H ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE
des lingots au titre de 996 à 998 millièmes. Dans beaucoup de cas, il contient en outre de traces de sélénium, qui provient de l’acide sulfurique employé. Cette impureté donne à l’argent des qualités fâcheuses ; les lames et les lingots sont aigres et les surfaces sont recouvertes de pointes grisâtres que le polissage fait difficilement disparaître. On peut sans doute enlever â l’argent ces traces desélénium en le faisant fondre dans une atmosphère o.xydante ou en présence du salpêtre ou du nitrate de soude. Cependant, comme ce traitement est toujours long et occasionne quelques pertes, on préfère généralement employer de l’acide sulfurique dit au soufre pour le traitement de l’affinage, les acides préparés au moyen des pyrites contenant constamment du sélénium.
L’argent ne retient jamais de platine, quand bien même il s’en trouverait un peu dans l’alliage primitif, ce métal étant aussi insoluble que l’or dans l’acide sulfurique concentré et chaud. Il en serait autrement si l’on employait le départ par l’acide azotique, qui dissout le platine lorsqu’il n’y eu a que des traces.
L’or d’affinage est souvent, après fusion, à 998 ou 999 millièmes. Le reste est formé par des traces d’argent.
Cependant, lorsqu’on affine des alliages contenant du platine, ce qui arrive actuellement dans le traitement des déchets de la bijouterie, qui emploie d’assez grandes quantités de ce métal, le platine est retenu par l’or affiné. D’après Debray, les lingots d’or du commerce parisien contiennent, pour cette raison, au moins de I à 5 millièmes de platine, et il est à craindre que cette proportion n’augmente dans les usines qui traitent de préférence les déchets d’orfèvrerie.
Si l’on voulait de l’or tout à fait e.vempt de platine, il faudrait avoir recours â l’ancien procédé, plus coûteux, du départ par l’acide azotique. Mais, dans ce cas, c’est l’argent d’affinage qui pourrait retenir un peu de platine, bien qu’en plus faible proportion.
Les affiiieurs distinguent les alliages d’or, argent et cuivre à moins de 100 millièmes d’or, qu’ils appellent doré, des alliages plus riches désignés sous le nom d’or. Les conditions du traitement sont différentes suivant que le lingot se trouve dans l’une ou l’autre de ces deux catégories.
Un tarif officiel, basé sur cette distinction, fixe les droits que doivent acquitter les particuliers qui apportent â l’administration des monnaies des lingots aurifères pour l’affinage (1). Dans l’industrie, ces droits sont discutés avec l’affineur, et varient un peu d’une usine à l’autre, ün peut cependant admettre que l’affinage de 1 kilogramme d’argent revient à l’affineur à 0 fr. 90 ou i franc. En général, les affineurs demaiulent environ i fr. 35, et gardent en outre tout le cuivre de l’alliage.
C’est à l'usine de Belleville que Lebel a installé pour la première fois, vers 18:25, l’industrie de l’affinage. Depuis cette époque l’argent aurifère qui a été soumis à ce traitement peut être évalué à plus de dix milliards. D’après des renseignements qui datent de dix ans, les nombreuses usines de Paris et des environs livrent annuellement pour plus de 200 millions de francs de métaux
(1) Ce tarif est établi par les ordonnances des 15 octobre et 1" novembre 1828, mais il est beaucoup plus élevé que celui des affineurs. ’
précieux à la Banque de France, à l’administration des monnaies et au commerce. Pendant quelques années, cette valeur a été double.
La perfection des procédés et des installations industrielles est telle que l’on peut affiner avec avantage des alliages d’argent et de cuivre qui ne contiennent ’ que 4 décigrammes d’or par kilogramme, c’est-à-dire moins d’un iji millième. Les anciennes monnaies d’argent, notamment les vieux écus de trois et de six livres, et les plus anciennes pièces de 5 francs, ont été traitées ainsi pour isoler (les traces d’or; elles contenaient 1, 2, et même quelquefois 3 millièmes d’or. On a ainsi retiré des écus de 6 livres environ 17 francs d’or pour une somme de 1000 francs de cette monnaie.
D’après H. Boucheron (1), les bénéfices faits par les affineurs de Paris pendant les premières années furent considérables. Toutes les pièces d’argent de .") francs antérieures à 1825 renfermant environ 1 millième d’or qu’on y avait laissé faute de savoir le séparer, les affineurs, dont l’industrie était libre, rachetèrent peu à peu toutes ces pièces pour les traiter. Chaque million de francs d’argent affiné donnait un bénéfice nét de 8000 francs ; on estimait alors la valeur totale de l’or à extraire par ce procédé à 1600 millions de francs. A la tribune de la Chambre des députés, Thénard, dénonçant cette refonte illégale, déclarait connaître un affineur qui, dans une seule année, avait affiné pour 60 millions de francs d’argent et réalisé de ce fait un bénéfice de 480 000 francs.
Aujourd’hui, on affine encore avec grand avantage les lingots d’argent qui viennent de certaines exploitations américaines, ceux qui arrivent de Chine et de Cochinchine, ainsi que les piastres du Mexique et du Pérou. Par ces opérations, l’industrie de l’affinage a accru la fortune publique de plusieurs centaines de millions. Celte somme est représentée par la valeur de l’or isolé, déduction faite des pertes inévitables des métaux précieux, et des frais du traitement.
Enfin, l’affinage porte sur tous les déchets de la bijouterie et de l’orfèvrerie, et permet de faire rentrer dans l’industrie avec leur valeur propre, et à l’état de pureté, les métaux précieux qui constituent ces déchets.