DIGESTION. — VARIATIONS DE COMPOSITION DU SUC GASTRIQUE
gendorff (1879) semblent démontrer que la muqueuse gastrique de cerlains animaux, chien, chat, lapin, mouton, ne contiendrait pas de pepsine, pendant la vie intra-utérine, ni chez l’animal nouveau-né.
Hammarsten et Wolffhiigel n’ont trouvé de pepsine dans l’estomac du jeune chien qu’à partir de la deuxième semaine après la naissance; elle atteint la normale quinze jours plus tard, tandis que l’acide chlorhydrique et le ferment de la présure apparaîtraient plus tôt. Le môme phénomène existe pour les jeunes chats et les lapins, d’après Zweifel et Wolffhügel; chez cez animaux, l’acide apparaît cependant un peu plus tôt que chez les chiens. L’estomac du veau contient déjà des liquides digestifs dès le troisième mois de la vie fœtale (Moriggia).
Chez les nouveaux-nés du porc, du bœuf et du rat, la pepsine est abondante dans l’estomac; elle existe même, chez l’embryon, à partir d’un certain moment de la gestation.
La pepsine existe dans le suc gastrique de tous les vertébrés, en quantité très variable, il est vrai; mais rien ne démontre qu’elle soit identique chez les divers animaux. Le contraire paraît même probable, si l’on compare les températures auxquelles peut agir la pepsine de ces divers animaux. Chez les mammifères, le ferment atteint son maximum d’activité entre 40 et 50 degrés, tandis qu’au-dessous de 10 degrés la digestion est nulle.
Chez un grand nombre de poissons (brochet, truite, roussette, raie, baudroie, etc.), et chez les batraciens (grenouilles), animaux à température variable, la pepsine agit encore à 0 degré. Fick et Murisier ont obtenu, par la macération de la muqueuse stomacale des grenouilles, des brochets et des truites, avec de 1 acide chlorhydrique étendu à 0,5 p. 100, un suc gastrique artificiel qui dissout, même à 0 degré, l’albumine coagulée. Mais les différences se manifestent dès qu on étudie l’influence d’une élévation de température sur l’énergie du pouvoir digestif; chez le brochet, l’action du suc gastrique augmente jusqu’à 20 degrés et diminue aux températures supérieures (Hoppe-Seyler) ; chez la roussette, l’augmentation se manifeste depuis les plus basses températures jusqu’à 40 degrés.
Le suc gastrique des poissons est extrêmement riche en acide chlorhydrique, dont il contient en moyenne 10 p. 1000 (Murisier, H. Seyler, Richet, Mourrut).
Le liquide spumeux que sécrètent les escargots, et auquel on a donné le nom de salive, est très acide, et renferme de l’acide sulfurique libre, comme le témoignent les analyses, faites par Lucas et Panceri, du liquide sécrété par le Dolium galea.
Analyse du liquide du Dolium galea.
ÉLÉMENTS
Acide sulfurique libre. . ,
— combiné .
Acide chlorhydrique combiné .
Matières minérales et organiques . .
Eau .
Total .
D’autres mollusques sécrètent avec abondance un liquide analogue qui provient d’une glande spéciale, relativement volumineuse. Le rôle physiologique de ce liquide est encore inconnu; il ne renferme pas de pepsine et ne peut donc ôtre assimilé au suc gastrique.
Chez les invertébrés, on connaît diverses classes animales chez lesquelles on a signalé des ferments pepsiques ou du moins digérant les matières albuminoïdes en solution acide; c’est le cas des insectes, crustacés (écrevisses, homards), céphalopodes, limaces, actinies, méduses, etc.; mais on n’a démontré aucunement que cette digestion pepsique jouait un rôle sérieux dans la nutrition de ces divers animaux (Richet, Du suc gastrique, 1878).