LES COEFFICIENTS DE PARTAGE
Expériences de Dulong. — Duloiig a découvert que les sels insolubles peuvent donner lieu à des phénomènes de double décomposition, au contact des sels solubles, toutes les fois que l’un des sels formés dans la réaction est lui-même insoluble. Il a soumis à une étude approfondie la décomposition des sels insolubles par les carbonates alcalins: dans tous les cas e.xaminés par lui, il a constaté la formation d’un carbonate précipité, renfermant la base du sel primitivement insoluble, et la présence dans la liqueur surnageante d’un sel alcalin résultant de l’écbange des acides.
Un trait caractéristique des réactions de cet ordre, c’est qu’elles demeurent incomplètes, tant que les sels en présence sont employés en proportions équivalentes. La décomposition intégrale du sel insoluble exige l’emploi d’un grand excès de carbonate alcalin.
Si l’on fait bonillir, par exemple, du sulfate de baryte avec un poids équivalent de carbonate de potasse, une partie du sulfate insoluble se transformera en carbonate alcalino-terreux, et il entrera en dissolution une quantité correspondante de sulfate de potasse. L’addition de petites quantités de potasse caustique à la liqueur permettra de pousser plus loin cette décomposition.
Comme il arrive pour toutes les décompositions incomplètes, cette réaction est limitée par son inverse. Le carbonate de baryte, en présence d’une solution bouillante de sulfate de potasse, se transforme partiellement en sulfate de la même base, tandis que la potasse séparée de l’acide sulfurique s’unit à l’acide carbonique devenu libre. La réaction s’arrête avant la décomposition complète du sulfate; elle ne continue que par l’addition de nouvelles quantités de ce sel.
Dulong a reconnu que la limite du phénomène varie avec la nature des carbonates insolubles soumis à l’expérience ; en d’autres termes, il semble que le coefficient de décomposition des divers couples salins diffère.
Ces phénomènes ne sont pas en contradiction avec les lois de Berthollet. On a vu, en effet, que, d’après le célèbre auteur de la Statique chimique, les alcalis sont capables d’enlever aux sels insolubles une partie de leur acide. Les carbonates alcalins se comportent en réalité comme des alcalis faibles; ils décomposent donc quelque dose du sel insoluble en s’unissant à son acide, et l’acide carbonique devenu libre se combine à la base du sel insoluble. A mesure que la réaction se poursuit, l’acide carbonique qui saturait l’alcali est remplacé par un autre acide. Ce nouveau sel est neutre, tandis que dans le carbonate soluble l’alcali n’était pas complètement saturé par l’acide carbonique. La grandeur absolue de cet excédent d’alcali tend à décroître par la formation progressive de nouvelles quantités de sel neutre ; il arrive ainsi un moment où la puissance de cohésion du sel insoluble peut faire équilibre à l’action antagoniste de la masse chimique progressivement décroissante du carbonate alcalin; l’action s’arrête alors.