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CHAPITRE IX

DÉTERMINATION DU DEGRÉ D'ASSIMILABILITÉ DE DIVERSES MATIÈRES FERTILISANTES

La valeur des engrais ne dépend pas seulement de leur richesse en éléments fertilisants, mais aussi de l’état que ceux-ci revêtent et qui les rend plus ou moins aptes à être utilisés par les plantes. A l’occasion des phosphates, nous avons déjà donné quelques indications sur ce sujet. Nous croyons devoir y revenir avec plus de détails. Il y a des matières fertilisantes qui peuvent être prises par les plantes sous la forme qu’elles ont dans les engrais, surtout à cause de leur état de solubilité. Les nitrates, les sels ammoniacaux, les sels de potasse, sont dans ce cas et se trouvent par suite toujours au maximum du degré d’assimilabililé. D’autres, au contraire, tels que les matières organiques azotées, les phosphates, se présentent dans des conditions extrêmement variables, plus ou moins attaquables, plus ou moins solubles ; il peut être utile de rechercher dans quelle mesure ils se prêtent aux transformations ou aux réactions qui sont indispensables à leur utilisation par les végétaux.

L’état de division mécanique est pour beaucoup dans ce phénomène et on doit y attacher une grande importance ; mais la constitution physique et la composition chimique sont loin d’être sans influence. Nous ne possédons pas de moyens bien précis pour arriver à ces déterminations; celles que nous indiquons ci-dessous peuvent cependant donner des renseignements d’une grande utilité.

Assimilabilité présumée de l'azote dans les engrais organiques. — On sait que l’azote organique n’est assimilable par les plantes qu’autant qu’il est transformé en acide nitrique ou en ammoniaque. Les engrais azotés organiques ont donc une action d’autant plus rapide qu’ils sont plus aptes à subir ces transformations, quelques-uns de ces engrais ont un degré de résistance très considérable, tels sont : la corne, le cuir, les chiffons de laine, etc. D’autres, comme le guano, la poudrette, les déjections en général, se prêtent avec un grande facilité à ces transformations. Il peut être intéressant pour la pratique de déterminer dans un engrais ce degré d’altérabilité nécessaire à l’utilisation de l’engrais. Nous sommes loin de posséder une méthode précise pour opérer cette détermination. Des essais faits en introduisant dans une même terre, une même quantité de divers engrais et en recherchant, après un temps déterminé et assez long, la proportion d’acide nitrique et d’ammo-

niaque formés, pourrait donner des renseignements précieux ; mais un tel essai sort des conditions de l’analyse des matières fertilisantes et demande un temps considérable. On peut avoir recours à une méthode qui, sans prétendre à aucune précision, peut donner des renseignements utiles : elle consiste à mesurer la quantité d’ammoniaque qui est dégagée par l’engrais à essayer, sous l’influence d’une solution bouillante de potasse. Voici comment on peut opérer : dans le ballon d’un appareil à serpentin ascendant comme celui employé par M. Schlœsing pour le dosage de l’ammoniaque, on met 1 gramme de l’engrais à essayer, sur lequel on verse 100 centimètres cubes d’une solution de potasse à 10 °/0; on fait bouillir et on distille en s’arrangeant de manière à recueillir 50 centimètres cubes de liquide dans l’espace d’une heure. On recueille dans 10 centimètres cubes d’acide titré et on détermine par les procédés ordinaires l’ammoniaque" qui s’est formée dans cet espace de temps. Plus la matière azotée sera altérable, c’est-à-dire apte à se transformer en matières assimilables, plus la quantité d’ammoniaque obtenue sera grande. Mais ce procédé ne constitue pas une mesure, il ne peut servir que pour donner des résultats comparatifs. Si l’on avait employé une solution de potasse plus concentrée, on aurait eu des chiffres plus élevés.

Détermination du degré présumé d' assimilabililé des phosphates. — La finesse des phosphates joue un rôle prépondérant sur leur assimilabililé par les végétaux ; c’est principalement à leur grand état de division que les superphosphates et les phosphates précipités doivent leur action plus rapide sur la végétation, et la faveur avec laquelle ils ont été accueillis par l’agriculture.

Divers procédés peuvent être employés pour déterminer et le degré de finesse et l’assimilabilité des divers produits.

Déjà le citrate d’ammoniaque, l’oxalale d’ammoniaque, ont été employés à cet usage et donnent dans la plupart des cas des indications utiles. Mais l’action de ces réactifs ne se rapproche en rien de ce qui a lieu dans le sol, où ce sont surtout des liquides chargés d’acide carbonique qui opèrent la dissolution des substances minérales.

La solubilité des phosphates dans l’eau chargée diacide carbonique peut fournir au point de vue de 1 ’assimi 1 abilité des indications très utiles.

On peut baser sur cette solubilité une méthode de recherche permettant de déterminer dans une certaine mesure, la facilité avec laquelle les phosphates entrent en dissolution dans les liquides du sol.

Pour faire cette détermination on pèse 1 gramme du phosphate à essayer, que l’on place dans un flacon de 1 litre qu’on remplit d’eau saturée d’acide carbonique, à la température et à la pression ordinaires. On bouche et on laisse digérer pendant vingt-quatre heures, en agitant fréquemment; au bout de ce temps, on laisse déposer l’eau saturée d'acide carbonique et on la siphonne au moyen d’un siphon portant à l’extrémité de sa plus courte branche une petite coiffe formée d’une rondelle de papier et d’une toile superposées et maintenues au moyen d’une ligature.

Sur le résidu on verse encore une fois 1 litre d'eau saturée d’acide carbonique et on laisse digérer pendant le même temps et de la même manière, puis on siphonne encore ce liquide qu’on réunit au précédent.

ENGRAIS

On évapore ces liquides au volume d’environ 100 centimètres cubes, on acidulé avec de l’acide chlorhydrique, de manière à dissoudre tout le dépôt qui s 'était formé ; en ajoutant alors un excès d’ammoniaque, on précipite le phosphate de chaux, qu’on peut recueillir et peser directement. Mais il vaut mieux, au lieu d’opérer ainsi, précipiter dans la liqueur concentrée à 100 centimètres cubes, à l’état de phosphate ammoniaco-magnésien par les moyens précédemment décrits.

Ce procédé, qui n’est pas encore très pratique, et auquel il conviendra de faire des modifications, a une valeur plus grande pour déterminer le degré d’assimilabilité des phosphates que le procédé qui repose sur l’emploi du citrate d’ammoniaque. Il est en effet d’un emploi plus général et se rapproche plus des conditions réalisées dans la nature.

L’eau chargée d’acide carbonique dissout des phosphates très assimilables tels que ceux des poudrettes, du fumier, le phosphate ammoniaco-magnésien, sur lesquels le citrate d'ammoniaque n’a pas de prise. Il dissout également les phosphates minéraux en quantité d’autant plus grande qu’ils sont amenés à un plus grand état de division. Ce procédé, qui n’est encore qu’insuffisamment étudié, mérite donc d’entrer dans la pratique de l’analyse des engrais.

L’eau chargée d’acide carbonique peut être avantageusement remplacée par une solution concentrée, chargée au maximum d’acide carbonique et dont l’action est plus énergique.

La propriété d’être attaqués par les acides faibles, tels que l’acide carbonique, n’existe pas également chez tous les phosphates employés comme engrais. Voici à ce sujet une intéressante remarque de M. Aubin, qui permet de distinguer facilement les scories des autres engrais phosphatés, tels que les phosphates naturels.

Les acides faibles permettent de faire ressortir très nettement les propriétés des phosphates et des scories. I/eau de Seltz décompose rapidement les scories, tandis que son action est lente et faible sur les phosphates naturels. L’acide acétique à 8° B. permet d’établir des différences plus grandes encore et, pour faire l’expérience, il suffit de verser cet aeide sur lés phosphates naturels et sur les scories contenus dans des verres de Bohême. En mélangeant le liquide à*la matière, au moyen d’une baguette de verre, on voit pour les scories, le produit se prendre en masse, avec formation de silice gélatineuse et avec une production de chaleur telle que la main ne peut la supporter ; tandis que pour les phosphates, la température ne varie pas et la décomposition n’est pas apparente. Cette réaction fait ressortir l’instabilité du silicate basique de chaux, constituant la plus grande partie des scories et permet de se rendre compte de leur facile répartition dans le sol.

Détermination du degré de division des phosphates. — Nous savons, et des expériences directes l’ont démontré, que l’état de division des phosphates tels que les phosphates naturels, les phosphates de scories, etc., a une action d autant plus grande qu’ils sont amenés à un plus grand degré de ténuité. 11 est donc utile que l’on achète des phosphates très finement pulvérisés. On peut se rendre compte avec la plus grande facilité de cet état; il suffit de procéder à un tamisage et de séparer ainsi les parties grossières ; mais il est nécessaire d’établir des conventions relatives au degré de finesse, afin d’avoir toujours des résultats comparables. Dans ce but on se servira toujours de tamis identiques. Ceux que nous croyons aptes a

remplir le mieux ce but sont les tamis numéro HO, dont les mailles ont un écartement très voisin de 0ram,2 et le tamis numéro 230, dont les mailles sont écartées de 0mm,l. 11 vaut mieux employer des tamis de soie, dits de bluterie, qui ont une plus grande régularité que les tamis de laiton. Au moyen de ces deux tamisages on peut diviser le phosphate en trois lots, l’un constitué par les parties grosr sières, l’autre par les parties fines, le dernier par les parties très fines ou poussières. Plus la proportion de celle-ci est élevée, plus la qualité du produit est bonne.

Pour faire cette opération on peut employer un petit appareil constitué par deux tamis ayant respectivement les dimensions indiquées, le tamis le plus gros se trouvant placé au-dessus du plus fin. Un couvercle formé par une peau de tambour ferme la partie supérieure; la partie inférieure porte un réservoir semblable au couvercle.

100 grammes de phosphate à essayer sont placés sur le tamis supérieur et tout l’appareil est vivement agité afin d’obtenir une séparation complète des particules de diverses grosseurs. Il est utile de donner de temps en temps une secousse brusque.

[ On défait alors l’appareil et on pèse les trois lots qui se sont séparés.

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