PRÉPARATION
Électrolyse de la potasse et du cyanure de potassium. — Nous avons rapporté, au commencement de cette monographie, la mémorable expérience de Davy, en citant un passage du mémoire de l’illustre chimiste. Il suffira donc de rappeler ici que Davy a répété cette expérience sous une forme un peu différente : il creusait une cavité à la partie supérieure d’un fragment de potasse et la remplissait de mercure, dans lequel plongeait l’électrode négative de la pile ; la plaque de potasse reposait sur une lame de platine en communication avec le pôle positif. Ou obtient ainsi un amalgame qui laisse un résidu de potassium quand on le chauffe dans un courant d’hydrogène.
On peut rapprocher de la méthode de Davy le procédé électro-chimique suivant, proposé par Linnemann. Le cyanure de potassium fondu est soumis à l’action d’une pile de deux à quatre éléments Bunsen. Il faut employer des électrodes de charbon, le platine étant attaqué par le sel alcalin avec formation d’un platinocyanure. On ne chauffe l’appareil que par le fond, de manière à laisser une croûte de cyanure solide à la surface du bain; de cette façon, le métal qui vient surnager est protégé contre l’action de l’air.
Postérieurement à la découverte de Davy, l’extraction du potassium a été l’objet de nombreuses recherches de la part de Gay-Lussac et Thénard, Berzelius et Pontin, Erman et Simon, Jacquin, Grimer, Seebeck, Ritter, Curaudau, Tromsdorff, Tennanl, Sementini, Lampadius, Briinner, Wœhler, Dumas, Mitscherlicli, Serullas, Manlell, Fleiscb et Sadler, Brunner, Dony et Mareska, Sainte-Claire Deville, Debray, Dolbear, Linnemann. Ces travaux se rapportent à trois procédés distincts que nous étudierons successivement : 1° décomposition de la potasse par le fer; 12“ réduction du carbonate de potasse par le charbon ; 3“ action de la limaille de fer sur le sulfure de potassium.
Décomposition de la potasse par le fer. — Ce procédé est dû à Gay-Lussae et Thénard.
On prend un canon de fusil dont l’intérieur a été soigneusement décapé et qu’on a recourbé comme l’indique la figure 1. On en remplit la partie moyenne de tournure de fer bien décapée. Cette partie du tube, qui doit être soumise à l’action du feu dans le four à réverbère, est recouverte de 1 à 2 centimètres d’un lut infusible, formé d’une partie de terre à potier et de cinq parties de sable fin. L’extrémité relevée du canon de fusil est remplie de fragments de potasse; elle supporte une grille à combustion, à l’aide de laquelle on peut amener la potasse à fusion de manière à la faire couler sur le fer; elle se termine enfin par un tube de verre plongeant sous une couche de mercure et fonctionnant comme tube de sûreté en cas d’obstruction de l’extrémité antérieure du canon de fu.'il. Cette seconde extrémité se termine par une allonge de cuivre, entrant à frottement doux dans un récipient de même métal, oû le potassium vient se condenser sous une couche d’huile de naplite. Ce récipient
POTASSIUM
est muni d’un tube coudé par où les gaz trouvent une issue dans l’atmosphère.
L’appareil étant ainsi disposé, on allume le four à réverbère et on élève progressivement sa température jusqu’au rouge blanc à l’aide d’une soufflerie dont la buse est mastiquée dans le cendrier. Pendant ce temps, on refroidit la partie externe du canon de fusil qui renferme la potasse avec un linge mouillé afin de l’empêcher de fondre et de couler sur la limaille de fer. Quand le fourneau a atteint le rouge blanc, on introduit quelques charbons allumés dans la grille à combustion, de manière à fondre lentement la potasse. Celle-ci arrive ainsi, par petites portions successives, au contact du fer chauffé au rouge blanc ; elle se
Fig. 1.
décompose, son oxygène se porte sur le fer, tandis que l’hydrogène se dégage et que le métal en vapeur vient se condenser dans le récipient de cuivre.
On peut obtenir, d’après Gay-Lussac et Thénard, 25 grammes environ de potassium en partant de 100 grammes de potasse caustique. Ces chimistes ont d’ailleurs constaté qu’une partie de la potasse échappe toujours à la décomposition; on en retrouve près de la moitié dans la partie du tube qui a été soumise à la chaleur la plus Intense. Ce fait est en désaccord avec l’interprétation qu’on avait tout d’abord adoptée pour expliquer la décomposition de la potasse par le fer, phénomène qu’on représentait par l’équation suivante :
3 Fe -f 2 KHO^ = Fe^O* 2 K -f 2 H.
La décomposition incomplète de la potasse ne peut être attribuée à l’élévation excessive de la température, car en recommençant l’expérience avec une allure moins chaude, ou n’obtient plus que des vapeurs blanches d’hydrate de potasse.
M. Sainte-Claire Deville a donné la clef de ce phénomène en montrant qu’à la température élevée où l’on opère, l’hydrate de potasse est dissocié partiellement en hydrogène, oxygène et potassium. Le fer n’intervient que pour fixer l’oxygène et empêcher qu’il ne se recombine au métal dans les parties plus froides du canon de fusil. En présence de l’oxyde de fer, le potassium tend d’ailleurs à reproduire de la potasse et du fer métallique, et le seul moyen d’éviter que cette action inverse devienne prépondérante, c’est de conduire l’opération très rapidement. Voici les détails de l’expérience capitale de Sainte- Claire Deville :
« J’ai pris, dit-il, une bouteille à mercure, munie d’un tube de fer vissé à son extrémité supérieure, à la place où se trouve le bouchon, et d’un autre tube de fer adapté à la partie inférieure, perpendiculairement à l’axe du cylindre. L’appareil est placé sur la sole, et près de l’autel d’un four à réverbère chauffé au blanc parla flamme de la houille qu’on maintient réductrice autant que possible. La voûte du four est percée pour laisser passer le tube vertical; la paroi intérieure donne issue au tube horizontal. La bouteille a été remplie soit de tournure de fer parfaitement décapée par l’hydrogène, soit d’éponge de fer pur. La place qu’occupe la bouteille dans le four à réverbère est telle, que le fond est beaucoup moins chaud que la panse. Quand la température a atteint le blanc, on introduit de la potasse monohydratée par le tube supérieur, et l’on ajoute un récipient à l’extrémité du tube inférieur. Quand on a obtenu ainsi du potassium, on arrête brusquement l’opération. Voici ce que j’ai observé :
« 1° Dès que le passage de la potasse en vapeur cesse d’être très rapide, il arrive beaucoup de potasse volatilisée dans le récipient, le potassium ne se formant que lorsqu’on introduit beaucoup de potasse par le tube supérieur.
« 2° Lorsqu’on fait scier la bouteille, on trouve que le fer contenu dans les parties les plus chaudes de l’appareil est absolument intact, aussi brillant qu’avant l’expérience et sans trace d’oxyde fondu à la surface. A la partie inférieure moins chauffée, on trouve un magma, souvent caverneux, d’oxyde de fer et dépotasse, et l’opération cesse brusquement dès que ce magma est arrivé à la hauteur des parties violemment chauffées de l’appareil.
« 3° Si l’on chauffe la bouteille entière à la température à laquelle ce magma se trouve porté dans l’expérience précédente, on n’obtient pas trace de potassium, mais seulement de l’hydrogène et de la potasse.
«Je conclus de laque la potasse hydratée est entièrement dissociée en passant au travers du fer incandescent; qu’à la partie inférieure il arrive en réalité du potassium, de l’hydrogène et de l’oxygène. Une portion seulement de l'oxygène est absorbée parle fer, et il en résulte du potassium, qui est entraîné rapidement par le courant d’hydrogène, tandis que la potasse reconstituée empêche mécaniquement l’oxyde de fer de céder son oxygène au potassium ou à l’hydrogène en excès. Cette décomposition ultérieure s’effectue sans doute quand le courant de gaz est suffisamment lent, car, dans ce cas-là, on n’obtient que l’hydrogène provenant de la décomposition de l’eau, sans qu’il se produise une trace de potassium. On doit donc introduire la potasse avec une grande rapidité dans l’appareil, si l’on veut obtenir du potassium dont la production est, pour ainsi dire, accidentelle.
POTASSLDM.
« La preuve la plus manifeste qu’on puisse donner de la dissociation de la potasse en ces circonstances, et ce qui fait bien voir que le fer dans les parties chaudes de l’appareil ne sert qu’à transmettre la chaleur, c’est que l’appareil entier étant porté à la température où se trouve le fond de la bouteille, tout phénomène de décomposition cesse, et l’on n’obtient plus que de l’hydrogène et de la vapeur alcaline. »
L’absence d’oxyde de fer dans les parties les plus chaudes de l’appareil, doit être attribuée, d’après M. Debray, à la présence de l’hydrogène et de la vapeur de potassium :
« Si le fer de la partie la plus chaude, dit-il, se retrouve à l’état métallique à la fin de l’expérience, cela ne tient pas, à coup sûr, à la facile réduction de l’oxyde magnétique de fer. Celui-ci se forme à des températures supérieures à celle de la fusion du fer et je me suis assuré par des expériences directes qu’il ne possède aucune tension de dissociation même à la température de dissociation de la fusion de la porcelaine, bien voisine de celle du fer pur. Mais il faut remarquer que dans la préparation des métaux alcalins, il reste de la vapeur du métal et de l’hydrogène dans l’appareil. Il est facile, en effet, de déduire des expériences que M. H. Sainte-Claire Deville a publiées en 1870 sur la réduction de l’oxyde de fer par l’hydrogène et sur l’oxydation du fer par la vapeur d’eau, que si l’on a une masse de fer incomplètement oxydée, dont les diverses parties sont à des températures variables, dans une atmosphère plus ou moins dense, l’oxygène quittera nécessairement les plus chaudes, s’il y était primitivement fixé, pour se porter sur les parties les plus froides. »
Réduction du carbonate de potasse par le charbon. — C’est Curaudau qui observa le premier, en 1808, qu’un mélange intime de charbon et de carbonate de potasse peut dégager du potassium. L’emploi de ce procédé a été rendu pratique par Brunner (1823). Voici la description de la méthode employée par ce savant :
On prépare un mélange intime de 1 partie de charbon et de4de carbonate de potasse provenant de la calcination du tartre brut. Le flux noir est introduit dans une bouteille à mercure en fer forgé, sur laquelle on visse un canon de fusil de 30 centimètres de longueur. Ce tube est mis en communication avec un récipient de cuivre, divisé en deux parties cylindriques s’emboîtant l’une dans l’autre. La partie inférieure contient une couche d’huile de naphte de 5 à 6 centimètres de hauteur. La partie supérieure, en forme de couvercle, pénètre dans la première; elle est séparée en deux parties par une lame verticale d’une longueur suffisante pour qu’elle puisse plonger dans l’huile, qui forme alors un joint hydraulique. Ce couvercle porte d’ailleurs deux ouvertures situées en face l’une de l’autre, et la lame verticale est elle-même percée dans l’axe de ces tubulures. Quand tout est en place, ces ouvertures livrent passage à une tige métallique destinée à désobstruer le canon de fusil qui s’engorge fréquemment pendant l’opération. La cornue est recouverte d’un lut réfractaire. On la place dans un fourneau à vent à fort tirage. Quand elle est portée au rouge vif, il se dégage de l’oxyde de carbone, puis on voit apparaître des vapeurs vertes de
potassium à l’extrémité du canon de fusil. C’est à ce moment qu’on adapte le récipient où le métal vient se condenser.
Brunner prétendait qu’à l’aide de son procédé, on peut retirer jusqu’à 3 pour 100 de potassium du tartre brut. Pleisclil affirme qu’en suivant la méthode de Brunner, il a obtenu 300 grammes de potassium pour 1200 grammes de charbon de tartre. Mais ces résultats sont tout à fait exceptionnels et en désaccord avec les expériences de la plupart des chimistes. Dumas indique, comme produit moyen d’une opération, la quantité de 15 à 40 grammes, et, d’après Berzelius, il arrive souvent que l’opération échoue complètement : le métal, passant à l’état de gaz, dans un état de combinaison inconnue, et la majeure partie se transformant en une masse noire, infusible. On voit donc que le rendement est très variable, et, si l’on ajoute que les obstructions fréquentes des appareils constituent une cause permanente de danger, on comprendra que Gmelin ait pu dire de cette préparation qu’elle est une des opérations les plus ardues de la chimie.
MM. Donny et Mareska ont réussi à triompher, au moins en partie, de ces difficultés. La faiblesse des rendements provenant surtout de l’action de l’oxyde de carbone sur le potassium, ils ont commencé par étudier cette réaction dans les conditions les plus diverses de température. Les trois propositions suivantes résument leurs observations :
« A une température très élevée, le potassium et l’oxyde de carbone peuvent se produire simultanément et se mêler sans réagir l’un sur l’autre. »
« Le potassium, à l’état solide ou liquide, réagit sur l’oxyde de carbone et s’altère. »
« Quand on fait arriver un mélange d’oxyde de carbone et de potassium en vapeur dans des réfrigérants spacieux et refroidis, le potassium ne se condense pas à l’état métallique. »
On comprend, par suite, comment le potassium qui pénètre en vapeur dans le récipient, est irrévocablement perdu. Quant au métal condensé dans le tube de communication, il subit une altération profonde au contact de l’oxyde de carbone et se transforme en produits charbonneux infusibles.
Quant à l’obstruction du tube, Mitscherlich avait déjà cherché à y remédier enmaintenant autant que possible le tuyau de communication à la température rouge dans la plus grande partie de sa longueur. Mais il arrivait que le tube était rouge dans toute sa longueur, et le potassium arrivant en vapeur dans le récipient était détruit, ou bien que l’obstruction du tube était accrue à la suite d’une température insuffisante.
Cette critique des errements de leurs prédécesseurs a conduit MM. Donny et Mareska à renoncer complètement à l’idée de condenser le métal dans le tube intermédiaire, entre la cornue et le récipient, et à imaginer un récipient capable de soustraire, autant que possible, le potassium condensé à l’action de l’oxyde de carbone sans en laisser échapper une trop grande partie à l’état de vapeur.
Le fourneau employé par MM. Donny et Mareska a la forme d’un fourneau à vent. Sur le devant, les briques sont placées sur champ et disposées de manière
POTASSIUM
à laisser une ouverture circulaire de 14 centimètres. Celle ouverture est limitée intérieurement par un anneau de fer ; pendant l’opération, elle est fermée par une cloison en tôle, percée en son centre d’une ouverture qui livre passage au col de la cornue.
La cornue est formée d’une bouteille à mercure, sur laquelle on visse un tuyau de fer forgé de 11 centimètres de longueur. Afin d’éviter l’oxydation rapide du fer à la haute température du foyer, oxydation qui amène d’ordinaire la destruction de l’appareil*avant le terme de l’expérience, on répand sur toute la longueur de la cornue, quand elle commence à rougir, du borax vitrifié et pulvérisé ; il se forme ainsi à la surface un enduit protecteur bien plus efficace que les luts argileux.
« Le condensateur est une sorte de boîte allongée et aplatie, ouverte à ses deux extrémités, et dont l’une se termine en col arrondi pour pouvoir s’adapter
l'TG. 2.
au tuyau b de la cornue (fig. 2). On le construit avec des feuilles de tôle de 4 millimètres d’épaisseur. Il a 30 centimètres de longueur, 12 centimètres de largeur et 6 millimètres de hauteur, non compris l’épaisseur des parois. »
Le col n’a que 1 centimètre de longueur, et le bord en est taillé en biseau à l’intérieur pour pouvoir s’appliquer exactement au bord du tuyau de la cornue, qui extérieurement est également en biais. Le potassium condensé dans ce récipient s’en extrait facilement, toute la paroi supérieure, y compris la moitié du col, étant mobile, et servant ainsi de couvercle. Pendant l’opération, le couvercle est maintenu fixé sur la boîte à l’aide de quatre vis de pression.
On remplit la cornue de bitartrate de potasse, calciné modérément à l’abri de l’air dans un creuset de fer, jusqu’à ce qu’il ne se dégage plus de vapeurs inflammables. Il importe que le résidu soit léger et poreux, aussi doit-on soigneusement éviter de tasser la masse, et refroidir promptement le creuset dès qu’on l’a retiré du feu. Ce refroidissement rapide, qu’on peut obtenir en enveloppant le creuset d’un linge mouillé, a pour but d’empêcher la formation du cyanure de potassium. Ce résidu poreux est concassé en morceaux de la grosseur d’une noisette. La bouteille peut en contenir de 800 à 900 grammes.
La cornue est maintenue dans le fourneau à une distance convenable de la grille à l’aide de deux briques taillées de manière à occuper le moins de place possible. Un tampon de lut est disposé entre le fond de la bouteille et la partie verticale du fourneau, de façon à empêcher le recul. Le col de la cornue ne doit d’ailleurs dépasser le fourneau que de 1 à 2 millimètres.
On chauffe la cornue d’une manière bien égale en remplissant le fourneau, par couches alternatives, avec du charbon de bois enflammé, du charbon de bois froid et du coke. Dès que sa température atteint le rouge obscur, on écarte les charbons pour répandre un peu de borax sur la cornue ; quand celui-ci est fondu, on rajoute du combustible, et, à partir de ce moment, on n’alimente plus le feu qu’avec du coke, en ayant soin que la cornue reste toujours enveloppée de charbon incandescent.
Il se dégage d’abord de l’oxyde de carbone brûlant à l’orifice du col avec une flamme bleue qui ne tarde pas à devenir plus brillante. Bientôt on voit apparaître des fumées blanches de potasse et l’intérieur du tuyau de communication s’emplit d’une vapeur verte. En ce moment, la température de la cornue a atteint le rouge blanc. On adapte alors le récipient, en le maintenant à l’aide de vis sur un support de fer encastré dans la maçonnerie du fourneau et l’entourant d’un linge mouillé pour en abaisser la température. La flamme d’oxyde de carbone apparaît alors à l’extrémité du récipient et permet de régler la marche de l’opération. Si elle vient à cesser, malgré l’allure très chaude du fourneau, c’est que le tuyau s’obstrue; il suffît alors d’introduire une tige de fer dans le récipient.
D’ordinaire, l'opération est terminée au bout d’une demi-heure. On enlève le récipient et on le plonge aussitôt dans un étui métallique, refroidi extérieurement et contenant de l’huile de naphte. Après refroidissement du récipient, on le retire du sein de l’huile, on l’ouvre et on en détache le potassium à l’aide d’un ciseau. Le métal est conservé dans des flacons remplis d’huile de naphte. Quant à la cornue, il n’y a pas d’inconvénient à la laisser refroidir à l’air; les auteurs du procédé n’ont jamais observé ces explosions si fréquentes quand on opère d’après la méthode de Brunner.
On peut obtenir ainsi de 200 à 250 grammes de potassium en une seule opé-
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ration en partant de 800 à 900 grammes de crème de tartre calcinée. Le rendement n’a jamais été inférieur à 150 grammes. La perte de métal dû à la volalatilisation est en moyenne d’environ 100 grammes.
La réaction peut se représenter par l’équation :
KO,CO^-f 2G =K + SCO.
Cette décomposition de la potasse par le charbon n’est d’ailleurs qu’apparente, comme celle de la vapeur d’eau à la chaleur blanche en présence de certains métaux. Le carbone n’intervient que pour fixer l’oxygène mis en liberté et permettre la dissociation d’une nouvelle partie de l’oxyde. Dans le cas de la réduction du carbonate de soude par le charbon, M. Beketoff a d’ailleurs montré que le phénomène, à partir de la soude anhydre et de l’oxyde de carbone, est en réalité exothermique ; il est probable qu’on pourrait rendre compte de la formation du potassium par des considérations du même ordre.
Un mélange de 2 équivalents de charbon et de 1 équivalent de carbonate ne donne pas de résultats satisfaisants. On attribuait autrefois cet insuccès au défaut d’intimité du mélange, mais cette explication a dû être abandonnée depuis qu’on a constaté que le flux noir provenant de la calcination de la crème de tartre purifiée ne donne que des résultats négatifs.
MM. Donny et Mareskaont cru pouvoir conclure des analyses qu’ils ont faites de divers flux noirs, que les mélanges qui fournissaient des rendements avantageux contenaient la potasse et le charbon dans les proportions indiquées par la théorie. Mais, après un examen attentif des analyses publiées par ces savants, M. H. Deville a remarqué que les tartres employés avec succès contenaient toujours une dose notable de tartrate de chaux.
Le mélange provenant de la calcination de ces produits renferme par suite du carbonate de chaux qui sert de support au carbonate de potasse en fusion et empêche celui-ci de couler et de se séparer du charbon. Le contact intime des deux substances réagissantes se trouve donc assuré pendant toute la durée de l’opération. Enfin l’acide carbonique provenant de la décomposition du carbonate de chaux facilite la volatilisation du potassium.
Réduction du sulfure de potassium par le fer. — Dolbear a obtenu du potassium en chauffant au rouge du sulfure de potassium avec de la limaille de fer. L’auteur dit avoir obtenu de bons résultats. Le potassium obtenu serait, d’après Kern, plus pur que celui que fournissent les autres procédés. Mais la méthode n’a encore été expérimentée que sur de petites quantités de mélange.
Purification du potassium. — Le potassium obtenu par le procédé de Brunner, modifié par Donny et Mareska, renferme encore quelques impuretés, dues à des composés organiques. Quand on le fait brûlera la surface de l’eau, la potasse formée colore le liquide en jaune ou en rouge. Sous l’action de la chaleur, il donne des vapeurs vertes et laisse un résidu charbonneux et spongieux. Exposé au contact de l’air pendant quelque temps, il noircit et devient détonant. Sous l’huile de naphte, la même métamorphose se produit à la longue.
ENCÏCLOP. CHIU. 2
Le seul moyen pratique d’empêcher la formation de cette matière explosive, c’est de purifier le potassium le plus tôt possible; cette purification ne pourrait être retardée au delà de deux ou trois mois,
Pleischl recommandait de purifier le métal par expression à travers un linge, sous l’huile de naphte maintenue à une température de 60 à 65 degrés. D’après Harcourt, pour débarrasser le potassium de sa croûte superficielle d’oxyde, on introduit le métal dans un tube ouvert garni d’une toile à sa partie inférieure et maintenu par un bouchon dans un second tube plus large, fermé par le bas et rempli d’huile de nâphte; on chauffe le tout au bain-marie jusqu’au point de fusion du potassium, et à l’aide d’un bouchon muni d’une tige de verre et glissant à frottement dans le tube intérieur, on détermine l’écoulement du métal fondu à travers la toile.
On n’arrive pourtant de cette façon qu’à une purification incomplète du potassium. Pour obtenir le métal parfaitement pur, il est indispensable d’avoir recours à la distillation. MM. Dormy et Mareska recommandent d’employer, à cet effet, des cornues de fer qu’on a préalablement chauffées au rouge dans un courant d’hydrogène, afin de détruire l’oxyde et de chasser les vapeurs mercurielles.
On introduit dans la cornue 500 à 600 grammes de potassium brut, puis on y visse un canon de fusil d’environ 27 centimètres de longueur, légèrement incliné sur l’axe de la bouteille. On place le tout dans le fourneau, de façon que le tube et la cornue suivent chacun une direction descendante, en sens inverse. On chauffe et l’on reçoit d’abord l’huile de naphte qui distille, dans un récipient de verre. Quand l’huile ne distille plus, on adapte au canon de fusil un récipient de Brunner, ou mieux, une boîte rectangulaire de cuivre dont les parois verticales portent deux ouvertures, dont les centres se trouvent sur l’axe du canon de fusil. L’extrémité de celui-ci pénètre dans l’ouverture la plus élevée ; l’ouverture la plus basse est garnie d’une boîte d’étoupe dans laquelle glisse une tige de fer qui sert à désobstruer le canon de fusil. Au début, on chauffe le fouimeau avec précaution. Les premières portions de potassium qui passent à la distillation pouvant se solidifier dans le tube encore froid, on prévient cet accident en chauffant la partie extérieure au fourneau à l’aide d’une lampe. Une fois la distillation mise en train, te tuyau rougit sur presque toute sa longueur; on retire alors la lampe et l’on refroidit le récipient avec un linge mouillé. La longueur plus ou moins grande sur laquelle rougit le tube permet d’ailleurs de suivre la marche de la distillation. La fin de l’opération est annoncée par le refroidissement brusque du tube.
On trouve le potassium à l’état de fragments arrondis et brillants au milieu de l’huile de naphte dont on a rempli le récipient jusqu’au tiers de sa hauteur. Si le potassium était impur, il se dégagerait, pendant l’opération, des gaz inflammables auxquels il faudrait donner issue. Enfin, il ne faut pas oublier que le canon de fusil retient toujours une petite quantité de potassium plus ou moins impur qui n’a pu s’écouler, et qui peut devenir fortement détonant au contact de l’air. Il importe donc, aussitôt l’appareil refroidi, de dévisser le tube et de le plonger dans l’eau.
Une seconde distillation, conduite e.xactement de la même façon, permet d’obtenir le potassium dans un état de pureté parfaite.
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