DOSAGE DE LA POTASSE DANS UNE TERRE
La potasse existe dans le sol dans des proportions très variables : les terres argileuses ou celles qui sont formées de sables granitiques, les terres d’origine volcanique, les sols riches en humus, contiennent généralement de notables quantités de potasse. Les sols calcaires et les sols siliceux proprement dits en contiennent très peu. Il faut donc prendre, pour l'analyse, des quantités de terre variables suivant que ces terres sont plus ou moins riches en potasse : 20 grammes pour les terres riches, 50 grammes pour les terres pauvres. Mais il faut considérer encore que la potasse se trouve dans le sol à des états différents : 1° 'à l’état de sels solubles, soit combinés aux acides minéraux, soit fixés sur des acides organiques. Sous cet état, la potasse est éminemment assimilable ; les racines des plantes peuvent l’absorber à mesure de leurs besoins, et c’est à cette potasse qu’il convient de donner le nom de potasse assimilable. 2° La potasse existe sous une autre forme, celle de silicate, plus ou moins complexe ; sous cette forme elle n’est point directement soluble, ne s’attaque que lentement au contact des racines ou des liquides du sol et n’est susceptible d’être assimilée qu’à la suite de transformations qui se produisent à la longue. Dans le laboratoire également, cette potasse résiste davantage à l’action des acides.
Pour se rendre compte de la richesse de la terre en éléments potassiques, il faut donc surtout considérer cette potasse qui se trouve immédiatement disponible pour les besoins de végétaux. Nous allons indiquer deux méthodes différentes suivant qu’on veut doser la potasse la plus utilisable ou celle qui ne peut le devenir que graduellement.
1° Dosage de la potasse assimilable. — Cette potasse, qui existe à l’état soluble, ne peut pas cependant être enlevée au sol par des lavages à l’eau ; en effet, en vertu de ses propriétés absorbantes, le sol retient la potasse; il faut au préalable détruire ses propriétés absorbantes en dissolvant le calcaire, coagulant l’argile et mettant l’acide humique en liberté: on y arrive par l’emploi d’un acide. Voici le mode opératoire qu’il convient de suivre : On prend 20 grammes ou 50 grammes de la terre à analyser et dont le degré d’humidité a été donné par un dosage spécial. On les introduit dans un ballon de 500 centimètres cubes; on l’imprègne d’eau et l’on ajouté peu à peu de l’acide azotique, en remuant constamment jusqu’à cessation de toute effervescence. On laisse la digestion de la liqueur acide se prolonger pendant une ou deux heures; au bout de ce temps, on ajoute 200 à 300 centimètres cubes d’eau, on agite et on laisse déposer pendant quelque temps ; on verse alors
TERRES
sans filtrer le liquide dans un ballon de 1 litre, en laissant dans le ballon la plus grande partie des particules terreuses, qu’on lave par décantation à plusieurs reprises avec de petites quantités d’eau. Dans ce liquide, chauffé vers 50°, on ajoute du chlorure de ^baryum jusqu’à cessation de précipité, et puis un excès de bicarbonate d’ammoniaque; on porte à l’ébullition, qu’on maintient jusqu’à ce que l’on ne perçoive plus que faiblement l’odeur d’ammoniaque, puis on filtre et on lave à l’eau bouillante; les liqueurs contiennent la potasse et la soude avec un peu de magnésie et les sels ammoniacaux. Le liquide est évaporé dans une capsule assez grande, jusqu’à ce que le liquide soit réduit à un volume de 50 ou 60 centimètres cubes ; on transvase alors dans une petite capsule à fond plat ; on évapore à sec au bain de sable; on ajoute quelques centimètres cubes d’eau régale formée d’un tiers d’acide chlorhydrique et de deux tiers d’acide azotique et quelques centimètres cubes d’eau, pour détruire les sels ammoniacaux ; on évapore de nouveau à sec et on dose la potasse à l’état de perchlorate, sans s’occuper de la magnésie dont le perchlorate est éliminé par l’alcool. Quand les terres sont très riches en matière organique, on détruit celle-ci au préalable par une carbonisation ménagée.
On peut encore, comme le fait M. Sehlœsing, prendre un poids de 100 grammes de terre, que l’on introduit dans un ballon de 1 litre. On ajoute de l’acide nitrique jusqu’à décomposition complète du calcaire et apparition d’une réaction acide, puis on laisse reposer.
On déterminera le poids P du ballon plein, on décantera la plus grande partie possible de la dissolution au moyen d’un siphon, dont on modérera l’écoulement en pinçant un caoutchouc placé à son extrémité inférieure. Remarquons que la dissolution est limpide, car l’argile y est coagulée par l’acide en excès. Après la décantation le poids du ballon deviendra P', en sorte que celui du liquide extrait sera P — P'. Pour savoir quel est le poids du liquide total il faudra verser sur un filtre le résidu terreux insoluble dans l’acide, et, après lavage et dessiccation, en déterminer le poids r; puis prendre la tare p du ballon vide. Le poids de la dissolution totale sera P — r—p. La fraction du liquide qu’on a extraite du ballon et sur laquelle on opérera, le dosage de la potasse comme il est indiqué plus haut, est
donc
On en tiendra compte dans le calcul des résultats.
2° Dosage de la potasse soluble dans les acides concentrés. — Le procédé généralement usité pour doser la potasse dans les sols consiste à attaquer à chaud et par un acide concentré. Par ce moyen, on met en dissolution non seulement la potasse assimilable dont nous avons parlé plus haut, mais on attaque encore dans une certaine mesure les silicates et on leur enlève de la potasse, dans une proportion d’autant plus forte que l’acide est plus concentré et le traitement plus prolongé. Mais on ne dissout jamais toute la potasse des silicates, puisque ceux-ci résistent très longtemps à l’action dissolvante des acides. Ce qu’on obtient sous le nom de potasse par ce procédé ne repose donc que sur une convention, et pour que les résultats soient comparables dans une certaine mesure, il faut faire l’attaque de la terre par des acides de même concentration et qu’on fait agir pendant le même temps.
Nous conseillons, dans l’emploi de cette méthode, d’imprégner la terre (20 ou
50 grammes, suivant la richesse présumée) avec de l’eau, et d’y ajouter ensuite de l’acide azotique concentré, à 1,20 de densité, de manière à ce que la terre soit complètement baignée ; on laisse digérer sur un bain de sable à 100° pendant deux heures; on ajoute de l’eau, on filtre le résidu et on le lave. Le liquide qui contient la potasse, la chaux, etc., est évaporé à sec; on reprend le résidu par de l’eau, on ajoute du chlorure de baryum jusqu’à cessation de précipité, et ensuite un excès de carbonate d’ammoniaque en faisant bouillir jusqu’à élimination presque complète de l’odeur ammoniacale. On filtre, on lave à l’eau chaude et on continue le dosage comme dans le cas précédent.
Si l’on voulait doser la potasse totale, il faudrait attaquer la terre calcinée et finement pulvérisée au mortier d’agathe par de la chaux, et opérer cette analyse par la voie moyenne, en suivant les procédés indiqués pour l’attaque des silicates. Mais ce ne serait plus là à proprement parler l'analyse d’une terre, ce serait l’analyse d’une roche.