ANALYSE DES FOURRAGES ENSILÉS
Les méthodes d’analyse que nous venons d’indiquer pour les substances employées comme fourrage ne sont pas toutes applicables aux fourrages ensilés. Ceux-ci en effet ont subi, dans leur constitution des modifications importantes par suite de la fermentation qui s'y est établie. C’est ainsi que les matières sucrées et amylacées donnent naissance à de l’alcool, à de l’acide acétique, etc., et que les substances azotées se transforment en partie en sels ammoniacaux, en ammoniaques composées, en corps amidés tels que leucine, tyrosine, etc. Toute la matière azotée qui affecte une de ces dernières formes doit être regardée comme n’étant plus alimentaire, c’est-à-dire comme ne jouant plus dans les phénomènes de la nutrition le rôle des matières albuminoïdes. Il est donc important, dans l’analyse de ces fourrages, de distinguer les formes.de l’azote <jui ont de la valeur de celles qui n’en ont pas.
Le dosage des sucres, de l’amidon, des diverses formes de la cellulose, se fait comme dans les cas précédents; mais il y a en outre à déterminer l’alcool, les acides et les proportions relatives des matières azotées utilisables et de celles qui ne le sont pas.
Dosage de l'alcool. — On prend un kilogramme de fourrage, que l’on évite de manier à l’air et que l’on place immédiatement dans un ballon ; on ajoute 500 centimètres cubes d'eau et, après avoir acidifié au pour fixer l’ammoniaque et les ammoniaques composées, on soumet le mélange à la distillation, mais sans chauffer directement le ballon ; celui-ci est plongé dans un bain de chlorure de calcium, dont on élève la température de manière à obtenir l’ébullition dans le ballon. On arrête la distillation au moment où l’on a recueilli 200 centimètres cubes de liquide. Le liquide distillé renferme une grande partie des acides volatils du fourrage : on ne pourrait pas dans ces conditions procéder au dosage de l’alcool. Il faut neutraliser le liquide distillé avee jle la chaux éteinte et distiller une seconde fois, en recueillant les 50 premiers centimètres cubes. On prend le degré alcoométrique du liquide alcoolique, en tenant compte de la température. La correction de température peut se faire, soit au moyen de la table de Gay-Lussac, soit en retranchant 0°,2 pour chaque degré au-dessus de 15° ou en ajoutant 0°,2 pour chaque degré au-dessous de 15°.
Quand le produit de la distillation contient peu d’alcool, l’emploi de l’alcoomètre
ENCYCLOPÉDIE CIlIMIjUE.
n’est plus assez exact; on peut dans ce cas employer avec avantage le comptegouttes de M. Duclaux (fig. 57). Cet instrument, en forme de pipette, du volume de 5 centimètres cubes, est muni d'un orifice d’écoulement tel que 5 centimètres cubes d’eau distillée à la température de 15° donnent exactement 100 gouttes. La pipette est fixée dans un bouchon ajusté lui-même au col d’un flacon à large ou¬
verture. On remplit la pipette par aspiration, on la place bien verticalement sur son flacon et on compte les gouttes qui tombent, en évaluant à une demi-goutte près ce qui reste dans la pipette. 11 faut que l’orifice soit toujours d’une propreté parfaite.
Le tableau suivant permet de calculer l’alcool contenu dans le liquide, aux diverses températures d’observation, d’après le nombre de gouttes.
Table de M. Duclaux, pour le calcul de la quantité d’alcool contenu dans un liquide aqueux.