‹ Encyclopédie chimique. Tome IV.- Analyse chimique. Méthodes analytiques appliquées aux substances agricolesChapitre 111 sur 285 · EMPLOI DE LA LIQUEUR DE FEHLING · texte numérisé non relu

EMPLOI DE LA LIQUEUR DE FEHLING

La liqueur de Fehling est un réactif d’un emploi préeieux pour les recherches de quelques-unes des matières les plus importantes existant dans les végétaux, telles que les matières sucrées, amylacées, etc.

Cette liqueur peut servir en même temps à la recherche quantitative et à la détermination qualitative de ces substances. La liqueur de Fehling est un réactif ayant pour base un sel de cuivre qui, à la température de l'ébullition, cède la moitié de son oxygène à la matière sucrée; et par ce fait même se transforme en protoxyde de cuivre, de bioxyde qu’il était d’abord. Ce protoxyde se précipite dans les conditions de l’opération et la quantité de protoxyde formée sert de mesure à la proportion de sucre. Pour apprécier la quantité de bioxyde de cuivre réduit, ou ce qui revient au même, la quantité de protoxyde de cuivre formée, on se sert de divers moyens. Examinons d’abord la préparation et la composition du réactif cuivrique.

D’après la formule employée à l’Institut agronomique on dissout :

40 grammes de sulfate de cuivre cristallisé pur ; dans 200 centimètres cubes d’eau bouillante.

D’un autre côté on dissout ;

460 grammes de tartrate neutre de potasse,

130 grammes de soude caustique en plaque, dans 600 centimètres cubes d’eau chaude.

On mélange les deux solutions, on fait bouillir pendant deux ou trois minutes et,

PRODUITS VÉGÉTAUX ALIMENTAIRES, après le refroidissement, on complète le volume à un litre en enlevant, par décantation, le dépôt qui a pu se former. Cette formule est très commode pour l’emploi et la liqueur se conserve inaltérée pendant un temps très long.

On a proposé diverses autres formules qui peuvent être employées au même titre que celle dont nous venons de parler. La formule de M. Violette est la suivante : on fait dissoudre

260 grammes de sel de Seignette (tartrate double de potasse et de soude),

dans 200 centimètres cubes d’eau distillée, et on ajoute à cette solution 500 grammes de lessive de soude à 24° Baumé.

D'un autre côté on fait dissoudre

36®%46 de sulfate de cuivre cristallisé dans 140 centimètres cubes d’eau.

On verse la solution de sulfate de cuivre dans l’autre solution, en agitant constamment, et on complète le volume à un litre. Quand on a préparé une certaine quantité de ce réactif, il est bon de le distribuer dans deslïaeons de 100 centimètres cubes bouchés par des bouchons de verre paraffinés. Ces flacons sont placés à l’obscurité; le liquide qu’ils renferment conserve son titre pendant un temps très long. Cette liqueur est titrée de telle sorte que 10 centimètres cubes sont réduits exactement par

0«r,0526 de glucose ou de sucre interverti correspondant à 0*r,050 de sucre de canne ou saccharose.

Tandis que la première liqueur nécessite un titrage spécial pour la détermination de la quantité qui correspond à une proportion donnée de sucre, eette dernière ne nécessite aucun titrage, puisqu'elle est préparée de telle sorte que la proportion de bioxyde de cuivre qu’elle l’enferme est rigoureusement déterminée et ne varie pas, en raison du degré de conservation de la liqueur.

Fehling a préparé une solution qui repose sur le même principe que celle de M. Violette; il dissout :

34sr,65 de sulfate de cuivre pur cristallisé dans 200 centimètres cubes d’eau bouillante.

D'un autre côté, il dissout :

173 grammes de tartrate double de potasse et de soude dans 480 centimètres cubes de lessive de soude d’une densité de 1,14.

La première solution est versée par petites quantités, et en agitant constamment, dans la seconde, et le mélange refroidi à la température ambiante est ramené à un litre. Cette liqueur est faite de telle sorte que 10 centimètres cubes correspondent à 0«r,050 de glucose ou de sucre interverti.

Une fois ce titre bien établi, il reste invariable aussi longtemps que la liqueur ne se modifie pas ; on s’apercevrait de la modification par la formation d’un dépôt de protoxyde de cuivre.

Quoi qu’il en soit, voici la manière de se servir de cette liqueur, étant connues les réactions des divers sucres vis-à-vis d’elle.

Procédé par décoloration. — Les liqueurs cuivriques dont nous venons de donner les formules donnent une très belle coloration bleue, qui disparaît par la réduction de l’oxyde de cuivre. Cette disparition de la nuance bleue peut servird’indice de la réaction. Voici comment il convient d'opérer : 10 centimètres cubes de liqueur ou tout autre volume rigoureusement déterminé sont placés dans un ballon. rond d’environ 250 centimètres cubes de capacité; on y ajoute 5 centimètres cubes d’une solution de potasse au -fe et 20 centimètres cubes d’eau. On a remarqué que, en rendant la liqueur plus alcaline, on obtenait une plus grande régularité dans le titrage et une plus grande netteté de réaction. Cette liqueur est portée à l’ébullition et aussitôt quelle commence à bouillir on y verse par petites quantités la solution sucrée, contenue dans une burette graduée. Le ballon est tenu à la main, à l’aide d’une pince en bois. Pour y verser la solution sucrée on le retire du feu et après chaque addition on fait bouillir pendant un instant tout en observant la couleur du liquide. Cette observation est rendue plus facile par une ébullition énergique qui, rassemblant le protoxyde de euivre dans le fond du ballon, rend la liqueur limpide.

Peu à peu la coloration du liquide diminue et il arrive un moment où elle est tellement pâle qu’une seule goutte de la liqueur sucrée, versée dans le ballon, la fait disparaître entièrement. Pour bien saisir ce point, il faut faire l’observation de telle sorte que l’œil perçoive nettement la nuance du liquide. Le mieux est de regarder par transparence, soit en plaçant le ballon sur un fond blanc bien éclairé, soit en le mettant entre l’œil et la lumière du ciel, dans une position qui permette de voir le fond du ciel à travers une certaine épaisseur de liquide. Dans ce cas il faut se garder de la lumière bleue d'un ciel découvert, qui pourrait induire en erreur.

Avec un peu d’habitude chaque observateur trouvera facilement la manière la plus commode de s’assurer de la disparition de la couleur.

Pour que les déterminations aient une plus grande rigueur, il convient d’employer des liqueurs sucrées à un état de concentration ni trop grand ni trop faible. Une concentration très grande ne permettrait pas, même en versant le liquide goutte à goutte, de s’arrêter exactement au point voulu ; un trop grand degré de dilution aurait l’inconvénient de délayer la liqueur outre mesure et de rendre ainsi la disparition de la teinte moins nette.

Le degré de concentration le plus convenable est celui qui se rapproche de 1 pour 100 de sucre réducteur dans la solution. Si Je liquide sur lequel on a opéré est trop cencenlré, on n'a qu’à l’étendre à un volume connu, pour le rapprocher, du degré voulu; si, au contraire, il est trop dilué on le rend plus riche, soit en le concentrant, soit en y introduisant une plus grande quantité de la matière dans laquelle on doit doser le sucre. Il est donc prudent de faire un premier dosage approximatif et d’amener ensuite le liquide sucré au degré de concentration convenable.

Une précaution indispensable est de faire cette opération dans un temps très court; si en effet on tardait trop, l’oxygène de l’air pourrait intervenir, se fixer sur le protoxyde de cuivre formé et le redissoudre à l’état de bioxyde. On aurait dans ce

cas un dosage défectueux, comme si aux 10 centimètres cubes de liqueur de Feliling employés on ajoutait une nouvelle quantité indéterminée du même réactif. 11 faut que l’opération se fasse en un petit nombre de minutes et que le liquide ne se refroidisse jamais.

Au lieu d’observer la disparition de la couleur bleue qui, dans bien des cas, est incertaine, on peut employer un autre procédé pour s’assurer que tout le cuivre a été précipité et pour fixer avec exactitude le moment précis ou cet effet s'est produit. Dans ce but, on prélève une goutte du liquide clair et on y constate la présence ou l’absence du cuivre par des réactifs sensibles, tels, par exemple, que le ferroeyanure de potassium. Si, en effet, sur la' goutte prélevée on place une goutte de ferrocyanure, on voit paraître la coloration rouge si caractéristique du ferrocyanure de cuivre. Aussi longtemps qu’une goutte prélevée donne cette réaction, on continue l’addition de liqueur sucrée, mais dès qu’elle a cessé do se produire, on s'arrête et note la quantité de liqueur sucrée employée.

Lorsque les solutions sur lesquelles on opère sont sensiblement colorées, cotte méthode est préférable à la précédente.

Pour des dosages plus précis on emploie- une autre manière d’opérer, qui consiste à recueillir par filtration le protoxyde de cuivre qui s’est déposé au sein d’une solution contenant un excès de liqueur de Feliling et à peser ce précipité, après L’avoir transformé soit en bioxyde de cuivre, soit mieux encore en cuivre métallique. Nous décrirons plus loin le procédé employé à cet effet par M. Aimé Girard.

Page 1