EXTRACTION DES GAZ DE L’EAU
Pour doser les gaz qui sont en dissolution dans l’eau, il faut les extraire et les recueillir dans une cloche graduée dans laquelle on pourra les soumettre à l’action des réactifs ; mais il y a plusieurs points à considérer auparavant.
1° Si l’eau est maniée au contact de l’air, elle peut perdre une partie des gaz qu’elle renferme, ou bien elle peut dissoudre des gaz pris à l’atmosphère.
2° Si l’eau est conservée depuis un certain temps, même à l’abri de l'air, il peut se produire des variations dans la nature et la proportion des gaz qu’elle renfermait au moment de la prise.
Il faut donc réunir les deux conditions :
Éviter complètement le eontact de l’air et opérer l'analyse aussitôt que possible, après le prélèvement de l’échantillon.
Voiei comment nous conseillons d’opérer :
Supposons le cas de l’analyse d’une eau de source; nous prendrons un ballon d’environ 200 centimètres cubes de capacité et dont le volume est déterminé au préalable; nous plongeons ce ballon dans la source de manière à ce qu’il soit rempli d’eau complètement et nous le laissons séjourner dans l’eau pendant assez longtemps pour que l’eau ait pu se renouveler plusieurs fois par diffusion, c’est-àdire pendant au moins quelques minutes ; puis sans sortir le goulot du ballon de l’eau, on y adapte un bouchon de caoutchouc, muni d’un tube en verre étiré en pointe fine et bouché V, qu’on aura au préalable rempli de l’eau de la source ellemême; on a une fois pour toutes jaugé la capacité du ballon muni de son bouchon et de son tube en le pesant vide d’abord, rempli d’eau ensuite. Le ballon ainsi préparé est apporté au laboratoire ; il faut éviter que pendant le transport sa température ne s’élève, ce qui pourrait faire éclater le ballon. La pointe effilée du tube V est engagée sous un épais caoutchouc à vide et réunie à la tubulure d’un ballon B dont l’autre tubulure communique avec un réfrigérant en verre, relié à une trompe à mercure.
On fait le vide dans tout l’appareil, et lorsque ce point est atteint, on place une cloche graduée en yj- de centimètre cube sur le tube abducteur de la trompe; on casse sous le caoutchouc la pointe du tube V ; l’eau du ballon b se précipite dans le ballon B ; on peut modérer cet écoulement tumultueux, en pinçant le caoutchouc. Les gaz se dégagent en partie sous l’influence du vide. La trompe continue à mar-
d’éviter que de l’eau ne vienne se condenser dans la cloche graduée. Dans ce but on à fait marcher dès le commencement de l’opération le réfrigérant R, qui est destiné à condenser l’eau. Lorsque le vide est obtenu, tous les gaz se trouvent réunis sous la cloche; on procède alors à leur analyse.
§ 9. — ANALYSE HYDROTIMÉTRIQUE D'UNE EAU POTABLE (MÉTHODE DE BOUTRON ET BOUDET).
Cet essai, qui donne des résultats approximatifs assez utiles, est basé sur la précipitation de la chaux par une solution titrée de savon.
240 ENCYCLOPÉDIE CUIMIQUE.
40 centimètres cubes d’eau à essayer sont plaeés dans un flacon cylindrique un peu allongé et bouché à l’émeri; à l’aide d’une petite burette graduée en 1/10 de centimètres cubes on verse dans cette eau la solution titrée de savon et, après chaque addition, on secoue vivement le flacon ; on continue l’addition et l’agitation subséquente jusqu’au moment où une mousse persistante surnage le liquide. Cette mousse doit avoir près de 2 centimètres d’épaisseur et doit persister pendant au moins 2 minutes; aussi longtemps que ce point, qui est l’indice de la réaction, n’est pas atteint, on continue les additions de savon ; on a ainsi le degré hydrotimétrique total de l’eau, c’est-à-dire sa teneur en chaux ; on prend une autre partie de l'eau à essayer; on la fait bouillir ; on ramène au volume primitif après l’ébullition avec de l’eau distillée, on filtre, et sur 40 centimètres cubes de la liqueur filtrée on refait la même opération ; on obtient ainsi un degré hydrotimétrique correspondant à la quantité de chaux, sous une forme soluble, contenue dans la liqueur; en retranchant cette seconde valeur de la première on a le degré hydrotimétrique correspondant au carbonate calcaire.
Pour titrer la solution de savon, on dissout dans 1 litre d’eau 25 centigrammes de chlorure de calcium pur et fondu ; on prend 40 centimètres cubes de cette solution, qui correspondent à 0«r,01 de chlorure de calcium, et on y ajoute la solution de savon, de la même manière que pour l’eau à essayer, on sait ainsi à combien de chaux correspond chaque dixième de centimètre cube de la burette ; mais de chaque lecture de la burette il faut au préalable retrancher un dixième de centimètre cube représentant l’excès de liqueur de savon employée pour obtenir la production de la mousse.
On calcule par une proportion les quantités de chaux contenue en totalité ou sous forme de carbonate et de sulfate dans l’eau examinée.
Préparation de la solution de savon. — On dissout à l’ébullition 100 grammes de savon blanc de Marseille dans 1600 grammes d’alcool à 90°. La dissolution étant faite, on sépare les impuretés par la filtration et on ajoute à la liqueur obtenue 1 litre d’eau; on agite le mélange et on conserve dans un flacon bien bouché.