CONCLUSION
Le rêve de transformer les métaux vils en or a duré jusqu'à la fin du siècle dernier; peut-être même persiste-t-il encore chez certains esprits. Nous savons cependant qu’il n’a pour fondement aucune expérience positive et que la transmutation des métaux ne s'accomplit dans aucune des opérations des alchimistes, ni même avec les forces puissantes dont nous disposons dans nos laboratoires, la synthèse des éléments, si elle n’est pas impossible a priori, étant d’un tout autre ordre que les synthèses des composés que réalise la chimie moderne.
Si l'on examine les hypothèses actuelles sur la constitution de la matière, on voit qu'elles peuvent se ranger en deux groupes principaux :
Le premier groupe comprend les hypothèses qui s’appuient sur les relations
numériques établies entre les poids atomiques des éléments. Ce groupe se rattache à la théorie pythagoricienne ou théorie des nombres, les propriétés des corps n’étant, d'après Pythagore, que la forme sensible des propriétés des nombres.
Dans cet ordre d’idées, les atomes des éléments actuels sont constitués par l’association d’atomes plus petits, se combinant entre eux d’une façon analogue à celle suivie par les corps simples pour former les corps composés; et comme, en réalité, les poids atomiques des éléments sont tantôt multiples les uns des autres, tantôt susceptibles d’être rangés en séries, certains savants ont repris l’hypothèse émise par Prout, au commencement de ce siècle, en vertu de laquelle les corps simples ne seraient que des états inégaux de la condensation d’une même matière fondamentale. On peut invoquer, comme exemple à cet égard, les polymérisations successives du carbone, élément qui se manifeste sous les formes les plus diverses.
On doit à J.-B. Dumas un essai de classification des corps simples par familles naturelles représentant chacune une série numérique.
M. de Chancourtois 1 a fait un pas de plus; il a groupé les corps simples suivant l’ordre croissant de leurs poids atomiques, sur une hélice à 45° à laquelle il a donné le nom de vis tellurique, et dont le pas était égal à l’équivalent de l’oxygène, celui de l’hydrogène étant pris pour unité. Il a mis ainsi en lumière ce fait développé plus tard, mais avec une précision moindre, par MM. Nerdlands, Lolliar Meyer et Mendeleef, que la série de ces nombres est périodique et que les propriétés physiques ou chimiques sont sensiblement des fonctions de cette période.
De nombreuses lacunes signalent cependant cette loi de périodicité. En outre, il semble qu’elle ferait plutôt ressortir le principe de dualité que celui d’unité de la matière, un grand nombre d'éléments allant par paires. On en reviendrait ainsi à l’idée de deux éléments fondamentaux, l'un mâle et l’autre femelle, correspondant aux symboles du soufre et du mercure des alchimistes.
Le deuxième groupe d’hypothèses sur la constitution de la matière dérive nettement de la théorie dynamique, soutenue d’abord par Iléraclite d’Éplièse dans l’antiquité, puis par notre grand Descartes.
L’identité de la matière contenue dans nos éléments actuels et la possibilité de la transmutation n’entratnent pas nécessairement la conclusion que cette matière soit isolable et accessible à nos sens.
On peut concevoir, en effet, que la matière ne puisse se manifester que sous certains étals d’équilibre stable qui sont pour nous les corps simples d’aujourd’hui et ceux que l’on pourra découvrir un jour. Pour réaliser une synthèse élémentaire, il faudrait connaître la ou les relations qui lient ces différents états d’équilibre ; et rien a priori n’indique que ces relations soient comparables à celles qui lient les corps simples pour la formation des corps composés. Elles pourraient même être très complexes, les systèmes d’équilibre stable étant régis, comme M. Berthelot l’a fait remarquer, par une