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ÉTAT NATUREL

Le lithium est aussi répandu dans la nature que le potassium et le sodium ; un grand nombre de roches et d’eaux minérales en contiennent des quantités variables, toujours faibles. D’ailleurs le procédé spectroscopique qui permet de le reconnaître est d une telle sensibilité, quel es moindres traces de ce métal peuvent être mises en évidence. Aussi ne peut-on pas donner l’énumération complète des minéraux ou des eaux naturelles où l’on a pu en constater la présence ; la liste suivante contient seulement les principales roches lithinifères :

La triphylline (2), la tétraphylline, l’amblygonite, qui sont des phosphates de fer ou d’alumine riches en lithine, comme l’indiquent les analyses suivantes :

Tctrajiliyllinc

Ti'ipliyllitie

Acide phospliorique.

Protoxyde de fer.

— de manganèse...

Chaux.

Magnésie.

Lithine.

Soude.

Alumine.

(U Ann. de chim. et de phys., t. Vil, p. 284.

(2) Ann. Chem. Pliarm., t. XCIV, p. 107.

(3) Penfiold ( Sillim. Amer. Journ., t. XVII, p. 22C) a trouvé de 8 à 9,5 p. 100 de lithine dans divers échantillons do triphylline d'Amérique et de Bavière.

LITHIUM

Le montebrasite, contenant 9,8 pour 100 de lithine;

La cryophyllile, 4,1 pour 100.

Un grand nombre de lépidolithes de diverses localités :

Lcpidolithc

Lcpidolithc

Lcpidolithc

de Hozcna.

de Xinwald.

d’Altcnbcrg.

deCornouailles

Silice.

Alumine.

Protoxyde de manganèse.

— de fer.

Potasse.

Lithine.

Acide llilorhydriquc.

Eau.

traces

C’est surtout en Bobèmc que ce minerai est abondant ; il y forme des montagnes entières qui sont exploitées depuis longtemps et fournissent de très belles pierres taillées.

La plupart des tourmalines oonliennent du lithium. Arfwedson (1) avait déjà constaté sa présence dans celle d’Utœ, et depuis Gmelin l’a retrouvé dans plusieurs autres.

Tourmaline

" rn „ r

verte

verte

bloito

. de Pcrra.

du Brésil.

du Groenland. d'Uœt.

Alumine.

Oxyde de fer.

— de manganèse.

Chaux.

Magnésie.

Potasse.

Lithine. .

Acide borique.

Le spodumène (1), ou

triphane, contiendrait :

Silice..

Alumine.

Lithine.

Oxyde de fer.

— de manganèse.

Soude.

Potasse.

Chaux...

(Arfwedson.) (Stremoyer.)

(Smith

(Régnault.)

;t Bruch.)

(1) Loc. cil.

(2) Doltcr (J. 11., 1878, p.

1252)a trouve 7 pour

100 de lithine

dans plusieurs échantillon»

de spodumène.

Le pétalite d’Utœ, où le métal a été découvert :

Silice.

Alumine.

Lithine.

Soude.

filiaux.

(Arfwedson.

Hagen.)

(Rammelsberg.)

(Gmelin.)

On trouve encore du lithium, en quantité dosable, mais plus faible, dans les minéraux suivants :

La lithiophorite (1) ;

L’astrophyllite ;

La corundophyllite ;

L’enstatite ;

L’épidote ;

L’oligoclase ;

L’orthoclase ;

La stéatite (2) de Dresde, 3 pour 100 ;

La pegmatite (3) de Saxe, 0,71 pour 100 ;

Le pollux (4) de File d’Elbe ;

Le castor (5), sorte de pétalite de la même localité ;

La minette des Vosges, et plusieurs autres silicates, micas et feldspaths.

A l’état de traces, on trouve encore le lithium dans :

La cryolitbe (6) du Groenland ;

Le granit (7) de l'Oldenwald ;

Le marbre (8) de plusieurs terrains et un grand nombre de calcaires;

Le basalte (9) de Giessen ;

Plusieurs roches calcaires volcaniques (10) ;

Le quartz (11).

Plusieurs météorites, notamment celles de Juvenas (12) en France, de Parnallec (13) dans l’IIindoustan méridional, et une météorite du Gap (14);

La glaubérite (15) des mines de sel de Saint-Nicolas Varangeville (Meurthe). Certains terrains, tels que ceux analysés par Rilhausen (10) dans la Prusse

(1) Frenzel, Journ. fur prakt. Cliem., 2” sér., t. II, p. 203.

(2) Trommsdorft, Dict. Gmelin, 1875, p. 232.

(3) Jenzsdi, Ann. Phys. Chem., t. XCV, p. 304.

(4) Pisani, Comptes rendus, t. LV1II, p. 714.

(5) Brcitliaupt.

(6) Grandeau, Ann. de chim. et de phys., 3'sér., t. LXVII, p. 158

(7) KirchholT et Bunsen.

(8) Grandeau, loc. cit.

(9) Engelbach, Ann. Chem. Pharm., t. CXXXV, p. 126.

(10 et 11) Kirchlioff et Bunsen, Ann. Phys. Chem., t. CX, p. 16t.

(12 et 13) Bunsen, Ann. Chem. Pharm., t. CXX, p. 253.

(14) Engelbach, Ann. Phys. Cliem., t. CXVI, p. 512.

(15) Grandeau, Ann. de chim. et de pliys., 3” sér., t. LXVII, p. 176.

(16) Journ. fur prakt. Chem., t. Cil, 371.

LITHIUM

orientale, où ce savant a trouvé de la lithine, tandis que la cendre de l’avoine qui y était cultivée n’en contenait pas ;

La terre de la Limagne (1), en Auvergne, ainsi que les cendres des plantes qu’on y récolte.

Les eaux minérales dans lesquelles Kirchhoff et Bunsen ont tout d’abord trouvé la lithine en quantité notable sont celles de Franzbad (2) ;

Carlsbad (3), où la présence de la lithine a été signalée pour la première fois en 1823, par Berzelius;

Marienbad (4).

D’après les recherches de Kirchhoff et Bunsen, il y a fort peu de sources salées tout à fait exemptes de lithine ; dans la plupart, cet oxyde peut y être décelé, au moins à l’état de traces. Marchand (5) va même plus loin, en affirmant que le lithium se retrouve dans toutes les eaux de la nature. Ce chimiste put retirer 0 8r , 0043.de lithine (LiO) de 10 litres d’eau de mer. Aussi ne doit-on citer ici que celles qui la contiennent en quantités dosables :

Murquelle (6) à Bade (295,2 milligrammes de chlorure par litre) ;

La source chaude de Wheel-Clifford (7), dans une mine de cuivre, près de Redruth en Cornouailles (372 milligrammes de chlorure).

Les eaux minérales suivantes contiennent par litre :

Kaiserquelle (8), à Aix-la-Chapelle. 2 m »,92 de carbonate.

Feltquelle (9), à Bade. 23,51 de chlorure.

Ungemach (10), à Bade... 45,10 —

Dribourg (11). 0,35 —

Dürkheim (12). 39,1 —

Soden (13). 4,5 —

La Bourboule (14). 20à24 de carbonate.

Bourbonne-les-Bains (15). 0« r ,08 de chlorure.

Felsenquelle (16), à Ems. 0,333“» —

Gastein-Wildbad (17). 2,7 —

Kaiserquelle (18), à Hambourg. 15,09 —

Pyrmont (19). 0,994 —

Liebenzell (20).'.... 0,79 de sulfate.

Allevard-les-Bains (21). 1 milligramme environ de chlorure, etc.

Kirchhoff et Bunsen ont pu retirer de la lithine en proportions plus consi-

(1) Trucliot, Comptes rendus, t. LXXVI1I, p. 1022.

(2) 3 et 4) Ann. Phys. Chem., t. IV, p. 248.

(5) Comptes rendus, t. XXXI, p. 495, et t. LXXXVIII, p. 1084

(6) Bunsen.

(7) Miller, Chem. News, t. X, p. 181.

(8) Monheim.

(9, 10, 11 et 12) KirchholT et Bunsen, Ann. Phys. Chem., t. CXIII, p. 337.

(13) Cassclrnann.

(14) Willm, Bull. Soc. chim;, t. XXXIII, p. 294. — Riche, Bull. Soc. chim., t. XXXllI.p. 455.

(15) Willm. Bull. Soc. cltim.. t. XXXV, p. 594.

(IB et 17) Fresenius.

(18) Ullik.

(19) Fresenius.

(20) Fchling.

(21) Kastus.

dérables des eaux mères de l'évaporation de quelques eaux minérales. Dans celles de Durkheim, ils ont trouvé 11,09 de chlorure pour 1000 part en poids d’eaux mères; dans celles de Kissingen, 12,85; dans celles de Théodorshall, près de Kreuznach, 14,53.

On en rencontre des traces dans les différentes eaux de mer (1), et d’autant plus qu’elles se trouvent plus en rapport avec un sol volcanique, dans celles de la Tamise (2) et les autres eaux de Londres ; dans les eaux des lagoni (3) et dans les suffioni (4) d’acide borique de Toscane ; dans les eaux thermales de la solfatare de Pouzzoles (5).

Truchot (6) a trouvé dans les principales eaux minérales d’Auvergne:

Mont-Dore. 8 milligrammes de LiCl par litre.

Noyât. 9 à 14 et même 35 dans une des sources.

La lîourboule. 18 milligrammes de LiCl par litre.

Saint-Nectaire. 22 — —

Châtel-Guyon. 28 — —

Saint-Alyre... 31 — —

Les Roches. 33

Châleauneuf. 35

La lithine existe d’ailleurs dans toutes les eaux d’Auvergne; le sol de la Limagne en contient des quantités assez grandes pour que quelques centigrammes de terre additionnées d’acide chlorhydrique et portés dans la flamme du spectroscope donnent nettement la raie rouge caractéristique.

Dans un travail récent (7), Dieulafait a'montré que la lithine se trouvait en petite quantité dans presque tous les granits, dans les marnes gypseuses, dans les eaux mères (8) et dans les boues des marais salants, dans les eaux de la mer et presque toutes les eaux minérales.

En évaporant un centimètre cube d’eau de mer, et examinant le résidu au spectroscope, on observe très nettement la raie caractéristique du lithium. Les essais ont porté sur les eaux de la Méditerranée, de la mer Rouge, de l’océan Indien, de3 mers de la Chine, de l’océan Atlantique, des mers antarctiques et des mers du Nord ; le fait paraît donc tout à fait général. Dans la plupart des eaux minérales, la présence de la lithine a pu être constatée sur le résidu de l’évaporation d’une seule goutte d’eau.

On doit cependant faire remarquer que la réaction spectrale du lithium est d’une sensibilité extraordinaire, presque aussi grande que celle du sodium, puisque, d’après Dunsen, il suffit de 0 milligr. 000009 de carbonate pour

(1) Marchand, KirchhofI et Itunscn. — Grandean, loc. cil. — De Luca, J. H., 1880,

(2) A. et F. Dupré, Phil. Mag., 4* sér., t. XX, p. 373.

(3 et 4) Kirchhoff et Bunsen.

'5) De Luca, Comptes rendus, t. LXXXVII, p. 174.

(6) Comptes rendus, t. LXXVIII, p. 1022.

(7) Ann. depliys. et de chim.. 5" sér., t. XVII, p. 377.

(8) Grandeau (loc. cit.) n’avait pu constater la présence du lithium dans les eaux mères des marais salants.

LITHIUM

donner la raie rouge caractéristique. Ces dernières recherches prouvent donc simplement que la diffusion de la lithine est aussi grande que celle de la soude; mais, contrairement à ce qui arrive pour cet alcali, la lithine ne se rencontre, dans la plupart des cas qu’à l’état de traces non dosables.

Un métal aussi répandu dans les diverses roches et eaux minérales devait naturellement se retrouver dans beaucoup de végétaux ; aussi Kirchhoff et Bunsen l’ont-ils rencontré dans les cendres des souches de vignes, dans beaucoup de céréales du Palatinat, dans les varechs, dans un grand nombre de potasses de Russie.

La présence delà lithine a été constatée dans un si grand nombre de végétaux, qu’il paraît impossible de citer autre chose que des exemples de plantes lithinifères, comme on l’a fait précédemment pour les roches et les eaux minérales. Toutefois il y aurait ici un intérêt particulier à connaître plus complètement la faculté d’absorption de chaque végétal pour les composés du lithium ; en effet, on a pu constater à ce point de vue des particularités curieuses, analogues à celles dont il a été parlé à propos du cæsium et du rubidium. Tandis que les eaux qui traversent des terrains lithinifères leur enlèvent du lithium par voie de dissolution, la quantité dissoute variant seulement avec la richesse plus ou moins grande des roches, et la solubilité variable des sels de lithine traversés par les eaux, il paraît se produire dans l’absorption du lithium par les plantes un phénomène plus compliqué. Certaines plantes accumulent les sels de lithine même dans les terrains très pauvres, tandis que d’autres n’en fixent aucune trace même si on les cultive dans un sol fortement lithinifère (1); enfin il existe quelques espèces sur lesquelles ces sels exercent une action toxique.

D’après Focke (2), on retrouve surtout le lithium dans les feuilles, plus rarement dans les fleurs et dans les tiges. On a constaté sa présence dans les différentes variétés de Thalictrum europœum, dans les Carduus, Cirsium, Salvia, dans le Samolus Valerandi, dans le Lathyrus tuberosus de quinze localités différentes. On a observé plusieurs fois la présence du lithium dans des sauges ou des Thalictrum enlacés par des Convolvulus non lithinifères. La canne à sucre, le cacao, le café, le thé, la betterave, n’en contiennent jamais (3). Presque toutes les variétés de tabacs sont lithinifères.

L’analyse spectrale a permis de reconnaître la présence de ce métal dans la cendre du lait et du sang des animaux nourris dans le Palatinat (Kirchhoff et Bunsen).

Bence Jones (4) en a trouvé dans divers organes de l’homme et du cochon

(1) Truchot ( Comptes rendus, t. LXXV11I, p. 102 ï) a cependant constaté dans certains cas la fixation de la lithine dans un sol fortement lithinifère, par des plantes qui n'en absorbent pas habituellement:ainsi le colza et la betterave cultivés dans le sol de la Limagne absorbent du lithium ; aux environs de Lille, ils n’en prennent aucune trace (Grandcau, Ann. de'chim. et de phys., 3” sér., t. LXVII, p. 218.

(2) Dict. Gmelin, 1875, p. 233.

(3) Grandeau, Ann. de phys. et de chim., 3° sér., t. LXVII, p. 216. Sauf l'exception indiquée précédemment pour la betterave, et signalée par Truchot.

(4) Phil. Mag., 4“ sér., t. XXIX, p. 394. Voyez aussi Folwarczny, Am. de chim. et de phys., 3' sér., t. LXI1, p. 464.

d’Inde ; Schiaparelli et Peroni (1), dans les urines normales de l’homme ; Mernet et Delachanal, dans un calcul intestinal d’esturgeon (2).

Enfin Lockyer (3) a constaté la présence du lithium dans l’atmosphère du soleil.

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