C ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE
l’acide nitrique, le chromo reste sous la forme d’une poudre cristalline. Cette poudre est traitée à nouveau par l’acide nitrique chaud, puis lavée à l’eau distillée. 3o grammes de chlorure de chrome fournissent 6 à 7 grammes de métal.
Le chrome ainsi préparé constitue une poudre grise, cristalline et brillante. Sous le microscope, elle apparaît en agglomérations cristallines offrant la forme d’un sapin, et moutrant quelques rhomboèdres très aigus d’un grand éclat et de la couleur de l’étain.
La densité du chrome ainsi préparé est de 6,81 à 20 degrés.
Chauffé à l’air, ce métal prend une teinte jaune et bleue comme l’acier, sans brûler. Peu à peu il se recouvre d’une couche mince d’oxyde vert, mais l’oxydation est incomplète. Placé dans la flamme d’une lampe û gaz, il brûle en lançant des étincelles. Projeté sur du chlorate de potasse en fusion, il brûle avec une belle lumière blanche en formant du chromate de potasse. Le salpêtre fondu l’oxyde moins vivement; le carbonate de soude en fusion ne l’attaque pas.
L’acide chlorhydrique le dissout avec dégagement d’hydrogène et formation de protochlorure de chrome. L’acide sulfurique étendu l’attaque lentement à froid, plus rapidement à chaud. L’acide nitrique, même bouillant, ne produit aucune réaction.
Chauffé dans le chlore, ce métal se transforme avec Incandescence en chlorure violet.
Lorsqu’on le porte au rouge dans un courant d’acide carbonique saturé de vapeur d’eau, la surface seulement se transforme en oxyde vert.
Dans une préparation où l’on avait remplacé le zinc par le cadmium, le mélange, au moment d’entrer en fusion, s’est décomposé avec explosion.
Avec le magnésium, la réduction s’accomplit tranquillement, mais ce métal ne présente aucun avantage sur le zinc [Wœhler. Nachrichten von der G. A. Vniversitat undder Kdniglichen Gesellschafl der Wissenschaften zu GoWfngen, juillet, iSSg].
Em. Zettnow a modifié la préparation de Wœhler en remplaçant le sesquichlorure de chrome par un chlorure double de chrome et de potassium. On prépare ce composé en traitant 100 grammes de bichromate de potasse par l’acide chlorhydrique, ajoutant 160 à 180 grammes de chlorure de potassium et évaporant à sec. Le résidu, fortement desséché dans un creuset, est mélangé avec aoo grammes de limaille de zinc et introduit, par portions successives, dans un creuset chauffé au rouge clair. Quand toute la masse est entrée en fusion, on brasse le mélange et l’on maintient le feu pendant quarante-cinq minutes. Le culot métallique que renferme le creuset après refroidissement est traité par l’acide azotique étendu, qui dissout le zinc et laisse le chrome cristallisé [Zetnow. Pogg. Ann., t. CXLIII, p. 477J.
G» M. H. Debray a conseillé, pour obtenir le chrome métallique à l’état cristallisé, de réduire au creuset brasqué du chromate de plomb à la température fournie par un bon fourneau à vent. On obtient un culot de plomb que l’on traite par l’acide azotique étendu et qui fournit des cristaux de chrome analogues à ceux de Wœhler.
7“ Enfin, on peut encore obtenir le chrome amorphe par la distillation de l’amalgame de chrome.
Cet amalgame, chauffé à une température supérieure à 55o degrés dans un cou-
rant d’hydrogène, laisse comme résidu du chrome métallique se présentant sous l’aspect d’une substance noire, amorplie, très peu agglutinée, qui, chauffée au rouge sombre sur la lame de platine, devient tout à coup incandescente.
Si l’on a soin de n’élever la température qu’à 55o ou 555 degrés, au moment de la distillation, le métal prend feu au contact de Tair lorsqu’on le retire du tube encore un peu chaud.
Le métal, ainsi obtenu, est inattaquable par l’acide sulfurique concentré bouillant, mais il se dissout dans l’acide sulfurique étendu, et dans l’acide azotique monohydraté contenant des vapeurs d’hypoazotide. L’acide chlorhydrique l’attaque assez lentement à chaud, en dégageant de l’hydrogène.
Projeté sur du chlorate de potasse en fusion, il donne des étincelles brillantes, devient incandescent en courant sur la surface du liquide comme un globule de sodium sur l’eau ; chauffé au rouge sombre dans un courant d’acide carbonique sec, il se transforme en sesquioxyde de chrome. Le métal, obtenu par distillation de l’amalgame, est plus oxydable que celui préparé par la méthode de Deville ou par celle de M. Fremy [H. Moissan. Comptes rendus de l’Académie des sciences t. LXXXVIII, p. i8o, 1879].