P0\R0,2H0; P03,2R0.II0; P05,3R
En général, on considère comme polybasiques les acides qui peuvent se com-
biner à diverses proportions de bases alcalines. Tels sont l’acide sulfurique, l’acide carbonique, l’acide oxalique, l’acide citrique, etc. On désigne aussi quelquefois ces composés sous le nom de plurivalents, pour rappeler qu’en réalité leurs molécules ne sont plus équivalentes à celles d’un acide monobasique tel que l’acide nitrique, puisque les quantités de base qu’ils saturent sont des multiples du poids de cette base qui neutralise un équivalent d’acide monovalent.
Eau basique .—Revenons aux expériences de Graham. L’acide phosphorique vitreux, maintenu pendant quelque temps à une température de 213 degrés, se transforme intégralement en acide pyrophosphorique en perdant un équivalent d’eau. L’acide pyrophosphorique, calciné au rouge, perd à son tour un nouvel équivalent d’eau et fournit l’acide métaphosphorique. Réciproquement, l’acide phosphorique anhydre, mis en présence de l’eau, donne d’abord de l’acide métaphosphorique, qui se transforme ensuite, en présence d’un excès du dissolvant, en acide phosphorique trihydraté. La dissolution aqueuse de l’acide pyrophosphorique est instable ; elle se convertit rapidement à chaud en acide orthophosphorique.
Les sels de ces divers acides subissent des métamorphoses analogues sous l’action de la chaleur ou en présence de l’eau. Les pyrophosphates s’obtiennent par la calcination des orthophosphates bibasiques, les métaphosphates par la calcination des orthophosphates ou des pyrophosphates acides. Le métaphosphate de baryte se transforme en ortophosphate quand on le maintient longtemps en ébullition dans l’eau. La dissolution d’un pyrophosphate alcalin, évaporée en présence d’une lessive alcaline, passe à l’état d’orthophosphate neutre.
M. Fremy a découvert des phénomènes analogues dans ses remarquables travaux sur des antimoniates et des pyroantimoniates. L’hydrate antimonique SbO%nO, obtenu par l’action de l’eau régale sur l’antimoine métallique, est comparable à l’acide métaphosphorique. La solution de l’antimoniate de potasse neutre, évaporée dans un creuset d’argent avec un excès de potasse, se transforme en métaantimoniate neutre Sb0^2 KO correspondant aü pyrophosphate de potasse neutre; ce sel, repris par l’eau, donne une dissolution de métaantimoniate acide SbO“,KO,HO.
On voit, par suite, que l’eau peut exister dans certains sels à des titres bien différents. Que l’on soumette par exemple à l’action d’une température de 100 degrés le phosphate de soude ordinaire P0%2Na0,110-{-24 HO, il fondra d’abord dans son eau de cristallisation, puis, par une dessiccation suffisamment prolongée, il perdra 24HO. Les propriétés chimiques du sel anhydre ne différeront en rien de celles du sel hydraté ; redissous dans l’eau et précipité aussitôt par le nitrate d’argent, il donnera un précipité de phosphate triargentique, avec mise en liberté d’un équivalent d’acide nitrique. Mais, si après avoir chassé les 24 équivalents d’eau de .cristallisation du phosphate disodique, on le porte ensuite à une température supérieure à 300 degrés, il perd un nouvel équivalent d’eau
en subissant une transformation plus profonde ; il passe, comme on l’a vu, à l’état de pyrophosphate.
L’eau contenue dans le phosphate anhydre P0%2Na0,H0, y joue donc le rôle d’une base. Elle est remplaçable par un équivalent d’argent ou d’un oxyde alcalin, et ne peut être expulsée sans que la constitution chimique du sel soit profondément altérée. Sa présence est nécessaire à la permanence du type primitif, tant qu’une quantité équivalente d’une base n’a pas pris sa place par double décomposition. C’est pour rappeler cette fonction spéciale qu’on lui a donné le nom Û’eau basique.
Eau de constitution. — Il arrive parfois que l’eau fait à ce point partie intégrante de la molécule saline, qu’on ne peut la remplacer par une base, et que le composé se détruit dès qu’on la sépare par l’action de la chaleur. C’est à raison de ces faits qu’on la nomme eau de constitution.
Ainsi la composition des phosphites neutres est exprimée par la formule P0®,2R0,H0, et il n’est pas possible de les déshydrater sans les transformer en phosphates et en hydrogène phosphoré. Les hypophosphites PO^,RO,2 HO, se détruisent également, sous l’action de la chaleur, en donnant naissance aux mêmes produits (Wurtz). Enfin les métastannates Sn'’0“’,K0,4H0 se décomposent complètement, par la calcination, en acide métastannique et en base libre (Fremy).