REMARQUES SUR LA LOI PÉRIODIQUE
Les critiques n’ont pas manqué à la conception de Mendéléeff. On lui a reproché d’être trop systématique et de séparer des éléments que leurs propriétés communes tendent à grouper dans une même famille. La place assignée au tellure a soulevé de nombreuses objections que des déterminations plus exactes ont réduites à néant.
Pour nous, le point faible de la nouvelle classification se trouve dans le second
(Ij Die modernen Theorien,
■if) ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE.
principe qui lui a servi de base, nous voulons parler de la limite de la capacité de combinaison des éléments.
Adversaire décidé de la doctrine de l’atomicité, dont il a poursuivi les inconséquences avec une logique inexorable, il semble s’en être rapproché en accordant une valeur exagérée à la propriété mal définie qu’il désigne sous le nom de « valeur limite de combinaison ».
Les types RX\ RX-, RX^ représentent, d’après Mendéléeff, la forme de combinaison des éléments des trois premiers groupes. Ces types ne suffisent cependant pas à rendre compte d’un certain nombre de composés do ces éléments. Ainsi, dans le premier groupe, les polysulfures alcalins se rapportent aux types RX,RX^, RX“, RX*, RXX Le Iri-iodure de potassium se rapporte au type RX^ et les peroxydes alcalins aux types RX“ et RX*.
Dans le deuxième groupe, le peroxyde de üaryum BaÜ- se rapporte à un type plus élevé que la forme supérieure RO, assignée aux oxydes de ce groupe, et un certain nombre de sels doubles ne s’accordent pas mieux avec le type RXL
La position du bore dans le troisième groupe paraît difficile à concilier avec l’existence d’un certain nombre de composés, tels que l’oxychlorure de bore RoOCR, le fluoborate de potasse KBoFl*, etc., à moins d’admettre pour ce métalloïde les deux types RX^RX®.
Pour lever ces difficultés, les partisans de la loi périodique ont étendu aux trois premiers groupes les variations régulières que présentent les composés hydrogénés à partir du quatrième groupe. Mendéléeff avait remarqué que, depuis le huitième groupe jusqu’au quatrième, les hydrates contiennent le même nombre d’atomes d’hydrogène que les combinaisons hydrogénées correspondantes. En continuant cette progression régulièrement croissante jusqu’au premier groupe, on obtient les deux séries :
I U ni IV V VI vu viii
RXL RX'S RX^ RH*, RH», RH^, RH, (RMI).
RX’O*, RX“0*, llX-0*, RH*0*, RH»0*, RH^O*, RHO*, (RO*).
A l’appui de cette sorte d’extrapolation arbitraire, on invoque la gradation harmonique des éléments sériés en périodes, gradation qui ne peut s’accorder avec le passage bi’usque de la forme RX’ des éléments du septième groupe au type RX* des corps du premier groupe.
Grâce à cette double progression en sens inverse, on réussit à faire disparaître les anomalies que nous venons de signaler et on explique comment le bore, bien qu'appartenant au troisième groupe, peut donner des combinaisons de la forme RX*'.
Mais l’auteur de la loi périodique est moins heureux quand il cherche à faire rentrer les hydrates dans ses types de combinaison. Ces composés ont toujours embarrassé les promoteurs de la théorie de l’atomicité. Pendant longtemps on les a rangés parmi les « combinaisons moléculaires », comme si l’affinité chimique n’intervenait pas dans leur formation. L’étude des phénomènes thermiques, en mettant hors de cause l’existence d’hydrates définis dans les dissolutions, a montré l’inanité de cette conception. C’est alors qu’on a eu recours à l’hypotlièse de la tétratomicité de l’oxygène dans l’eau de cristallisation. Meii-
déléeff adopte cette manière de voir. Pour lui, l’hydrate de soude NaOH + SffO appartient au type RX^ Il écrit la formule du borax octaédrique : BXOH)XONa) et la rattache ainsi à la forme RX^ La composition du borax prismatique se rattache de la même façon au type RX®, et l’hydrate d’alumine A10‘H" reproduit la même forme de combinaison.
Nous n’avons pas besoin d’insister sur le peu de solidité de ces formules. Chose plus grave, il est tout un groupe de composés, les fluosilicates, et les fluotitanates, qui sont en désaccord absolu avec la notion d’atomicité limite. Pour expliquer l’existence de combinaisons telles que R^SiFF’ + ôH’^O, il faut admettre pour le silicium la forme limite RX® au lieu de RX‘.
Les fluotantalates K’^TaFF correspondent au type RX“. L’acide persulfurique conduit à admettre pour le soufre une forme limite RXL
On pourrait allonger encore la liste des composés qui sont en contradiction formelle avec le principe de la forme supérieure des combinaisons des oxydes. Les exemples que nous venons de citer suffisent. Ils montrent que cette propriété n’est pas exactement mesurable, comme on l’avait pensé tout d’abord, et ne peut en conséquence se prêter à des déductions rigoureuses.
Elle doit donc céder le pas aux mesures thermiques qui inaugurent une science nouvelle. « Au point de vue mécanique, dit M. Berthelet, deux données fondamentales caractérisent la diversité en apparence indéfinie des substances chimiques, savoir: la masse des particules élémentaires, c’est-à-dire leur équivalent, et la nature de leurs mouvements. La connaissance de ces deux données doit suffire pour tout expliquer. Voilà ce qui justifie l’importance actuelle, et plus encore l’importance future de la thermo-chimie, science qui mesure les travaux des forces mises en jeu dans les actions moléculaires (1). »
(1) Mécanique chimique, t. II, p. 757.