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SÉLÉNITES DE CHAUX

Le sélénite neutre de chaux, SeO*.CaO, est un sel cristallin, doux au toucher, peu soluble dans l’eau. Il fond au rouge en attaquant fortement le verre ; il se produit en même temps un gonflement, par suite duquel la masse du verre se remplit de bulles qui s’élargisseht peu à peu et perforent le verre, de sorte que le sel fondu s’écoule par les ouvertures.

Le bisélénite de chaux, (SeO®)®.CaO, cristallise en prismes, inaltérables à l’air, qui perdent leur excès d’acide par la calcination ou par l’action de l’ammoniaque.

TELLURATE DE CHAUX. TcO^CaO.

Le tellurate de chaux se présente sous la forme de flocons blancs, solubles dans l’eau bouillante.

TELLÜRITES DE CHAUX.

On connaît trois combinaisons d’acide tellureux et de chaux :

1“ Le teîlurite neutre, TeO^CaO, soluble dans l’eau, infusible à la température de fusion de l’argent ;

2° Le bitellurite, (TeO*)’. CaO, qui est fusible au rouge blanc et se prend par le refroidissement en écailles nacrées ;

3° Le quadritellurite, (ïeO^)*. CaO, encore plus fusible que le précédent.

CARBONATE DE CHAUX. CO*. CaO.

CaO. 2x,nn 5fi.00

Couleur, densité, dureté. — Le carbonate de chaux pur est parfaitement blanc ; mais il suffit de quelques traces de matières étrangères, telles que des substances organiques ou des oxydes métalliijues, pour le colorer. Sa densité est très variable : elle est de 2,72 pour le spath d’Islande, et de 2,94 pour l’aragonite; elle peut même atteindre des chiffres plus élevés pour les variétés impures. Il en est de même de la dureté, qui parait dépendre du mode de formation du carbonate de chau.x ; ainsi le marbre raie la pierre à chaux, qui raie elle-même la craie.

Solubilité dans l’eau. — Le carbonate de chaux n’est pas entièrement insoluble dans l’eau pure, qui peut en dissoudre, à 0°, deux à trois cent-millièmes et à 100°, dix à onze cent-millièmes. La proportion de sel dissous varie suivant les conditions dans lesquelles on opère; elle est plus élevée quand, au lieu de faire agir directement l'eau sur du carbonate finement pulvérisé, on fait bouillir une dissolution de carbonate de cbaux dans l’eau chargée d’acide carbonique, jusqu’à ce que ce gaz ait entièrement disparu; elle est alors de 0 8'',036 par litre. La présence des sels ammoniacaux favorise beaucoup cette dissolution.

L’eau saturée d’acide carbonique à 0“ dissouj 0,00070 de son poids de carbonate de chaux, et 0,00088 à 10°, c’est-à-dire une proportion beaucoup plus élevée que l’eau pure. Quelques cbimisles admettent qu’au lieu d’être simplement dissous, ce sel est en réalité à l’état de bicarbonate de cbaux ; le fait que l’eau chargée de carbonate de chaux retient l’acide carbonique bien plus facilement que l’eau pure donne une grande force à cette opinion.

La facilité avec laquelle le carbonate de chaux se dissout dans l’eau chargée d’acide carbonique et le peu de stabilité de cette dissolution, à la température et sous la pression ordinaires, expliquent un grand nombre de phénomènes naturels :

1° Quand une eau naturelle, tenant en dissolution de l’acide carbonique, passe sur des calcaires, elle dissout du carbonate de chaux ; en filtrant à travers les fentes des roches, elle arrive jusqu’au jour, où elle s’évapore et laisse déposer les matières dissoutes. C’est ainsi que se forment les stalactites à la voûte et les stalagmites sur le sol de certaines grottes naturelles.

2° Plusieurs sources minérales, riches en acide carbonique, abandonnent à ’air une partie de ce gaz et déposent des masses à structure fibreuse ou des giains isolcü de carbonate de chaux, ou pisolites. Elles peuvent quelquefois

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incruster les objets qu’oti y plonge, en les recouvrant complètement d’un dépôt calcaire ; on donne aux objets ainsi transformés le nom de pétrifications. Telles sont les sources de Saint-Allyre, près de Clermont-Ferrand, et de San-Filippo en Toscane.

3“ La même origine peut être attribuée aux tufs calcaires, connus sous le nom de travertins, qui constituent de grands dépôts en Italie et dont la formation se continue de nos jours.

4® La dissolution du carbonate de chaux à la faveur de l’acide carbonique modifie constamment la composition et les propriétés physiques des terrains agricoles ; par elle l’eau devient potable ou impropre aux usages domestiques et industriels.

Les dépôts calcaires, qui obstruent souvent les dépôts de conduite des eaux, et les incrustations des chaudières à vapeur, sont produits par des eaux chargées d’acide carbonique.

Les conditions dans lesquelles s’opère le départ de l’acide carbonique, pour donner naissance à ces phénomènes, sont loin d’être constantes. Le dégagement du gaz n’a lieu, à froid, que jusqu’à une certaine limite, variable avec la température ; au-dessous de cette limite, l’exposition de l’eau à l’air est susceptible d’accroître les proportions relatives d’acide carbonique et de carbonate de chaux. Ainsi on connaît certaines sources qui, malgré les doses notables de calcaire qu’elles renferment, ne donnent lieu à aucune incrustation ; telles sont celles qui, à la température ordinaire, tiennent en dissolution 0,81 de ce sel par litre (Bineau, Ann. de chim. et de phys. (3), t. II).

D’après les recherches de M. Schlœsing {Compt. rend, de l’Ac. des sc., t. LXXV, p. 70) la quantité de carbonate de chaux dissous par l’eau pure, mise en présence d’une atmosphère chargée d’acide carbonique, est donnée par la loi suivante :

Les valeurs de la tension de l’acide carbonique comprises entre l/'i millième et l'unité et celles du bicarbonate correspondant forment deux progressions géométriques de raisons différentes ; la raison de la première excède la raison de la seconde.

Ainsi, à la température de 15 à 16’, un litre d’eau pure dissout ;

Tension de l’acido Carbonate neutre

carbonique. oorrespondant au bicarbonate»

millifr.

Décomposition par la chaleur. — Le carbonate de chaux, chauffé au rouge sombre, se décompose complètement; c’est sur cette propriété qu’est fondée la préparation de la chaux. Mais il n’en est plus de môme si le carbonate de chaux est porté au rouge dans un espace clos où l’acide carbonique est forcé de s’accumuler.

Hall a montré que, si l’on calcine de la craie dans un canon de fusil herméli-

quement fermé, cette substance entre en fusion et se transforme, après un refroidissement lent, en un corps grenu, ressemblant à du marbre. Cette expérience est du plus haut intérêt pour les géologues, car elle permet d’expliquer la 'présence du carbonate de chaux cristallisé dans les terrains d’origine ignée. On a cherché à l’appliquer à la fabrication artificielle du marbre, en fondant en vase clos de la craie pure ou mêlée à des oxydes métalliques colorants ; mais cette entreprise n’a pas donné de résultats satisfaisants.

On peut se rendre compte de la marche de la décomposition du carbonate de chaux, suivant la température, en mettant le vase clos en communication avec un manomètre. On observe ainsi qu’à 350% la décomposition est nulle; qu’à 440% l’altération commence à se produire ; qu’à 860% la tension atteint 85 millimètres et qu’à 1040% cette tension s’élève à 520 millimètres. Le carbonate de chaux, chauffé dans un espace restreint, ne se décompose donc que partiellement; pour une température déterminée, le dégagement d’acide carbonique s’arrête quand la tension du gaz est arrivée à une valeur constante, pourvu toutefois que le carbonate soit en quantité suffisante pour qu’il en reste un grand excès quand cette tension limite est atteinte. Si on laisse la température s’abaisser, la chaux reprend une partie de l’acide carbonique dans une proportion telle que a tension du gaz restant soit celle qui cbrrespond aux nouvelles conditions de température.

La vapeur d’eau facilite beaucoup le dédoublement du carbonate de chaux ; elle le rend possible au rouge sombre, température à laquelle cette substance sèche ne se décompose pas. On tire parti de cette propriété dans la fabrication de la chaux.

Différents gaz, tels que l’hydrogène, l’oxyde de carbone, exercent aussi de l’influence sur la décomposition du carbonate de chaux.

D’après Slrave {Zeitsc.hr- anal. Chim., 1872, 22),la calcination prolongée au rouge sombre du carbonate de chaux donne un peu de bioxyde de calcium ; à une température plus élevée, ce bioxyde se détruit.

Propriétés chimiques. — Le carbonate de chaux est décomposé très rapidement par tous les acides ; la vivacité de l’effervescence que produisent les acides azotique et chlorhydrique étendus permet même jusqu’à un certain point de le distinguer des autres carbonates.

Le sulfate d’ammoniaque décompose au rouge le carbonate de chaux pour former du sulfate de chaux, tandis que le sel ammoniacal disparaît complètement.

Ce sel a une faible réaction alcaline ; il ne brunit pas à la vérité le papier de curcuma, mais il ramène au bleu le papier de tournesol rougi et bien lavé (Skey, Chem. News, 25, 147).

Usages. — Le carbonate de chaux a de nombreux usages. On en fait des matériaux de construction ; on s’en sert dans l’industrie, sous le nom de castine, pour le traitement des minerais de fer, de plomb, de cuivre ; sous le nom de pierre à chaux, pour la fabrication de chaux de diverses natures, destinées à la confection des mortiers ou au chaulage des terres. Dans l’agriculture, on emploie directement aussi des calcaires plus ou moins argileux, ou marnes, pour

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l’amendement des terres. Le carbonate de chaux pur est utilisé dans les laboratoires, principalement pour précipiter les bases faibles, telles que le peroxyde de fer et l’alumine, ou pour rendre attaquables par les acides des silicates qui résistent à leur-action directe.

État naturel. —Il est peu de corps qui se présentent dans la nature avec autant d’abondance et sous des aspects aussi divers que le carbonate de chaux. Toutefois ses nombreuses variétés peuvent, d’après leur texture, se classer en cinq grandes divisions :

1“ Le carbonate de chaux cristallisé. — Le carbonate de chaux cristallise de la manière la plus nette dans deux systèmes différents; c’est le premier exemple de dimorphisme qui ait été constaté. Il constitue ainsi deux espèces minérales bien différentes : le spath calcaire ou calcite et l’aragonite.

S" Le carbonate de chaux fibreux. —Cette variété comprend les stalactites et stalagmites, l’albâtre antique, les incrustations calcaires de certaines sources.

3° Le carbonate de chaux saccharoide, dont le type est le marbre statuaire.

4" Le carbonate de chaux compact, qui forme des couches puissantes dans presque tous les étages géologiques, à l’état de marbre, de calcaire oolithique, de travertin, etc.

5° Le carbonate de chaux terreux, variété à laquelle appartiennent la craie, le calcaire grossier, la marne, etc., qui constituent également des dépôts considérables à différents niveaux.

Le calcaire est aussi très répandu dans les règnes animal et végétal. Il compose presque entièrement le corail, le test des mollusques, les coquilles des œufs d’oiseaux, la carapace des crustacés; les os de l’homme et des animaux en contiennent près de 10 pour 100. Il existe dans tous les végétaux et il se montre quelquefois en concrétions remplissant un tissu spécial, notamment dans les feuilles du mûrier, du houblon, etc. Dans ces diverses circonstances le carbonate de chaux est assez fréquemment cristallisé, quelquefois même il y a association des deux formes cristallines. Ainsi certaines coquilles offrent une couche extérieure de spath calcaire et une couche intérieure nacrée d’aragonite; il en est de même des œufs vivants d’autruche et des œufs fossiles de casoar, d’après M. Descloizeaux.

Nous allons passer en revue les principales variétés de calcaire.

Spath calcaire. — Le spath calcaire cristallisé affecte des formes cristallines extrêmement variées, dont M. de Bournon a décrit plus de huit cents. Il est caractérisé par un clivage triple, également facile dans tous les sens, qui conduit à un rhomboèdre dont l’angle est de 105° 5'.

Le spath d’Islande, complètement hyalin, constitue la variété la plus pure; on s’en sert pour la fabrication des appareils de polarisation ; mais le pins ordinairement le spath calcaire est translucide et d’un blanc laiteux. Sa densité est de 2,72; il possède la double réfraction à un haut degré et prend par le frottement l’électricité résineuse. La chaux peut quelquefois être remplacée par des substances isomorphes, comme le montrent les analyses suivantes ;

do f «:

Aciilo carbonique.

Chaux.

Magnésie.

Piuloxyde de fer.

Protoxyde de manganèse.

Oxyde de zinc.

Silice.

Eau.

a. Spath d’Islande, analysé par Stromeyer ; h. d’Andreasberg, par Slromeyer; c. de Brilon (Westphalie), par Schnabel; d. du Mexique, par Beudant; e. de Münden (Hesse), par Ahrend ; f. des mines de calamine d’OIkucz (Pologne), par Gibbs; g. des mines de zinc de la Vieille-Montagne, par Monheim.

La chaux carbonatée se présente assez fréquemment en masses laweHewses ou lamellaires, dans lesquelles les clivages ne sont pas continus et qui sont le résultat d’une cristallisation confuse, mais assez distincte pour qu’on puisse en extraire des solides de clivage. Ces masses sont pures et presque toujours d’un blanc laiteux ou légèrement colorées en jaune, rougeâtre ou verdâtre. Dans quelques cas la chaux carbonatée contient des oxydes de fer et de manganèse, et quelquefois de zinc, auxquels on doit attribuer celte coloration; tels sont le spath feuilleté ou schieferspath, de Schwartzemberg (Saxe), analysé par Stro- .Tieyer (a) ; la chaux carbonatée lamelleuse de Moutiers, analysée par Berthier (6); la spartaïte de Sparta (New-Jersey), par Jenzsch (c):

Acide carbonique.

Chaux.

Magnésie.

Protoxyde de fer.

Protoxyde de manganèse.

Oxyde de zinc.

Argile.

La chaux carbonatée cristallisée tapisse des géodes dans des terrains calcaires, remplit des filons dans les mêmes terrains, ou constitue la gangue d’un grand nombre de minerais métalliques.

La madréporite est un carbonate de chaux à cassure lamelleuse courbe, d’un gris très foncé et quelquefois d’un noir analogue à celui de la houille, contenant jusqu’à 8 pour iOO de carbone dans certains échantillons. Elle doit son nom à sa structure bacillaire qui la fait ressembler à des madrépores pétrifiés. On la trouve surtout à Salzbourg, Kongsberg, Andreasberg.

L'argentine est une variété silicifère, assez analogue au talc par son éclat argentin et soyeux, qui accompagne la galène dans le Massachussets, ou le minerai de fer dans le New-Hampshire.

On a trouvé dans des mines de plomb, en Écosse, une variété de chaux car-

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boiiatée lamelleuse, remarquable par la quantité de plomb qu’elle contient et à laquelle on a donné le nom de plumbo-calcite:

Carbo-’alc de chaux..

Carbonate de plomb.

Perte au feu.

a. Plum') -calcite deLeadhills, analysé par M. Delesse; b. de Wanlockhead, par Johns'on.

Le néotype est un calcaire bacillaire, clivable en rhomboèdres, qui accompagne la withérite du Cumberland ; il renferme, d’après Plaltner, une petite quantité de carbonate de baryte et de manganèse.

Le strontianocalcite, qui accompagne le soufre et la célestine de Girgenli (Si(ile), est un carbonate de chaux et de stronliane en masses cristallines.

Aragonite. —L’aragonite, qui a exactement la même composition chimique que le spath calcaire, cristallise en prismes droits rhomboïdaux de H6“16', appartenant au quatrième système cristallin. Elle contient souvent du carbonate de stronliane, et l’on a longtemps attribué à ce dernier corps la différence de cristallisation entre l’aragonite et le spath d’Islande; mais c’est une opinion qui a été abandonnée dès qu’on a reconnu que la stronliane n’est pas un élément nécessaire du minéral.

L’aragonite se présente en cristaux ou en masses fibreuses, dont la couleur est blanc laiteux, blanc jaunâtre ou grisâtre, plus rarement bleu clair. Sa dureté est un peu supérieure à celle du spath calcaire ; il en est de même de sa densité, qui ait int 2,94.

Outre la stronliane, ce minéral peut contenir des oxydes métalliques, qui lui donnent sa coloration.

Carbonate de chaux. 95,68 95,30 99*13 98,62 89,43 95,9i

Carbonate de stroiitianc. 4,02 4,10 0,72 0,99 6,68 »

Carbonate de plomb. * » » * *

Carbonate de cuivre. » * * * *

Oxyde de fer. » » » 0,11 0,82 i

Eau. 0,30 0,60 0,15 0,17 1,36 0,14

a. Aragonite prismatique de Molina (Aragon), analysée par Stromeyer; b. bacillaire de Bastennes, près Dax, par Stromeyer; c. bacillaire de Leogang (Salzbourg), par Stromeyer; d. de Herrngrund, en Hongrie, par Nendtwich; e. d’un vert clair, ou nossotite, de Gerfalco (Toscane), par de Lucca; cristallisée, fibreuse, de Tarnovitz (tarnowitzite), par Bôttger.

Quelquefois l’aragonite renferme un peu de phosphate et de fluorure :

Carbonate de chaux.

Carbonate de strontiane.

Fluorure de calcium.

Protoxyde de fer.

Phosphate de chaux.

Phosphate d’alumine.

Oxyde d’étain..

Eau.

.. t,iO

ÿ. Aragonite en concrétions fibreuses, sprudelstein, déposée par les sources minérales de Carlsbad, analysée par Berzelius; h. croûtes minces d’aragonite à l’extérieur des chaudières d’évaporation en étain de Carlsbad, par Berzélius.

L’aragonite fibreuse est tantôt en fibres grossières, tantôt en fibres déliées. Dans le premier cas, elle constitue des masses bacillaires droites ou rayonnées, à cassure vitreuse. Quand les fibres sont déliées, elle forme quelquefois des aiguilles isolées très brillantes, qu’on désigne sous le nom d’aragonite aciculaire. Dans quelques localités et notamment dans les mines de fer d’Arlzberg (Styrie), on trouve des échantillons d’aragonite fibreuse en rameaux contournés, imitant assez exactement les branches rameuses de certains coraux, que l’on connaît dans les collections sous le nom de flos ferri ou aragonite coralloide; cette variété ne contient pas de strontiane, mais son association à l’aragonite n’en est pas moins certaine.

L’aragonite ne forme jamais de grandes masses comme le calcaire. On la trouve principalement dans les argiles ferrugineuses qui accompagnent le gypse, dans les roches basaltiques ou trappéennes, dans nn petit nombre de filons métallifères. Quand elle est cristallisée, on la distingue assez bien du carbonate de chaux ordinaire; mais la distinction est plus difficile quand la texture est fibreuse ou coi-alloïde. Le microscope peut, dans ce cas, servir quelquefois à la faire reconnaître; mais son caractère principal est d’éclater quand on la chauffe brusquement à une température un peu élevée et de se transformer en une multitude de petits cristaux qui présentent la forme du spath d’Islande.

Les deux variétés de calcaire cristallisé peuvent se former ensemble dans beaucoup de circonstances, ce qui explique leur association si fréquente dans la nature. Ainsi, d’après G. Rose, une dissolntion étendue de carbonate de soude, en réagissant lentement sur une dissolution de chlorure de calcium, donne à froid de l’aragonite, tandis que des liqueurs plus concentrées produisent de l’aragonite et du spath calcaire. A 100® les mêmes liqueurs concentrées fournissent de l’aragonite seule; mais si on opère en vase clos, on peut obtenir aussi du calcaire rhomboédrique. Enfin, quand on fait évaporer des gouttes de liqueur plus ou moins concentrées, le calcaire se sépare sous les trois formes, amorphe, prismatique et rhomboédrique.

Carbonate de chaux fibreux. — La texture fibreuse de cette variété dépend de la cristallisation. Quand les fibres sont un peu grossières, on y aperçoit en effet des clivages qui se croisent au sommet de chaque fibre, de sorte qu’on peut les regarder comme des prismes accolés les uns aux autres suivant les faces

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verticales. Dans le plus grand nombre de circonstances, les fibres sont déliées, et la matière présente alors un aspect soyeux, nacré ; elle est d’un blanc laiteux ou légèrement colorée en jaune.

Les stalactites et stalagmites appartiennent à cette variété. Quand elles présentent des zones diversement colorées de jaune et de rouge et qu’elles forment des couches suffisamment étendues, on les exploite sous le nom A'albâtre calcaire ou albâtre antique, pour en fabriquer des objets d’ornement. Les plus beaux albâtres sont ceux que les anciens exploitaient en Égypte et ceux que l’Algérie fournit depuis un certain nombre d’années (onyx).

Les incrustations calcaires de certaines sources minérales (Saint-Allyre, San-Filippo, Garlsbad) et les dépôts des tuyaux de conduite d’eaux ont aussi la texture fibreuse.

Le corail est un carbonate de chaux fibreux produit par la sécrétion des animaux désignés sous le nom de coraux, et généralement coloré en rouge par des matières organiques. On le trouve dans la Méditerranée près des côtes, et dans quelques parties de l’Océan ; on en fait des bijoux, des colliers, etc. Voici quelle est sa composition, d’après Silliman :

Carbonate de chaux. 94,807

Acides phosphorique et fluorhydrique... 0,745

Madères organiques. 4,448

fOO.ÜOü

Carbonate de chaux saccharoide. — Le calcaire saccharoïde, qui fournit les marbres statuaires, est un calcaire métamorphique en couches intercalées dans des gneiss, des micaschistes ou des porphyres, et dont la structure cristalline s’est développée au contact des roches ignées qui l’avoisinent. Il est formé de petits cristaux blancs et brillants comme ceux du sucre ; il est rarement coloré et présente quelquefois le passage à la texture lamelleuse comme dans le marbre de Paros. Il a la même composition et la même dureté que les deux variétés précédentes.

Les marbres antiques les plus remarquables par leur beauté étaient tirés de l’île de Paros et du Pentélique, près d’Athènes; celui du mont Hymette avait une teinte un peu grisâtre. Les carrières de Carrare fournissent depuis près de 2000 ans des marbres blancs à grain très fin et très homogène ; on les exploite aussi dans les Pyrénées.

Nous citerons parmi les marbres statuaires colorés: le bleu turquin, ou bardiglio, légèrement coloré par des traces de bitume, exploité à Serravezza, en Toscane ; le bleu fleuri, à fond bleu clair parsemé de veines noires, qui se trouve également à Serravezza et dans la vallée de Campan (Hautes-Pyrénées); le iaune antique de Sienne, qui doit sa couleur jaune, tantôt unie, tantôt traversée de veines violettes, à de l’hydrate de peroxyde de fer; Ie»er< de Gênes, ou vert de mer, composé d’un fond de serpentine verte sur lequel courent des veines de calcaire blanc; le cipolin, résultant de l’association d’un calcaire saccharoïde blanc et de schiste talqueux disposés par bandes ondulées, qui se trouve dans la Haute-Égypte, en Corse et dans les Pyrénées.

Carbonate de chaux compact. — Les marbres compacts, qui ne présentent aucun indice de cristallisation, sont beaucoup plus nombreux que les précédents; ils sont toujours colorés par du bitume, du charbon ou de l’oxyde de fer. On les trouve en beaucoup de points; en France notamment, on les exploite dans près de quarante départements. Leur gisement général est dans les terrains de transition ; cependant, dans les Alpes et dans les Pyrénées, les formations jurassique et crétacée en fournissent également de très beaux, mais avec des caractères pour ainsi dire exceptionnels.

La nomenclature des marbres est tout à fait arbitraire; elle est basée tantôt sur la localité d’origine, tantôt sur des particularités de la texture ou la distribution des couleurs. Voici quels sont les marbres les plus connus : le noir antique, dont la couleur est uniformément noire; le petit granité, noirâtre avec des parties plus claires, dues à des enerines spathiques ; le Sainte-Anne, à veines blanches sur fond noir ou gris foncé; le petit antique, qui offre un mélange de taches noires et blanches réparties uniformément ; tous quatre sont abondants dans le terrain de transition des environs de Mons; le porter, à fond noir traversé par des veines d’un jaune doré, exploité dans les environs de Gênes; le griotte, dont le fond rouge brun est parsemé de taches rouge clair ou quelquefois de taches blanches appartenant à des goniatites ; le sarrancolin, dans les Pyrénées, d’un rouge foncé raêlé de gris et de jaune, avec des parties transparentes; Vincarnat, ou marbre du Languedoc, d un rouge assez clair, raêlé de parties plus claires dues à des polypiers; le ruiniforme, ou marbre de Florence, calcaire compact argileux avec dessins anguleux d un brun jaunâtre sur fond gris, qui simulent l’aspect de ruines.

Les lumachelles sont des calcaires compacts qui contiennent de nombreuses coquilles à test intact. Elles présentent quelquefois des reflets agréables analogues à ceux de la nacre et sont alors très estimées. On les exploite comme marbres, notamment en Carinthie.

Le calcaire sublamellaire n’est cristallin que par parties. Il doit cette texture parliculière à une prodigieuse abondance d’encrines, transformées en chaux carbonatée lamelleuse.

Le calcaire oolithique est composé de petits grains arrondis, accolés les uns aux autres à la manière des œufs de poissons, ou légèrement espacés et réunis par du calcaire compact qui forme la masse de la roche. Dans la cassure on reconnaît que les oolithes sont tantôt compacts ou fibreux du centre à la circonférence, tantôt formés de couches concentriques. Le calcaire oolithique constitue des masses puissantes, principalement dans les terrains jurassiques; il fournit de très beaux matériaux de construction.

Les pisolites, beaucoup plus gros que les oolithes, atteignent quelquefois les dimensions d’une noisette. Ils se forment encore de nos jours, dans certaines sources (Tivoli, Carlsbad, Bade, Vichy, etc.) chargées d’acide carbonique, par l’accumulation de couches successives de chaux carbonatée autour de grains de sable qui servent de centre de cristallisation. Le calcaire pisolithique, constitué par la réunion de ces globules, se montre comme le calcaire oolithique, mais moins fréquemment, dans les terrains jurassiques.

Le calcaire tuberculaire ou ostéocolle est également formé par des globules.

NIVOIT. — CALCIUM.

mais qui, au lieu d’être sphériques, sont tuberculeux, cylindriques et plus ou moins allongés. Le corps étranger qui a servi de noyau à ces globules paraît être une tige végétale. On trouve principalement ce calcaire dans les terrains oolilhiques et tertiaires.

Quand les tubercules sont rudimentaires, incomplets, de forme irrégulière, et se pénètrent entre eux, ils donnent une variété connue sous le nom de calcaire èrocafeile, qui constitue quelquefois des dépôts très puissants, en Italie et eu Espagne.

Le calcaire compact proprement dit est en dépôts considérables dans les terrains carbonifère et jurassique; tantôt il est assez pur, tantôt il contient des proportions notables d’argile, de silice, d’oxyde de fer, etc. Le plus homogène est le calcaire lithographique, dont la cassure est conchoïdale, et qu’on exploite surtout en Bavière et près de Châteauroux (Indre). Quand le calcaire compact renferme du bitume, on lui donne le nom à’anthraconite.

Le travertin est un calcaire compact dû à des eaux chargées de chaux carbonatée et d'acide carbonique, et dont la formation se continue de nos jours. Il contient de nombreuses cavités vermiculaires produites par le dégagement de bulles gazeuses ; il est souvent accompagné de silice et de matières bitumineuses. C’est une excellente pierre de construction qui appartient à la formation tertiaire.

Le calcaire hydraulique, qui sert à la fabrication de la chaux hydraulique et qui se montre à différents niveaux géologiques, notamment dans le lias, est un calcaire argileux dur contenant de 10 à 30 pour 100 d’argile.

Carbonate de chaux terreux. — La craie est le type du calcaire terreux à peu près pur; elle est blanche, friable, et s’écrase en tachant les doigts. D’après Ehrenberg, elle est formée, comme la plupart des calcaires terreux, par des débris d’infusoires mêlés à une masse amorphe. Les dépôts de craie sont très abondants ; ils constituent la plus grande partie des terrains crétacés. On les exploite pour les constructions, auxquelles ils ne fournissent d’ailleurs que d’assez mauvais matériaux, pour la fabrication de la chaux grasse, pour la préparation du blanc d’Espagne, etc.

Le calcaire grossier, qui appartient aux terrains tertiaires, est exploité pour les constructions de Paris. Il a quelquefois la texture compacte. Ce qui le caractérise, c’est qu’il est criblé de cavités produites par de petites coquilles marines qui ont disparu.

L’agaric minéral ou moelle de pierre, et la farine fossile, sont composés exclusivement de carbonate de chaux blanc, doux au toucher, très tendre et très friable. La première substance forme des dépôts dans des fentes de roches calcaires et se trouve en Suisse, où on l’emploie pour blanchir les maisons ; la seconde recouvre, dans les environs de Paris, les surfaces des bancs de calcaire grossier. D’après H. Rose, ce minéral serait un mélange de craie amorphe et d’aragonite en baguettes allongées.

La marne est un calcaire terreux, intimement mélangé d’au moins 40 à 50 pour 100 d’argile, qui a la propriété de tomber en poussière à l’air, ce qui la rend précieuse en agriculture pour l’amendement des terres.

ENCYCLOPÉDIK CHIMIQUE.

DI

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