ESSAIS DES ALLIAGES D’AIICENT ET DE CUIVRE
L’essai de ces alliages s’est tellement perfectionné depuis un siècle qu’il est devenu une des opérations analytiques à la fois les plus rapides et les plus précises que nous connaissions. Le très grand intérêt que les gouvernements et le public ont à fournir et à recevoir des monnaies et des alliages possédant exactement le titre légal rend cette précision nécessaii’e.
Dans les temps anciens, ces procédés d’analyses, comme beaucoup d’autres, étaient peu connus et assez mal pratiqués. Il est vrai que quelques auteurs pensent que la coupellation était employée par les Hébreux et les anciens Égyptiens ; très certainement on y avait recours au huitième siècle de notre ère, car le célèbre alchimiste arabe Geber la décrit minutieusement.
Mais dans presque tous les cas ce n’était qu’un procédé d’analyse qualitative ; il permettait de reconnaître si un métal blanc était formé de plomb ou d’étain qui disparaissaient pendantla coupellation, ou bien d’argent qui résistait à cette épreuve. Mais on ne l’employait pas pour déterminer les proportions d’argent et de cuivre contenus dans les alliages de ces deux métaux. Ces alliages mêmes n’avaient pas d’emploi, les monnaies et les divers objets d’argent étant alors fabriqués avec de l’argent pur. Lorsqu’on voulait reconnaître la pureté de l’argent, on avait recours plus généralement à la pierre de touche, méthode qui est encore employée aujourd’hui pour fournir des indicationssur le titre des objets d’argent, mais qui ne donne pas des résultats bien exacts.
Au moyen âge, on faisait l’essai des monnaies d’argent au moyen de Véchoppe. On appelait ainsi un petit instrument qui permettait d’enlever à la pièce de monnaie quelques grains d’alliage que l’on plaçait sur des charbons ardents ; on estimait alors, par la couleur plus ou moins blanche que prenait le métal fondu, la pureté de l’argent. C’était l’essat à la raclure ou à l’échoppe.
A partir du règne de Philippe de Valois, on employa la coupellation comme procédé d’analyse quantitative des monnaies et autres matières d’argenl. Après avoir pendant longtemps altéré lui-même le titre des pièces et fabriqué de la fiiusse monnaie,ce prince rendit en 1343 une ordonnance instituant un service officiel d’essais. La coupellation y est ‘décrite en détail :
« Les coupelles sont de petits vaisseaux plats et peu creux, composez de cendres de sarment et d’os de pieds de mouton calcinez et bien lessivez; pour en séparer les sels qui feroient pétiller la matière de l’essay, on bat bien le tout ensemble, et après cela on met, dans l’endroit où l’on a fait le creux, une goutte de liqueur qui n’est autre chose que de l’eau où on a délayé de la maschoire de
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brochet, ou de la coi'ne de cerf calcinez ; ce qui fait une manière de vernis blanc dans le creu.x de la coupelle, afin que la matière de l’essay y puisse esire plus nettement, et que le boulon de l’essay s’en détache plus facilement. » L’ordonnance insiste ensuite sur la nécessité d’ajouter du plomb bien pur « quinetienne or, argent, cuivre, ne soudure, ne nulle autre communication... » Enfin, elle indique des précautions minutieuses relatives à l’emploi de la balance pour la pesée de la prise d’essai et du bouton d’argent :
« Le général essayeur ou l’essayeur particulier doit avoir ses balances bonnes et légères, loyau.x et justes, qui ne jaugent d’un costé ne d’autre. Quand il pèse les essays, il doit estre en lieu où il n’y ait vent ne froidure, et garder que son haleine ne charge la balance (1). »
En 183:2, Gay-Lussac imagina un autre procédé d’essai, dit par voie humide; il est aussi e.xact et beaucoup plus expéditif que la coupellation ; aussi lui donne-t-on, depuis cette époque, la préférence.
Nous décrirons en détail ces deux méthodes; par voie sèche (la coupellation) et par voie humide, puis nous indiquerons le principe de quelques autres procédés moins employés. Nous ne nous occuperons ici que de l’essai des alliages d’argent et de cuivre usuels, l’essai des minerais d’argent et des alliages aurifères ayant été traité dans d’autres parties de cet ouvrage.