CHLORURE DE SOUFRE ET AMMONIAQUE
L’ammoniaque forme, d’après Soubeiran, avec le chlorure de soufre SCI deux composés dont les formules sont :
SCIAzH 3 , SCl,2AzH 3 (2).
Le premier a été découvert par Martens. Soubeiran a fait une étude approfondie des deux composés (3).
1" Chlorure de soufre biammoniacal. — L’action du chlorure de soufre sur l'ammoniaque est des plus vives. Soubeiran a préparé le composé biammoniacal
(1) Journal fur prakt. Chem., t. VII, p. 474.
(2) L'existence de ces deux corps serait un argument en faveur de l’existence du chlorure de soufre SCI.
(3) Ann.dechim. etdephys., t. LXVII, p. 7t.
AMMONIUM. — SELS AMMONIACAUX. 137
en remplissant de gaz ammoniac sec un récipient d’une capacité de 20 à 25 litres, et en y. introduisant des godets contenant quelques gouttes de chlorure de soufre SCI, saturé de chlore; on voit immédiatement se former des vapeurs extrêmement épaisses qui remplissent le vase. Quand ces vapeurs se sont déposées en grande partie, on recommence plusieurs fois l’opération. Les parois et surtout le fond du récipient sont alors remplis d’un dépôt floconneux et très léger, d’une couleur jaunâtre sale. On referme le récipient en le recouvrant d’une lame de verre lutée ; au bout de vingt-quatre heures, le dépôt a pris une couleur d’un jaune pur. On débouche le vase, on chasse le gaz ammoniac par un courant d’air, et l’on en retire la matière jaune, que l’on étale en couches minces à l’air, où elle perd en quelques moments son odeur ammoniacale.
Il faut avoir soin que la matière ne s’échauffe pas, sans quoi il y aurait de l’azote et du soufre mis en liberté. Il faut aussi que l’ammoniaque soit toujours en excès, car il se produirait d’autres produits colorés en bleu et en rouge, et surtout du chlorure de soufre mono-ammoniacal. Aussi doit-on avoir soin d’entretenir le courant de chlore.
Le chlorure de soufre biammoniacal a une composition représentée par la formule SCI,2AzH 3 . Il a une couleur jaune-citron clair. Il n’a pas d’odeur; abandonné à lui-même, il laisse dégager un peu d’ammoniaque, mais en proportion très faible. Chauffé avec précaution dans un tube, il donne d’abord du gaz ammoniac, puis un mélange de gaz ammoniac et d'azote, du soufre et du chlorhydrate d’ammoniaque. En même temps il se volatilise toujours du sulfure d’azote qui se condense en poudre cristalline sur le haut des vases. Ces diverses réactions ont lieu, quoique lentement, dès la température de 100 degrés et même de 35 à 40 degrés.
Il est soluble dans l’alcool et dans l’éther.
L’eau froide transforme lentement le chlorure de soufre biammoniacal, d’après Soubeiran, en une solution incolore, acide, et dont il ne paraît pas avoir déterminé la composition avec exactitude. Cette transformation demande plusieurs jours pour être complète, mais elle se produit rapidement par suite d’une légère élévation de température. Au moment où l’on met le chlorure de soufre ammoniacal en présence de l’eau froide, il se sépare une poudre jaune qui est le sulfure d’azote, et l’on obtient une liqueur d’une couleur jaune. Au bout de quelques instants, la liqueur se décolore, et le sulfure d’azote se transforme lentement.
L’açide sulfurique concentré a une action très vive sur ce corps. Il s’empare de l’ammoniaque et met du chlorure de soufre en liberté, en même temps il se volatilise du chlorure de soufre mono-ammoniacal.
2° Chlorure de soufre mono-ammoniacal, SClAzH 3 . — Soubeiran prépare ce composé comme le précédent, mais en ayant soin de faire arriver le gaz ammoniac très lentement et de maintenir toujours le chlorure de soufre en excès.
C’est une poudre floconneuse, d’un rouge brun, d’une odeur particulière rappelant celle du chlorure de soufre, soluble en jaune brun dans l’alcool et dans l’éther.
L’eau le dissout d’abord, puis elle le transforme peu à peu comme le précédent. La transformation est plus rapide en présence des alcalis.
Il absorbe lentement l’ammoniaque sans dégagement de chaleur sensible ; la matière prend une teinte verte, puis elle finit par se changer en chlorure de soufre biammoniacal jaune.
Soumis à l’action de la chaleur, le chlorure de soufre mono-ammoniacal se change en une matière jaune sans qu’il y ait aucun dégagement gazeux; il se transforme ainsi, d’après Soubeiran, en chlorhydrate d’ammoniaque, et en une combinaison de chlorure de soufre et de sulfure d’azote, réaction que l’on peut représenter par l’équation
t SClAzH 3 = AzS 3 SCl + 3 AzIl'CI.
L’existence de ce composé et celle du précédent ont été invoquées comme un argument en faveur de l’existence du chlorure de soufre SGI. Mais cet argument a peu de valeur, car il n’est pas prouvé qu’ils contiennent l’un et l’autre la molécule SCI; et l’on peut supposer que les deux composés précédents ne sont qu’un mélange de sels ammoniacaux avec des combinaisons d’azote, de soufre et de chlore.
3° Chlorure sulfazotique ammoniacal. — Enfin, si l’on verse, en agitant constamment, du chlorure de soufre dans de l’ammoniaque liquide à 22 degrés, étendue de la moitié de son poids d’eau, et que l’on s’arrête au moment où le liquide commence h s’échauffer et avant que l’ammoniaque soit appauvrie, il se forme sans dégagement gazeux une matière rouge brun d’une consistance molle, en même temps que des sels ammoniacaux qui se dissolvent et du soufre qui reste en suspension. On verse aussitôt le tout sur un linge et l’on enlève promptement la matière rouge, en la portant dans l’eau froide et en la malaxant pour enlever le soufre.
Cette matière se dissout dans l'ammoniaque, en donnant une solution d’une couleur lilas. Abandonnée à elle-même, elle se décompose en dégageant de l’ammoniaque.
Elle a une composition répondant à la formule
AzS 3 + SCI + 2AzH 3 .
(Soubeiran.)
De même que pour les deux composés précédents, l’existence de ce corps, comme composé défini, ne nous paraît pas suffisamment établie.