ENCYCLOPÉDIE CHIMiyUE
On voit que, dans cette opération, l’adhérence se produit sans soudure, par l’élimination de l’air retenu entre les deux plaques et la compression. L’épaisseur de la plaque doublée peut être réduite par le laminage à 1 millimètre ; c’est ordinairement dans cet état qu’on l’emploie pour la confection des couverts ou vaisselles d’argenterie. Les deux métaux y conservent le rapport d’épaisseur qu’ils avaient entre eux avant l’action du laminoir.
Ce rapport est assez variable. On peut plaquer au dixième, au vingtième ou au quarantième. Pour plaquer au vingtième, on applique sur le cuivre qui pèse 10 kilogrammes une lame d’argent du poids de 500 grammes (1).
b. Argenture du bois et des métaux à la feuille.
L’argenture du bois à la feuille se fait en appliquant sur la surface des feuilles très minces d’argent que l’on y fait adhérer au moyen d’une colle très fluide. Cette argenture est toujours peu solide.
L’argenture des métaux, particulièrement du cuivre ou du laiton, à la feuille, consiste à appliquer des feuilles d’argent très minces sur l’objet métallique bien décapé et dont la surface doit être un peu rugueuse pour retenir l’argent (2). On augmente l’adhérence soit en chauffant, soit par la pression d’un brunissoir d’acier. On place ordinairement de quatre à huit feuilles à la fois sur e cuivre, et on en superpose ainsi 30,40,50, ôO, suivant la solidité et la durée que l’on veut donner à l’argenture. On termine en brunissant d fond, c’està-dire en polissant avec soin toutes les places avec le brunissoir d’acier, particulièrement les creux et les joints des feuilles, de manière que la surface soit uniformément argentée.
Ce procédé est long et fort dispendieux. On l’emploie cependant encore pour argenter les grands ornements d’église, chandeliers, croix, bénitiers.
c. Argenture des métaux par l’amalgame d’argent.
On doit commencer par décaper l’objet comme dans la méthode précédente, puis on étend à la surface, avec un pinceau, une dissolution de nitrate de mercure. On chauffe ensuite l’objet vers 100 degrés et on le recouvre d’amalgame assez fluide pour former une couche uniforme. Enfin, on le porte au rouge pour volatiliser le mercure, et on brunit la surface.
Au lieu d’employer l’amalgame d’argent, on se sert souvent d’un mélange de 1 partie d’argent précipité, 4 parties de sel ammoniac, 4 parties de sel marin, et 1/4 de partie de bichlorure de mercure. Dans ce cas, il n’est pas nécessaire d’avoir recours à l’enduit de nitrate de mercure, et cette pâte s’étend directement sur la surface métallique décapée.
On donne souvent à ce procédé le nom d’argenture au feu.
(fl) On peut aussi argenter un fil de cuivre en le recouvrant d’une lame d’argent et le laminant à chaud entre des cylindres cannelés.
(2) On emploie pour le décapage de l’acide sulfurique additionné d’un peu d’acides azotique et chlorhydrique; on y plonge l’objqt chaud.
d. Argenture des métaux à la pâte.
On l’appelle souvent argenture au pouce ou au bovxhon. Elle consiste à frotter une lame ou un objet en cuivre ou en laiton avec une pâte à base de chlorure d’argent. L’argent est réduit à l’état métallique, pénètre assez profondément dans le cuivre, et forme à sa surface un enduit très solide qu’on rend encore plus adhérent en faisant rougir la pièce et en la brunissant. Les ouvriers ont une foule de recettes pour la préparation de cette pâte. Voici les deux qui ont été proposées au début :
1“ Chlorure d’argent. 1 partie.
Crème de tartre. 3 —
Sel marin. 5 —
2° Chlorure d’argent. 3 —
Carbonate de 'potasse. 6 —
Chlorure de sodium. 3 —
Craie. 2 —
Les matières sont d’abord triturées aussi finement que possible, puis le mélange est broyé à la molette jusqu’à ce qu’il ne présente plus de grains au toucher. On conserve la préparation dans un flacon noir, et, lorsqu’on veut en faire usage, onia délaye dans de l’eau ordinaire jusqu’à consistance de bouillie, et on l’applique au pinceau, au bouchon ou au pouce sur la surface du cuivre. On peut même argenter par ce procédé des objets de cuivre assez légèrement dorés pour que le cuivre puisse agir sur le chlorure d’argent à travers la couche d’or ; on obtient alors des teintes variées (mélange d’or et d’argent) qui sont très recherchées.
On a proposé aussi les recettes suivantes :
3° .Azotate d’argent. 1 partie.
Cyanure de potassium. 3 —
en ajoutant assez d’eau pour former une bouillie épaisse;
4» Azotate d’argent. 15 parties.
Hyposulfite de soude. 100 —
tes deux sels dissous dans l’eau et mélangés.
On se sert plus particulièrement pour argenter les cadrans de montre ou d’horloge d’un mélange de 1 partie d’argent précipité par le cuivre, de 2 parties de sel marin et de 2 parties de tartre.
Le fer ne peut être argenté directement par ce procédé ; on doit au préalable, le recouvrir d’une légère couche de cuivre.
e. Argenture des métaux par voie humide.
C’est ainsi que l’on argente les menus objets tels que boutons, boucles, épingles, agrafes : les ouvriers désignent ce procédé sous le nom de bouillitoire oa blanchiment d'argent. Toutes les recettes indiquées reviennent à rendre te chlorure ou le cyanure d’argent soluble au moyen des chlorures ou cyanures alcalins, sel marin, cyanure de potassium ou sel ammoniac, et à plonger dans les liqueurs bouillantes les pièces de cuivre bien décapées. Elles se recouvrent rapidement d’une couche d’argent très brillante, sans taches ni aspérités. On les lave ensuite avec soin et on les sèche immédiatement. Voici deux des recettes indiquées ;
Chlorure d’argent. 40 grammes.
Crème de tartre en poudre- 2'‘3,500
-Sel marin. 2'‘'-i,.500
On jette plusieurs cuillerées de cette pâte dans une bouilloire en cuivre pleine d’eau bouillante où se trouve un panier portant les objets que l’on veut blanchir ; on les remue avec une spatule de bois. Il suffit de quelques minutes d’ébullition, et la dose d’argent consommé est presque insignifiante ; 1 kilogramme d’œillets métalliques se blanchit ainsi au prix de 50 centimes, tous frais et bénéfice compris.
2“ Chlorure d’argent. 2 parties.
Sel marin. 72 —
Sulfate de zinc. 72 —
Acide arsénieux. -. 1 —
Nitre. 1 —
Ce mélange est ajouté à l’eau bouillante comme le précédent.
Le bain suivant donne une argenture plus solide et plus éclatante :
3“ Eau. 10 litres.
Azotate d’argent. 100 grammes.
Cyanure de potassium. 600 —
Il suffit de quelques secondes d’ébullition ; mais le prix de revient est un peu plus élevé.
Ce mode d’argenture prend plus particulièrement le nom d’argenture au trempé ou par immersion, lorsqu’on emploie le cyanure de potassium comme dissolvant.
Elkington a beaucoup facilité l’emploi de cette méthode, en ajoutant au bain un peu de bichlorure de mercure. Vers 1840, le même savant découvrit, en même temps que deRuolz en France, le moyen d’utiliser la pile pour augmenter l’épaisseur de la couche d’argent déposée et pour argenter tous les métaux. C’est l’argenture galvanique, qui est aujourd’hui presque uniquement employée.
f. Argenture galianique des métaux.
Ce procédé est général ; il permet de précipiler sur un métal commun, le fer ou le cuivre, en couches continues, adhérentes, inséparahles, et aussi épaisses qu’on le désire, l’or, l’argent, le platine, le cuivre, le zinc, le plomb, le fer, etc.
Le principe de la méthode consiste à dissoudre les métaux à précipiter par des agents convenables, et à décomposer la liqueur par la pile, en prenant comme électrode négative l’objet métallique que l’on veut recouvrir. Sa surface doit être préalablement décapée et bien lavée.
Pour l’argenture, on se sert du cyanure d’argent dissous dans le cyanure de potassium. Pendant l’électrolyse l’argent se porte au pôle négatif où l’on suspend l’objet à argenter ; au pôle positif on place une lame d’argent qui se dissout dans le bain à mesure que l’argent se dépose au pôle négatif ; ainsi la liqueur reste toujours chargée de la même quantité d’argent dissous.
Quant aux proportions à employer, elles sont assez variables, et on connaît un grand nombre de recettes ;
1° On dissout 1 kilogramme d’argent dans 3 kilogrammes d’acide azotique on chasse l’excès d’acide en évaporant à siccité, et même jusqu’à fusion. L’azotate d’argent est dissous dans litres d’eau distillée. D’autre part, on ajoute une dissolution de 1 kilogramme de cyanure de potassium dans 5 litres d’eau ; le précipité est recueilli, lavé, puis délayé dans une liqueur contenant 1 kilogramme de cyanure de potassium dans 5 litres d’eau. On ajoute ensuite de l’eau de manière à faire 50 litres d’une dissolution limpide. On doit ensuite, on bien faire bouillir le bain pendant deux ou trois heures, ou bien ajouter 500 grammes de prussiate jaune ou ferrocyanure de potassium, ce qui permet de l’employer immédiatement.
2° On peut aussi se servir du bain suivant :
Eau. 100 litres.
Chlorure d’argent. l'‘!i,200
Cyanure de potassium. .l'“J,500
Carbonate de soude. l^ü.SOO
Sel marin. t'‘3,50O
On a encore proposé de dissoudre le sel d’argent (iodure, chlorure, oxalate, carbonate, etc.) dans les cyanures de potassium ou de sodium, l’hyposulfite ou le sulfite de soude.
L’emploi du cyanure de potassium, en présence des carbonates, présentait cet inconvénient qu’il se formait pendant l’électrolyse une certaine quantité de carbonate de potasse qui offrait une certaine résistance au passage du courant électrique et forçait à augmenter considérablement l’énergie de la pile. En remplaçant le cyanure de potassium par le cyanure de calcium, on obtient du carbonate de chaux insoluble, et l’on peut prolonger la durée des bains d’argent en employant des courants constants.
lai ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
Conlrairement à ce qui arrive pour la dorure galvanique, l’argenture s’opère mieux à froid qu’à chaud, ce qui permet d’opérer à la température ordinaire et simplifie les opérations et la disposition des appareils.
Un article spécial de XEncyclopédie étant réservé à l’étude de la galvanoplastie et des dépôts électro-chimiques, il n’entre pas dans notre cadre de décrire les détails des procédés employés pour l’argenture galvanique. Il nous suffit d’en avoir indiqué le principe. Signalons cependant la disposition des cuves dont on se sert dans l’usine Chrislolle.
Les cuves pour l’argenture (fig. 18) sont d’une vaste capacité ; chacune peut
contenir 650 à 700 litres de dissolution, quelquefois davantage. De larges lames d’argent fin A, A, A, de G kilogrammes, sont suspendues dans la liqueur et communiquent avec le pôle positif d’une pile Bunsen à deux éléments. En face des lames d’argent sont horizontalement et parallèlement appuyées sur les bords de la cuve, des tringles de métal f, t, t, t, en communication avec le pôle négatif. C’est à ces tringles qu’on suspend, par des fils d’argent, tous les vases de cuivre, de laiton, de maillechort, et les divers objets que l’on veut argenter. Chaque atelier contient un grand nombre de cuves semblables à celle que l’on vient de décrire. Chacune d’elles peut argenter à la fois six douzaines de couverts et fournir un dépôt de près de 2 kilogrammes d’argent en vingt-quatre heures. On compte, en général, 00 grammes d’argent fin par douzaine de couverts.
On peut ainsi argenter directement le cuivre, le métal des cloches, le laiton, le tombac, la fonte et le fer; mais pour les objets en étain ou en acier poli, il faut préalablement les cuivrer galvaniquement pour obtenir une argenture durable ; cette opération est aussi indispensable pour le zinc.
Pendant que le dépôt d’argent s’effectue, on a soin d’agiter le bain pour éviter les taches et les stries; on obtient cette agitation mécaniquement en élevant et abaissant dans le liquide les objets à argenter.
Au sortir du bain on pèse une des pièces argentées pour juger si la couche
(l’argent est suffisante, puis on lave et on dessèche tous les objets. Enfin ou les soumet à l’opération du gratte-bossage (1) et du brunissage, qui a pour but de rendre brillante la surface de l’argent qui resterait toujours un peu mate. Ce traitement est poussé plus ou moins loin suivant la destination des objets ; on peut même l’abréger beaucoup en faisant agir pendant quelques heures une très petite quantité de sulfure de carbone sur le liquide à argenter (10 grammes pour 10 litres de bain); le liquide décanté ajouté à un bain ordinaire donne une argenture très brillante. Il n’est presque pas nécessaire de gratte-bosser.
Les objets argentés ayant, comme l’argent lui-même, la propriété de noircir sous l’influence des émanations sulfhydriques, on a proposé de les recouvrir d’une couche très mince de palladium (2).
La méthode galvanique dont nous venons de rappeler le principe n’est applicable directement qu’aux objets métalliques. Pour argenter les corps non conducteurs, tels qu’étoffes, bois, végétaux, cadavres d’animaux, etc., on doit préalablement les recouvrir d’une couche conductrice. On a proposé à cet effet de plonger l’objet dans une dissolution ammoniacale de nitrate d’argent, puis, après l’avoir retiré, de l’exposer à un courant d’hydrogène. La surface se recouvre ainsi d’une mince couche d’argent réduite qui la rend conductrice et dont l’épaisseur peut dès lors être augmentée par le procédé galvanique ordinaire. On peut aussi humecter la surface avec une dissolution étendue d’azotate d’argent, et le porter ensuite dans une atmosphère contenant de l’hydrogène phosphoré. On produit ce gaz à froid par un mélange d’alcool, de phosphore et d’hydrate de potasse; la surface se recouvre d’une couche conductrice de phosphure d’argent.