I. — MÉTHODE DE M. SCHLŒS1NG
Les propriétés physiques des terres dépendent en presque totalité delà proportion des éléments minéralogiques qui la forment et de l’état de division dans lequel ils se trouvent. Le sable plus ou moins fin, le calcaire, l’argile, l’humus peuvent être regardés comme les substances qui, par leur mélange, forment la terre arable. Ils sont les éléments constituants et leur rapport, extrêmement variable, a la plus grande influence sur l’aptitude des terres à être cultivées, et sur leur fertilité. Leur détermination est done une opération de la plus grande importance.
On prend 1 kilogramme de teri’e, préalablement desséchée à l’air, et on passe dans un tamis dont les mailles ont 5 millimètres ; on broie à la main les parties de terre agglomérées ; on pèse ce qui reste sur le tamis et on a ainsi les cailloux, dont on prend le poids et qu’on traite par de l’acide chlorhydrique, jusqu’à cessation d’effervescence ; on dessèche la partie insoluble et on pèse de nouveau. La différence de poids donne le calcaire contenu dans les cailloux. — La terre passée au tamis est soumise à un nouveau criblage, dans un tamis dont les mailles ont 1 millimètre d’écartement. On broie avec soin sur le tamis, avec la main ou avec un pilon de mortier, de manière à désagréger les particules fines agglomérées. On pèse de nouveau, après avoir desséché à 1 00°, ce qui reste sur le tamis ; on a ainsi le gravier. On traite par l’acide chlorhydrique; on lave et on dessèche le résidu qu’on pèse de nouveau. La différence de poids donne le calcaire contenu dans le gravier.
L’analyse se poursuit sur la matière qui a passé au tamis de 1 millimètre et
qui constitue la terre proprement dite. On en prend 10 grammes, qu’on dessèche à l’étuve, à 100°, pour déterminer l’humidité quelle retient. — On en prend 10 autres grammes, qu’on place dans une capsule à fond plat de 9 à 10 centimètres de diamètre, qu’on humecte au moyen d’une petite quantité d’eau, de manière à en faire une pâte; on délaye cette pâte, au moyen de l’index, dans 15 à 20 centimètres cubes d’eau ; après la dernière agitation on compte 8 à 10 secondes et on verse dans un verre à précipité de 250 centimètres cubes, le liquide trouble qui surnage, en ayant grand soin de ne pas entraîner les parties qui se sont déposées pendant ce temps ; on répète cette opération de la même manière, en comptant chaque fois 8 à
10 secondes avant chaque décantation, jusqu’au moment où la liqueur décantée est à peu près claire; on a ainsi séparé, les unes des autres, les parties de finesse différente ; la partie décantée contient le sable fin et l’argile, la partie restée dans la capsule contient le gros sable; on commence par dessécher le gros sable, en le maintenant à 100° jusqu’à ce que son poids ne varie plus, puis on le traite par de l’acide azotique étendu pour dissoudre le calcaire ; lorsque le calcaire est abondant,
11 suffit de le doser par différence ; pour cela on dessèche après lavage, on pèse ; la différence de poids représente le carbonate de chaux dissous. Mais lorsque la proportion de calcaire est très faible et que, par suite, le dosage de la chaux acquiert une importance plus grande, il convient de doser la chaux directement. Dans ce but on recueille la partie soluble dans l’acide azotique, on la traite par l’ammoniaque, l’acide acétique et l’oxalate d’ammoniaque comme il a été dit précédemment.
Quant à la matière insoluble dans l’acide azotique, elle est constituée par de la silice ou des silicates et souvent aussi par des débris végétaux ; on dose ces derniers en incinérant la matière préalablement desséchée; la perte de poids indique la proportion de débris organiques contenus dans la terre.
Quant à la partie décantée, dont le volume ne doit pas dépasser de 200 à 250 centimètres cubes, on la traite par l’acide azotique, jusqu’à cessation d’effervescence, on laisse digérer pendant quelque temps, pour permettre au calcaire de se dissoudre, puis on jette sur un filtre plat, de 1 décimètre de diamètre; on lave jusqu’à élimination complète des sels calcaires et, dans la liqueur filtrée, on dose la chaux comme précédemment.
Quant à la partie insoluble, elle contient le sable siliceux fin, l’argile et la matière humique ; pour séparer les trois éléments, on délaye, dans l’eau, le précipité recueilli sur le filtre, en perçant ce filtre de manière à enlever toutes les matières qu’il contenait ; on a eu soin de ne pas sécher la matière avant cette opération. — On amène le volume de l’eau à 200 centimètres cubes environ, on ajoute 2 ou 3 centimètres cubes d’ammoniaque, on laisse digérer pendant 2 ou 3 heures, puis on amène le volume total du liquide à environ 1 litre avec de l’eau distillée, en agitant fortement de manière à mettre toute la matière en suspension ; puis on laisse reposer pendant 24 heures ; au bout de ce temps on décante, à l’aide d’un siphon, le liquide surnageant, on remet sur le résidu 2 centimètres cubes d’ammoniaque et 1 litre d’eau ; on remet en suspension et on laisse de nouveau reposer pendant 24 heures ; on décante avec le siphon comme précédemment et on rajoute ce liquide à celui qui a été décanté en premier lieu. Pour les terres ordinaires, deux décantations sont généralement suffisantes ; mais quand les terres sont très fortement argileuses, il convient de décanter trois ou même quatre fois ; on est averti du reste, par
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l’examen de la liqueur surnageante, si les lavages ont été suffisamment prolongés. Les liqueurs décantées contiennent la matière organique et ce qu’il est convenu d'appeler l’argile et qui est constitué par des particules sableuses très fines et par l’argile colloïdale, qui joue, dans la terre arable, un rôle considérable comme ciment. — On coagule, au moyen de 30 ou 40 centimètres cubes de solution saturée de chlorure de potassium, l’argile qui entraîne avec elle les particules sableuses très fines ; la matière humique reste en dissolution. Lorsque le dépôt d’argile s’est séparé, on décante la partie claire, on jette sur un filtre plat de 1 décimètre de diamètre et on lave à l’eau. Au moyen du jet fin d’une pissette, on détache, des bords du filtre, la matière adhérente et on réunit le tout dans le fond du filtre ; comme, dans les derniers lavages, le liquide ne passe plus que très lentement, on peut, à l’aide d’une pipette, décanter le liquide qui se trouve sur le filtre, après l’avoir laissé s’éclaircir suffisamment. Lorsque tout le liquide est éliminé, on place le filtre sur du papier buvard, en ayant grand soin d’en éviter la dessiccation et seulement dans le but d’en éliminer l’excès d’humidité, puis on replie le filtre étalé, sur lui-même, en appuyant doucement, avec le doigt, sur toute la surface sous laquelle se trouve de l’argile; on soulève doucement la moitié supérieure du filtre de manière à ce que toute l’argile reste eollée sur l’autre moitié, on répète cette opération en repliant de nouveau le filtre sur lui-même de manière à ramasser, dans le plus petit secteur possible, toute l’argile qui était collée sur le filtre ; cette argile se détache ensuite facilement et tout d’une pièce; on la place dans une capsule tarée, on la sèche à 100° et on la pèse ; on a ainsi ce qu’il est convenu d’appeler l’argile.
Le liquide d’où l’argile a été éliminée par la filtration, contient la matière humique, on l’additionne de 10 centimètres cubes d’acide chlorhydrique, qui précipite la matière humique; on laisse déposer, on décanté, on jette sur un filtre plat en papier Berzélius, qu’on a au préalable séché et pesé dans un petit flacon bouché. Lorque la matière est transvasée sur le filtre, et qu’elle a été lavée assez longtemps pour que les eaux de lavage ne précipitent plus par l’azotate d’argent, on dessèche à 100° et on pèse de nouveau dans le flacon bouché.
L’augmentation de poids donne la matière humique, plus une petite quantité de matières minérales qui l’accompagnent, qu’on détermine par l’incinération et dont on retranche le poids de celui précédemment trouvé. *