CHAPITRE V
.4RGENTÜKE
On doit donner le nom d’argenture à toute opération qui a pour but de recouvrir d’une couche plus ou moins épaisse d’argent la surface d’une autre substance.
Il est certain que l’habitude de recouvrir d’une couche mince d’or ou d’argent divers objets en bois, en métal ou en verre, est fort ancienne ; le prix élevé de ces métaux et la propriété qu’ils possèdent de pouvoir se réduire en feuilles minces ont dü donner naissance depuis longtemps à cette industrie. D’après Girardin (1), cet usage remonte au deuxième siècle avant notre ère. Mais il est certain que pendant longtemps on a employé pour dorer et argenter, non pas seulement l’or et l’argent, mais des corps ayant à peu près le même aspect, par exemple l’élain ou le mercure pour l’argent, l’or mussif et même le cuivre pour l’or. C’est ainsi que nous retrouvons dans beaucoup d’écrits alchimiques, notamment dans les papyrus de Leyde, la description des méthodes pour blanchir les métaux au moyen de l’arsenic, du mercure, de l’étain. C’était la leucose ou Xcéacocti;. Il est difficile de croire que l’on ait pu penser obtenir une argenture réelle en recouvrant le cuivre de mercure ou d’étain ; la teinture en argent u’était sans doute que l’application sur le cuivre d’un corps ressemblant plus ou moins à l’argent. Mais l’imperfection des procédés d’analyse était alors si grande que l’on a pu employer ces méthodes pour recouvrir frauduleusement de mercure ou d’étain des disques de cuivre ayant la forme et les empreintes des monnaies et les présenter au public comme des pièces d’argent. Telles étaient notamment les monnaies de Gallien, qui ne contenaient que des traces d’argent.
Mais l’argenture véritable n’était pas non plus inconnue. On a trouvé des pièces romaines et gauloises fourrées, formées de cuivre recouvert d’une couche d’argent. Pline signale lui-même cette fabrication. On les préparait sans doute en appliquant à la surface du cuivre des feuilles d’argent. D’après Girardin, on a trouvé à Alise, aujourd’hui Provins, des objets d’airain et de cuivre plaqués d’argent, dont un porte le nom de l’artiste. On connaît également des agrafes en fer, damasquinées d’argent, confectionnées dans la Bourgogne. (2)
Les méthodes actuellement connues pour obtenir l’argenture sont assez diffé-
(t) Chimie élémentaire, 6* édit., t. Il, p. 630 et 631, en note (1880).
(2) 11 est probable que les anciennes civilisations des autres pays connaissaient aussi l’argenture, et que beaucoup d’objets en argent signalés dans les récits des voyageurs étaient en métal argenté.
rentes, suivant que l’on se propose de recouvrir d’une couche d’argent des objets en bois ou en métal, ou bien des plaques ou lames de verre.
Nous décrirons successivement ces deux espèces d’argentures.