COMBINAISONS DU SOUFRE AVEC LE RUTHÉNIUM
Un sulfure de ruthénium cristallisé, la laurite, a été rencontré par Wœhler, en 1866, dans le minerai de platine de Bornéo, puis, en 1869, dans les minerais de platine aurifère de l’Orégon (Ann. Chem, und Pharm., t. CXXXIX, p. 116; 1866; t. CLI, p. 374; 1869).
Le ruthénium très divisé, chauffé avec du soufre, ne fixe cet élémentque fort incomplètement. Cependant, par la réaction du bisulfure de fer sur le métal, H. Sainte-Claire Deville et H. Debray ont préparé un bisulfure RuS 3 qui paraît identique à la laurite.
Quant aux composés sulfurés obtenus par voie humide, ils sont fort mal définis. Ainsi, les précipités que forme l’hydrogène sulfuré dans les dissolutions du sesquichlorure paraissent renfermer du soufre libre et n’ont pas de composition fixe. Le précipité formé tout d’abord est brun foncé et aurait la composition d’un trisulfure RuS 3 ; il se déposerait ensuite un précipité jaune brun de bisulfure RuS 2 (Claus).
D’après Claus, le précipité noir que l’on obtient en ajoutant du sulfure d’ammonium à la dissolution bleue qu’il croit être un chlorure ruthéneux RuCl 2 (voy. Oxychlorure ) aurait la composition d’un sesquisulfure Ru 3 S 3 .
Chauffés dans un courant de gaz carbonique, ces précipités perdent de l’eau et du soufre, et il reste une poudre d’un noir métallique de sesquisulfure Ru 3 S 3 (Claus, Ann. Chem, und Pharm., t. LIX, p. 245).
Le précipité que donne l’hydrogène sulfuré dans les dissolutions de peroxyde de ruthénium serait un oxysulfure (Claus, Nouv. Bull. Acad. Saint-Pétersbourg, 1 . 1 , p. 116).
BISULFURE, RuS 3 .
PRÉPARATION. '
On chauffe au rouge vif, pendant huit à dix heures, dans un creuset de terre, un mélange de 10 parties de sulfure de fer naturel, 1 partie de borax et 1 partie de ruthénium ; on laisse refroidir lentement. Le protosulfure qui résulte de la décomposition de la pyrite s’est rassemblé en un culot recouvert d’un verre ferrugineux ; ce culot se détache assez facilement du creuset quand on brise celui-ci et, lorsqu’on l’humecte d’eau, se délite en dégageant l’odeur de l’hydrogène sulfuré ; cette déliquescence est due à la présence du sulfure de sodium formé aux dépens du borax. On attaque la matière délitée par l’acide chlorhydrique, à froid tout d’abord, puis à l’ébullition.
RUTHÉNIUM. 245
Le résidu insoluble est formé de deux sulfures de ruthénium. L’un, plus léger, est une poussière noire, soluble dans l’acide azotique même étendu qui le transforme en sulfate de ruthénium. L’autre a l’éclat métallique et la couleur dela/awn'«e;il est insoluble comme elle dans tous les acides et mèmedans l’eau régale. On achève de purifier le sulfure cristallisé en le traitant par la potasse concentrée pour enlever la silice gélatineuse, et par l’acide fluorhydrique pour enlever les débris du creuset qui souillent la matière (H. Sainte-Claire Deville et H. Debray, Compt. rend. Acad, des sciences, t. LXXXJX, p. 589,1879).
COMPOSITION
Laurite artificielle (H. Deville et H. Debray).
Ru.
Calculé.
Trot
PROPRIÉTÉS
Octaèdres réguliers ou mieux cristaux cubiques ayant parfois 1 à 2 millimètres; ils sont noirs avec éclat métallique. Ils sont inattaquables par les acides et même par l’eau régale.
H. Sainte-Claire Deville et H. Debray identifient, peut-être à tort, ce sulfure avec la laurite naturelle de Wceliler.