II. LES OCCIDENTAUX
Lch théories alchimiques du moyen âge. — L'histoire de l'alchimie au moyen Age ne compte qu’un petit nombre de noms célèbres. A leur tète vient celui d’Albert de Rollstadt ou Albert le Grand, l’encyclopédie vivante du moyen Age, le héros de nombreuses légendes, né en 1193 et mort à Cologne en 1280.
Malgré quelques doutes, Albert le Grand croyait à la possibilité de la transmutation des métaux. Il s’appuyait sur les mêmes raisons que Geber. || admettait que l’action permanente de la rature suffit pour produire les métaux par la combinaison plus ou moins parfaite du soufre et du mercure. Eu pratique, Albert le Grand savait fort bien que les procédés de teinture des métaux, usités de son temps par les alchimistes, ne donnaient pas de l'or véritable, et il a eu soin d'en avertir son lecteur.
En ce qui concerne les métaux précieux, Albert connaissait la préparation
L’OR
de l'acide nitrique, qu’il appelait l’eau prime. Il indique ses principales propriétés, en insistant sur la séparation de l'or et de l'argent. L’eau seconde était une sorle d’eau régale employée pour dissoudre l'or.
A partir du xni e siècle, l'idée de la transmutation domine tellement tous les esprils, qu’il est peu de souverains qui ne cherchent à se procurer des richesses en faisant travailler les alchimistes. Le fameux Raymond Lulle, le docteur illumine, mort vers 1350, transforma, dit-on, en or, pour le roi Édouard III d’Angleterre, un poids de plus de 50 milliers de mercure, de plomb et d’èlain. Cet or servit à frapper des nobles à la rose, pesant jusqu’à 10 ducats et fort recherchés actuellement des collectionneurs anglais, qui en possèdent plusieurs exemplaires. Raymond Lulle a fait école parmi les alchimistes, et l'on peut dire qu’il leur a donné une direction utile. En recherchant la pierre philosophale par la voie humide et en employant la distillation, il a fixé leur attention sur les produits volatils de la décomposition.
Riplée, qui vivait un siècle après lui, nous donne dans ses écrits une fameuse recette attribuée à Raymond Lulle, et souvent reproduite par les alchimistes :
« Pour faire, dit-il 1 , l’élixir des sages, la pierre philosophale, il faut prendre, mon fils, le mercure des philosophes, et le calciner jusqu’à ce qu’il se soit transformé en lion vert; et après qu'il aura subi cette transformation, tu le calcineras davantage, et il se changera en lion rouge. Fais digérer au bain de sable ce lion rouge avec l’esprit aigre des raisins, évapore ce produit, et le mercure se prendra en une espèce de gomme qui se coupe au couteau ; mets cette matière gommeuse dans une cucurbite lulée et dirige sa distillation avec lenteur. Récolte séparément les liqueurs qui te paraîtront de diverses natures. Tu obtiendras un ilegme insipide, puis de l’esprit et des gouttes rouges. Les ombres cymmèriennes couvriront la cucurbite de leur voile sombre, et tu trouveras, dans son intérieur, un véritable dragon, car il mange sa queue. Rends ce dragon noir, broie-le sur une pierre et touehe-le avec un charbon rouge; il s'enflammera et, prenant bientôt une couleur citrine glorieuse, il reproduira le lion vert. Fais qu'il avale sa queue, et distille de nouveau le produit. Enfin, mon fils, rectifie soigneusement, et tu verras paraître l'eau ardente et le sang humain. »
J.-B. Dumas a donné l’explication de ce grimoire. L'azogue ou mercure des philosophes est le plomb. On prend du plomb, on le calcine, le métal s’oxyde et passe à l’état de massicot : voilà le lion vert. Ou continue la calcination, le massicot se suroxyde et se change en minium : c'est le lion rouge. En contact avec l’esprit acide des raisins ou vinaigre, l’oxvde de plomb se dissout et la liqueur évaporée laisse une gomme qui n’est autre chose que de l'acétate de plomb. La distillation de l'acétate donne divers produits, particulièrement de l’eau chargée d'acide acétique et d’esprit pyroacétique ou acétone, accompagné d’un peu d’une huile brune ou rouge : c’est l’esprit et les gouttes rouges. Il reste, comme résidu, du plomb très divisé, gris sombre, couleur qui rappelle les ombres cymmèriennes. Ce résidu brûle à l’approche d’un charbon allumé et