un peu au-dessous de cette limite.
A partir du règne de Louis XIV, la fabrication est plus régulière, et le faux monnayage particulier cesse ou devient négligeable, précisément parce que les causes que nous en avons données pour les siècles antérieurs cessent ellesmêmes.
On trouvera, dans l’ouvrage souvent cité de Roswag, les Métaux précieux (pl. YIII et IX), des gravures héliograpbiques représentant, avec une exactitude que la gravure ne saurait atteindre, neuf types de pièces d’argent, de 1082 à 1802. Les titres de ces monnaies sont :
Écu blanc de Louis XIV de 1682 ■(27ij'',40). 917 millièmes.
Demi-écu Louis XIV de 1704 (13f)%20). 917 —
Autre demi-écu Louis XIV de 1709 (IBs^SO). 917 —
Louis d’argent de Louis XV de 1724 (233%50).... 917 —
Écu de 6 livres Louis XV de 1740 (293^40). 911 —
Écu de 6 livres de Louis XVI de 1789 (29!"-,50)... 911 -
Écu de 6 livres de 1792 (29!i%50). 911 —
Écu de 6 livres de la République de 1793(293'',50). 911 —
Écu de 5 francs de la République, type Hercule, de 1802 (25 grammes). 900 —
Citons encore quelques autres résultats d’analyses publiés par Thomson (1), (1) Ann. de chim., t. LXXI, p. 113 et suiv. (1809).
51 ENCYCLOPÉDIK CHIMIQUE.
et qui se rapportent à des pièces d’argent de la même période (dix-septième et di.x-huitième siècles) et d’autres pays :
Écu d’Autriche, de 1612, pesant 23»%677 :
Argent. 90,47
Cuivre. 9,38
Or. 0,09
Demi-couronne anglaise, de 1671, pesant H»'',708 :
Argent. 91,26
Cuivre. 7,71
Monnaie du canton de Berne, de 1717, pesant 3«%877 :
Argent. 78,77
Cuivre. 21,22
Piastre d’Espagne de Louis I"", de 1724, pesant 43'',541 :
Argent. 83,04
Cuivre. 15,20
Piastre d’Espagne de Philippe V, de 1740, pesant 58'',204 :
Argent. 91,80
Cuivre. 5,58
Écu français de trois livres de Louis XV, de 1761, pesant ll3'',23 :
Argent. 90,07
Cuivre. 9,8
Or. 0,14
Monnaie piémontaise de Victor-Amédée, de 1779, pesant 7»'',195 :
Argent. 90,04
Cuivre. 9,96
Monnaie de Hanovre, de 1780, pesant 23'',679 :
Argent. 51,03
Cuivre. 48,39
Demi-crusade neuve de Portugal, de 1782, pesant li*'’,213 ;
Argent. 88,03
Cuivre.. 10,25
Monnaie russe de quinze copeks, de 1789, pesant 2“'',813 :
Argent. 75,59
Cuivre. 21,50
Pièce danoise de 1789, pesant 23»'',C2 :
Argent. 87,87
Cuivre. 12,07
Or. 0,02
Florin de Hollande, de 1791, pesant 8»% 70 :
Argent. 91,72
Cuivre. 6,51
Or. 0,04
Pièce espagnole de 1801, pesant 22»'',05 :
Argent. 89,28
Cuivre. 10,18
Or. 0,07
Roupie russe du commencement du dix-neuvième siècle, pesant Argent
Ainsi, dans presque tous les pays, nous trouvons, pendant les dix-septième et dix-huitième siècles, des monnaies d’argent au titre de 900 millièmes environ ; les exceptions à celte règle sont peu nombreuses. Elle ne peut d’ailleurs être formulée que pour les États occidentaux, qui ont eu pendant cette période des rapports commerciaux continuels. Ainsi, Roswag cite (1) deux pièces d’argent de Gochinchine, de 1849, dont le titre est de 995 millièmes; c’est de l’argent pur. Cependant, en étudiant le titre des monnaies d’argent actuelles, nous verrons que, même dans les pays orientaux, où la civilisation s’introduit peu à peu,
(1) Les Métaux précieux, p. 143.
50 ENCYCLOPÉDIE CHLMIQUE.
le titre admis aujourd’hui est voisin de celui qui est adopté dans presque tous les États européens.
Ce rapide résumé historique nous a conduit à la fin du dix-huitième'siècle et même aux premières années du dix-neuvième, c’est-à-dire à une époque qui coïncide avec une période nouvelle. Nous trouvons en effet la loi du 18 germinal an III (7 avril 1795), puis celle du 28 thermidor an III (15 août 1795), et, enfin, celle du 7 germinal an IX (28 mars 1803), qui fondent définitivement en France le système métrique et définissent l’unité monétaire adoptée dans notre pays ; c’est le point de départ de la période actuelle. Pour faire comprendre l’économie de cette législation, nous devons abandonner l’ordre chronologique.
§ 3. — Période actuelle.
La question monétaire, même en se bornant à la période actuelle, est fort complexe, soit que l’on passe en revue les divers pays civilisés qui ont adopté chacun un système monétaire différent, soit que l’on prenne chez les principaux peuples les points communs de leur législation.
Au début même de cette étude nous rencontrons une question que nous avons à peu près négligée dans les périodes anciennes, celle de Vétalon. En effet, un grand nombre de peuples ont adopté l’étalon d’or unique, tandis que d’autres ont préféré l’étalon d’argent, et que quelques-uns admettent le double étalon, c’est-à-dire l’or et l’argent, sans parler de ceux qui se servent de l’étalon de papier. Il est indispensable, pour se rendre compte du système monétaire actuel, de bien comprendre en quoi diffèrent ces conventions fondamentales, et quelles sont tes raisons de ces préférences. Nous étudierons ensuite le système monétaire français, particulièrement la législation de notre pays concernant les monnaies d’argent, puis nous passerons en revue rapidement les systèmes monétaires étrangers. Enfin nous nous occuperons des empreintes des pièces et des conditions de monnayage.