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RECHERCHE DE LA SYNANTHR0SE

DÉTERMINATION DE LA NATURE DU SUCRE CONTENU DANS LES GRAINS DE SEIGLE AVANT LA MATURITÉ.

On a recueilli environ 200 grammes de grains de seigle pris au mois de juin, alors que le grain est encore mou et laiteux. On a broyé ces grains en les humectant d'eau contenant 10 pour 100 de son volume d’une solution de sous-acétate de plomb d’une densité de 32° Baumé. On a ajouté peu à peu 200 centimètres cubes environ de ce liquide, de manière à faire une pâte homogène. On a ensuite placé dans un linge et soumis à la presse. Le liquide trouble qui s’est écoulé a été encore additionné d’un peu de sous-acétate de plomb concentré pour en déterminer la classification, puis on a filtré, traité le liquide clair par un peu de noir animal lave a

l'acide et filtré de nouveau. Dans ce liquide, on recherche d’abord la présence des sucres réducteurs au moyen de la liqueur de Feliling; aucune réduction ne se produisant, on conclut à l’absence de sucres réducteurs.

Une petite quantité du liquide a été invertie et, après l’inversion, on a observé une réduction de la liqueur cuivrique qui dénote qualitativement la présence d’un sucre susceptible de s’invertir.

Ce point étant acquis, on examine au polarimètre le liquide décoloré par le noir. La déviation observée a été de — 0,2. Ce liquide est ensuite inverti par l’addition de 1,5 pour 100 en volume d’acide sulfurique concentré. (Comme dans cette liqueur il est resté un peu de plomb en excès, il se forme du sulfate de plomb qui immobilise une partie de l’acide sulfurique.) On chauffe au bain-marie dans un flacon fermé, à 100°, pendant 10 minutes, et on laisse refroidir, 5 centimètres cubes du liquide refroidi sont étendus à 50 centimètres cubes, et on y dose, au moyen de la liqueur de Fehling, le sucre réducleur formé par l’inversion. Il a fallu de ce liquide étendu au 7io> 3CC,8 pour décolorer 10 centimètres cubes de liqueur de Fehling, équivalente à 0sr,051 de glucose. Cette solution contient donc, pour 100, l«r,342 de glucose, formé par l’inversion, c’est-à-dire 13gr,42 pour le liquide non étendu, correspondant à 12«r,75 de sucre non inverti de la formule C12Ii11Oli. Ce premier résultat nous montre que le sucre auquel nous avons affaire n’a pas de pouvoir rotatoire appréciable; ce n’est donc pas du sucre de canne.

Opérant maintenant sur le liquide après l'inversion, nous l’examinons au polarimètre. Nous obtenons une déviation à gauche égale à 12°, 3 à la température de 19°. Nous avons donc un sucre qui n’a pas par lui-même de pouvoir rotatoire, mais dont le produit d’inversion a une action lévogyre sur la lumière polarisée. Ce pouvoir rotatoire, calculé à la température de 19°, serait de —45°, 9. Ce résultat peut nous mettre sur la voie de la nature du sucre auquel nous avons affaire : La synanthrose, matière sucrée existant dans les tubercules du topinambonr, n’a pas de pouvoir rotatoire par elle-même, mais étant invertie, elle donne un mélange de 1 partie do glucose pour 2 parties de lévulose ; par suite de ce rapport des deux glucoses de rotation inverse et de valeur différente, le pouvoir rotatoire spécifique du mélange obtenu se trouve être égal à — 48°. Ce pouvoir rotatoire, par suite de la présence de la lévulose, est affecté par la température et cela pour une valeur de 0°,5 pour chaque degré de température s’éloignant de 15°, diminuant lorsque la température augmente, augmentant au contraire lorsque la température s’abaisse. Si nous admettons pour l’instant que le sucre sur lequel nous opérons est bien la synanthrose, et si nous appliquons la correction de la température au pouvoir rotatoire —45°, 9 trouvé à 19°, nous arrivons à un pouvoir rotatoire de 47°, 9 pour 15° de température. La concordance de ces résultats montre bien que le sucre sur lequel nous avons opéré est la synanthrose.

Pour avoir cependant une certitude absolue, il est bon d’isoler ce sucre en nature pour en déterminer les propriétés physiques. 11 est bon également de constater dans les produits de l’inversion la présence réelle de la lévulose.

Pour extraire le sucre en nature, nous opérerons, sur les grains de seigle encore mous et laiteux, comme nous l’avons fait précédemment, c’est-à-dire en les triturant avec la solution de sous-acétate do plomb. Puis, dans le liquide clarifié par filtration, nous éliminerons l’excès de plomb par un courant d'hydrogène sulfuré; nous

filtrerons pour éliminer le sulfure de plomb et nous concentrerons la liqueur à un petit volume. Seulement, comme cette liqueur est acide, en raison de l’acide acétique provenant de l’acétate de plomb introduit et que cette acidité pourrait, dans le cours de l’évaporation, intervertir le sucre, il faut, au préalable, saturer avec une quantité strictement suffisante d’ammoniaque, et ensuite procéder à l’évaporation, sans toutefois élever la température au-dessus de 35 ou 40°.

Lorsque l’on a obtenu un sirop clair, on ajoute un peu de noir animal et on filtre, puis dans le sirop clarifié on ajoute de l’aleool très concentré (96 à 98°), de manière à précipiter le sucre. On obtient ainsi une masse pâteuse d’un aspect chatoyant qui refuse de cristalliser, même lorsqu’on la purifie par plusieurs dissolutions et précipitations au moyen de l’alcool. La synanthrose authentique donne le même résultat.

Pour constater la présence de lévulose dans le sucre inverti, voici comment on peut opérer. Après l’inversion par l’acide sulfurique, faite dans les conditions qui ont été exposées plus haut, on sature par de la craie l’acide sulfurique et l’on concentre le liquide de manière à avoir 15 à 20 pour 100 de sucre inverti dans la solution. On ajoute alors pour 100 centimètres cubes de cette solution 10 à 12 grammes de chaux hydratée, qu’on a préalablement réduite en pâte par l’addition d’un peu d’eau. Mais avant d’opérer cette addition qui se fait de préférence dans un mortier, on a soin d’introduire quelques petits morceaux de glace dans le liquide, pour en abaisser la température jusqu’à 0°. Le mélange se prend en masse ; on y incorpore encore quelques petits fragments de glace pour empêcher sa température de s’élever et on le soumet rapidement à l’action de la presse. Le lévulate de chaux qui forme la masse exprimée est délayé immédiatement dans un peu d’eau glacée et fortement exprimé à nouveau. Pendant toute cette manipulation, la température du mélange doit se maintenir à 0°. Tout le glucose est éliminé à l’état soluble et l'on n’a plus qu’un résidu de lévulate de chaux. On délaye celui-ci dans de l’eau glacée contenant de petits fragments de glace et l’on ajoute une solution froide d’acide oxalique, suffisante pour transformer toute la chaux en oxalate. Il faut avoir grand soin de mettre la quantité d’acide strictement nécessaire. Mais il vaut mieux, dans le cas où on n’obtiendrait pas absolument ce résultat, avoir un petit excès d’acide qu’un excès d’alcali. Après la filtration, les liqueurs contenant la lévulose sont évaporées, à une température de 30 à 35°, jusqu’à ce qu’il y en ait 8 ou 10 pour 100 dans le liquide. On décolore alors par un peu de noir animal et on examine au polarimètre, en notant exactement la température. Sur ce même liquide étendu au Vio» on d°se la proportion de sucre réducteur par la liqueur de Fehling. Si d’un côté on a obtenu par le mélange avec la chaux un produit de consistance épaisse et si de l’autre le pouvoir rotatoire trouvé coïncide avee le pouvoir rotatoire spécifique de la lévulose, on peut affirmer la présence de ce corps dans le liquide inverti examiné.

Remarque. — Pour avoir une plus grande précision dans le dosage des glucoses, au lieu d’employer le procédé par la décoloration de la liqueur de Fehling, on peut opérer ce dosage par la pesée du cuivre précipité, suivant la méthode de M. Anne Girard que nous avons décrite au paragraphe 4.

Dosage de la synanthrose. — Pour doser la synanthrose dans les grains de seigle,

soit avant, soit après la maturité, il faudrait traiter par de l’alcool bouillant et à plusieurs reprises un poids connu, par exemple 20 grammes, de matière aussi divisée que possible. Ces liqueurs alcooliques sont évaporées jusqu’au départ complet de l’alcool; on ajoute alors de l’eau et du sous-acétate de plomb et l’on complète le volume à 100 centimètres cubes.

Dans le liquide filtré, on dose le glucose préexistant, puis on intervertit la synanthrose et on la dose comme s’il s’agissait du sucre de canne , en prenant pour titrer la liqueur de Fehling la solution normale de sucre de canne intervertie. Le calcul se fait de la même manière : 1 gramme de synanthrose intervertie ayant exactement le même pouvoir réducteur que 1 gramme de saccharose intervertie.

Au lieu de dissoudre la synanthrose par l’alcool bouillant, on peut la dissoudre par de l’eau contenant du sous-acétate de plomb, en opérant d’ailleurs le dosage par la liqueur de Fehling, comme on l’a dit plus haut.

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