‹ Encyclopédie chimique. Tome IV.- Analyse chimique. Méthodes analytiques appliquées aux substances agricolesChapitre 36 sur 285 · ÉCHANTILLONNAGE DU FUMIER DE FERME · texte numérisé non relu

ÉCHANTILLONNAGE DU FUMIER DE FERME

Il est difficile d’obtenir un échantillon représentant exactement la moyenne d’un tas de fumier. Le procédé qui nous parait le plus recommandable et qui nous fourni, les meilleurs résultats est le suivant :

1° Tas de fumier recouvrant le sol des étables et fumier entier. Les ouvriers qui enlèvent le fumier pour le porter aux champs, le prennent à la fourche et le chargent dans le tombereau ; on a soin de faire mettre de côté sur un endroit propre et bien balayé le contenu d’une fourche à intervalles très réguliers (1 pelletée sur 10 ou 20). On constitue de la sorte un fort échantillon représentant aussi exactement que possible l’ensemble du chargement.

Si on opère pour ainsi dire le fanage de cet échantillon, on sépare très nettement, deux parties, l’une pailleuse et une autre bien plus fine qui passe à travers les dents de la fourche. On pèse ces deux parties séparément et on les échantillonne séparément aussi. La matière fine est étalée sur le sol; les parties compactes sont divisées, et finalement on fait dans un grand nombre de points à la pelle ou à la main des prises d’échantillons qu’on réunit et qu’on mélange encore une fois et dont on pèse un poids proportionnel.

Quant à la partie pailleuse, on l’étale sur le sol; on l’échantillonne en tous sens et l’échantillon ainsi formé est divisé en parties fines sur un billot au moyen d’une hache très tranchante, qui remplace le hache-paille. Il est alors très facile de prendre sur cette partie relativement fine un échantillon proportionnel qu’on réunit au précédent. On obtient ainsi une représentation aussi fidèle que possible du tas de fumier envisagé.

Lès opérations doivent se faire très rapidement, le matin autant que possible, à l’ombre et au frais, pour éviter les dégagements d’ammoniaque.

2° La dessiccation du fumier exige une attention toute particulière ; le chimiste doit avant tout éviter les dégagements d’ammoniaque extrêmement abondants. L’échantillon prélevé comme nous l’avons dit (2k«,500 à 5 kilogrammes) est placé dans une terrine et par couches minces ; à l’aide d’une pipette à jet très fin et contenant en solution une quantité connue d’acide oxalique (50 à 100 grammes), on fait un arrosage de manière que chaque partie soit en contact avec l’acide oxalique; on brasse et on mélange très intimement, puis on porte à l’étuve. Si pendant la dessiccation on percevait encore l’odeur ammoniacale, on aurait soin d’arroser immédiatement avec une solution acide.

La quantité d’acide oxalique employée doit être rigoureusement notée et on doit dans les calculs d’analyse en tenir compte.

§ 4. - PRISE D’ÉCHANTILLON DES GADOUES1 OU BOUES DE VILLE, BALAYURES DE RUES.

L’enlèvement des détritus, des ordures ménagères, des balayures des rues, des déchets de toutes sortes provenant des halles et marchés, préoccupe à juste titre les municipalités, qui généralement mettent ces entreprises en adjudication. Les adjudicataires trouvent l’écoulement de ces produits chez les agriculteurs et surtout chez les maraîchers. Il y a là, pour les fermes situées près des villes, une source considérable de matières fertilisantes à bon marché. Mais rien n’est plus variable

1. Le nom de gadoues, à Paris et dans les grandes villes, est réservé aux boues et balayures de Tilles; dans le Nord et l’Est, ce nom est plus spécialement appliqué aux matières de vidanges.

ENGRAIS

que la composition de ces gadoues; on ne devrait donc acheter ces matières que d’après leur composition chimique établie par l’analyse. ,

£î échantillonnage . — La prise d’échantillon est une opération très importante et aussi très difficile; car il est peu de.matières qui soient aussi peu homogènes. Aussi insisterons-nous sur la . manière dont il convient d’opérer, Le plus souvent, de grands' tombereaux parcourent les rues, enlèvent les matières déposées en petits tas et les- transportent soit à un dépotoir où l’agriculteur vient ensuite les enlever, soit sur de grands bateaux qui les transportent au lieu d’utilisation. — Lorsque les matières sont fraîches;; elles portent le nom de gadoues vertes ; lorsqu’elles- sônt restées en tas, leur aspect et leur nature sont complètement modifiés, et l’échantillonnage sera différent dans les deux cas.

1° Gadoues vertes. — Le mieux est d'assister au déchargement des voitures; éf de prélever dans chaque voiture, à trois reprises différentes, à l’aide d’une grande pelle et sans faire aucun triage, la matière telle qu’elle sort du tombereau. Sur un endroit sec et bien balayé, on réunit ces échantillons partiels. Quand on a opéré dé la même façon sur un grand nombre de voitures, on mélange à la pelle et à la fourche tons ces échantillons, et on charge une voiture pour les transporter près du laboratoire , à moins qu’on ne puisse sur le champ mêmë faire la prise définitive d’échantillon.

Sur ce premier échantillon, composé de papiers, détritus de toutes sortes, végétaux et animaux, terres, pailles, bois, cendres, pierres, coquilles d’huîtres, verre et porcelaine cassés, etc., il s’agit de prélever un échantillon définitif représentant aussi exactement que possible la moyenne générale. Voici comment nous opérons :

On étend en couche mince la matière sur le sol ; deux hommes s'arment d’une fourche à trois dénis et la secouent," en opérant comme font les faneurs pour le foin ; les parties lourdes se détachent et tombent sur le sol. Ce qui est retenu, sur la fourche est mis de côté et remis en tas. Cette manipulation sépare le tas en deux parties distinctes :

1° matières terreuses, lourdes; 2° matières organiques, légères.

Les matières terreuses sont jetées sur une claie dont les mailles sont espacées dé 1 centimètre environ, et à laquelle on a soin de donner une forte inclinaison; les parties qui passent à travers les mailles sont fines; on les rend homogènes très facilement à la pelle; on les pèse et on prélève un échantillon, en les étendant sur le sol en couche mince et ’en prenant par pincées dans un grand nombre de points.

Quant aux parties n’ayant pas passé à la claie, on les trie à la main, mettant de côté les pierres, coquilles, etc., et rajoutant tout ce qui peut avoir une valeur fertilisante sur le tas de matières précédemment enlevées à la fourche. Celles-ci sont étalées en couches minces ; on les fouille très soigneusement à la main, de façon à extraire les coquilles, pierres, morceaux de verre, charbon, coke, etc., etc., qui n’ont aucune valeur; toutes ces parties pierreuses sont réunies, pesées et rejetées.

Les matières pailleuses et organiques, débarrassées de pierres, sont pesées, puis échantillonnées en tous sens à la fourche; le petit tas prélevé est coupé sur un billot au moyen d’une hache ; les morceaux découpés sont intimement mélangés, étendus sur le sol ; on en prend à la main de petites quantités qu’on réunit pour l’analyse.

En résumé, par cette série de manipulations qu’on pourrait qualifier : « Analyse mécanique de la gadoue », on a divisé les gadoues en trois parties bien distinctes

1° Matières pierreuses, coquilles, verre, etc., sans valeur, d’un poids. p

2° — fines, passant à la claie . . p'

3° — organiques, végétales et animales. . . . . p"

Le poids total est. . . . . P

, . . i PX100 p'xlOO p"xl00 ,

Les quotients de — p — > — p — -> — p — » donnent les proportions pour

100' de ces différentes parties.

Il y a intérêt à analyser séparément les matières fines et les matières organiques mais ensuite on ramènera par le calcul à l’échantillon brut.

2° Gadoues fermentées. — Les gadoues vertes mises en tas se décomposent très rapidement; il y a un dégagement de chaleur intense, et au bout de peu de mois le tas s’est affaissé et est transformé en terreau. Pour y prélever un échantillon, nous ouvrons une tranchée dans plusieurs endroits, et à la bêche nous faisons tomber de haut en bas une tranche de matière; on réunit toutes les tranches, on les mélange intimement et on remplit un sac qu’on transporte au laboratoire. Ce sac est étalé sur une aire propre, divisé à la pelle d’abord, puis la main devient indispensable pour séparer les matières pierreuses et détritus sans valeur ; on en établit la proportion. Quant au restant, il est mélangé et échantillonné comme nous avons expliqué plus haut.

Dans chacun des échantillons prélevés on pèse exactement, après mélange, 1 kilogramme ou 2, et on met à l’étuve pour pouvoir ensuite broyer au concasseur, en prenant garde aux parties dures qui auraient pu échapper au triage.

L’analyse se poursuivra ensuite suivant les procédés indiqués pour les substances analogues et on dosera la chaux, la potasse, l’acide pliosphorique et l’azote.

Les résultats obtenus seront rapportés par un calcul très simple à l’échantillon brut.

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