B. RECHERCHE DE L'OR COMBINÉ ET DE SON ÉTAT CHIMIQUE
Les espèces minérales variées, pyrites, blende, galène, mispickel, cuivre gris, polybasites, etc., etc., qui accompagnent fréquemment l’or dans les quartz aurifères filoniens, renferment elles-mêmes des quantités variables de métaux précieux, et l’on a remarqué depuis longtemps que, soumises au traitement par amalgamation en même temps que les quartz, elles cèdent tantôt la totalité de leur or au mercure, tantôt au contraire le retiennent avec une énergie telle que, même après un grillage soigné, l’amalgamation ne parvient à leur enlever que des proportions insignifiantes du métal précieux.
Pour expliquer celle anomalie, on a admis, dès le début, mais sans en faire autrement la preuve, que l’or est à Yetat natif dans les minéraux qui l’abandonnent par amalgamation et qu'il est à l’état de combinaison stable dans ceux qui, dans les mêmes circonstances, n’en cèdent que des proportions insignifiantes.
C’est dans ces errements qu’ou a proposé et qu’on emploie encore le procédé suivant pour séparer l’or natif de l'or combiné dans un minerai quelconque. On broie le minerai aussi finement que possible, on le fait passer au tamis de soie et sur la portion tamisée on prélève une prise d’essai d’un poids variable avec la teneur présumée du minerai. La prise d’essai est placée dans un tôt en fer et additionnée d’eau jusqu’à consistance pâteuse, puis on ajoute le mercure et ou triture soigneusement à l’aide d’une petite palette en bois. La trituration doit amener successivement en contact avec le mercure les diverses parties de la matière à essayer : de temps en temps, on ajoute une petite quantité d’eau et, au bout de 2 heures au moins et de 4 heures au plus, l’amalgamation peut être considérée comme terminée.
Le mercure est recueilli, lavé, puis filtré û travers une peau de chamois.
L’amalgame formé reste dans l'intérieur de la peau ; on le recueille, on le distille, puis on coupelle l’or obtenu et on le pèse. Si l’or était associé à de l’argent, on séparerait les deux métaux et on pèserait l’or métallique résultant
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de cette opération. Du résultat ainsi obtenu on déduit la teneur en or natif du minerai ; un essai ordinaire par voie sèche donne l’or total et la différence entre le poids de ce dernier et celui de l’or natif donne le poids de l’or combiné.
Telle est la méthode généralement employée dans les laboratoires pour séparer l’or libre de l'or combiné. Elle repose sur les deux hypothèses suivantes : 1° L’or qui échappe à l’amalgamation se trouve dans le minerai à l’état combiné; 2° La combinaison dans laquelle le métal précieux est engagé est stable en présence du mercure. La méthode proposée ne peut donc être acceptée que si l’on démontre, d’une part, que l'or existe bien dans le minerai à un état chimique déterminé, et si l’on prouve de l’aulre, par des expériences directes, que dans cet étal le métal précieux échappe à l’action du mercure.
Malheureusement la recherche de l'état chimique de l'or est extrêmement difficile et n’a reçu jusqu’il présent aucune solution satisfaisante : les savants qui se sont occupés de la question des minéralimteurs de l’or sont, cependant, arrivés à cet égard à quelques conclusions, qui ne nous paraissent d’ailleurs pas rigoureusement démontrées.
C’est ainsi que Daintree, en traitant des pyrites aurifères par du sulfhydrate d’ammoniaque et constatant qu’une certaine quantité d’or était entraînée en dissolution, en a conclu que l’or se trouvait dans ces pyrites à l’étal de sulfure.
Chapman admet que dans les mispickels aurifères du Norlh-IIastings l’or est à l’état d’arséniure, et Dcsignolle, se fondant sur des réactions obtenues à l’aide du bichlorure de mercure, déclare que l’or inamalgamable des minerais complexes est combiné soit A l’antimoine, soit au tellure, mais jamais au soufre ou A l'arsenic.
Nous-mêmes, en faisant une série d’analyses sur les pyrites de Grass-Valley et du Callao, avons remarqué qu’il y avait proportionnalité entre la teneur en or et celle en antimoine, et nous en avons conclu que, dans ces minerais, l'antimoine était le minéralisateur de l’or et qu'il fallait attribuer à une combinaison quaternaire inamalgamable du soufre, de l’antimoine, du fer et de l’or, le fait de la résistance à l’amalgamation directe de certaines pyrites aurifères.
Ces diverses conclusions, en admettant qu’elles soient toutes exactes au même degré, montrent que l’or dans un minerai complexe peut exister à l’état de sulfure, de tellurure, d’arséniure ou d'antimoniure, mais elles ne permettent pas de définir d'une manière précise la combinaison dans laquelle le métal précieux se trouve engagé. En tout cas, il est facile de montrer que l'hypothèse d’une combinaison binaire de l'or avec ses divers minèralisateurs ne suffirait pas A expliquer l'impossibilité d’enlever par amalgamation, à certains minerais, tout le métal précieux qu'ils renferment.
Les expériences de W. Skey et de Cosmo Newberry d’une part et celles de Th. Egleston de l’autre ont montré en effet que les alliages d'or et d’antimoine ou d’or et d'arsenic ne résistent pas à l’action du mercure et donnent, lorsqu’on les triture avec ce métal, de l'amalgame d’or avec mise en liberté de l'antimoine ou de l’arsenic.
Le sulfure d’or, d’après W. Skey et Th. Egleston, résiste au contraire nettement à l’action du mercure, mais si l’on songe que les minerais réfractaires à l'amalgamation le sont encore fréquemment après un grillage soigné et si on se rappelle l'instabilité du sulfure d'or, il devient difficile de croire que la présence seule de ce dernier prévient l’amalgamation.
Le tellurure d’or résiste également à l’action du mercure et de plus on le trouve nettement cristallisé dans la nature, mais la présence du tellure est loin d’avoir élé constatée dans tous les minerais complexes, ce n’est donc pas â cette présence qu’il faut attribuer, dans la grande majorité des cas, l’impossibilité d’amalgamer la totalité de l’or contenu.
Doit-on conclure de ce qui précède qu’il ne faut pas chercher dans une combinaison de l'or la cause qui prévient l’amalgamation totale du métal précieux renfermé dans un minerai complexe? Nous ne le pensons pas et, si l’on songe à l’affinité spéciale de l’or pour le cuivre, le plomb, le bismuth, l’argent et à la facilité avec laquelle les sulfure, arséniure et anlimoniure du métal précieux forment des sels multiples, il n’est nullement impossible que, dans les minerais réfractaires à l’amalgamation, l'or existe à l’état d’un composé complexe stable sous l’action de la chaleur et sur lequel le mercure n’aurait aucune action.
On peut invoquer en faveur de cette interprétation la série des expériences entreprises par M. Cumenge, expériences dans lesquelles il a soumis à l’amalgamation des cuivres gris aurifères antimoniaux, des pyrites de fer aurifères antimoniales, tous deux artificiels et dans lesquels l’or ainsi introduit par voie de fusion s’est montré réfractaire à l’action du mercure.
Nous devons d’ailleurs, pour être complets, mentionner une autre interprétation donnée par Th. Egleston. Cet auteur admet que l’or qui échappe à l’amalgamation est à l’état de particules métalliques recouvertes d'une mince pellicule de corps étrangers qui prévient ainsi tout contact avec le mercure et par suite l’amalgamation elle-même.
L'existence de ce vernis protecteur a été constatée d’une façon indubitable sur des pépites provenant de quelques placers, mais elle n’a jamais été vérifiée dans le cas de minerais complexes et ne saurait, par suite, jusqu’à nouvel ordre, être acceptée comme la raison générale de l’impossibilité d’enlever par amalgamation, à ces minerais, la totalité de l’or qu’ils contiennent.
Quoi qu’il en soit, en nous plaçant au point de vue spécial de l’essai d’un minerai par amalgamation, il reste démontré que cet essai ne donne pas nécessairement l'or libre contenu dans ce minerai, une partie de l’or combiné pouvant être, en effet, entraînée à l’état d’amalgame et une partie de l'or libre pouvant échapper à l’action du mercure par suite de la présence d’une pellicule protectrice.
L’essai au mercure d’un minerai quelconque n’a donc aucune valeur scientifique, mais nous ferons observer que dans les usines il conservera toujours une grande importance, car il donne la proportion d’or amalyarnable contenu dans le minerai et permet, par suite, de prévoir le rendement industriel de ce dernier dans un traitement par amalgamation simple.
L’OR
H. APPLICATION DES MÉTHODES GÉNÉRALES DE RECHERCHE ET DE DOSAGE DE l.'OR A L'ANALYSE DES SUBSTANCES AURIFÈRES.
Nous allons actuellement montrer comment les méthodes générales de recherche et de dosage de l’or, que nous avons exposées plus haut, peuvent s’appliquer à l’analyse des substances aurifères que l’on rencontre soit dans l’industrie, soit dans la nature.
Nous exposerons d’abord les procédés de séparation de l’or et des divers éléments auxquels on le rencontre associé, nous montrerons ensuite l’applical>on de ces procédés à l’analyse scientifique des produits d’art ainsi qu’à celle des minéraux et minerais aurifères. Cette deuxième partie de la docimasie scientifique de l’or comprendra donc les trois paragraphes suivants :
A. — Séparation de l’or d’avec les métalloïdes et les métaux auxquels on le •‘encontre associé.
fi. — Analyse scientifique des produits d’art.