EXAMEN DES PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DES TERRES
§ I. — FACULTÉ D'ABSORPTION DES TERRES POUR LES PRINCIPES FERTILISANTS.
Les terres ont la faculté d'absorber, k peu d’ exceptions près, les principes fertilisants, c’est-à-dire de les fixer en les enlevant aux liquides qui traversent le sol.
Cette propriété a une importance capitale au point de vue de l’utilisation des engrais ; en effet, les sols chez lesquels celte faeulté d’absorption est très faible laissent perdre, dans les eaux de drainage, une partie des éléments fertilisants, avant que les végétaux aient pu les fixer dans leurs tissus.
Cette propriété dépend de la constitution chimique et de la nature physique du sol, des réactions qui s’y passent, de la quantité des matières fertilisantes qui s’y trouvent et des proportions d’eau qui le traversent. Les propriétés absorbantes du sol ne sont pas les mêmes pour chacun des principes fertilisants ; il faut donc déterminer pour chacun d’eux ce que le sol peut absorber, comparativement avec d’autres terres dans des conditions déterminées.
Yoiei la méthode que nous conseillons d’adopter :
1 kilogramme de terre préalablement séchée à 100° est introduit rapidement dans une grande allonge cylindrique dont la partie étirée est garnie d’un tampon de coton. D’un autre côté on prépare une dissolution de la matière fertilisante qu’on veut étudier, telle que chaque litre contienne exactement 1 gramme de la substance active, c’est-à-dire pour le chlorure de potassium, par exemple, une quantité telle qu’il y eût par litre 1 gramme de potasse (RO), ou pour le sulfate d’ammoniaque, qu’il y eût par litre 1 gramme d’ammoniaque (AzH3), etc. Cette solution est versée lentement, goutte à goutte, sur la terre contenue dans l’allonge et qu’on a au préalable recouverte d’une couche de mèche de coton effilochée et mouillée avec la solution à examiner. On recueille, dans un vase jaugé de 1 litre, le liquide qui a traversé la terre et on s’arrête au moment où le volume de 1 litre est atteint; on mélange cette solution et on y détermine la proportion qui reste du principe fertilisant. Si la terre n’a pas de propriétés absorbantes, comme par exemple du sable siliceux pur, on retrouvera dans la solution autant de matière qu’il y en avait primitivement. Plus les propriétés absorbantes de la terre seront grandes, moins on
TERRES
trouvera dans ce liquide de la substance envisagée, et cette proportion retenue par le sol sert de mesure à sa faculté d'absorption pour eette matière fertilisante.
Ce procédé ne repose que sur une convention, mais il peut servir à apprécier comparativement l’intensité de celte faculté pour les terres sur lesquelles ou opère.
§ 2. — DÉTERMINATION DU POUVOIR ÉPURATEUR D’UN SOL (MÉTHODE FRANKLAND).
Le sol est incontestablement l’épurateur le plus parfait des eaux chargées de matières organiques ; 'aussi ingénieurs, savants et hygiénistes sont-ils tous d’accord pour reconnaître que le meilleur moyen de purifier les eaux d’égout, c’est de les répandre sur le sol de manière à les filtrer. Ces eaux laissent d’abord déposer les matières insolubles, puis elles pénètrent peu à peu dans la terre, se mettent en contact avec fie l’oxygène et les ferments du sol, particulièrement le ferment nitrique; les matières organiques qu’elles contenaient en solution sont brûlées. C’est grâce à ce phénomène de combustion lente que l’eau d’égout, après avoir traversé une couche de terre suffisante, est incolore, inodore, insipide, dépourvue de matières organiques, c’est-à-dire parfaitement pure.
Les terres arrosées à l’eau d’égout acquièrent une fertilité très grande ; l’épuration des eaux par filtration donne donc, tant au point de vue agricole qu'au point de vue de la salubrité, la plus heureuse solution du 'problème qui intéresse si vivement les grandes cités.
Tous les sols n’ont pas le même pouvoir épurateur, aussi convient-il toujours de déterminer expérimentalement quelle est la quantité d’eau d’égout qu’un cube de terre donnée peut purifier. On suit pour cela la méthode proposée par le docteur Frankland.
On place la terre à étudier dans un long tube vertical ayant 2 mètres de hauteur et environ 30 centimètres de diamètre, reposant dans une terrine dont le fond est occupé par une eouche de gravier.
Pendant plusieurs semaines on verse tous les jours sur la terre une quantité connue et constante d’eau d’égout ; on analyse le liquide filtré. Si on ne trouve pas d’ammoniaque et pas de matières organiques, on élève la dose et on continue le régime d’arrosage pendant quelques semaines. On analyse à nouveau le liquide et on foree successivement les quantités d’eau d’égout déversées jusqu’à ce qu’on arrive à la limite de l’épuration.
Il est très important que le cylindre de terre mis dans le tube représente exactement la succession des couches du sol naturel et l’on devra apporter la plus grande attention au prélèvement d’échantillon.
On connaît d’une part le cube de terre qui a servi dans l’expérience ainsi que le cube d’eau d’égoût, épuré chaque jour; il est facile de connaître d’autre part la profondeur du sol destiné à l’irrigation. On a donc tous les éléments pour calculer la quantité d’eau d’égout qu’un hectare peut épurer journellement et annuellement.
Si, par exemple, 1 mètre cube épure par jour 2a litres d’eau d’égout, un sol semblable, de 2 mètres de profondeur, épurera par jour et par mètre carré, 50 litres
d'eau, soit pour 1 hectare 500 mètres cubes par jour et d 82 000 mètres cubes par an.
Il est en outre indispensable de déterminer le temps suffisant pour l’épuration^ il suffit pour cela de connaître la quantité d’eau que le sol est capable de retenir. Cette donnée s’obtient simplement en pesant le tube plein de terre avant l’introduction de l’eau, et en le pesant une seconde fois, après qu’il a été complètement imbibé et qu’il s’est égoutté. La différence des deux pesées donne le poids ou le volume d’eau fixée par le sol. Supposons qu’on ait constaté que d mètre cube de terre relient 150 litres d’eau et que le pouvoir épurateur soit de 25 litres ; il est bien évident que le temps que l’eau met à traverser la couche de terre est repré-
senté par le quotient -jp- = 6 jours.