SESQUIOXYDE DE CHROME HYDRATÉ
Le sesquioxyde de chrome en se combinant à un môme acide, l’acide sulfurique • Par exemple, peut fournir doux solutions salines dont les caractères sont différents, Lien que le rapport entre l’acide sulfurique et l’oxyde soit constant. Si l’on a préparé une solution de sulfate de sesquioxyde de chrome à 100 degrés, cette solution 6 st verte et incristallisable. .Au contraire, l’obtient-on à la température ordinaire, 6 lle est violette £t peut fournir des cristaux par évaporation à froid, dans le vide.
Ce fait est général ; aussi, à propos des [composés de sesquioxyde de chrome, aurons-nous à donner les propriétés des sels verts et des sels violets.
Traitons la solution d’un sel vert par une petite quantité d’ammoniaque; nous obtiendrons un précipité d’un bleu verdâtre, soluble dans un excès de potasse ou fie soude mais insoluble dans l’ammoniaque.
Au contraire, si nous précipitons, dans les mômes conditions, la solution d’un sel ''*olet, nous obtenons un hydrate d'un bleu violacé qui est soluble dans l’ammoniaque [Premy].
Berzélius avait admis l’existence de deux hydrates isomériques de couleurs et de
propriétés différentes, dont l’un donnait naissance aux sels verts, l'autre aux sels violets. <( Lorsqu'on précipite à froid un sel de la modification violette par la potasse ou la soude et qu’on redissout, après l’avoir lavé, ce précipité dans un acide, on obtient un sel de la modification violette'. Si l'on précipite de même un sel de la modification verte et qu’on redissolve le précipité dans un acide, il se forme un nouveau sel appartenant à la modification verte. Il suit de là que la propriété en question appartient à l’oxyde précipité. Les solutions des sels violets, chauffées au-dessus de 65 degrés, passent à la modification verte, et l’oxyde, préparé au moyen des sels violets, étant l)ouilli un moment avec l’eau, donne également en se dissolvant des sels verts » [Berzélius. TraiU de chimie, a” édition française, t IV, p. 4oô]-
Jusqu’ici, nous avons désigné sous le nom de sels violets tous les sels de chrome dont la couleur variait depuis le violet jusqu’au grenat. Ce fait qu’un sel de sesquioxyde peut' avoir une couleur violacée plus ou moins rouge, avait amené Lœvvel à admettre l’existence de quatre modifications isomériques d’oxyde de chrome hydraté : une verte, une bleu-violet, une rouge carmin pouvant donner des sels neutres de couleurs correspondantes, et enfin une quatrième verte formant des .selsverts par son union avec a équivalents d’acides [Lœvvel. Journal de ph. et de ch.(5),t. VII, p. 5a5, 4oi, 424].
D’après .M. Lefort, ces différents hydrates seraient représentés par les formules suivantes :
Cr20“,5H0 Hydrate vert soluble dans les alcalis Cr^O^jbHO Hydrate vert insoluble dans les alcalis Cr20*,7H0 Hydrate grisâtre provenant des sels violets Ci’SO'ÇgHO Hydrate violet provenant des sels rouges.
Nous pensons que l’étude des oxydes hydratés deviendrait bien compliquée, si l’on regardait comme une modification isomérique, chaque hydrate dont les propriétés peuvent différer par un point particulier, de l’ensemble des caractères des autres hydrates du môme oxyde. Depuis Berzélius, les chimistes ont peut-être été trop portés à établir ainsi de nonvelles variétés allotropiques. L’influence de la température, de la concentration d’un réactif, de la pureté môme du produit obtenu, peut faire varier légèrement les propriétés d’un oxyde sans qu’il soit besoin de le regarder comme un nouveau corps.
Les recherches de M. Fremy sur les hydrates de chrome ont justement démontré combien l’influence de la température ou du milieu peut faire varier les propriétés d’un môme composé, et cependant M. Fremy n’admet, comme Berzélius, que deux variétés d’oxyde de chrome hydraté.
On obtient une de ces variétés en traitant la solution d’un sel vert par une base alcaline, et l’on prépare l’autre, en précipitant à froid un sel violet par l’ammoniaque.
Ce dernier hydrate, auquel M. Fremy a donné le nom de sesquioxyde métachromique, est caractérisé par sa solubilité dans l’acide acétique et par la propriété qu’il possède de former des sels ammoniaco-chromiques, lorsqu’on le met en contact avec l’ammoniaque et les dissolutions salines.
Des influences diverses et bien faibles en apparence modifient cet hydrate; ainsi l’action de l'eau bouillante, la présence de dissolutions saline concentrées,
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le contact prolongé de l’eau froide, une dessiccation à l’air libre ou dans le vide maintenue pendant plusieurs jours, un frottement de quelques instants suffisent l)our faire perdre à l’hydrate de sesquioxyde de chrome sa solubilité dans les réactifs qui d’abord le dissolvaient [Fremy],
D'après M. Fremy, cette modification de l’oxyde de chrome paraît être due à ini changement isomérique et non à un phénomène de déshydratation.
L’oxyde de chrome hydraté peut se dissoudre dans les alcalis, mais la combinaison ainsi obtenue ne présente pas une composition constante. Si l’on porte une seml)lable solution à loo degrés, l’oxyde de chrome, en présence d’un excès d’alcali, devient anhydre et se précipite complètement. 11 en est de même si l’on (essaye d’évaporer cette solution dans le vide. La décomposition est d’autant plus rapide que le liquide est plus alcalin.
Dans la préparation des hydrates de sesquioxyde de chrome, il faut éviter de laisser ces composés en présence d'un excès d’ammoniaque, parce qu’alors l'hydrate de sesquioxyde se combine avec les éléments de l’ammoniaque, forme une base ammoniaco-chromique qui se dissout dans un excès d’alcali et produit une liqueur violette. Cette chromamine, découverte par M. Fremy, forme un certain nombre de combinaisons intéressantes que nous décrirons à la suite des sels de sesquioxyde de chrome [Fremy. Comptes rendus, t. XLVII, p. 883].
Craham a obtenu un oxyde de chrome soluble en dyalis.int une solution de ses- <|uichlorure de chrome. Ce composé ne renfermait plus que i,5 d’acide pour 98,3 de sesquio.xyde. Ce litiuide, de couleur verte, peut être chauffé ou étendu d’eair sans altération. Des traces de sel le coagulent rapidement et le précipité n’est plus redissout par l’eau, même avec l’aide de la chaleur [Ann. de ch. et de ph. {3}, t. L.W, p. i84].
Kiii|iloi «lu HO«i<|uiox>'(lo «le eliroiiie l■y<l■*u(.«3 coiiiiik^ monlnul.
— Le sesquioxyde de chrome hydraté peut remplacer l’alumine dans la teinture et jouer le rôle de mordant.
Si nous plaçons de la laine dans une solution chaude d’un sel de sesquioxyde de chrome, ce dernier est complètement décoloré en quelques heures, et tout le chrome se fixe à l’état de sesquioxyde hydraté sur tes fils de laine.
.Après lavage, si l’on vient à placer la laine ainsi mordancée dans une solution bouillante de campêche virée légèrement par un acide, on obtient des noirs bleus d’un très bel aspect.
Cette application des sels de chrome à la teinture en noir avait été indiquée dès i83a par Leykauf de Nuremberg. Ce n’est que dans ces dernières années qu’elle a pris un assez grand développement. Nous y reviendrons à propos des chromâtes de potasse et de leur emploi industriel, mais nous avons tenu à sigialer ici cette action particulière de l’hydrate de sesquioxyde de chrome.
VERTS DE CHROME. VERT GUIGNET (Gr^O», y.HO)
On emploie depuis longtemps comme couleur fine, un vert émeraude dont la composition se rapproche de la formule Cr“0’, allO. Cette couleur, parfaitement
ENCYCLOP. CHIM. 14
Stable et non vénéneuse, découverte par M. Pannetier, était préparée à l’aide d’un procédé tenu secret. Son prix était au début fort élevé, environ 120 francs le kilogramme.
En 1859 M. Guignet fit breveter un procédé pour la fabrication en grand d’un produit identique au vert Pannetier.
Pour fabriquer le vert Guignet, on chauffe au rouge sombre dans des fours de forme particulière, un mélange de 5 parties d’acide borique et de i partie de bichromate de potasse ; la masse se boursoufle, dégage une grande quantité d’oxygène et devient d’un beau vert. Il s’est formé un borate double de sesquioxyde de chrome et de potasse que l’eau bouillante décompose en borate acide de potasse soluble et en oxyde de chromo hydraté insoluble Cr^O’, 2HO. Les eaux de lavage servent à régénérer l’acide borique dont la plus grande partie rentre dans la fabrication.
La présence de la potasse n’est pas nécessaire ; car on obtient le même produit par l’action de l’acide borique sur l’acide chromique ou sur le sesquioxyde de chrome hydraté.
M. Shipton [Rapport du Jury international de l’Exposition de Londres, i865, Classe II, Section A, p. 74] croyait que cet hydrate de chrome renfermait forcément une petite quantité d’acide borique. Les expériences de .M. Scheurer- Kestner [Bull, de la Soeiélé chimique, i865, 1“' semestre, p. 23 et 8o3] et celles de M. Guignet ont démontré qu’on peut enlever au produit les dernières traces d’acide borique sans altérer la nuance.
Une ébullition prolongée avec de la soude ou de la potasse caustique, ou une solution d’acide tartrique enlève au vert Guignet tout le borate de potasse qu’il peut contenir.
D’après M. Guignet et d’après M. Salvétat [Comptes rendus, t. XLVIII, p. 295], la formule de cet oxyde est Cr^O^ 2HO. Les formules de M. Scheurer-Kestner s’accordent mieux avec la formule 2Cr*0’, 3110.
L’oxyde de chrome hydraté ainsi obtenu est complètement inaltérable à la lumière. Soumis à l’action de la chaleur, il noircit vers 200 degrés, dégage de l’eau, et laisse un résidu d’oxyde qui se change au rouge vif en sesquioxyde anhydre.
Les dissolutions alcaUnes ne l’altèrent pas, même par une ébullition prolongée. L’acide azotique est sans action sur lui ; l’acide chlorhydrique le dissout lentement à l’ébullition ; l’acide sulfurique concentré le transforme à chaud en sulfate de chrome insoluble.
L’industrie ayant pu fournir ce vert Guignet à 22 francs le kilogramme, les applications de ce produit ont pris un grand développement. L’industrie des toile.s peintes en consomme une notable quantité ; comme toutes les couleurs insolubles, on l’imprime à l’albumine sur les tissus do coton et on le fixe par le vaporisage. On l’emploie surtout pour les papiers de tenture et il sert également pour la peinture en bâtiments. En le mélangeant avec du jaune de chrome ou de l’acide picrique, on obtient des verts nature très employés pour les feuillages artificiels. Ces verts remplacent avec avantage le vert de Schweinfurt à l’arsenite de cuivre.
Enfin, on doit â M. Salvétat un vert turquoise qui, comme le précédent, est inaltérable à la lumière. Il est préparé en calcinant 40 parties d’alumine hydra-
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tée, 9.0 parties d’o.xyde de chrome et .îo parties de carbonate de cobalt. On lave et on l)roie avec soin le produit de l’opfmation.