‹ Encyclopédie chimique. Tome IV.- Analyse chimique. Méthodes analytiques appliquées aux substances agricolesChapitre 50 sur 285 · I. — DOSAGE DE L'ACIDE PHOSPHORIQUE DANS UNE TERRE · texte numérisé non relu

I. — DOSAGE DE L'ACIDE PHOSPHORIQUE DANS UNE TERRE

La presque totalité de l’acide phosphorique qui se trouve dans la terre est dissoute dans les acides ; il peut cependant en rester, dans les roches silicatées non attaquées dans le traitement, de petites quantités qui échappent à l'analyse. Mais, pour la pratique agricole, il suffit de s'occuper de cet acide phosphorique que les acides enlèvent à la terre et qui peut être regardé comme seul assimilable, à l’état actuel, par les racines des végétaux.

Il est nécessaire de détruire d’abord la matière organique de la terre, car elle pourrait retenir de l’acide phosphorique. La quantité de terre à employer varie de 10 à 50 grammes suivant la richesse présumée en acide phosphorique. En moyenne on peut employer 20 grammes de terre fine et sèche ; on grille, pendant un quart d’heure, dans une capsule de porcelaine, en remuant de temps en temps, avec un fil de platine, jusqu’à ce que toute la matière organique soit carbonisée, puis on l’imbibe de 15 centimètres cubes d’eau et on y ajoute, peu à peu et par petites portions, assez d’acide azotique pour dissoudre tout le calcaire; lorsque toute effervescence a cessé; on rajoute 20 centimètres cubes d’acide azotique d’une densité de 1,15 et on fait bouillir pendant un quart d’heure, en recouvrant la capsule d’un entonnoir, pour éviter les projections ; on évapore à sec pour rendre la silice insoluble; on reprend à chaud par 20 centimètres cubes d’acide azotique ; puis on ajoute 30 ou 40 centimètres cubes d’eau, on filtre, on lave et on évapore le liquide, jusqu à ce que son volume ne soit plus que de 20 centimètres cubes environ'; on le verse dans un petit verre de Bohême et on y ajoute 10 centimètres cubes d’acide azotique et 20 centimètres cubes de molybdate d’ammoniaque; on laisse déposer pendant 12 heures, dans un endroit chaud, mais où la température ne dépasse pas 40°; au bout' de ce temps un précipité jaune s’est formé, il est constitué par du phosphomolybdate d’ammoniaque; on prépare deux petits filtres plats en papier Berzelius d’un poids rigoureusement égal et dont l’un sert de tare à l’autre, sur les deux plateaux d’une balance de précision. Ces deux petits filtres sont placés l’un dans l’autre

et on verse, dans le filtre intérieur, le précipité jaune, en lavant avec de l’eau contenant 5 pour 100 de son volume d’acide azotique; dans les premières parties de liqueur passée, on vérifie si une addition de molybdate ne produit plus de précipité. S’il s’en formait un il faudrait rajouter du réactif et attendre encore 12 heures. Lorsque le précipité est tout entier sur le filtre et que le lavage a été prolongé assez longtemps, on lave finalement le filtre deux fois avec de l’eau pure employée en très petite quantité et versée à l’aide d’un tube étiré sur le pourtour supérieur du filtre, de manière à produire un déplacement de la solution acide. On porte à l’étuve, en ayant soin de dessécher à une température qui ne dépasse pas 95°; on sépare alors les 2 filtres et on les porte sur la balance. Les poids qu’il faut rajouter du côté du filtre vide représentent le poids du phosphomolybdate d’ammoniaque obtenu qui, multiplié par le coefficient 0,0438, donne l’acide phosphorique contenu dans 20 grammes de terre. Mais il arrive quelquefois, surtout lorsque ce précipité jaune est très abondant, qu’il contient outre le phosphomolybdate d’ammoniaque une petite quantité d’acide molybdique entraîné; dans ce cas le dosage se trouve vicié et le chiffre obtenu est trop élevé; pour avoir une plus grande certitude dans le dosage de l’acide phosphorique, on peut se servir uniquement du molybdate d’ammoniaque pour ramasser l’acide phosphorique, pour le séparer des substances qui l’accompagnent et permettre ainsi de le doser avec une grande exactitude à l’état de phosphate ammoniaco-magnésien. Dans ce but on recueille le précipité jaune sur un filtre simple, on le lave, comme il a été dit, avec de l’eau rendue acide par l’acide azotique, puis on laisse tomber sur le filtre, goutte à goutte, de l’ammoniaque étendue de son volume d’eau, en délayant dans ce liquide au moyen d’une petite barbe de plume, le précipité jaune adhérent; on recueille le liquide qui passe dans un petit verre à pied et on lave le filtre, cinq ou six fois, avec la solution ammoniacale, qu’on laisse tomber goutte à goutte, au moyen d’une pipette, sur le bord supérieur du filtre. Toute trace de précipité jaune doit avoir disparu. Si le liquide passé est trouble, ce qui arrive quelquefois, on le fait repasser sur le même filtre, en lavant une dernière fois. Le volume total ne doit pas dépasser 25 centimètres cubes.

Dans cette solution on ajoute 10 gouttes d’acide chlorhydrique, et 20 à 30 gouttes de solution de chlorure de magnésium à 10 pour 100; on agite, on couvre le vase et on laisse déposer pendant 12 heures ; au bout de ce temps tout l’acide phosphorique est précipité à l’état de phosphate ammoniaco-magnésien ; on le recueille sur un très petit filtre plat, en détachant avec soin, et avec une barbe de plume, les parties adhérentes au vase, on lave avec de l’eau ammoniacale, on sèche, on incinère, on pèse. On obtient l’acide phosphorique à l’état de phosphate ammoniacomagnésien. Lorsque les terres sont très pauvres en acide phosphorique, on peut opérer sur de plus grandes quantités de matière, par exemple 50 ou même 50 grammes. Dans ce cas on opère de la même manière, mais en augmentant la proportion d’acide azotique dans le même rapport; seulement il faut avoir soin d’avoir toujours, avant l’addition du molybdate d’ammoniaque, un volume de liquide qui ne dépasse pas 25 ou 30 centimètres cubes.

Ainsi que nous l’avons dit, la transformation en phosphate ammoniaco-magnésien convient dans le cas où on a un précipité volumineux de phosphomolybdate; mais cela est rarement le cas et on peut ordinairement se contenter de peser directement le phosphomolybdate.

Préparation du molybdate d’ammoniaque. On prend 100 grammes d’acide molybdique en poudre, on les dissout, dans un ballon fermé, dans 400 grammes d’ammoniaque dont la densité a été amenée à. 0,95 ; cette solution est introduite, goutte à goutte et en agitant constamment, dans 1500 grammes d’acide azotique d’une densité de 1,20. On laisse déposer pendant plusieurs jours, dans un endroit tiède, avant de se servir de la liqueur.

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