CLASSIFICATION DE BERZELIUS
Berzelius, développant la théorie électro-chimique de Davy, admit que les corps simples contiennent deux pôles où sont accumulées des quantités inégales d’électricités positive et négative. La combinaison résulte de l’union des corps par leurs pôles opposés. Dans cette hypothèse, il devenait rationnel de classer les éléments d’après leurs propriétés électro-chimiques.
Berzelius divisa les corps simples en deux classes ;
1” Les corps électro-positifs, qui donnent avec l’oxygène, élément électronégatif par excellence, des combinaisons électro-positives ; quand l’oxygène prédomine dans ces composés, l’électricité négative de celui-ci n’étant plus entièrement neutralisée, il en résulte que le produit de la combinaison présente des propriétés électro-négatives et le caractère d’un acide ;
2“ Les corps électro-négatifs qui donnent toujours avec l’oxygène des composés électro-négatifs. C’est donc le caractère électrique des combinaisons oxygénées qui sert de base à cette classification. En tête de la série se trouve l’oxygène, qui est le corps le plus électro-négatif, tandis que les métaux alcalins, où l’électricité positive, prédomine, sont placés à la fin. Tous les corps intermédiaires sont électro-positifs par rapport à ceux qui les précèdent, et électronégatifs par rapport à ceux qui les suivent. L’hydrogène marque la transition entre les deux groupes.
Le tableau suivant reproduit l’ordre adopté par Berzelius :
— E. Oxygène Soufre.
Sélénium Azote.
Fluor.
Chlore.
Brome.
Iode.
Phosphore.
Arsenic.
Chrome.
Vanadium.
Molybdène.
Tungstène.
Bore.
Carbone.
Antimoine.
Tellure.
Tantane.
Titane.
Silicium.
Hydrogène.
Or.
Osmium.
Iridium.
Platine.
Khodium.
Palladium.
Mercure.
Argent.
Cuivre.
Bismuth.
Étain.
Plomb.
Cadmium.
Cobalt.
Nickel.
Fer.
Zinc.
Manganèse.
Uranium.
Thorium.
Zirconium.
Aluminium.
Lanthane.
Uidyme.
Yttrium.
Glucium.
Magnésium.
Calcium.
Strontium.
Baryum.
Lithium.
Sodium.
•-j- E. Potassium.
CLASSIFICATION d’aMPÈRE.
A ces classificalions fondées sur un caractère unique, parlant trop absolues, Ampère essaya de substituer une classification naturelle, tenant compte de l’ensemble des propriétés des corps.
Il divisa les éléments en trois classes :
1“ Les gazolyles, dont le caractère distinctif est de former des combinaisons gazeuses sous la pression normale ;
2° Les leucolytes, qui ne sont pas susceptibles de donner des gaz permanents ;
3“ Les chroïcolytes, qui ne donnent pas non plus de combinaisons gazeuses, et fondent au-dessus de 25 degrés du pyromètre de Wedgwood ; leurs sels sont généralement colorés.
Chacune de ces classes est subdivisée en cinq familles.
La première famille comprend l’ensemble des métalloïdes. Dans la seconde se trouvent rangés l’antimoine, l’étain, le zinc, le bismuth, le mercure, l’argent, le plomb, ainsi que les métaux alcalins et alcalino-terreux. Les principaux métaux de la troisième famille sont ; le manganèse, le cuivre, le nickel, le cobalt, le fer, l’uranium, l’or, le platine, l’iridium, le palladium, le titane, l’osmium, le molybdène, le chrome et le tungstène.
Cette classification a été légèrement modifiée par M. Guibourt. Elle n’a d’ailleurs jamais obtenu l’assentiment des chimistes. Les caractères distinctifs invoqués par Ampère : volatilité, fusibilité, coloration des dissolutions salines, sont d’ordre purement physique.
Les différences d’ordre chimique d’après lesquelles il a cherché à subdiviser les corps de la deuxième famille : action respective du carbone, de l’hydrogène, de l’iode et du chlore sur les oxydes, n’ont qu’une importance seconclaire. Nous avons cru cependant intéressant de résumer les traits principaux de cet essai ; c’est un jalon qui permet de mesurer tout le chemin parcouru depuis les premières années du siècle. Aujourd’hui que tous les efforts des chimistes convergent vers les problèmes de mécanique moléculaire, on s’étonne de cette erreur d’un esprit puissant. Mais l’état d’imperfection de la science chimique d’alors, contrastant avec la rigueur et l’enchaînement des théories physiques, ne permettait guère de conjecturer un rapprochement possible entre ces deux branches du savoir humain.
A la suite du travail d’Ampère, Despretz et Hœfer ont proposé de nouvelles classifications naturelles en s’appuyant sur des caractères exclusivement chimiques et sur l’isomorphisme. Nous ne nous y arrêterons pas.