I. Analyse par H. Sainte-Claire Deville et H. Debray
II. Analyses par 11. Debray et A. Joly : 1° matière préparée par l’action de la potasse sur le peroxyde de ruthénium; 2“ matière préparée par l’action du chlore sur le ruthénate de potassium.
PERRUTHÉNATE DE SODIUM, RuO*Na + H 2 0.
PRÉPARATION
Le mode de préparation est exactement celui du sel correspondant de potassium.
Beaucoup plus soluble que le perruthénate de potassium, le composé sodique s’obtient difficilement en cristaux distincts ; il forme, par l’évaporation de sa dissolution dans le vide sec, de petites lamelles cristallines, noires. La dissolution est d’un vert sombre (H. Debray et A. Joly, Compt. rend. Acad, des sciences, t. CYI, p. 1494).
Les propriétés chimiques ne diffèrent pas de celles du composé potassique.
Chauffé dans le vide à 440°, il se décompose brusquement en dégageant de l’eau et de l’oxygène. En reprenant par l’eau le résidu solide, on obtient une dissolution contenant du ruthénate orangé et un excès d’alcali, et il reste une poudre noire cristalline dont la composition diffère peu de :
Na ! 0,3 Ru 3 0 5 .
RUTHÉNIUM.
COMPOSITION
2 Ru.
2 Na.
PEROXYDE DE RUTHÉNIUM, RuO 1 .
Improprement appelé aussi acide hyperruthènique, anhydride hyperruthénique.
Obtenu pour la première fois par Claus (Jimni. fur prakt. Chem., t. LXIX,
PRÉPARATION
1° Le ruthénium métallique, ou le mélange métallique traité pour ruthénium, aussi divisé que possible, est transformé en rulhénate par fusion avec un mélange d’azotate de potassium et de potasse dans une capsule d’argent. On laisse refroidir, on reprend par l’eau et l’on abandonne la liqueur au repos dans une éprouvette longue et étroite fermée par un bouchon à l’émeri; le métal non transformé se dépose au fond du vase.
Lorsque la liqueur surnageante s’est éclaircie, on décante dans une cornue ou dans un grand ballon dont la tubulure est fermée par un bouchon de verre qui laisse pénétrer, à frottement, le tube abducteur d’un appareil à chlore. Si l’on emploie une cornue, le col de celui-ci pénètre jusqu’au centre d’un ballon refroidi extérieurement par de la glace ; il est préférable de disposer ainsi l’appareil lorsque la matière première est riche en ruthénium «t que le poids de peroxyde que l’on se propose de recueillir est notable; celui-ci, en se solidifiant dans le col de la cornue, ne risque pas de l’obstruer. Si la substance traitée ne contient que peu de ruthénium, bien que, par suite de la présence d’une si grande quantité de matières étrangères, il faille traiter un volume de dissolution saline considérable, il est préférable d’employer un ballon au col duquel a été soudé latéralement un tube de dégagement (fig. 18). Les matières salines, entraînées mécaniquement par l’oxygène qui se dégage pendant la réaction ou par l’ébullition du liquide à la fin de l’expérience, sont ainsi réduites au minimu'jn.
Dans la dissolution froide du rulhénate, on fait passer un courant de chlore; la liqueur s’échauffe peu à peu et noircit en se transformant en perruthénate, en même temps que l’excès d’alcali se change en hypochlorite. La dissolution est saturée de chlore lorsqu’on voit s’élever abondamment des bulles
d’oxygène contre les parois de l’appareil distillatoire. On élève alors peu à peu la température du liquide; des gouttelettes de peroxyde fondu, jaunes, d’aspect huileux, apparaissent à la surface du liquide ou sur les parois du col de la cornue; celles-ci se condensent bientôt sur le col de l’appareil distillatoire et glissent vers le récipient, entraînées par l’eau condensée. Sans interrompre un seul instant l’arrivée du chloré, on élève progressivement la température et. l’on achève la distillation du peroxyde en portant pendant quelque temps le
liquide à l’ébullition. L’eau, en se condensant dans le col de l’appareil, fond le peroxyde qui s’y était solidifié tout d’abord et l’entraîne dans le récipient.
Glaus attaquait 3 parties de ruthénium par un mélange de 24 parties de potasse causlique et de 8 parties d’azotate de potassium ; il dissolvait ensuite dans 48 parties d’eau.
Pour transformer de grandes quantités de ruthénium brut en peroxyde et le débarrasser ainsi de toute trace de métal étranger, H. Debray et A. Joly employaient des matières réagissantes en proportions peu différentes de celles qui étaient indiquées par Claus: 40 grammes de ruthénium pulvérulent, soigneusement réduit, étaient chauffés dans une grande capsule d’argent avec
RUTHÉNIUM.
320 grammes de potasse caustique commerciale et 100 grammes d’azotate de potassium. La potasse est fondue tout d’abord, puis, lorsque l’excès d’eau s’est dégagé et que l’alcali est amène à fusion tranquille, on ajoute le nitre; le métal est projeté par petites portions et la température élevée peu à peu jusqu’au rouge sombre; on. brasse avec une cuillère d’argent; après solidification, on reprend par 6 litres d’eau ; la liqueur qui surnage la matière insoluble est partagée en deux parties et chacune d’elles traitée séparément dans un grand appareil distillatoire. On a traité ainsi et transformé en peroxyde, par fractions de 40 grammes, 2 kilogrammes environ d’un métal qui ne renfermait déjà plus que de très petites quantités d’iridium.
• ,Le ruthénium peut être extrait avec la plus grande facilité à l’état de peroxyde de ses dissolutions salines par un procédé analogue. Les dissolutions de sesquichlorure ou de chlorure nitrosé sont additionnées d’un grand excès de potasse ou de soude ; on les sature de chlore à froid ; elles laissent alors dégager . la totalité du ruthénium qu’elles contiennent lorsqu’on élève peu à peu la température.
2° Le ruthénium métallique, très divisé, tel qu’on l’obtient en réduisant le chlorure ou un composé oxygéné par l’hydrogène, est immédiatement dissous par les hypochloritès. La liqueur brune, qui doit renfermer un grand excès d’hypochlorite, est soumise à la distillation, soit directement, soit mieux encore dans un courant de chlore.
Comme il est nécessaire d’employer un grand excès d’hypochlorite, cette réaction n’est applicable que s’il s’agit de préparer de petites quantités de peroxyde de ruthénium. Sa transformation en peroxyde <fe ruthénium est rapide, et, au moment où l’on chauffe pour effectuer la distillation, la réaction peut devenir tumultueuse.
3° La transformation d’un composé du ruthénium en peroxyde peut être réalisée dans un milieu acide de diverses façons.
A la dissolution chlorhydrique du chlorure légèrement chauffée, on ajoute peu à peu du chlorate de potassium ; la réaction n’est applicable qu’à la préparation de petites quantités de peroxyde.. C’est plutôt une réaction qualitative, permettant de-constater la présence du ruthénium dans un mélange des chlorures des métaux du platine.
En solution sulfurique, le permanganate de potassium effectue aussi la transformation du ruthénium en peroxyde.
4° L’électrolyse d’une dissolution légèrement chlorhydrique de sesquichlorure de ruthénium est accompagnée d’un dégagement de peroxyde de ruthénium au pôle positif. La transformation n’est que partielle (A. Joly).
5° Le peroxyde de ruthénium prend encore naissance lorsqu’on grille le métal dans un courant rapide d’oxygène au-dessus de 1000° (H. Debray et A. Joly. Yoy. Bioxyde).
Purification. — Le peroxyde de ruthénium recueilli dans le récipient de l’appareil distillatoire est en partie à l’état solide, en partie dissous dans l’eau chargée de chlore. Le liquide contient en dissolution des matières salines entraînées mécaniquement par le dégagement d’oxygène qui accom pagne la formation du peroxyde. On doit, pour le purifier, le soumettre
à une nouvelle distillation qui s’effectue dans un petit appareil analogue à celui qui est représenté par la figure 18. Le peroxyde, amené à fusion sous la couche liquide par l’immersion du ballon qui le contient dans de l’eau tiède, est versé dans l’appareil distillatoire; on sature de chlore, à froid tout d’abord, puis on effectue la distillation dans un courant de chlore.-
Le peroxyde et le liquide jaune d’or qui est recueilli dans le récipient refroidi peuvent être‘conservés pendant quelque temps dans l’obscurité sans subir d’altération. Mais, à la longue, la liqueur se décolore et laisse déposer une matière noire qui recouvre d’un enduit mince les parois du flacon; l’oxyde lui-même noircit et se transforme peu à peu intégralement en un oxyde inférieur que nous étudierons plus loin.
C’est à l’action de l’eau qu’il faut attribuer l’altération que subit l’oxyde solide quand on le conserve en tube scellé, même à l’obscurité la plus complète, après l’avoir séparé autant que possible du liquide qui a passé en même temps que lui à la distillation et l’avoir laissé séjourner pendant quelque temps au contact du chlorure de calcium. Cette altération du peroxyde de ruthénium, observée d’abord par Claus, puis par H. Sainfe^Claire Deville et Debray, était attribuée jusqu’ici à une décomposition spontanée; mais il ne peut rester de doute à cet égard; des échantillons très soigneusement desséchés ont pu être conservés en tubes scellés, à l'abri de la lumière , pendant dix-huit mois, sans subir aucune altération; il suffit, au contraire, d’introduire l’oxyde humide dans un tube scellé pour obtenir, au bout d’un temps très court, même à l’abri de la lumière, une couche continue d’oxyde noir et amener rapidement la destruction complète du peroxyde.
Des échantillons inaltérables de peroxyde ont été préparés de la manière suivante par H. Debray et A. Joly. L’oxyde, condensé à l’état solide sous une couche d’eau dans le récipient de l’appareil distillatoire, est isolé du liquide par décantation; lavé avec de l’eau distillée très froide, à plusieurs reprises, afin d’éliminer le chlore; fondu sous l’eau pure et solidifié à plusieurs reprises. Le peroxyde fondu est décanté une dernière fois et introduit dans un long tube étranglé en son milieu et qui contient, dans une de ses parties, une colonne de chlorure de calcium fondu. On étire l’extrémité du tube et l’on y fait le vide aussi parfaitement que possible,avec la trompe de Sprengel. Le tube est alors abandonné à lui-même à l’obscurité pendant plusieurs jours. L’oxyde se sublime grâce aux variations de la température ambiante et l’eau qu’il emprisonnait se trouve rapidement absorbée. Lorsqu’on veut isoler l’oxyde, on le fait passer tout entier dans le compartiment vide du tube scellé : si l’on a eu soin de faire le vide à 2 ou 3 millimètres, la chaleur de la main suffit pour effectuer ce transport; en plongeant alors dans la glace la partie du tube qui contient l’oxyde, on le scelle à la lampe rapidement et l’on sépare les deux parties du tube. Le tube, préalablement ouvert à ses deux bouts, est rapidement introduit dans un tube plus large en verre de Bohême, soigneusement débarrassé de toute matière organique, parfaitement desséché et dans lequel on fait le vide. En chauffant l’oxyde au bain-marie à 40°, on le fait distiller rapidement dans la partie refroidie qu’il ne reste plus qu’à séparer après solidification du produit.
RUTHÉNIUM.
Ces manipulations sont longues et délicates; mais les échantillons ainsi obtenus sont d’une grande beauté. Le peroxyde se sublime sur les parois du tube suivant les variations de la température ambiante et forme des cristaux volumineux très réfringents, jaunes par transparence, d’un beau jaune orangé par réflexion.
PROPRIÉTÉS PHYSIQUES
Le peroxyde de ruthénium, obtenu par la solidification brusque du liquide condensé sous une couche d’eau au fond du récipient d’un appareil distillatoire, forme une masse jaune d’or ou jaune orangé opaque. Sublimé lentement dans le vide, en tube scellé, à l’abri de la lumière, il est en cristaux jaune d’or ou jaune orangé, transparents et d’une grande netteté de formes.
Les propriétés physiques du peroxyde de ruthénium n’avaient été que très superficiellement étudiées par Claus ou par H. Deville et H. Debray.
D’après Claus, il fond en un liquide jaune orangé vers 50" et bout un peu audessus de 100°.
Pour H. Sainte-Claire Deville et H. Debray, la température de fusion est voisine de 40°.
Il suffit de maintenir pendant quelques instants dans la main un tube scellé contenant du peroxyde cristallisé, pour liquéfier celui-ci ; la température de fusion est en effet de 25°,5. Le liquide rouge orangé foncé ne se solidifie que très lentement et la masse solidifiée conserve pendant fort longtemps l’état vitreux. Il ne cristallise nettement que par sublimation (H. Debray et A. Joly).
À des températures comprises entre 100° et 106° et sous la pression de l’atmosphère, le peroxyde n’entre pas encore en ébullition, alors même qu’on le chauffe dans des tubes non lavés à l’acide sulfurique et que l’on prend soin de maintenir à l’intérieur du liquide une petite cloche à air. Il est impossible de déterminer ses tensions maxima, car il attaque le mercure. Afin de fixer les conditions dans lesquelles on devrait se placer pour déterminer la densité de vapeur, on a cherché à quelles températures le peroxyde de ruthénium entre en ébullition sous des pressions réduites.
Ici encore, on a rencontré des difficultés tenant soit à ce que les tubes avaient été trop bien nettoyés, soit à ce que le peroxyde, agissant comme l’acide sulfurique, se charge de ce soin et se surchauffe. Nous n’avons jamais pu observer le phénomène proprement dit de l’ébullition ; l’acide, maintenu à des températures constantes, distillait rapidement lorsque la pression avait atteint une valeur convenable, sans qu’on vît à aucun moment se former des bulles de vapeur au-dessus du liquide. Ainsi à 100°,8 la pression correspondant à cette distillation brusque était de 183 millimètres; elle était de 20 millimètres environ à 42°. Dans les tubes scellés, renfermant l’oxyde maintenu à sa température de fusion en présence d’un excès du corps solide, nous avons cependant observé le phénomène de l’ébullition, lorsque, la pression n’étant que de 3 à 4 millimètres, on refroidissait fortement une partie du tube. Au voisinage de zéro, le peroxyde de ruthénium n’a pas de tension de vapeur sensible. Ces observations nous portent à croire que ses vapeurs n’atteindraient la tension
normale de 760 millimètres qu’à une température bien supérieure à celle de sa décomposition explosive.
Mais on peut distiller le peroxyde à 100°, en présence de l’eau, pourvu, toutefois, que le liquide renferme du chlore ou des hypochlorites. Dès que ceux-ci ont disparu, la vaporisation ne peut se faire sans décomposition partielle.
La densité de vapeur a été déterminée par la méthode de Dumas. Un large tube dans lequel on introduisait le tube scellé contenant le peroxyde de ruthénium, dont une extrémité avait été coupée, communiquait d’un côté avec un ballon par l’intermédiaire d’un tube capillaire, d’un autre côté par l’intermédiaire d’un mastiquage avec une trompe de Sprengel. On faisait un vide partiel et l’on distillait le peroxyde dans le ballon entouré de glace. Puis on chauffait celui-ci de façon à obtenir une distillation rapide sous une pression indiquée par le manomètre de la trompe. Lorsque la distillation, était achevée, on fermait le ballon par-un trait de chalumeau.
A 100° et sous une pression de 106 millimètres de mercure, on a eu D = 5,77.
On calcule pour la masse moléculaire : M =166,7.
La masse moléculaire théorique (Ru = 101,4; O = 15,96) est 165,2.
PROPRIÉTÉS CHIMIQUES
Action de l’eau. — Le peroxyde de ruthénium se dissout lentement dans l’eau tiède, à laquelle il communique une couleur jaune d’or; la solubilité est faible d’ailleurs. Il ne semble pas former au contact de l’eau d’hydrate défini solide. Lorsqu’on le distille dans l’eau, il se condense parfois en formant des arborescences d’un jaune plus pâle que l’acide cristallisé; mais, en examinant à la loupe ces pseudo-cristaux, on voit qu’ils sont formés par la juxtaposition de gouttelettes sphériques provenant de la solidification brusque des gouttelettes huileuses du peroxyde liquide, séparées les unes des autres par une mince couche d’eau ; c’est le produit de la solidification d’une sorte d’émulsion.
Lorsqu’elle contient du chlore ou des hypochlorites, la dissolution se conserve pendant quelque temps à l’obscurité sans subir d’altération apparente. La dissolution dans l’eau pure se trouble au bout de quelque temps, même à l’obscurité la plus complète; une fois commencée, la décomposition se poursuit rapidement jusqu’à la destruction complète du peroxyde. Sur les parois du flacon se dépose un enduit noir, très compact, et le liquide se décolore; il s’est dégagé de l’oxygène; séché à 110°, ce produit noir a comme composition Ru 2 0 6 ,2 H 2 0 ou plutôt Ru s 0 e H 3 -f- H 2 0.
La décomposition par l’eau est plus rapide à 100° et le produit formé est différent ; il a comme compositionRu*0 9 ,2 H 2 0. Le peroxyde peut être, pendant quelques instants, maintenu au-dessus du liquide bouillant, dans un appareil
à reflux, sans s’altérer ; mais, une fois que la décomposition a commencé, elle se poursuit rapidement; le liquide noircit et des écailles noires brillantes nagent dans le liquide, qui est rapidement dépouillé de peroxyde.
Action de la lumière. — Le peroxyde de ruthénium se conserve sans altération en tube scellé, pourvu qu’il soit soustrait à l’action de la lumière W. Lentement à la lumière diffuse, très rapidement à la lumière solaire directe, les parois des tubes se recouvrent d’un léger voile gris ou brun clair ; les cristaux, lorsqu’on les déplace d’un point à l’autre du tube, par sublimation, laissent une trace brune, dont les contours sont ceux du cristal primitif. Lorsque, par une exposition prolongée à la lumière solaire, le dépôt s’est accru, le verre a pris une couleur brun foncé ou noire, son éclat est métallique et il ne laisse plus passer qu’une lumière rouge très atténuée. Derrière ce voile, les cristaux et les vapeurs du peroxyde ne subissent plus d’altération.
Il est impossible de s’assurer exactement de la nature du produit de cette décomposition. La nécessité où l’on se trouve de maintenir le peroxyde dans des vases de verre dont les parois présentent une large surface, et de poursuivre l’expérience pendant un temps suffisant pour que la réaction soit achevée, la minceur de la couche déposée enlèvent aux déterminations numériques toute précision. Il est possible que le produit de la réduction soit un trioxyde ou anhydride ruthénique Ru!)'.
Si l’on mouille en effet les parois du verre avec une goutte de potasse, on dissout immédiatement l’oxyde et le liquide prend la couleur jaune du ruthénate. Quelle que soit la concentration de l’alcali, on n’a jamais la coloration vert sombre des perruthénates; ce ne peut être l’oxyde Ru®!) 7 . D’autre part, aucun des composés Ru 2 0 5 ou Ru 4 !) 9 n’est soluble dans la potasse à la température ordinaire.
Au contact de l’eau, la couche mince d’oxyde noircit, se contracte et se sépare du verre. Les propriétés du composé noir sont celles du peroxyde hydraté Ru 2 0 5 ,Aq.
Enfin l’acide chlorhydrique concentré et froid donne immédiatement une liqueur brune de sesquichlorure avec dégagement de chlore (A. Joly, Compt. rend. Acad, des sciences, t. CXIII, p. 693).
Action de la chaleur. — La vapeur de peroxyde de ruthénium peut subir une transformation explosive, observée par H. Sainte-Claire Deville et H. Debray.
Dans un appareil distillatoire construit entièrement en verre, ces expérimentateurs avaient introduit 150 grammes environ de peroxyde et le chauffaient lentement dans un bain de chlorure de calcium en vue de le distiller. Jusqu’à
(1) De magnifiques échantillons de peroxyde préparés dans les derniers mois de l’année 1888 par H. Debray et A. Joly, et conservés dans des étuis en velours noir, étaient intacts au mois de juin 1895.
2i2 ENCYCLOPÉDIE. CHIMIQUE.
105° ou 106°, peu de matière avait passé dans le récipient, ce qui indiquait que le point d’ébullition n’était pas encore atteint; mais, vers 108°, un dégagement rapide de gaz se produisit, accompagné d’une explosion épouvantable. Le verre fut [brisé en fragments impalpables et le laboratoire fut rempli instantanément d’une fumée noire ( Compt. rend. Acad, des sciences, t. LXXX, p. 457).
Dans une expérience où quelques grammes de peroxyde, contenus dans un tube en verre de 0 m ,30 de longueur, librement ouvert à son extrémité supérieure, avaient été portés rapidement à une température un peu supérieure à '100°, la partie inférieure plongeant dans un bain de paraffine, le peroxyde est resté inaltéré pendant quelque temps à 105°, puis à 106°. Mais à peine le thermomètre, qui montait très lentement, avait-il atteint 109° qu’une décomposition brusque se produisit; une flamme fuligineuse s’éleva de la surface du liquide, •et, en même temps que les parois du tube se recouvraient d’un oxyde pulvérulent, la masse entière du liquide était transformée en un produit solide d’un noir bleu. L’oxyde provenant de la vapeur était du bioxyde amorphe, l’oxyde résultant de la transformation du liquide était cristallisé. La réaction fut complète en un temps très court ; elle ne fut accompagnée d’ailleurs d’aucune explosion (H. Debray et A. Joly, Compt. rend. Acad, des sciences, t. GVI, p. 332).
Si la décomposition brusque est possible au-dessus de 106°, il ne semble pas cependant qu’elle se produise nécessairement dès cette température. Dans une expérience ultérieure, on a pu élever la température du peroxyde au-dessus de 110° sans l’obtenir. Elle se produit nécessairement au contraire dès que les vapeurs rencontrent une trace de matière organique (A. Joly).
Le peroxyde de ruthénium en vapeur est stable cependant aux températures les plus élevées que puisse supporter un tube de porcelaine, puisqu’il peut être ■obtenu par le grillage du métal dans un courant d’oxygène ou à la température de fusion du métal, soit au chalumeau oxyhydrique, soit dans l’arc électrique. La vapeur du peroxyde est décomposée au-dessous de 500° environ en oxygène «t bioxyde (H. Debray et A. Joly. Voy. Dissociation du bioxyde de ruthénium).
Réactions chimiques. —Les solutions des hydracides HCl,HBr,HI, transforment rapidement le peroxyde de ruthénium en sesquichlorure, sesquibromure, sesquiiodure dissous ou plutôt combinés avec un excès d’hydracide ; du chlore, du brome, des vapeurs d’iode se dégagent. Avec l’acide iodhydrique concentré, la réaction est extrêmement vive ; elle peut entraîner la décomposition explosive du peroxyde. Elle est très vive encore avec l’acide bromhydrique. L’acide chlorhydrique concentré agit plus lentement, progressivement; à froid, la réduction se fait peu à peu ; le dégagement du chlore s’accélère lorsqu’on élève la température:
2 RuO‘ + lGHCl = Ru s Cl G + 8 H 2 0 + 10 Cl.
En raison de l’extrême volatilité du peroxyde, il convient d’opérer dans un ballon à col long et étroit, dressé verticalement, et fonctionnant comme appareil à reflux.
RUTHÉNIUM.
Les dissolutions alcalines de potasse et de soude dissolvent le peroxyde de ruthénium en le réduisant ; la liqueur prend la couleur jaune orangé caractéristique des ruthénates et des .bulles d’oxygène se dégagent :
RuO* + 2KOH = RuO*K 2 + H 2 0 + O.
Par une digestion prolongée, vers 50°, en vase clos, en présence d’un excès de peroxyde, le ruthénate se transforme en perruthénate :
RuO*K s + RuO* = 2 (RuO*K).
L’eau de baryte concentrée et tiède agit aussi comme réducteur; un précipité rouge vermillon de ruthénate de baryum RuO*Ba se dépose.
Un mélange de cyanure de potassium et d’alcali réduit plus complètement ; la liqueur est brune comme les dissolutions alcalines de sesquioxyde. Évaporée à sec, la liqueur laisse un dépôt qui, légèrement calciné, est incolore; en reprenant par l’eau, on dissout le ruthénocvanure RuCy 6 K*.
Toutes les matières organiques réduisent le peroxyde de ruthénium, qu’il soit solide, dissous ou en vapeur.
La vapeur fait explosion un peu au-dessus de 100° au contact de traces dé matières organiques, telles que du caoutchouc, du liège, du mastic; aussi les appareils dans lesquels on distille le peroxyde doivent-ils être uniquement composés de vases de verre réunis par des soudures. A la température ordinaire, elle noircit les bouchons de liège, le papier; elle oxyde le mercure.
L’alcool prend feu au contact du peroxyde solide et détermine une décomposition explosive. L’alcool étendu réduit immédiatement la dissolution; s’il est additionné d’acide chlorhydrique, la liqueur se charge desesquichlorure; si elle est alcaline, c’est le sesquioxyde qui reste en dissolution. Ces réactions sont fréquemment utilisées dans les analyses, pour retenir de petites quantités de peroxyde éliminées par distillation.
COMPOSITION
Calculé. Trouvé (Claus).
Ru. 101,4 61,31 61,25 60,97
APPLICATIONS
La facilité avec laquelle le peroxyde de ruthénium se décompose au contact des tissus organiques et les attaque tous, quelle que soit leur origine, le rend peu propre aux recherches histologiques. Cependant Ranvier ( Compt. rend. Acad, des sciences, t. CV, p. 145) a pu l’utiliser en le faisant agir sur des tissus préalablement soumis à l’action du peroxyde d’osmium (acide osmique ).