L'OK
mentale, la matière unique, essence de tous les corps, il n’y a qu’un pas, et les Néoplatoniciens, comme Stephanus d'Alexandrie, le franchiront plus tard.
Les nombres étant formés de l’unité indivisible et naturelle, les corps résultent d’une seule unité à laquelle tout se ramène. Zosirne disait déjà : « Tout vient de l’unité, tout s’y classe, elle engendre tout. » Il y a loin, comme l’on voit, de cette conception tout idéaliste à la théorie atomistique telle que Lucrèce l'expose dans son fameux poème : De nalura rerum, l'hymne éternel du matérialisme.
Toutes ces théories n’ont en apparence qu'une relation indirecte avec le sujet qui nous occupe; elles s’y rattachent pourtant étroitement, car elles ne sont autre chose que l'effort de l’esprit humain pour arriver à concevoir la constitution intime de la matière et la possibilité de ses transformations successives. Or c’est l’étude de ces dernières, étude faite au point de vue spécial de la transmutation des métaux vils en or, qui forme en réalité l’histoire même de la chimie de l'or depuis les temps les plus reculés jusqu'à l’époque moderne.
I.» chimie pratique des Grecs et des Romains. — Les Grecs, et après eux les Romains qui ne dédaignaient pas l'étude des faits, savaient fort bien que l’or ne se rencontre que rarement à l’étal de pureté parfaite dans la nature. L’or natif contient, on effet, presque toujours une certaine quantité d’argent. Aussi appelaient-ils xfûo-o; i-vpo;, or apyre, or sans feu, celui qui, faisant exception à la régie générale, n’avait pas besoin d’étre purifié.
Diodore de Sicile raconte que l’on trouve en Arabie des morceaux d'or apyre d’une belle couleur de flamme et de la grosseur d'une châtaigne.
Pour obtenir l'épuration de l’or, les anciens ont connu de bonne heure la coupellation. Hérodote parle déjà de l’or calciné, par opposition à l’or blanc, qui n’est autre qu’un alliage plus ou moins impur d’or et d’argent.
Agalarchide nous donne une description complète de cette opération, qui se faisait dans un vase en terre bien lulé, avec addition de plomb, d'étain et d’un peu d'orge. On ajoutait le plomb proportionnellement à la quantité d'or, et l’on avait remarqué que le métal précieux perdait une partie de son poids pendant l'opération. Nous ne voyons pas la nécessité de l'addition de l'étain, mais l'orge — comme toute matière organique — servait de réducteur. Il était là peut-être comme un emblème mystique, la revivification de l’or étant considérée comme une véritable résurrection. L’or purifié s'appelait : or obruste ( aurum obruslum ), et l'opération obrussa.
Aussi les empereurs romains exigeaient-ils souvent que les impôts leur fussent payés en or passé par l'épreuve de l'obrussa (exigit aurum ad obrttssam).
Mais comme la coupellation n'effectue pas la séparation de l’or et de l'argent, et ne fait que purifier leur alliage, les anciens avaient trouvé un procédé pour détruire l’argent et ne laisser que l'or. Ce procédé consistait dans l’emploi d’un mélange analogue au cément royal, dont on s’est servi durant tout le moyen âge et jusqu’à l'invention des procédés par voie humide, pour la séparation de l’or et de l’argent (Sorel). Strabon le mentionne dans un passage relatif
22 ENCYCLOPÉLME CHIMIQUE.
aux mines d’or du sud de l'Espagne; mais sa description est assez obscure*.
« Si l'or, dit-il, est fondu et purifié à l’aide d'une certaine terre appelée stypteria *, il reste un résidu d’électrum ; mais si l'on recuit ensuite ce résidu, qui contient de l’or et de l'argent, l’argent se consume et l’or reste. »
l’line l’Ancien décrit également le procédé, mais avec plus de détails 1 2 3 4 5 :
« On torréfie l’or dans un vase en terre avec deux fois son poids de sel et trois fois son poids de misy, puis on répète l’opération avec deux parties de sel et une partie de la pierre appelée scliisle. De cette façon, il donne des propriétés actives aux substances chauffées avec lui, tout en demeurant pur et intact. Le résidu est une cendre que l’on conserve dans un vase en terre. »
Ce résidu, employé comme remède, devait contenir les métaux étrangers à l’or sous forme de chlorure ou d’oxychlorure. L'affinage de l’or était produit par l’acide chlorhydrique formé, qui donnait du chlorure d'argent. Peut-être même se dégageait-il un peu de chlore, susceptible d'attaquer l'or libre ou allié en donnant un chlorure d’or, par l'action des sels basiques de peroxyde de fer ou même du bioxyde de cuivre sur le chlorure de sodium. Nous avons vu qu'un procédé analogue était déjà connu des orfèvres égyptiens.
Une description de Pline l’Ancien nous donne le résumé exact des connaissances des Romains sur le précieux métal.
« L'or existe parfait dans la nature, tandis que les autres métaux, pour être formés, doivent passer par le feu.... Ni rouille, ni vert-de-gris, rien n’en altère la qualité ou n’en diminue le poids. Le sel et le vinaigre, qui attaquent tous les autres corps, sont sans action sur lui. Enfin il se laisse filer et tisser comme de la laine, et sans l’auxiliaire de la laine. D’après Verrius, Tarquin l’Ancien triompha revêtu d’une tunique d’or. J’ai vu, moi-même, la femme de Claude, l'impératrice Agrippine, assistant à côté de son mari au spectacle d'un combat naval et couverte d’un manteau d’or pur tissé *. »
Pline rapporte ensuite l’emploi que les Romains faisaient de l’or pour les bijoux, les coupes et les vases. La malléabilité du métal précieux qui permet
1. «E* St toü -/puooô tij/opivou xcù xaOaipopiÉSou orvirTHfiiîei xtvt vf, xô xaOstppix t'Xsxxpov eivat • 7ioO.lV St toCto-j xaOeij/opivov, pi.typi.ot r/ovxo; àpyûpou \ ypuo-oü, xôv piv cîpyjpov inoxatEtrSxt, xôv St -/puaôv CnropivEiv. »
2. Les auteurs ne sont pas absolument d'accord sur ta signification qu'il convient d'attribuer au mot ar-jTtTT.pta : il désigné, suivant les uns, le viiriol vert natif, et, suivant les autres, un alun naturel.
3. « Torrelur et cum salis gemina pondéré, triplici miseos, et rui-sum cum duabus salis portionibus. et una lapidis, quein schislou vocant : ita virus tradit rebus una crematis in fictili vase, ipsum purum e incorruptum. Reliquus cinis servatus in üctili— » (Plin. sec. Natur. niil., lib. XXXIII, 25. Edit. Nisard.)
4. « Quum cetera in inetallis reperta igni perficiantur, hoc stalim aurum est, consmmalam
que materiam protinus babet, quuni ita invenitur ».« Super cetera non rubigo nlln, non
aerugo, non aliud ex ipso quod consumai bonitatem, minuatvc pondus. Jam contra salis et aceti succos, domitores rerum, constaiilia : stiperque oinuia, netur ac tenilur lanæ modo, et sine lana. Tunica aurea triumphasse Tarquinium l’riscum Verrius docet. Nos vidimus Agrippinain Claudii principis, edente eo navalis proelii speclaculiim, adsidenlem ei, indutam paludamento, auro Icitili sine alia materia. » (Plin. sec. tialur. hitl., lib. XXXIII, 19. Édit. Nisard .)
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de le transformer en feuilles d’une extrême minceur et de l’appliquer A la dorure, soit au moyen du blanc d’œuf (candido ovi) pour le marbre, soit par l’amalgamation pour la dorure sur cuivre. Pline rappelle aussi qu’indépendamment de l’or natif on trouve en Syrie un minéral particulier, l’orpiment (auri pigmenlum), susceptible de donner de l’or par la calcination. Il raconte, à ce propos, que l’empereur Caligula fit traiter un poids considérable de ce sulfure, mais qu’il n’en retira qu’une quantité minime d’or.
Le même auteur, en parlant du mercure, donne une description de l’amalgamation qu’il faut citer :
« Tous les corps flottent sur le mercure, dit-il, sauf l’or, qui est la seule substance qu’il attire à soi. Aussi est-il excellent pour purifier l’or et, en le secouant vivement avec ce dernier, dans des vases en terre, il expulse toutes les impuretés qui souillent le métal précieux. Ces impuretés étant ainsi rejetées, pour séparer de l’or le mercure lui-même on le verse dans des peaux que l’on comprime et au travers desquelles il transsude, laissant l’or dans toute sa pureté » *.
Il est à peine nécessaire de faire remarquer que ce n’est pas de l’or pur qu’on obtient ainsi, mais bien un amalgame d’or, qui d’aillcurs n’est débarrassé ni de l’argent ni des bas métaux.
Yitruve qui, après Pline, décrit également l’amalgamation, tombe dans la même erreur et indique que, pour obtenir de l’or pur, il suffit de comprimer l’amalgame daus un linge.
La monnaie iUiiin l’antiquité. — L’or et l’argent, en raison de leurs qualités spèciales : la malléabilité, la grande densité et l’inaltérabilité, ont été adoptés depuis la plus haute antiquité comme l’instrument commun des transactions, comme le moyen d’échanges le plus commode et le plus sûr*.
On ne se servit d’abord des métaux précieux qu’à l’état de lingots de forme variable et sans marque qui assurât de la pureté de leur titre ou de l’exactitude de leur poids : on était donc obligé de les peser â chaque transaction.
Plus tard, afin de faciliter les opérations commerciales, on donna aux lin -1 gots des formes régulières, de dimensions variables, mais de poids déterminé, et c’est avec ce numéraire, bien imparfait encore, que l’Égypte, la Chaldée et l’Assyrie ont traversé des milliers d’années d’existence et de prospérité commerciale (Lenormant, Maspéro).
L’invention de la monnaie proprement dite, c’est-à-dire d’un numéraire « qu’on marqua d’une empreinte particulière signe de sa valeur afin d’étre délivré de l’embarras de continuels mesurages « (Aristote), ne remonte pas au
1. « Omnia ei (argento vivo) innatant, prætcr auruin : id union ad sc trahit. Idco et optime purgal, cèleras ejus sordes expneus crebro jactatu flclililms in vasis : ita vitiis cjectis, ut ipsum ab auro disccdat, in pelles subaclas elfundilur, per quas sudoris vice defluens, purum rclinquit aurum. s (Pi n. sec. Nalur. hisl., lib. XXXIII, 33. Édit, de Sillig.)
2. Nous rappelons ici que l’or et l'argent ne sont pas les seuls métaux qui aient été adoptés dans l'antiquité comme instruments de l'échange; on verra dans la troisième partie de cet ouvrage que le fer, le cuivre, etc., ont été employés au même usage.
delà de la fin du via" siècle avant noire ère. D'après Hérodole et Xénophane de Coloplion, l’honneur de cette invention doit être attribué aux Lydiens ; mais d'après le lexicographe Pollux, on est en droit d’hésiter entre les Grecs et les Lydiens, et cet auteur rapporte la tradition d’après laquelle Phidon, roi d'Argos, aurait été le premier à frapper monnaie dans l’ile d’Éginedont il était le maître.
Il existe donc, dans l'antiquité, deux traditions divergentes relativement à l’origine de la monnaie; mais, ainsique les savantes recherches de M. Lenormant l’ont mis hors de doute, ces deux traditions ont une Lase réelle et se rapportent à deux faits distincts : la fabrication de la première monnaie d’argent à Égine, par les ordres du roi Phidon, et celle de la première monnaie d’or par les rois de Lydie. 11 est plus difficile de décider laquelle de ces deux fabrications est antérieure à l'autre, bien que des études récentes, faites sur les plus anciens monuments numismatiques que nous a légués l’antiquité, tendent à confirmer la version d’Hérodote (Rawlinson, Lenormant); mais, quoi qu’il en soit, il est certain que c’est sous l’influence de l’hellénisme que l’usage de la monnaie rayonnant de ses deux centres primitifs, s’est répandu dans toute l’étendue du monde antique, et l’on peut même déterminer historiquement les dates auxquelles cet usage s'est successivement introduit dans chaque peuple.
Le choix du métal étalon a d’ailleurs varié non seulement d’un peuple à l'autre, mais aussi, pour un même peuple, avec l'époque et par suite de circonstances locales particulières.
En Asie Mineure, aux débuts du monnayage et sous la domination persane, c’est l’or qui est le métal choisi *. Eu Grèce, c’est l'argent, fourni en quantité considérable par les mines du Laurium, qui joue, dès le début, le même rôle et qui le conserve constamment. L'or était pourtant abondant à Athènes, mais il ne servait d’instrument d’échange que dans les grandes affaires commerciales, et sa valeur, d'ailleurs essentiellement variable, était toujours estimée en unités d'argent, seul métal dont la valeur fût considérée comme constante 1 2 .
A Rome et dans toute l’Italie jusqu’au consulat de A. Ogulnius et C. Fabius (269 av. J.-C.), c’est le cuivre qui est le métal étalon ; mais à la fin de la République, c’est l’argent qui lui succède, et enfin, sous l'Empire, c’est l’or qui devient le métal adopté.
Le rapport des valeurs de l’or et de l’argent, dans l’antiquité, a passé par des
1. Le monuayage de for en Perse, sous ta monarchie des Achéménides, élait un privilège royal, mais le droit de monnayer les autres métaux, tels que l'argent et l'électium, ce dernier étant considéré monéfairement comme un métal à part, appartenait 4 chaque municipalité de l’empire (Wadington).
2. Xénophon, en parlant de futilité que pourrait trouver le tréror public & te servir de l'or comme de l’argent, ajoute : « Cependant je dois dire que lorsque l'or abonde, son eslima- « tion devient moindre, et celle de l’argent plus grande; nous disons cela afin de pouvoir « insister avec plus de confiance sur l’utilité d’exploiter les mines d'argent, car on en trouvera « toujours et l'argent ne perd jamais sa valeur. » Aussi les Athéniens n'ont-ils monnayé l'or qu'à de rares intervalles, et même, dans ce cas, n'ont-ils jamais fait représenter i leurs monnaies d'or une valeur constante ou exprimée par un nombre fixe d'unités d’argent. Ces monnaies étaient de simples lingots de poids et de titre garantis par le gouvernement et dont la valeur était déterminée par le cours du métal.
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variations nombreuses que l’on peut suivre avec certitude h l'aide des documents historiques qui sont parvenus jusqu’à nous. Un texte des lois de Manou indique, d’une façon positive, que l'or ne valait aux Indes que 2,5 fois son poids d’argent.
Dans l’ancienne Égypte, où l’or et même l’électrum étaient assez abondants, mais où l’argent, qui venait exclusivement d’Asie, était un métal rare (Lepsius) *, l’écart des valeurs des deux métaux précieux était faible, si même il n’a pas quelquefois changé de signe (Lepsius) *. Le papyrus de Boulaq, qui seul apporte un renseignement certain sur ce sujet, indique que l'or valait 1,07 fois son poids d'argent 1 2 3 4 5 .
Mais ce sont là des faits exceptionnels et se rapportant à une époque fort reculée. Une inscription numérique de Carnak montre, en effet, que sous Thoutmosis (xvm e dynastie) l'or valait 15,35 fois son poids d'argent (Rossiter).et les inscriptions cunéiformes de Khorsabad nous apprennent que c’est ce même rapport qui a réglé les valeurs des doux métaux précieux pendant toute la durée de l'empire assyrien (Brandis). C’est également ce rapport que l'on retrouve en Asie Mineure, au commencement de la domination persane (fin du vi* siècle av. J.-C.) et qui sert de base au premier monnayage organisé par Darius, fils d'Ilystaspe (Brandis). Hérodote dit que, de son temps, l'or valait légalement chez les Perses 13,55 fois son poids d'argent, et ce rapport est maintenu sans variations dans toute l’étendue de l’empire tant que dure la puissance des Achéménides (Brandis, Mommsen).
En Grèce, dès la fin du cinquième siècle, le rapport enlre la valeur do l’or et celle de l’argent est sensiblement moindre et oscille, jusqu'aux conquêtes d Alexandre (330 av. J.-C.), entre 12,5 et 11,5*. Après les conquêtes d’Alexan-
1. Le mêlai le plus abondamment répandu dans l’Égypte ancienne était le cuivre, dont on avait découvert et exploit d, dés la IV” dynastie, des gîtes importants dans la péninsule du Sinaï, désignée d’ailleurs, dans les inscriptions hiéroglyphiques, sous le nom de maphal ou pays du cuivre (Smith). L'ile de Chypre fournissait également des quantités importantes de ce métal : on s’explique ainsi que les Égyptiens aient toujours adopté le cuivre comme métal étalon. L’or et l’électrum, en i (Tel, bien que l’exploitation des mines de la Haute Égypte et de l'Ethiopie en fournit des quantités assez importantes (Chabas), avaient une valeur effective trop considérable pour servir d étalon commode pour les prit dans les pelils échanges, et ne pouvaient être utilisés que dans les grandes Iransaclions. Bien ne peut mieux faire comprendre la Taleur élevée des métaux b ces époques reculées que les prix de certains objets estimés en outras de cuivre et relevés sur quelques oslraca du musée Britannique : c'est ainsi qu’un bœuf est évalué à 119 outras de cuivre, soil ll‘«,300 environ de ce métal ; un chevreau à 1 outras, soit 190 grammes de cuivre; une paire d'oies, 1/1 A'outrn, soit2* grammes de cuivre environ, etc., etc.
Sur toutes ces intéressantes questions, consulter l'ouvrage de Chabas sur les Inscriptions des mines d’or de l’ancienne Égypte et les beaux travaux de Brandis et de Lepsius sur les Métaux chez les Égyptiens (Voy. la Bibliographie).
2. Lepsius a été conduit à celte hypothèse par l'examen de plusieurs inscriptions hiéroglyphiques où l'ordre d'énumération des métaux précieux, probablement conforme à leur ot dre de valeur, est fréquemment interverti.
3. « Cinq d'argent, ce qui fait trois d’or. » (Mariette, Papyrus de Boulaq, t. Il, pi. HL col. 1, lig. 5.)
4. Le système monétaire de Philippe II de Macédoine (359-336 av. J.-C.) est, en effet, tout
entier fondé sur le rapport 12,5 (Brandis); it, d’autre part, une inscription atlique datant
dre, ce rapport baisse encore et tombe à 40, par suite de la grande quantité d'or recueillie comme butin en Asie et rapportée en Grèce.
En Afrique et en Asie, à la même époque, l’écart entre les valeurs des deux métaux précieux reste plus considérable. C’est ainsi que durant tout le règne des Ptolémées en Égypte, l'or vaut constamment 12,5 fois son poids d’argent et qu'en Syrie, sous les Séleucides, c’est le même rapport que l’on retrouve entre les valeurs des deux métaux (Letronne, Mommsen, Brandis).
En Italie, au quatrième siècle avant J.-C , l’or vaut 15 fois son poids d’argent *. Ce rapport s'élève à 17, ù Rome, au moment de la crise provoquée par la seconde guerre punique (217 av. J.-C.), mais tombe immédiatement après à 12 (exactement 11,91) et garde à peu près constamment cette valeur pendant toute la durée de la République et sous l’Empire jusqu’au règne de Néron (68 après J.-C.). Toutefois, à l’époque où César et ses légions victorieuses reviennent de la Gaule chargés d'or, le rapport des valeurs des métaux précieux tombe brusquement à 9 (Suétone, Mommsen) ; il s’abaisse même momentanément à 8, lorsque l’exploitation des mines d’or, nouvellement découvertes dans le Norique, jette subitement dans la circulation une grande quantité du métal précieux. Sous Néron (68 apr. J.-C.), le rapport entre les valeurs de l’or et de l’argent n’est plus que de 10,51; il descend à 9,575 sous Trajan (Mommsen), mais pour remonter ensuite sous Constantin, deux siècles plus tard, à 11, sous . Julien à 14,40, sous Théodose le Jeune à 18, et enfin, sous Justinien (550), ù 15 environ (Mommsen).
Telles sont les variations successives qui ont affecté dans l’antiquité le rapport des valeurs des deux métaux précieux ; on voit que, sauf de très rares exceptions, l’écart entre les valeurs respectives de ces deux métaux n’a jamais été aussi considérable qu'il l'est de nos jours, mais, en revanche, les oscilla^ lions que cet écart a subies ont eu, aux époques anciennes, des amplitudes quelles n'ont jamais atteintes dans les temps modernes.
Le titre des monnaies d’or et d’argent dans l’antiquité est toujours extrêmement élevé et généralement supérieur à celui des monnaies actuelles.
Ainsi les statères d’or de Philippe de Macédoine et d’Alexandre le Grand sont au litre de 997 millièmes d’or, avec 5 millièmes d’argent (llussey), et les dariques d’or des rois de Perse au titre de 970 millièmes (Letronne). La monnaie d’or romaine, au temps de la République, est également presque pure; sou3 Auguste, elle est au litre de 998 millièmes et la loi Julia faisait de son altération un crime d État. Jusque sous Yespasien, le litre de 1 or impérial ne descend pas au-dessous de 991 millièmes (Letronne); mais, après Yespasien, le litre n'est plus que 958 millièmes.
Les monnaies d’argent, pendant les belles époques de l’antiquité, ne sont pas moins pures. C'est ainsi qu’en Grèce, les tètradrachmes athéniens sont au litre
de l'administrai ion de l'orateur Lycurgue (338 av. J.-C.), 'mentionne le rapport 11,5 (Hu’tscli).
1. Le fait est tout au moins certain pour l’Étrurie et la Sicile, et résulte de lcxamen des monnaies de ces deux pays; il est simplement probable pour Home, les documents positifs qui seraient nécessaires pour l'établir d'une manière certaine faisant défaut jusqu’ici (Mommsen).
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de 985-986 millièmes (Ilultsch) ou de 966 millièmes d'argent avec 52 millièmes de cuivre et 2 millièmes d’or (Boulé). Les monnaies d’argent d'Alexandre le Grand renfermaient 0,9674 d’argent, 0,029 de cuivre et 0,0056 d’or (llussey). Dans la Grande-Grèce le titre de l’argent monnayé, d'après les analyses de Rauch, ne descend pas au-dessous de 910 millièmes et se lient le plus souvent audessus de 940 millièmes. Sous la République romaine, l’argent des monnaies est remarquablement pur et son litre oscille entre 0,902 et 0,998 (Thompson); mais sous l’empire, aux époques de la décadence, la proportion de cuivre s’élève dans les monnaies d’argent. Dans les temps de détresse, Galien et ses successeurs firent même retirer, par une refonte générale des monnaies, tout l’argent qui y était contenu, et frappèrent des pièces de bronze et de cuivre étamé. Mais ils avaient eu soin de ne pas toucher aux monnaies d’or, seules admises par le Trésor. C’était, on le voit, une sorte de régime du simple étalon.
L’altération des monnaies et la fabrication de la fausse monnaie suscitèrent l'art de l’essayeur (ars denarios probare), qui fut promptement consacré par une loi. La fraude que celle-ci coihbaltait était si générale que l'on éleva des statues à Marcus Gratidianos, pour avoir fait adopter cette loi.
Longtemps auparavant, Archimède avait déjà tenté de déterminer le litre de.s alliages en mesurant leur poids spécifique. Mais ce procédé ne s’applique qu’aux alliages binaires, et c'est par la voie sèche, la coupellation et l'emploi du cément royal, que les anciens essayaient les monnaies. Ils ne se dissimulaient pas, du reste, combien ces moyens étaient imparfaits et combien il était difficile de séparer complètement l’argent de l'or. Il a fallu, pour y réussir, la découverte de la voie humide.
En dehors des monnaies d’or et d'argent, on trouve, du reste, dans l’anti quité, des pièces d'électrum dont la composition est fort irrégulière. La valeur de ces pièces était basée sur cette convention, purement arbitraire d’ailleurs, que la valeur de l’èlectrum était les trois quarts de celle de l'or. Toutefois, lorsque la proportion de l’argent dans ces pièces dépassait 40 pour 100, comme à Phocée et à Lesbos, le rapport conventionnel cessait d’être admis.