II. — RECHERCHE ET DOSAGE DE LA SYNANTHROSE DANS LE TOPINAMBOUR
Le tubercule du topinambour contient de grandes quantités de synanthrose ; ce sucre est le seul, pour ainsi dire, qui y existe. Si l’on voulait déterminer sa nature, il suffirait d’exprimer le jus du topinambour, de précipiter par le sous-acétate de plomb et de faire ensuite sur le liquide les observations au polarimètre et les dosages de glucose d’abord sur le produit tel quel, ensuite sur le produit interverti; on obtiendrait ainsi comme résultat que le sucre préexistant est sans action sur la lumière polarisée ni sur les liqueurs cuivriques ; qu’après l’inversion, au contraire, il agit fortement et sur la lumière polarisée et sur la liqueur de Fehling, et que les chiffres résultant de ces observations sont les mêmes que ceux qu’ont fournis les observations sur la graine de seigle.
Dosage de la synanthrose dans le tubercule de topinambour. — Plusieurs méthodes peuvent être employées pour ce dosage ; toutes sont basées sur l'interversion delà synanthrose et sur l’emploi de la liqueur de Fehling, soit qu’on opère par décoloration, soit qu’on opère par pesée du cuivre précipité. — Mais dans le cas du topinambour en particulier, la synanthrose est accompagnée d’une substance dont il est assez difficile de la débarrasser, l’inuline, qui s’intervertirait en même temps que la synanthrose, et augmenterait d’autant le chiffre qui représenterait la quantité de celui-ci ; il est donc indispensable d’opérer au préalable la séparation de l’inuline. On peut y arriver de plusieurs manières :
1° En coupant le tubercule en tranches très minces et le faisant sécher ; réduisant ensuite en poudre fine et traitant 1 ou 2 grammes de poudre à plusieurs reprises par de l’alcool à 90° et bouillant, employé de manière à ce qu’il y en ait 50 ou 60 centimètres cubes. Dans ces conditions l’inuline reste à l’état insoluble et la synanthrose se trouve tout entière dans la liqueur alcoolique. L’alcool est chassé, le résidu repris par l’eau est interverti et la synanthrose peut s’obtenir par le dosage au moyen de la liqueur de Fehling.
2° On peut immerger les tranches minces du tubercule dans de l’alcool à 90° ou
92°, en laissant le contact se prolonger pendant plusieurs jours. Toute l'inuline reste à l’état insoluble, la synanthrose se dissout en grande partie dans l’alcool et les tranches sorties de l’alcool se prêtent facilement à une pulvérisation complète Cette poudre obtenue est encore traitée une ou deux fois par de l'alcool chaud dans le but d’en extraire toute la synanthrose. Les liqueurs alcooliques sont évaporées et le dosage effectué comme dans le cas précédent.
Dosage de la synanthrose dans le jus de topinambour. — Si l’on veut opérer sur le jus de topinambour, on se trouve en présence de synanthrose et d’inuline; on peut alors opérer de la manière suivante : 10 centimètres cubes de jus, clarifié par un peu de sous-acétate de plomb, sont intervertis au bain-marie à 100° pendant cinq minutes par 1 pour 100 d’acide sulfurique; le volume du liquide est amené à 100 centimètres cubes; on y dose le glucose par les procédés ordinaires. On détermine ainsi la somme de la synanthrose et de l’inuline.
On prend encore 10 centimètres cubes du même jus, on les évapore à un petit volume et on les traite par de l’alcool chaud en agitant fortement chaque fois, de manière à enlever toute la synanthrose. Cette opération doit se prolonger assez longtemps. La matière pâteuse qui reste peut se laver facilement par décantation. Lorsque toute la synanthrose est ainsi éliminée par les lavages à l’alcool, on reprend le résidu par l’eau bouillante, on l’invertit à son tour et l’on y dose le glucose formé aux dépens de l’inuline et qu’on retranche du glucose dosé précédemment. La différence représente le glucose provenant de la synanthrose et le poids de celle dernière est définitivement obtenu en multipliant le glucose par 0,95.